TABLES TOURNANTES
clarté, d'harmonie et de pureté morale. Je me suis vu initié à l'organisation générale de l'univers, à la vie des âmes, à l'astronomie que j'ignorais entièrement. Je suis le délégué le plus voisin de Dieu auprès de l'humanité. La terre allait perdre tout récemment sa dernière chance de salut, on allait la supprimer du tourbillon, si l'âme de la terre n'avait demandé un sursis qui lui a été accordé. Elle en a profité pour multiplier les phénomènes magnétiques, afin d'impressionner les esprits ; et, pendant que chacun s'interrogeait avec étonnement, elle a dirigé vers moi et vers ma femme Octavie un cordon aromal permanent qui m'a permis d'écrire un livre entier intitulé : Sauvons le genre Mimain ; ce livre paraîtra prochainement ; je vous écris tout ceci avec une lucidité entière. »
Cependant une communication scientifique donna beaucoup à réfléchir. Le 13 mai, les Débats publièrent une lettre de M. Chevreul, l'académicien, lettre qui avait paru vingt ans auparavant dans la Revue des Deux -Mondes, et qui se rapportait alors à un fait antérieur d'une vingtaine d'années. Plusieurs personnes affirmaient, en 1812, qu'un pendule formé d'un corps lourd et d'un fil flexible oscille lorsqu'on tient la main au-dessus de certains corps, quoique le bras soit immobile, et
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pressaient M. Chevreul de répéter l'expérience. M. Clievreiil la vit d'abord réussir entre les mains d'une personne qui tenait ce pendule au-dessus de l'eau, d'un bloc de raiHal ou d'un animal vivant, et la vit réussir entre ses propres mains, quand il mettait sous l'appareil une cuvette de mercure, une enclume, divers animaux. Étaient-ce là en effet les seuls corps qui eussent cette vertu? Il les remplaça par du verre, de la résine, et les oscillations diminuèrent et s'arrêtèrent. Il échangea les premiers corps et les seconds à plusieurs reprises, même résultat. Les savants sont difficiles à contenter. « Plus ces effets me paraissaient extraordinaires, dit M. Chevreul, et plusje sentais le besoin de vérifier s'ils étaient étrangers à tout mouvement musculaire du bras. » Il fit faire un support mobile sur lequel son bras portait, et il vit que plus le bras était appuyé, plus le mouvement était faible, et que si les doigts appuyaient eux-mêmes, il cessait. Il se souvint de plus d'avoir été dans un état tout particulier pendant qu'il faisait l'expérience, et, la répétant pour s'observer lui-même, il reconnut en lui une disposition ou tendance au mouvement, involontaire, mais d'autant plus satisfaite que le pendule décrivait de plus grands arcs. Il pensa que, s'il faisait l'expérience les yeux bandés, il y aurait d'autres résultats, ce qui ne manqua
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point. « Pendant que le pendule oscillait au-dessus du mercure, on m'appliqua un bandeau sur les yeux, 1© mouvement diminua bientôt ; mais, quoique les oscillations fussent faibles, elles ne diminuaient pas sensiblement par la présence des corps qui avaient j[>aru les arrêter dans les premières expériences. Enfin, à partir du moment où le pendule fut en repos, je le tins encore un quart dlieure au- dessus du mercure, sans qu'il se remît en mouvement. Penrlant ce temps-là, et toujours à mon insu, on avait interposé ou retiré plusieurs fois soit le plateau de verre, soit le gâteau de résine. » Il conclut que la pensée d'un mouvement à produire peut mouvoir nos muscles, sans que nous ayons ni la volonté ni la connaissance de ce mouvement, et en dernière analyse, qu'il est facile de prendre des illusions pour des réalités. Il allait bientôt appuyer et étendre ses assertions dans un volume dont les méchants esprits, sans doute par vengeance, ont un peu brouillé les feuillets. Cette communication et l'opinion de M. Arago, exprimée quelques jours plus tard dans l'Académie, confirmèrent plusieurs personnes dans leur doute, et ramenèrent tous ceux qui ne s'étaient pas beaucoup avancés. Les tables tournèrent, du reste, comme si M. Ghevreul et M. Arago n'avaient rien dit.
La Société royale de Londres écouta une convmunication là-dessus. L'illustre physicien M. Faraday s'était persuadé que le mouvement de la table venait du mouvement des mains des opérateurs, mouvement dont ils n'avaient pas conscience ; il se proposa de le leur rendre sensible. L'appareil consistait en quatre ou cinq plaques de carton très-lisses, unies entre elles par du mastic à demi dur, la plaque inférieure fixée de même façon à un morceau de papier de verre, qui était sur la table ; quand la table eut tourné, il enleva ses disques et montra que les supérieurs avaient glissé sur les inférieurs dans le sens de la table même. L'impulsion partait donc des mains et retardait en s'éloignant. Une autre fois, c'était une ieuille de mica. Le mica collé à la table, elle tournait; le mica libre, elle ne tournait pas. Pour achever sa démonstration, il inventa un appareil dont nous donnons l'idée principale. Une longue aiguille très-légère porte sur une tige, qui la divise en deux parties très-inégales, comme un levier ; . elle appuie sa courte branche sur un disque de carton disposé comme précédemment. Le disque se déplace-t-il un peu, aussitôt l'aiguille tourne, et la longue branche considérablement. Dès que les opérateurs se mettaient à l'œuvre, la table étant encore immobile, l'aiguille tournait ; ils étaient