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Message du grand chef au congrès de 1884 [microforme]

ILest VIEUX, Moravief le Grand Chef ton frère. Ses pieds incertains sont chancelants, comme les racines sans sève ef sans Vigueur du grand chène, qui va bientôt faire trembler la forêt du fracas de sa chute.

IT est BIEN VIEUX, Moravief! Ses Jambes n'ont plus l'agilité d'autrefois, pour atteindre et arrêter l'orignal dans sa course rapide,

ILest TRÈS VIEUX, Moravief! Son bras ne sait plus lancer la flèche meurtrière contre l'élan fugitif.

Il est TROP VIEUX, Moravief! Sa tête est desséchée comme les branches sans verdure de l'arbre séculaire, qui a cessé depuis longtemps d'ombrager les jeunes bois d'alentour.

Il est VIEUX, BIEN VIEUX, TRÈès VIEUX, TROP VIEUX, Moravief! Il fait Presque noir dans son œil, qui ne reçoit plus que de rares et avares rayons du grand astre.

Sœur Présidente, pour Moravief tout est VIEUX : le pied, la jambe, le bras, l'œil, la tête, C'est bic: près de la personne entière, Cependant, il y a, chez lui, une chose aussi âgée que les autres. mais qui a vieilli moins rapidement que le reste. Le cœur de Moravief est resté

LA

jeune pour aimer les beaux enfants, qui ont fait les délives de toute son existence,

Nœur Présidents, lorsque Moravief ne reparaitra plus aux conseils de la race Iroquoise, dans la cabane des fem. mes blanches de la prière, Grande Chèfresse, tu diras à tes guerrières : Il est mort, Moravief le Grand Chef mon frère, puisqu'il n’est plus ià pour présider le Grand Conurès !

Nœur Présidente, prête l'oreille. Moravief a vu commencer et finir bien des printemps ; il a vu se lever et se coucher de nombreuses lunes, dont il a dû subir les influences, comme les autres guerriers de ce monde. Il pourrait te compter, soleil par soleil, les guerres fréquentes qu'il a portées chez les tribus étrangères.

Sœur Présidente, Moravief pourrait te chanter, la tête haute et l'orgueil dans l'âme, des victoires glorienses pour ses guerriers ! Mais, hélas ! il pourrait te dire aussi, les larmes dans les yeux et les sanglots dans la voix, les ruineuses d'faites qui ont presque anéanti sa noble race des Hurons! Mais non, silence! Le Grand Esprit a voulu où permis ces désastres—c’était sinon le beau, c'était le bon, c'était le bien! Respectueux silence !

Nœur Présidente, Moravief ne veut pas se retirer du Congrès sans te raconter une toute petite histoire : mais belle, la petite histoire, parce qu'elle est celle de tous les guerriers qui ont été, qui sont et qui seront sur la terre. C’est l’histoire des premiers hommes qui ont vu naître la première aurore ; celle aussi des derniers survivants qui verront mourir le dernier soleil !

La voici, telle que Moraviel la tient des vieux chefs Hurons, s2s ancêtres :

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