‹ Mesoncelles-en-Brie (dépendance de l'Abbaye de Saint-Denis). Abeilard et HéloîseChapitre 11 sur 21 · INSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS

Les ancieDS semblent dire aux nouveaux : « Faites mieux si vous pouvez. »

[,es derniers noms inscrits sont ceux d'Aubry, Bouchet, Etienne Gazannois, Brulefer, et ceux qui les portent vivent encore, vieux patriarches nés avec le siècle.

Tout passe ! Tout renaît !

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L'étang.

L'étang en fer à cheval, pavé par les moines en certains endroits pour y faire circuler les chariots au moment des pêcheries, est semé de deux îles plantées de grands arbres, et enserre de ses deux bras les vergers, aux murs tapissés de hautes treilles et d'espaliers dorés, et pleins d'arbres à fruits en pleine terre.

Au soleil couchant, il longe le parc.

On peut s'y promener en bateau à vapeur.

Les poissons de différentes espèces y abondent, et on y remarque la carpe dorée.

On raconte qu'un jour le roi Stanislas fit mettre sur la table de Louis XV des carpes de son pays.

Le Roi les trouva si bonnes qu'il en fit venir de Pologne^ et, pour les conserver, ordonna de creuser les étangs royaux d'Epernay.

Dom du Biez, grand Prieur de Saint-Denis, aurait alors obtenu du Roi l'autorisation unique d'en transporter quelquesunes dans l'étang de Mesoncelles où bientôt elles pullulèrent.

Si jamais lléloïse et Abeilard n'ont eu que l'idée de se jeter dans l'étang de Mesoncelles, en 1848, deux jeunes fiancés, que les parents ne voulaient pas laisser se marier, s'y précipitèrent et s'y noyèrent.

Lejeune homme, fils du garde de Morillas, s'appelait Damas Bordelais: la jeune fille, Ancelin, enfant d'un ébéniste.

Avant de mourir, ils s'étaient attachés corps à corps avec leurs longues chaînes de montre d'or et leurs mouchoirs.

L'empreinte de forts talons, enfoncés dans la terre, sur la

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berge, prouvait, que l'homme avait dû, au moment suprême, faire effort pour entraîner sa fiancée.

En 1892, l'étang fut curé en parties et à grands frais. La vase fut employée à rehausser les îles.

Des \S ou 20 étangs des moines, qui occupaient une si vaste superficie, et dont le plus grand était celui de Saint- Denis, prés la Loge-au-Bailly, l'étang de Mesoncelles est le seul que les siècles aient conservé. Les autres sont devenus d'excellentes terres labourables ou de gras pâturages.

Le Parc.

Le parc bien dessiné et aménagé pour la chasse, comprend deux grandes prairies qui sont à droite et à gauche de l'étang, et où, dit le Livre vert, « le bétail ne peut converser depuis « la my quaresme jusqu'à la Saint-Remy, réservés encore le « jour de Pasques avant le service, le jour de Pasques Flories, 0 le jeudi absolu, le vendredi Benoist, la veille de Pasques, « autrement chascune beste devroist cinq sous d'amende à a Monseigneur. »

En avant un bois bien percé, le « Clox aux conins » ou lapins, le tout d'environ 40 arpents.

Clos de murs et de haies vives, il est entouré presqu'entièrement de plaines. Malgré la coupe de gros arbres qu'on y fit en 1888 (M. Bayard en vendit pour plus de 40,000 fr.'i, une belle futaie y subsiste encore.

A cette époque, un bûcheron nommé Blutet, de la Haute- Maison, découvrit au pied d'un vieux frêne, un vase de terre cassé et un grand nombre de pièces d'or et d'argent. Ces pièces avaient été traînées par les rongeurs un peu dans toutes

les directions sous terre. Beaucoup élaient du xvc siècle. El il y eut d'autres trésors de trouvés.

Mais M. Bayard déclara que tout ce que les ouvriers rencontreraient sous leurs pioches était à lui seul. Dès lors, on n'eut plus que de vagues renseignements sur les découvertes.

C'est à peu près à celte époque que Mme Caïva, la célèbre chiromancienne, obtint du ministère des Beaux-Arts, un crédit de 10,000 francs pour faire des fouilles dans l'abbaye de Saint-D,nis, à Saint-Denis. Elle prétendait savoir où étaient les trésors laissés par Tabbaye et qu'on n'avait jamais retrouvés.

On sait ce que devinrent les 10,000 francs et ce que produisirent les fouilles.

Mais ce qu'on sait moins, c'est que Mme Caïva revint à la charge auprès du Gouvernement assurant que si le trésor n'était pas à Saint-Denis, il était à Mesoncelles. Elle demanda donc un nouveau crédit pour aller à Mesoncelles.

Il y a deux ans, lors de la démolition de la ferme, un traité fut fait avec les entrepreneurs et les ouvriers en cas de découvertes, mais on ne découvrit rien.

Au coin de l'étang se trouve un rond-point de 20 chênes, plusieurs fois séculaires, au milieu desquels lesmoines venaient s'exercer à la parole que les habitants, curieux de s'instruire, accouraient écouter furtivement.

La parole semble avoir été toujours un charme attirant pour le briard. Est-ce parce qu'il a entendu la voix d'or d'Abeilard, la voix de tonnerre de Bossuet, et de tant grands orateurs ?

L'automne dernier, je me trouvais par hasard dans une

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réunion publique où le candidat aux élections législatives, Delbet, parlait. Il avait un auditoire nombreux et serré. A la sortie, je demandai à un groupe de braves gens ce qu'ils pensaient du discours plein de talent que nous avions entendu.

« Ah! nous répondirent-ils, nous, nous n'y avons coinpris goutte. Seulement on sent que ça doit être bien dit et bien beau. Ça chante comme de la musique ».

Ce n'était pourtant pas la vieille chanson de Jaurès. Que le député de Seine-et-Marne, à qui je n'ai jauiais parlé, me pardonne ce souvenir.

A l'extrémité de l'étang, près de la route de Faremoutiers, un hêtre comptant plus de quatre siècles, derrière lequel se cacherait une famille, étend ses rameaux dans les nuages.

Presque tous les noms des habitants sont gravés au couteau dans son écorce avec les dates les plus lointaines.

Le gros chêne de Morillas et le gros hêtre du parc sont les deux plus beaux arbres de la contrée.

ïiien des ouvriers travaillèrent au parc et à l'étang, mais je manquerais à la reconnaissance due aux braves serviteurs en ne saluant pas, en passant, Houbé père, les frères Gallois, Penet, qui ne cessèrent d'y mettre leurs soins.

Houbé, l'automne dernier, fut victime d'un accident sans conséquence aucune, mais qui eût pu être grave. Il reçut à la jambe, par inadvertance, la décharge d'un canon avertisseur destiné aux malfaiteurs.

La chasse du parc et terres du château est confiée à Alexandre Brunet, homme de tact et de devoir qui se trouve avoir sous sa surveillance presque tout l'ancien domaine abbatial. Garde attentif et sûr de M. Ghartier, de Chessy, il entretient particulièrement dans les bois de Morillas une des chasses à tir les plus giboyeuses de l'arrondissement.

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Le château, avec son étang et son parc, est une des plus belles demeures de ce coin de la Brie, si riche en sol et en souvenirs, et il n'a rien de banal.

L'ancien prieuré de Vauxluisant, près de Sens, et labbaye de Gif, dans la vallée deChevreuse, ont certaines ressemblances avec Mesoncelles.

Du reste, Gif était très fréquenté des abbés de Saint-Denis fjui lui servaient une rente et la comblaient de leurs largesses et dons gratuits (de gratiis et eleemosynœ) .

« L'abbaye de Gif, dit Félicie d'Ayzac, était cachée sous les châtaigniers de la belle vallée de Ghevreuse, mais sa trace est bien effacée de ce sol, toujours enchanté. L'aspect de ce frais paysage a subi plusieurs changements : la charrue a fertilisé la place où l'abbaye détruite projetait l'ombre de ses tours; les forêts qui l'environnaient laissent la vallée découverte et en font -m liane des coteaux la plus magnifique décoration : de riants châteaux de plaisance émaillent peu à peu ce site, l'un des plus charmants du pays; et de fastueux équipages sillonnent, dans les jours d'été, cette splendide contrée pleine du grand nom de Suger, qui l'arracha à l'oppression et qui se plaisaii à fouler ses poétiques solitudes. Que de fois de hauts barons, des chevaliers, des voyageurs, d'humbles et pauvres pèlerins, les uns égarés dans les chasses, les autres las ou affligés vinrent frapper à la porte de Gif dont l'hospitalité s'ouvrait pour les grands de la cour comme pour les plus déshérités des biens de la terrel »

Gif n'a pas passé en des mains profanes. Gif appartient aujourd'hui à une (emme, grande par la grâce, grande par le talent, grande par le cœur, Madame Adam (Juliette Lamber).

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L'Église.

L'église de MesoDcelles- en-Brie, sous les vocables de Saint-Sulpice et de Saint-Denis, fut commencée à la lin du xii« siècle.

Elle est plus qu'une église de campagne et témoigne bien de la présence des bénédictins de Saint-Denis.

Grande, vaste et belle, elle est aujourd'hui restaurée à neuf.

Son clocher, à rextréniilé occidentale du bas côlé nord, est carré, haut, effilé.

Au sommet de son toit de donjon, le coq et l'oriflamme tournent à tous les venls.

Sur SCS quatre faces, quatre fenêtres jumelles en ogives et au-dessous quatre autres simples.

Sur la face ouest, une horloge sonnant les heures et les quarts.

L'abside est carrée, soutenue |)ai' de nombrcu.x éperons à doubles ressauts et éclairés par trois fenêtres bien dessinées, celle du milieu, plus haute et plus large que les deux autres, que M. Anatole Dauvergne appelle justement le Triplet, comme dans les églises des commanderies de l'ordre du Temple et de Malte.

Le chœur et les nefs du chœur sont voûtés avec arceaux torses retombant sur des colonnelles appuyées sur de fortes colonnes aux chapiteaux artislement fouillés.

Remarquable surtout le chapiteau à feuilles d'Acantes de la colonne basse de droite, la plus ancienne de toutes.

Mais les deux grandes nefs ont maintenant de vulgaires pla-

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fonds de salle d'auberge, car l'église n'a plus que deux grandes nefs ; la troisième, la grande nef du nord, brûlée en 1676, ;P'a pas été refaite. Elle fut murée sur la ligne des colonnes qu'on aperçoit encore en saillies.

Il ne reste donc que les deux tiers de ce côté d'église.

Le samedi avant le 28 août IG76, lit-on dans les archives du Baillage de Mesoncelles, un incendie se déclare chez François Laloueite, tisserand, brûle sa maison, et^i à 25 travées voisines, partie de Téglise et du clocher; les cloches ont été fondues.

Le curé était alors Jacques Le Marier. « Puis dix ans après, en 1686, un procès-verbal de J. Goutiu'e, maçon, et René de la Noue, charpentier, constate la chute de deux travées des voûtes du bas-côté u suite du feu qui a calciné les murs, le 22 août

K La tout est menacée de même, si les habitants n'y remédient. »

L'église est donc alors reconstruite, et plus tard, en 1722, Augustin-Ambroise Opoix, curé de la paroisse, fera réparer aussi son presbytère et les bâtiments dépendant de la cure.

Ces plafonds blancs, droits, nus et froids, jurent étrangement avec le reste.

Le plâtre est la passion malheureuse du maçon briard. II on met partout.

Il ne veut pas comprendre que dans son pays surtout, quelque peu humide, il ne lient pas et qu'il n'est pas fait pour bàiii-. Seulement, il est facile à employer et cache vivement, pour un instant, les oublis ou les défauts de l'ouvrage.

Le plâtre, c'est le zinc du bronze. Les architectes devraient -bien le proscrire.

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Au sanctuaire, une clef de voùle tombante, délicatement travaillée, représente une couronne d'oves soutenant, à l'est, un écusson aux armes, je crois, des Hidrequan. « Parti des mcrleltes (4 ou 5) trois quenouilles en pal. »

En avant, sur un coin de pierre, une date gravée sur une petite lame de fer, 1548.

Cette date n'est pas celle de la construction de l'église, comme on le pense souvent, mais celle d'une restauration de ses voûtes.

Deux chapitres : la chapelle sud, refaite au xvi" siècle, elle a une clef de voûte italienne en écu avec 4 rocs 2 et 2, 1 fleur de lis en cœur.

Deux statues en bois : l'une de Saint-Denis, sa lête à la main, du xv^ siècle ; et l'autre, de Sainte-Elisabeth, avec une couronne de 1er. Mais elles ont disparu.

Cette chapelle, autrefois chapelle Saint-Denis, est consacrée à la Vierge, et fut longtemps ornée par une mère malheureuse, M'^e Pages, en souvenir d'une jeune fille chérie.

La chapelle nord, refaite également au xvr siècle, est plus abîmée encore. C'est la chapelle de Saint-Sulpice.

La clef de voûte représente un évèque debout, crosse, mitre.

Sur la console de l'arêtier sud est sculpté un ange portant un écusson du xv» siècle.

Deux fenêtres de chaque côté des chapelles, deux au sud, deux au nord, de petits vitraux blancs ordinaires en losanges.

La grande fenêtre du fond avait encore, il y a quelques années, des vitraux anciens et, au centre, un écusson : d'azur au chevron d'or accompagné de trois molettes d'argent ; deux en chef, une en pointe, et autour des couronnes et des fleurs de lis d'or entremêlés sur fond noir. Où sont-ils?

Au mur, en face, est "accrochée une petite statue d'évêqiie trouvée saus tête. Pour 25 fr., ou lui en lit taire une et on lui donna le nom de Saint-Sulpice.

Sur Tautei, une statue de Notre-Dame de Lourde, neuve, en plâtre peint, sans valeur.

Les curés laissent trop souvent les soi-disant dames de charité remanier, à leur guise, les chapelles.

Ce n'est pas parce qu'elles payent que des mains bourgeoises et sans goût doivent pouvoir rendre méconnaissables des lieux saints, purs de style, dignes d'admiration, et qui appartiennent au pays et non à telle ou telle personne.

Au mur du bas, côté nord de la grande nef, la statue d'un religieux bénédictin de Saint-Denis, du xiv= siècle, en grand costume de chœur, assez bonne mais repeinte, et, à côté, un mauvais portrait de Louis XV avec sceptre et manteau royal, apporté du château dans l'église et mis avec les saints par M. Bayard qui le prit et le fit prendre, o dérision ! pour Saint- Louis. Mais il paraît qu'on vient de l'enlever. Il a blessé assez longtemps la vue.

A côté de la porte du clocher, la cuvette des fonts baptismaux, en marbre rouge et blanc moderne, mais jolie.

Au mur sud, grande nef; à côté de la porte, un grand tableau ancien, l'Annonciation. Le cadre est beau.

Un autre tableau représentant Saint-Sulpice, évêque de Bourges. Un ange, aux ailes déployées, lui parle.

Deux tableaux, de chaque côté de la chaire : la Naissance du Christ et la Résurrection. Les cadres anciens sont beaux.

Puis, un chemin de croix, don de l'abbé Blondelot, curé de Mesoncelles, ancien engagé dans les ambulances militaires, en 1870.

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A droite, au-dessus de la porte d'eulrée, une ancre en bois sculptée par un marin, ex-voto^ déposée là par une mère.

Dans ces pays-ci, ces emblèmes de marine sont si rares qu'il faut les citer. Les murs des églises des bords de l'Océan eu sont couverts.

Le cierge Pascal, donné par les religieux de Saint-Denis, au siècle dernier, est décoré de fleurs de lis d'or sur azur.

11 y avait, autrefois, plusieurs tombes dans l'église, lombes de seigneurs, curés ou bienfaiteurs, mais elles n'ont guère été respectées non plus.

Une grande, effacée, du xv^ siècle.

Une seconde, à l'entrée du sanctuaire, sous la lampe, est de 1313.

Ou y lit :

CY GIST MKS.

SIKE PlEUniiS P. PIER, CUREZ : DE :

MESONCELLES : Ql!.

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