À L'HONORABLE, SECRÉTAIRE D'ÉTAT POUR LE CANADA
MoNSIEUR.—J'ai l'honneur d'attirer votre attention sur le mémoire du Conseil Exécutif de la province de Manitoba, approuvé par Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur en Conseil, le 8 mars 1883, et transmis au Département du Secrétaire d'Etat, et dont une copie est annexée aux présentes. Dans le mémoire susdit, l’on exprime le désir d'obtenir une plus grande extension des limites de Manitoba, extension qui du côté nord, s'étendrait jusqu’à la Baie d'Hudson, et vers l’ouest, jusqu'au 102ème méridien. Pendant que nous en sommes à parler de l’extension de la province vers le nord, je voudrais particulièrement attirer votre attention sur le fait que ie peuple de Manitoba, tout en envisageant avec satisfaction le parachèvement de la route du Pa. fique Canadien, et en considérant cette route comme une nécessité interprovinciale, est cependant fortement enclin à croire que la construction d'un chemin de fer qui sedirigerait vers le nord jusques à un port quelconque sur la Baie d'Hudson, est pour lui d’une telle importance qu’il se croit jrstifiable de représenter fortement au Gouvernement l'opportunité d'envoyer aussitôt que possible en exploration une expédition dans le
but de reconnaître les époques les plus favorables pour
la navigation sur la Baie et dans les Détroits. Ces connaissances seraient d’un avantage incalculable aux colons de Manitoba et du Nord-Ouest en ce qu’elles leur permettraient de choisir la nature des poursuites agricoles aux quelles ils devraient s’adonner. Afin d'assurer le succès de cette entreprise, je me permettrai d'’insister auprès du Gouvernement pour qu'il s'occupe de ce projet immédiatement, ce qui contribuerait fortement à calmer les sentiments d'anxiété et de malaise qui règne parmi la population de Manitoba. L'opinion que la Baie d'Hudson et les détroits sont navigables tout le long de l’année fait du chemin rapidement. De fait, on regarde comme la saison la plus défavorable pour la navigation dans ces eaux les mois de juillet et d'août, justement l’époque où les vaisseaux en bois de la compagnie de la Baie d'Audson avaient coutume de faire avec succès leurs voyages pour l’importation des marchandises, et l'exportation des fourrures de
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la dite compagnie, et ces voyages étaient accompagnés d'un nombre d'accidents moins considérable que ceux dont jes autres lignes avaient à souffrir. Les résultats sérieux qui procéderaient d’une solution commandant la confiance, de la question de la navigation de ces eaux, de même que l'intérêt pris par la population de Manitoba et du Nord-Ouest dans l'avancement du projet du chemin de fer de la Baie d'Hudson, m'engagent à insister auprès du Gouvernement sur l'opportunité de donner immédiatement instruction à quelque vaisseau prêt à prendre la mer, à Halifax ou à quelque autie port de l'Atlantique, de se rendre dans la Baie d'Hudson par la voie des détroits, jusqu'aux environs du Fort Churchill sur les côtes ouest, et de revenir aussitôt pour faire rapport au Parlement avant la fin de la présente session ; ce voyage, d'après des informations que j'ai lieu de croire exactes, peut se faire dans l’espace de trois à quatre semaines.
Par rapport à la remise de l'administration des Terres Publiques et des terrains des écoles entre les mains de la Province, il serait inutile pour moi de récapituler les arguments contenus au Memorandum ci-annexé ; je me contenterai de dire qu'il existe dans la province un sentiment général, lequel a toujours existé, que les terres devraient être administrées par la Législature Provinciale, ainsi que cela existe dans toutes les autres provinces du Canada. Les délais sans fin que les résidents de Manitoba sont obligés de souffrir dans le règlement de leurs titres ont rendus plus vif le désir actuellement existant par toute la province pour que les terres soient placés sous le centrôle de la Province, de façon qu’ainsi tout colon aurait la facilité de soumettre sa cause au Gouvernement, sans encourir les dépenses d’un voyage à Ottawa. La majorité des colons étant composée de canadiens des anciennes provinces, où toutes les affaires se rapportant aux conditions des Homesteads, le règlement des titres, et tout le reste, sont décidés par les divers gouvernements locaux, sont d'opinion qu'ils devraient être placés sur le même pied qu'ils étaient et exercer les mêmes franchises qu'ils exerçaient dans la province dont ils viennent. L'anomalie qui existe sous ce rapport sera toujours, tant qu’on ne la fera point disparaître, une source de désaffection, et tendra à paralyser le développement de cette sympathie et de cette cordialité à l'égard des autorités centrales, qui sont si nécessaires dans toutes les confédérations ; et cette désaffection se manifeste déjà par les murmures de mécontentement qui se font entendre par toute la province.
Je serai heureux de rencontrer le Conseil Privé, ou quelque comité nommé à cet effet, pour discuter les choses
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contenues dans le memorandum susdit, et de donner de plus amples explications si nécessaire,
J'ai l'hoïneur d’être, monsieur, Votre obéissant serviteur,
J. NORQUAY.
L'Honorable Trésorier Provincial soumet au Conseil le rapport suivant en date du deuxième jour de mars 1883 : ‘ Nous sommes arrivés au temps où la nécessité d'obtenir une reconnaissance pratique des besoins financiers de la province s'impose, et ce fait oblige de nouveau le soussigné à remplir un devoir pénible : celui d'attirer l'attention de Votre Honneur sur l’anomalie de la position occupée par Manitoba au milieu des provinces de la Puissance.
La condition financière de la province a été, à maintes reprises, exposée aux autorités fédérales, et son inefficacité à rencontrer les besoins du gouvernement a été admise per l'augmentation périodique de ses octrois, et par le fait que nous avons dû tirer sur notre capital pour faire face aux exigences provenant de la colonisation, exigences qui, dans les autres provinces, sont rencontrées par des revenus provenant de sources correspondantes.
La perspective qui s'offre à la province de Manitoba n’est rien moins qu'encourageante, et pour la changer, ses
moyens de revenus devront reposer sur une base plus
satisfaisante que celle sur laquelle ils s'appuient maintenant; cette perspective est telle qu’elle enlève à notre province la possibilité d'atteindre cette position d’indépendance qui est dans l'esprit de la Confédération.
Telle ne devrait pas être notre position, et il commence à se manifester daus toute la province, parmi ceux qui consacrent leurs efforts au développement du pays par des entreprises privées, et l'investissement de capitaux, une certaine impatience de se voir soumis aux mêmes responsabilités d'administration, et aux mêmes impôts de douanes et d’excise, que les habitants des autres provinces, et de se voir cependant privés des revenus dont jouissent les autres provinces de la Confédération, et ce sentiment est d'autant plus intense que la population de Manitoba se compose en grande partie de citoyens venant des anciennes provinces, lesquels sont habitués à jouir de
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toutes les franchises garanties aux législatures provinciales par l'entière application de l'acte de l'Amérique Britannique du Nord.
Les terres publiques situées dans la province sont administrées par la Puissance, et les produits en dérivant vont au trésor fédéral.
Des appropriations considérables de terres publiques ont été faites par le gouvernement fédéral, dans Manitoba, pour aider à la construction du chemin de fer, et pour la colonisation ; il a été adopté une politique libérale à l'égard des terres publiques, et la conséquence en à été que la colonisation a marché à pas plus rapides que jamais auparavant, et l'énergie avec laquelle est poussée la construction du Pacifique Canadien et autres chemins de fer, est de nature à produire une condition d’affaires hautement satisfaisante et avantageuse pour la Puissance, mails embarrassante pour la province.
Ces faits ont déjà été exposés au gouvernement d'Ottawa, mais, soit faute de les apprécier dans toute leur étendue, soit qu’on ne crût point à leur existence, on s'est contenté de nous aider à franchir les difficultés du moment, sans adopter aucune mesure efficace pour faire face aux embarras de l'administration, embarras nés de l'état des affaires auquel il est ci-haut référé.
Ce qui nous est accordé pour rencontrer les nécessités du gouvernement est tellement en deça des vrais besoins, que notre position, si l'on prend en considération l'afHuence de la population qui devra s'établir dans Manitoba et y multiplier les dépenses, est loin d'être rassurante ; mais il faut tout de même y faire face. Une augmentation considérable de la population ne serait en vérité qu’un malheur déguisé, et la colonisation rapide de notre territoire serait tout le contraire d’un avantage; il serait impossible sous les circonstances présentes de rencontrer les nécessités toujours croissantes de notre administration, car notre revenu est tout à fait hors de proportion avec nos dépenses inévitables.
Avec la colonisation, suivrait nécessairement le besoin d'écoles, de chemins, de ponts, et d'institutions } ubliques tels que asyles, maisons de réforme, et prisons ; et pour ces besoins, l'augmentation de notre revenu provenant de quatre vingt centins par tête pour chaque habitant de la province, serait loin d'être suffisant.
Une limite est même posée à ve privilége: 400,000 âmes est le maximum de population sur laquelle une telle
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allocation peut nous être faite. Il suffit de mentionner ce fait pour démontrer combien il peut nous affecter. Ainsi, si Manitoba avait aujourd'hui une population égale à la population actuelle d'Ontario, notre province recevrait de ce chef à peine $320,000.00 tandis qu'Ontario recevrait du même chef la somme de $1,116,872.80.
En 1882 les terres publiques d'Ontario lui ont donné un revenu de $1,095,152,24. Manitoba au contraire, avec une étendue de terre correspondante ne retire 2bsolument rien ni des terrains, ni des mines et minéraux, ni des bois de construction, qui se trouvent dans son sein.—Le privilège d'administrer ces diverses sources de reveuu, pour des fins provinciales, devraient assurément nous être concédé.
Le sousigné soutient que l’on devrait étendre à Manitoba l'exercice des privilèges dont jouissent les autres provinces non seulement pour des raisons d'utilité, mais encore en vertu du principe plus libéral qu’en traitant Manitoba et les autres provinces sur un pied d'uniformité, il en résulterait un sentiment de loyauté envers la Puissance que la politique différentiel d'aujourd'hui contribue à saper par la base ! car tandis que l’on soumet les habitants de la province de Manitoba aux mêmes responsabilités que les habitants des autres provinces, en exigeant les mêmes droits de douanes et d’excise, on lui refuse, ainsi qu’il a été dit dejà, l'administration des terres non-concédées situées dans ses limites, et dont les revenus seraient utilisés pour des fins provinciales.
On a cité le cas de l’ile du Prince Edouard comme étant dans une position analogue à celle de Manitoba ; cependant, cette ile n’a point de terres publiques ; elle comprend à peine 2173 milles carrés, ou 1,340,720 acres ; et elle ne peut guëre espérer pouvoir donner asile à une population excédant de beaucoup celle d'aujourd'hui. Or le Gouvernement d'Ottawa lui a alloué la somme de $45, 000.00 par année pour tenir lieu de terres, et pour augmenter le revenu qu’elle retire de la Puissance sous le chef d'intérêt sur la dette, constituant ainsi un octroi de apital, et spérifique, et reconnaissant que ls terrains sont l’un des facteurs de la production des revenus nécessaires au maintien des Gouvernements provinciaux, et établissant, autant que les circonstances le permirent, une correspondance entre ses sources de revenus et celle des autres provinces de la Puissance. D'un autre côté Manitobs, avec une superficie égale à celle d'Ontario, et avec la perspective d’avoir dans un avenir rapproché une population aussi considérable, se trouve par rapport à ses besoins futurs, moins libéralement partagé que l'ile du
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Prince Edouard, la plus petite province de la Confédération.
Relativement au paragraphe dont suit la teneur, et que l'on trouve dans la dépèche du Secrétaire d'Etat à Son Honneur le Lieuteuant-Gouverneur, adressée d'Ottawa, et portant le date du 20 mars 1882 :—
“ Par rapport au second item, les Terres Publiques, j'ai “ à vous informer que Son Excellence en Conseil n'est “ pas prêt à permettre aucun changement relatif aux “ terres de la Puissance situées dans Manitoba, et l’analo- “ gœie que les délégués ‘aperçoivent entre les terres pu- “ bliques de certaines autres provinces et celles de Mani- “ toba, n’est pas, aux yeux de Son Excellence en Conseil, « exactement exposée, en ce que les autres provinces “ possédaient leurs terres avant la Confédération, et les “ ont apportées avec elles dans l’Union, comme leur “ propriété, tandis que Manitoba tout entier a été acquis “par la Puissance par l'achat qu’elle en a fait de la “ Compagnie de la Baie d'Hudson, et les terres de cette “ province devinrent ainsi la propriété de la Puissance ; et la position qu’elles occupent parait être à Son Excel- “ Jence en Conseil, la même que celle dans laquelle se “ trouvent les terrains des territoires des Etats-Unis, les- “ quels ne sont point donnés aux nouveaux Etats au fur et à mesure qu'ils sont créés, mais continuent d’être la
“ propriété des Etats-Unis.”
Le soussigné soumet respectueusement que durant les élections dernières qui ont récemment eu lieu dans la province, la question de l'acquisition des Terres Publiques a été discutée très amplement.
L'opinion unanimé des électeurs a été que la province devrait être placée sur le même pied, par rapport aux terres publiques situées dans Manitoba, que les autres provinces du Canada, par rapport aux terres publiques situées dans leurs limites respectives, sans tenir compte de la politique suivie aux Etats-Unis à l'égard des territoires admis au cours du temps, dans l'Union.
Le soussigné désire en outre attiré l'attention de Votre Honneur sur le fait que, à part le fort courant d’immigration qui devra, il a toute raison de l’entreévoir, se diriger vers Manitoba, et prendre possession des terres arables de la partie Ouest de la province, il y en aura aussi un grand nombre qui seront attirés vers la section Est par le développement des ressources minières qui y abondent, et qui déjà accaparent l'attention des capitalistes tant de la