‹ Mesoncelles-en-Brie (dépendance de l'Abbaye de Saint-Denis). Abeilard et HéloîseChapitre 20 sur 21 · MESO.NCELLES-EX-BRIE · texte numérisé non relu

MESO.NCELLES-EX-BRIE

Au lendemain de sa nomination, il écrivit que bien que naturalisé (I), il élail le meilleur des patriotes et en donnait pour preuve le don de vieilles médailles que fil aux Beaux- Arts, son père, remarquable collectionneur de Belgique.

Mais nous autres, monsieur, ce ne sont pas des vieux sous que nous donnons à notre pays, c'est du sang.

On pourrait s'étendre plus longtemps sur ce politique de village. Je ne citerai qu'un de ses derniers actes :

Une habitante de Mesoncelles, la veuve d'un maréchal-deslogis de gendarmerie, incorporé dans l'artillerie, en 1870, et tué à Tennemi, sous les murs de Paris, k la tête de sa batterie, touchait, depuis des années, du ministère de la guerre, un modeste secours, bien inférieur à la pension qui lui était due.

Restée après le siège, seule avec un enfant, abîmée dans la douleur, elle ne pensa pas, dans les délais voulus, à faire rcgulariser sa pension. Mais les ministres, depuis plus de vingt ans, tenaient à cœur de montrer qu'ils n'oubliaient pas le sang versé pour la Patrie, et l'avaient inscrite d'oflice pour une somme très faible, très insuffisante, mais la seule dont ils pouvaient disposer.

Cette femme l'acceptait comme un honneur: c'était sa gloire à elle d'aller toucher l'argent du vieux soldat mort au feu, et, quand le maréchal-des-logis de gendarmerie de Goulommiers lui apportait le petit bon de l'Etat, une grosse larme roulait sous ses paupières, elle voyait eu lui l'image du mari et du père tombé sous le drapeau.

Eh bien, le naturalisé de Witte, de Wommelgheni, l'a fait

(I) Réveil de Coulommir7's,no\. 1893.

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secrètement rayer, me Saint-DomiDiqiie, prétendant que la fille, propriétaiie, la mère était riche, comme si un maire ne devrait pas se féliciter de trouver encore des gens pour acheter des terres. Mais voilà, ces terres, lui, il les voulait.

Heureusement que le ministre de la guerre, indigné, a remplacé le don blessant par le paiement de la dette.

La pension, due depuis 1871, sera payée désormais à la veuve du Français.

Composée presque exclusivement de cultivateurs laborieux, aisés et riches, la population pourrait vivre en paix.

Il n'enest rien, depuis quelques années. La jalousie envieuse, la délation louche ont trouvé place dans le cœur de certains habitants, jadis inaccessible à tout ce qui n'était pas honnête et droit.

La chasse, particulièrement, attise les haines. Il y en a qui tireraient, sur leur père, sous la peau d'un chevreuil.

Ils ont un permis, un fusil, tout est à eux. Ils sont les maîtres. Ils tueraient vos poules dans votre basse-cour, s'ils osaient.

Ils parlent des seigneurs d'autrefois et ils sont autrement tyranniques qu'eux. Les seigneurs avaient aussi des charges.

Peuple, si jamais lu tombes au pouvoir de ces gaillards-là., tu en verras de belles !

Sous la blouse du braconnier, il y a toujours un malfaiteur et le malfaiteur est doublé d'un sot : il croit travailler à son profit, il ne travaille qu'à sa perte.

Je ne dirai pas de Mesoncelles ce qu'on dit d'un petit pays du Berry, appelé Néronde :

Néroiide, Ron pays, Scheli monde.

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Non ceiies, noo, mille fois non, car si on extirpait de la commune deux ou trois alcooliques braillards, deux ou trois hypocrites prêts à toutes les vilenies, tout rentrerait dans le calme.

Quelle est la cau^e de ce manque de fraternité? — En grande partie de son maire, qui a soufflé le vent du nord.

Oh! c'est partout ainsi, dira-l-on, d'accord, mais plus ou moins.

Heureusement que le vieux sang des Gaules coule dans les veines des Mesoncellois, si celui de leur chef n'en est pas.

Intelligents amis du progrès, ils ne voudront pas que leur commune, sans cesse agitée, divise plus longtemps la grande famille qu'elle doit être, ils ne voudront pas plus de maîtres que de politiciens remontés ou à gages, venant débiter dans les rues et les cabarets l'illusion grossière ; génération nouvelle élevée dans les écoles, qui, malgré le dévouement de l'instituteur, ne peuvent lui donner que la demie instruction qui lui fait quitter la blouse pour la redingote, et la jette dans la grande ville, où elle crève de faiin.

Elle est convaincue qu'avant elle la Fi'ance n'était peuplée que d'iml)èciles.

C'est pitié d'entendre, ces jeunes, qui savent à peu prés lire, écrire et compter, avec un peu d'histoire dont ils ne se rappellent que les droits du seigneur ou les dixnies, — impôts moins lourds assurément que ceux de nos jours, — mépriser l'ignorance et la crédulité de leurs grands parents, comme si les jeunes valaient mieux ou faisaient mieux que les vieux.

Et ce qu'il y a d'écœurant, c'est de voir ces vieux écouter, boire les paroles de leurs enfants à qui ils ont donné, en se privant, une instruction qui ne sei'l qu'à les empêcher de tra-

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vailler sérieusemeot, à leur faire dire des monstruosités ou à leur faire coofeclionner les bombes à mèche ou à renversement.

Quand l'un d'eux a dit : mou droit, il semble avoir tout dit.

Ton droit? — Ton droit ? — Mais c'est celui de manquer de tout, si la société bourgeoise et repue ne te donne pas de travail ou si tu ne veux pas en trouver.

Les bons, les intelligents parlent moins de leurs droits et plus de leurs devoirs.

Je ne suis ni un anarchiste ni un retardataire, je suis un épris de justice, haïssant l'injustice, comme tous ceux qui en ont souffert, mais je ne puis m'empêcher de trouver, fort à propos, la réponse de M. Fontaine, qui travailla avant d'être millionnaire, et qu'on venait quêter pour l'achat de nouveau)( livres d'école:

« Des livres de science, dit-il, mais les enfants en ont de trop.

Je donnerais bien mille francs pour construire un établissement où on leur apprendrait à faire les fromages de Brie, mais je ne donnerai pas un sou pour ajouter un livre à la pile de ceux qu'ils ne peuvent déjà plus porter. »

Les Mesoncellois ne sont pas religieux, mais ne sont pas athées.

Le curé a renoncé à attirer à l'église ses paroissiens qui n'y entrent guère que pour baptiser et marier leurs enfants, pour enterrer les parents ou les camarades.

D'un bout de l'année à l'autre, le dimanche, il y a le curé, le bedeau, quatre ou cinq femmes qui pleurent un des leurs, autant de jeunes fdles, et c'est tout.

Rien n'est triste comme une église vide, le dimanche.

Le travail, les champs, l'indifférence en sont les principales causes.

On dirait, ici, que l'homme qui a souvent la tête baissée vers la terre, n'éprouve pas le besoin de la lever vers le ciel.

Millet, avant de faire son Xngeltis, n'a certainement jamais été en Brie.

En 1583, Mesoncelles fit partie des processions Blanches, instituées par Henri III.

Il envoya une délégation de pèlerins à la basilique de Saint- Denis qui en reçut, ce jour-là, 7,000 vêtus de sacs de toile blanche.

Les villages arrivaient en masse, souvent leur curé en tête, sous la bannière patronale.

Ces temps de ferveur et d'enthousiasme sont loin !

Certes, il faut laisser les gens libres, comme il faut laisser libre le curé dans son église, l'instituteur dans son école, le maire dans sa mairie. Mais il est intéressant de remarquer que c'est dans les pays, autrefois les plus religieux, les pays de congrégations, de monastères et d'abbayes, où la foi est la moins vive.

Saint-Denis n'en est-il pas la preuve absolue?

Pour le bien de la religion, je suis de ceux qui ne voudraient plus voir de curés habiter dans les vdlages.

Tous seraient réunis au chef-lieu de canton, dans une grande habitation, sorte de ce; •!.: religieux ou de monastère moderne, où ils trouveraient loiil ce dont ils auraient besoin, tout ce qu'ils pourraient désirer pou r le corps et l'esprit ; grande aisance, grand parc, grande bibliothèque, grande liberté.

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Le dimanche elles jours fériés, chaque curé viendrait dans sa paroisse dire la messe et les vêpres, recevoir et écouler, de telle heure à telle heure, les visiteurs dans la sacristie ou dans tout autre local, réservé et fourni par la commune, puis il reprendrait le chemin de son phalanstère.

A son arrivée, comme à son départ, il ferait la chirilé. Quand on aurait hesoin de lui, dans la semaine, pour uu moribond, uu baptême, un mariage, un eulerrciiienl, une cause quelconque, on le préviendrait et il accourrait.

Un service organisé de chevaux et de voitures, à la maison même, se tiendrait toujours à sa disposition pour le ti'ansporter à la paroisse qui le demande.

De celle façon, plus de ménage étalant les mille misères matérielles et morales de la vie qimlidienne. plus tle voisnage scabreux, plus de contact pénible, plus de bava dages, plus de préférences, plus d'insultes, plus d'entente ou de dissentiment avec le maire, l'inslituteur, l'adjoint ou les conseillers municipaux, plus de politique.

On ne verrait le curé que dans l'auréole de son ministère, là où ses ennemis mêmes lui doivent le respect.

On le verrait comme on voit son méJccin, son avocat, son conseil.

Celle question a été et est encore agitée à Home.

Les curés eux-mêmes seraient plus heureux. Au lieu de manquer de tout avec leurs 903 fr. (je parle de ceux qui n'onl que leurs 900 fr.), ils deviendraient presque riches, vivant en commun avec leurs appointements, et recevant cei'lainemenl plus de dons. El puis ils pourraient travailler.

N'est-ce pas cette vie qui a fait la supériorité du moine sur le curé.

1 1)1) MtSONCELLES-EiN-bHlfc:

Quant il riiabilation, le chef-lieu de canton no demandera qu'à la leur fournir; elle sera pour lui une source de richesse.

Je sais bien que celte existence n'irait pas à certains d'entre eux, mais ceux-là ne sont pas les meilleurs. En tous cas, ils sauraient à quoi s'en tenir en entrant dans les ordres. Il y aurait moins de paysans trempés dans l'encre. Je vois aussi la désolation de beaucoup de vieilles ou jeunes chàtelaines,^ qui n'auraient plus, trois lois par semaine, leur curé à dîner; mais leurs grincements de dents me laisseraient froid. , , Le curé n'est pas fuit seulement pour le château, il est fait surtout pour le pauvre. Le Christ allait aux mendiants avant d'aller aux riches.

Le prêtre ne doit sortir de son église que pour donner, donner encore, toujours donner, secourir, consoler celui qui cherche là-haut la justice et Tespérance, ou pour se défendre.

A loi les lèves cVor, o sublime espérance !

Prends Ion vol du bonheur, céleste messagère, Hevêls ton long manteau d'aznr cl de liiniiôre

Pour aljriler le mallicnreux.

Va [)arloul où l'on prie et parloul où l'on jilcure Dans le [talais dn riche, en la pauvre demeure

Poiior lin sourire des cieux.

Sa tâche est alors la plus belle.

Depuis longtemps, la commune est administrée par un conseil municipal composé certainement de très honnêtes gens, mais qui croient avoir accompli tout leur devoir d'édiles, quand ils ont fait acte de présence à la mairie, approuvé les impôts écrasants que certains répartiteurs établissent selon la ligure des contribuables, et signé les comptes de la commune.

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D'iuilialive pour mieux eDtrelenii' les cliemius, pour en créer lie nouveaux, pour attirer le voyageur, le voisin des villes, pour augmenter le commerce, pour embellir, point. Certainement, si nous remontons à Adam, il a été fait beaucoup, mais ce beaucoup n'est pas assez.

Jetons les yeux sur les autres communes qui n'ont pas le passé de Mesoucelles, ni son étendue, ni sa situation, ni sa ricbesse, et nous verrons que la nôtre est en retard.

La plupart de ses maires ont été nuls, et trop n'ont fait que ce qui pouvait leur être agréable, comme les Burgraff, les Bayard, les Ménibus, les de Willc. Burgraff et Adolphe Bayard ont passé leur vie à faire redresser les roules qui les coupaient, à faire des échanges ou à planter des arbres rares chez eux. El ce sont eux, peut-être, qui ont le plus fait.

M. de JMénibus n'arriva à rien. Quand, il va une dizaine d'aunées, l'Etat proposa de faire toutes les routes que lui désignerait le Conseil municipal, moitié à ses frais, moitié aux frais de la commune, — et encore ces derniers frais attribués à la commune pouvaient-ils être payés par le département, — le général timide hésita et, finalement refusa. Ce n'est pas demain que pareille occasion se représentera.

Kt tandis que la Haute-Maison, commune bien moins iniportante que Mesoncelles, a toutes ses roules faites et bien entretenues, Mesoncelles en a peu et de mauvaises. C'est que le maire de la Haute-Maison, M. Rétif, ancien magistrat, était un maire intelligent, qui profila des ouvertures qui lui étaient faites.

Quant à M. de Wilte, il ne sut que faire refaire sa roule qui passe devant chez lui, et qu'il effondra pendant trois ans avec ses constructions. Les habitants la paient avec les conlribu-

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lions du « château de Clianlemerle » qui, comme bâtiment neuf, n'a lien à réclamer à son propriétaire pendant trois ans. Ses contril)ulions sont réparties sur la commune. 11 y a une route qu'une commune riche comme Mesoncelles doit faire au plus vile. C'est le Ironçori partant de la roule de Gonlommiers au sortir de Morilkis, allant direcleiiienl à Mesoncelles, Crécy, Yilliers-sur-Moi in, Co'iilly, Saint-Germain, EAAy.

Voilures et piétons, pour all?r de Coulommiers à Crécy ou de Coulommiers à Meaux, passent de chaque côté de Mesoncelles, par Sainl-Blandin et par Laborde, et non par Mesoncelles, le plus court.

Ils le tournent, allongeant leur chemin, sans le traverser. Le jour où cette roule simple et peu coûteuse sera faite, Mesoncelles reprendra forcément de l'importance. Il est peu de voyageurs qui ne s'arrêteront à Mesoncelles, et ce ne sont pas les auberges seules, qu'on le comprenne bien, qui profiteront de leur passage. C'est tout le monde, c'est la valeur du sol, c'est le pays.

Un pays ne vaut guère que parce qu'il est visité.

Et puis, pour les habitants de Mesoncelles, quel temps de gagné, pour aller à Coulommiers, qui est leur ville naturelle !

Il y a aussi les roules qui passent au a Chemin » et celles du haut du pays, qui devraient bien être refaites.

Ces besoins de Mesoncelles sont très connus du conducteur des Ponls-et-Chaussées, dont le savoir s'exerce depuis longtemps dans le canton, et son appui est assuré à une cause juste et ne demandant que peu d'argent.

Plus un Etal dépense, plus il est riche, disaitM.de Calonne. Cette théorie dangereuse pour une nation, fatale pour un particulier, n"est pas Ironipeuse pour une commune.

Ce n'est pas tout.

Autrefois Mesoncelles aurait pu avoir le chemin de fer plus près de lui. Il n'a rien fait pour l'avoir.

Voilà qu'une occasion de réparer l'insouciance de ses administrateurs d'alors se présente. On fait la ligne d'EsbIy à Grécy.

Pourquoi la commune de Mesoncelles et les communes environnantes ne s'entendraient-elles pas entre elles et, en fournissant une forte somme, augmentée de nombreuses souscriptions qui afflueraient, n'obtiendraient-elles pas de la Compagnie de l'Est que cette ligne d'Esbly à Crécy vint rejoindre la ligne de Coulommiers, le plus près possible d'elles.

Les Compagnies de chemins de fer se sont toujours prêtées aux vœux justifiés des populations, quand ces populations prennent part à leurs dépenses.

Ce n'est pas là une utopie.

Que des gens compétents et actifs s'eniparent de ridée,et ils sauront la mettre à exécution, le moment venu.

Alors Mesoncelles deviendra une petite ville.

Voyez la prospérité depuis si peu d'années de Marles-Fontenay, de La Houssaye-Grévecœur, d'Esbly, de Villiers-sur- Morin, pour ne citer que ces petits villages devenus des centres importants.

Mais la prière la plus chaude que j'ose adresser à Mesoncelles c'est d'élever une statue si petite qu'elle soit, une colonne, un médaillon au grand professeur qui vint enseigner sur son territoire, suivi du monde des sciences et des lettres de son temps, de tout un peuple, au grand penseur qui écrivit dans

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ses murs son chef-d'œuvre ; V Introduction à la Théologie, et qu'il ne quitta que pour entendre son livre condamné aux flammes et se voir jelé en prison.

Que de cités voudraient avoir été Mesoncelles ^

Dix communes sur les 36 mille de la France n'ont pas une gloire pareille à fournir.

Si Mesoncelles eût été pauvre, sûrement il aurait eu besoin d'évoquer son passé.

Son Abeilard eût été son Guillaume-Tell Et n'est-ce pas Guillaume-Tell qui commença la richesse de la pauvre Suisse, le plus beau pays, le plus visité du monde?

Avec quelle pompe le marbre d'Abeilard serait inauguré, sur la place, en face l'église, qu'il éclaira, qu'il défendit et qui le persécuta.

Sur le socle, ces mots gravés :

WESONCELLES-EN-BRIE A

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