‹ Mesmer et le magnétisme animalChapitre 10 sur 10 · Astronomie populaire , tome IV, page · texte numérisé non relu

Astronomie populaire , tome IV, page

figurer dans ce livre toutes sortes de prédictions sur le beau et le mauvais temps et les événements de Tannée. Elle supprima donc ses prédictions; par malheur Talmanach ne se vendit plus, et il fallut les rétablir Tannée suivante.

C'est une jolie histoire, l'histoire de ce prédicateur qui parlait contre la loterie : « Parce qu'on aura rêvé, disait-il, trois numéros (et il les nommait), on prive sa famille du nécessaire et les pauvres de leur part pour mettre à la loterie. » Au sortir du sermon, une bonne femme s'approche de lui : « Mon père, dit-elle, j'ai entendu les deux premiers numéros; quel est donc le troisième? » Au surplus, c'est exactement ce qui arriva à Thiers, à propos de son Traité des superstitions. Il avait, dans la première édition, souvent retranché des remèdes superstitieux qu'il combattait certaines désignations essentielles. Dans l'édition suivante, il disait : « Cette précaution n'a pas empêché que, la première fois que ce traité a vu le jour, on ne m'ait accusé d'avoir fait plus de superstitieux que je n'en ai converti et désabusé, et d'avoir appris à bien des gens beaucoup de superstitions qu'ils ne savaient pas, et qu'il ne tient maintenant qu'à eux de mettre en usage depuis les leçons que je leur ai données. »

L'esprit humain doit se défier de lui-même, de ses ambitions et de ses impatiences. Il désire natu-

Tellement supprimer ce qui le gêne, l'espace, le temps, les obstacles de toute espèce ; connaître ce qui se passera dans l'avenir, connaître ce qui se passe, à un moment, hors de la portée de sa vue, par tout le globe, pénétrer les corps qui lui dérobent ce qu'ils renferment, ces chairs qui couvrent les organes, cette terre qui cache les sources et les métaux ; supprimer, dans les maladies et les jugements, la longueur et l'incertitude des remèdes et des informations. Ce désir est on ne peut plus légitime, car l'homme n'est pas fait pour de petites choses. Chaque jour, la science et l'industrie accomplissent en quelque partie ces vœux. La vapeur, l'électricité, les machines, l'observation, suppriment tous les jours un peu plus du temps, de l'espace, de la peine et du doute; la médecine reconnaît à des signes extérieurs l'état des organes intérieurs, et fournit une sorte de clairvoyance ; elle ne guérit pas toutes les maladies, mais elle en guérit ou atténue un grand nombre, et fait sans doute des progrès. L'observation de la physionomie et du langage décèle les pensées. Le bon sens et la pénétration appliqués aux procès découvrent, dans le rapprochement des circonstances, les indices de faits essentiels. La géologie enseigne la constitution interne du sol, et, secondée par des observations locales, indique sûrement en bien des rencontres

les sources cachées. Enfin la raison calcule dans une foule de circonstances les chances des événements futurs, et souvent prévoit avec une justesse admirable.

Voilà ce que fait la science avouée : elle est modeste, même dans ses jours de grandes espérances, car elle sait d'où elle est partie, combien elle a travaillé pour faire le chemin qu'elle a fait, et combien il lui reste de chemin à faire encore; elle sait même, elle sait très-bien qu'elle n'arrivera jamais à supprimer tous les obstacles : que, quoiqu'elle se vante de supprimer le temps et l'espace, il restera toujours un peu de temps et d'espace; que, si elle épargne du travail, il restera toujours un peu de travail ; que, si dans les informations du passé, les observations du présent et les calculs de l'avenir, elle réduit les chances d'erreur, il restera toujours quelque chance d'erreur.

Pendant que la science des savants travaille ainsi, il y a à toutes les époques une science occulte qui la méprise et vise plus haut : elle prend en pitié la raison qui rampe; elle, elle veut voler; elle prétend que tous les obstacles tombent par enchantement! elle voit d'un coup d'œil le passé, le présent et l'avenir, la surface et les entrailles des corps vivants et de la terre, et les pensées au fond de l'esprit; elle voit les crimes, les maladies et les

remèdes, et cela non pas par des lueurs, comme fait la plus claire science humaine, mais dans la pleine lumière, à la façon de Dieu. Est-elle ce qu'elle dit? Nous le désirons de tout notre cœur : nous tenons à savoir, à pouvoir, et nous ne tenons pas le moins du monde à travailler; nous aimons mieux savoir infiniment et pouvoir infiniment avec infiniment peu de peine, que de prendre tant de peine pour savoir et pouvoir si peu. Mais si ce qu'on nous donne n'était qu'illusion; s'il en était de cette fortune comme de ces belles pièces d'or, que, selon la légende du moyen âge, le diable donnait à ses favoris, et qui entre leurs mains se changeaient en feuilles sèches, comme il vaudrait mieux une obole de cuivre que cet or-là, il vaudrait mieux aussi pour l'esprit humain sa pauvre fortune au soleil que tous les trésors des rêves.

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