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quartier, parce qu'on lui blessait les doigts. « Encore ce magistrat n'est rien auprès du paysan Jacques Aymar, qui, en 1692, muni d'une simple baguette, suivit des assassins à la piste, sur terre et sur mer, pas par pas, onde par onde. Le plus sur de l'affaire est qu'il y eut un malheureux de dix-neuf ans qui, dénoncé par la baguette, fut roué vif à Lyon.
Nous avons déjà parlé des exorcismes de Gassner, lors de sa rencontre avec Mesmer. Valentin Greatrakes * se sentit, vers 1682, appelé à guérir les écrouelles et d'autres maladies, par l'attouchement. « C'était, s'écrie le savant George Rust (doyen de Conmor, puis évêque de Dromore en Irlande] , un homme simple , aimable , pieux , étranger à toute fourberie. Par l'application de sa main, il faisait fuir la douleur et la chassait par les extrémités. L'effet était quelquefois très-rapide, et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Si la douleur ne cédait pas d'abord, il réitérait les frictions, et faisait ainsi passer le mal des parties les plus nobles à celles qui le sont moins, et enfin jusqu'aux extrémités. Je puis affirmer, comme témoin oculaire, qu'il a guéri des vertiges, des maux d'yeux et des maux
Voyez Deleuze, Histoire critique du magHétisme. animal^ "i" volume.
(l'orpilles trôs-graves, dos ('i)ilei)sio.s, des ulcères invétérés, des écrouellos, des tumeurs squirrheuses et cancéreuses au sein. Je l'ai vu amener à maturité, dans l'espace de cinq jours, des tumeurs qui existaient depuis plusieurs années.
» Ces guérisons surprenantes ne m'induisent point à croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel ; lui-même ne le pensait point, et sa manière de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle ni influence divine. La cure était souvent fort lente ; plusieurs maladies ne cédaient qu'à des attouchements réitérés ; quelques-unes même résistaient à tous ses soins, soit qu'elles fussent trop invétérées, soit à cause de la complexion du malade. Il paraît qu'il s'échappait de son corps une émanation balsamique et salutaire. »
Au témoignage du savant théologien on peut joindre celui de deux médecins célèbres, Faireclow et Astelius, qui ont examiné longuement les guérisons opérées par Greatrakes et parlent de lui avec une grande admiration.
Le mesmérisme se rattache à une tradition plus directe, qui s'est développée pendant un siècle et demi. Le nom même de magnétisme animal est significatif: il témoigne de l'impression qu'avait produite sur les esprits le magnétisme de la physique; l'action à distance et l'explication de cette
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action t>ar un fluide étaient des analogies toutes trouvées, qui frappaient les esprits. Eu iG40, Gilbert, médecin de la reine Elisabeth, publie un traité de l'aimant, où il en exalte les vertus. C'est de ce savant homme que Bacon a dit spirituellement, pour caractériser l'esprit de système: « Tan- » dis qu'il étudiait les aimants, devenu aimant » lui-même, il attirait tout à lui. » En 1640, c'est le P. Kïrcher, jésuite allemand, qui publie un traité sur le même sujet. Il raconte que de son temps on faisait avec l'aimant divers appareils, tels que des aimants que l'on portait au cou, au bras et sur d'autres parties du corps, pour calmer les convulsions, pour guérir les douleurs et les maladies nerveuses. Vers le milieu du xviii^ siècle, le P. Hell, jésuite et astronome hongrois, de qui nous avons déjà parlé dans la Vie de Mesmer, fabriqua aussi des aimants curatifs. Un médecin des États- Unis, Elisha Perkins, attribua aux métaux de l'influence sur les corps vivants. En conséquence, il fit construire un instrument long de deux pouces et demi, composé de différents métaux, appelé tracteur' métallique. « Pour guérir, dit Deleuze, plusieurs affections locales et particulièrement les douleurs inflammatoires, il suffit de promener lentement la pointe du tracteur sur la partie affectée, en suivant la direction des principaux nerfs,
et cela vingt OU trente minutes de suite, deux ou trois fois par jour. La maladie cède quelquefois à la première opération ; souvent aussi la guérison exige plusieurs semaines. On fit avec le plus grand soin l'expérience des tracteurs métalliques dans les hôpitaux de Philadelphie. Un grand nombre d'hommes éclairés, parmi lesquels on compte des physiciens, des naturalistes, quarante-deux médecins ou chirurgiens des plus distingués, attestent l'utilité de cette découverte, qui fut approuvée par le gouvernement. » Benjamin Perkins, fils de l'inventeur, ayant porté des tracteurs à Londres en 1798, en fit publiquement l'essai dans les hôpitaux ; il obtint une patente qui lui assurait le privilège exclusif de les vendre, et il fit imprimer la relation des cures opérées par ce moyen sur les hommes et sur les chevaux.
Tables tournantes.
C'était au commencement de mai 1853, l'hiver ne finissait pas, les amusements de l'année étaient épuisés ; en fait de merveilles, quelquefois on suspendait dans un verre, par un fil léger ou un cheveu une bague, qui, la main restant immobile, se mouvait dans le sens voulu par l'opérateur et frappait le nombre de coups qu'il avait pensé. Mais cette merveille datait de longtemps. Cependant on attendait quelque chose. Déjà on essayait de développer cette première expérience, et le cheveu suspendu profitait : il disait l'âge des personnes sur lesquelles on le consultait. Il pouvait aller loin, buand il nous vint une nouvelle étrange. Plusieurs
personnes étant rangées autour d'une table et formant une cliaîne, la table tournait, lentement en premier lieu, puis avec une telle vitesse qu'il fallait courir pour la suivre. On essaya, timidement et assez gauchement d'abord : on ne savait pas trop comment s'y prendre; mais on connut bientôt la méthode. Il fallait, pour le moral, fixer son attention sur le fait à produire; pour le physique, placer le petit doigt de la main droite sur le pouce du voisin de droite, ou le petit doigt de la gauche sur le pouce du voisin de gauche, selon qu on voulait que la table tournât à droite ou à gauche. Ce fut à qui réussirait. Réussir prouva la chose, ne pas réussir ne prouva rien, car on distingua vite entre les sujets qui faisaient l'expérience, les uns bons, les autres mauvais, qui n'avaient pas ce qu'il fallait pour cela. Le fait produit, on l'expliqua, et généralement ainsi : tout le monde sait ce que c'est qu'un fluide et qu'il y a un fluide dans notre corps; supposez qu'il s'échappe par les extrémités des doigts, il passe dans la table, où il circule, et voilà ce qui fait que la table tourne. Mais on comprend aussi qu'il n'est pas égal en tous les hommes.
Ce fut une passion et tout fut oublié. Dans un pays spirituel, dans des salons ordinairement animés d'une conversation piquante, on a vu pendant
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plusieurs mois des Français et des Françaises, qu'on accuse d'être légers, assis des heures entières autour d'une table, sérieux, immobiles, muets, les doigts étendus, les yeux obstinément fixés sur un même point et l'esprit obstinément fixé sur une même idée, dans une attente pleine d'angoisses, tantôt se relevant épuisés par des efforts inutiles, tantôt, si un mouvement se déclarait, si un craquement s'entendait, troublés et jetés hors d'euxmêmes, poursuivant le meuble qui fuyait. Il n'y eut pas d'autre occupation et d'autre conversation pendant tout un hiver. Il y eut un beau moment, le moment de la première ferveur, de la confiance et de l'enthousiasme qui font réussir. Quelles dissertations profondes sur les fluides ! Quels triomphes modestes de ceux qui avaient du fluide, quelles humiliations de ceux qui n'en avaient pas ! quel feu pour propager la religion naissante ! quelle affection entre adeptes ! quelle indignation contre les esprits forts ! Ce fut l'âge héroïque des tables tournantes. Après les premiers jours d'anarchie, où les rangs étaient confondus, les talents supérieurs se déclarèrent, il y eut les initiateurs et la toule. En l'absence des initiateurs, tout languissait; à leur entrée, le salon prenait une figure nouvelle, on sentait qu'on passait à quelque chose de sérieux. Ils commandaient et on obéissait, ils prononçaient sur les
cas difficiles, ils mettaient les tables en mouvement, puis ils se retiraient, laissant le menu peuple courir après. Ils furent un moment des personnages; maintenant, rentrés dans la vie privée, ils y ont conservé une sorte de dignité triste.
Toute chose profite ou meurt. Pour changer le mouvement de la table, on avait changé la position des mains ; on s'affranchit de cette nécessité matérielle : la volonté suffit. On ordonna à la table de tourner, de s'arrêter, d'aller à droite ou à gauche, elle obéit. On espéra tout. On avait trop réussi. La crise arriva, les tables tournantes eurent à souffrir à la fois de leurs amis et de leurs ennemis. C'était un ami assez fâcheux, ce Victor Hennequin, ancien fouriériste, qui écrivait dans la Presse du 16 septembre et des 4 et 15 octobre 1853 : « Après avoir fait tourner des tables et des chapeaux, j'ai laissé là depuis longtemps les moyens vulgaires. J'ai poussé le phénomène des tables tournantes à ses dernières Umites et le mouvement de la table s'est changé en une voix que j'entends dans mon oreille : elle m'a inspiré et dicté tout un livre. Elle m'a ordonné d'intituler ce livre : Sauvons le genre humain. Cette voix est celle de Vâme de la terre. Ma main posée sur le papier se meut d'elle-même, et répond avec la plume à mes questions. C'est un système complet, plein de