MOX CHER GÉNÉRAL
Il y a un an, presque jour pour jour, nous nous rendions ensemble dans les ruines fumantes de Verdun, et là, devant un détachement de troupes qui, sous votre commandement, avaient sauvé celle glorieuse cité, je vous remettais la grand'croix de la Légion d'honneur et vous exprimais, avec les félicitations du Gouvernement de la République, la reconnaissance émue du pays.
Vous n'avez cessé, depuis lors, d'ajouter de nouveaux titres de gloire à ceux que vous aviez
déjà gagnés en défendant, avec les vieilles murailles de la ville lorraine, le lumineux symbole du droit et de la liberté.
Toujours animé du plus vif sentiment du devoir, vous avez maintenu, dans les armées françaises, une discipline réfléchie, une fermeté d'âme, une calme confiance qui sont les plus sûrs garants de la victoire.
Dans toutes les opérations que vous avez, dirigées, votre claire vision des difficultés, votre esprit de méthode, votre prévoyance attentive ont écarté les mauvaises chances et multiplié les bonnes. Le hasard lui-même sait que vous ne lui abandonnez rien et que vous l'assujettissez à la force de vos calculs.
Cet art des préparations savantes, à la faveur duquel vous ménagez si heureusement le sang des hommes, s'est, du reste, adapté, dès qu'il l'a fallu, aux exigences de la manœuvre rapide, et dans les derniers succès remportés par les armées alliées, la large part de l'armée française est due tout à la fois à la maîtrise personnelle du chef, à la valeur des officiers et à la bravoure des soldats.
En vous décernant la médaille militaire, le Gouvernement de la République a voulu vous honorer de la distinction dont il a pensé que vous seriez le plus heureux, de celle que peuvent seuls recevoir, en témoignage exceptionnel d'admiration, les commandants en chef, les sous-officiers et les hommes de troupe. L'augusLe et touchante image du général et du simple combattant rapprochés et
confondus dans l'honneur comme dans le danger est bien faite pour rehausser à vos yeux le prix de cette récompense nationale. Vous qui aimez le soldat et qui en êtes aimé, vous porterez avec une juste fierté ces insignes des braves (i).
Message à l'Amériqua pour l'anniversaire de la naissance de La Fayette et de la victoire de la Marne.
7 septembre 1918.
Le peuple français, qui se sent tous les jours plus étroitement uni au peuple américain, est très touché et très reconnaissant du chaleureux empressement que, cette année encore, les citoyens des États-Unis mettent à honorer le double souvenir de la naissance de La Fayette et de la victoire de la Marne.
La célébration simultanée de ces deux commémorations a maintenant la grandeur et l'éclat d'un symbole historique.
Sur la Marne, la France a défendu non seulement sa propre liberté menacée, mais les droits méconnus de l'humanité tout entière. Elle a été l'avant-garde des nations que l'impérialisme ennemi avait rêvé d'asservir. P^lle a donné au monde le temps de se préparer lui-même à la lutte nécessaire et elle l'a, par là, sauvé de l'esclavage.
(i) La réception du nouvel ambassadeur d'Espagne, S. E. M. Qxiinones de Léon, le 29 août 1918, est mentionnée dans les journaux, mais sans citation du texte des allocutions.
C'est également pour la liberté qu'avait combattu La Fayette aux côtés de Washington. Les noms de ces deux frères d'armes sont inséparables, comme sont à jamais inséparables le cœur de l'Amérique et celui de la France.
Si l'Amérique n'a pas oublié La Fayette, si elle n'a pas oublié Rocbambeau, de Grasse, La Luzerne, et tant de Français qui eurent la joie et la fierté de se battre pour elle à l'aurore de son indépendance, comment la France pourrait-elle oublier le merveilleux concours que lui apportent aujourd'hui tant de vaillants soldats américains?
Tous les jours, je suis témoin de leur magnifique entrain, de leur courage et de leur enthousiasme pour notre cause commune.
Au nom de la France, j'envoie à l'Amérique un message de fidèle gratitude et d'alîectueuse admiration (i).
Télégramme de félicitations sur la première étape des victoires américaines (a).
r4 septembre 1918.
S. E. le Président des Etats-Unis.
Je ne veux pas attendre" la fin des opérations engagées par l'armée américaine pour vous féli-
i) Le remerciement du Comité national américain et dn Comité de New-York pou» la célébration de l'anniversaire de I.a Fajetle à ce message du 7 septembre, a été publié par le Journal officiel du 16.
(31 Sur le voyage de M. et M°" Poiucaré à SaintMihiel (du iS au i6 septembre) voir le compte rendu olïîciel Journal des Di'hnts du 17 septembre.
citer, Monsieur le Président, d'une victoire dont la première étape est déjà si brillamment franchie.
Les magnifiques divisions du général Pershing, fraternellement secondées par les troupes françaises, viennent de libérer, avec un admirable entrain, les villes et les villages lorrains qui gémissaient depuis quatre ans sous le joug de l'ennemi.
J'exprime au peuple des Etats-Unis les vifs remerciements de la France.
Laissez-moi y ajouter l'expression de ma profonde émotion personnelle.
.J'ai représenté pendant un quart de siècle, dans les Chambres françaises, les régions aujourd'hui délivrées. Je sais mieux que- personne combien leurs populations sont patriotes, combien elles sont attachées au Droit et à la Liberté, combien aussi leur cœur est fidèle. La grande République sœur peut être assurée de leur éternelle gratitude (I).
Télégramme de félicitations pour les succès des Serbes.
i8 septembre 1918 (a).
.S'. A. B. le prince Alexandre régent de Serbie.
Je prie votre Altesse Royale de recevoir mes plus vives félicitations pour le magnifique succès
il) La réponse de M. Wilson est au Journal des DûImiIs «lu 20 septembre.
2) Un télégramme des Polonais des États-Unis et du Canada,
que viennent de remporter, en liaison avec leurs frères d'armes français, les vaillantes troupes qu'Elle commande. La victoire couronne en même temps à l'est et à l'ouest les efforts combinés des Alliés. La France est heureuse des exploits de l'armée serbe et adresse à votre noble patrie ses souhaits les plus ardents (i).
Réponse au télégramme de condoléances du roi d'Espagne sur la mort de M. Joseph Thierry, notre ambassadeur à Madrid (2).
Paris, 26 septembre 1918.
Sa Majesté Alphonse XIII, roi d'Espagne, Sa in t- Se bas tien .
Je remercie Votre Majesté et Sa Majesté la reine des sympathies qu'elles veulent bien m'exprimer à l'occasion de la mort du très regretté M. Thierry. Il a fidèlement rempli la mission qu'il avait reçu et que recevra tout ambassadeur de la République en Espagne, de maintenir les plus
daté de Détroit (Michigan) et signe John F. Saialski, a élé public dans le Journal des Débats du 18 septembre.
(1) Sur le voyage du 20 septembre au milieu des cantonnements de nos troupes dans les régions libérées, voir le Journal des Débats du 24 septembre. L'audience ollicielle de M. Montes, plénipotentiaire de Bolivie, remettant à lElyséc ses lettres de epéance est mentionnée au 22 .septembre. Voir, au 25 septembre, la visite de la Somme et du Pas-de Calais.
(2) Mort à Madrid le 22 septembre; un service fut célébré à Saint-Sébastien, le 25, en p»ésence du roi ; les obsèques se firent ù Marseille, le 28 (Journal des Débats du 3o septembre).
cordiales relations entre le Gouvernement royal et la France (i).
Télégramme de félicitations pour la victoire de l'armée belge.
29 septembre 1918.
S. M. le roi des Belges.
Au moment où s'allument, sur tous les points du front de grands foyers d'activité et où les troupes alliées rivalisent d'ardeur dans l'ofFensive, l'armée belge, fidèle à la cause commune, a tenu à honneur de prendre sa large part de la bataille engagée. Elle a, en quelques heures, remporté d'éclatants succès et libéré toute une zone du territoire national. Votre Majesté qui, aux heures sombres, n'a jamais désespéré de la justice et qui a donné à tous l'exemple de la constance et de la fermeté, peut voir maintenant l'aurore de la victoire éclairer le sol indivisible des Flandres belges et de la WîiUonie.
Je vous prie de recevoir, Sa Majesté la reine et Vous, mes vives félicitations et mes souhaits les plus chaleureux.
(il Le télégramme du roi d'Espagne se lit au Journal officiel du 23.
Télégramme de félicitations au roi Pierre I".
2 octobre 1918.
S. M. le roi de Serbie.
Au moment où la défaite bulgare et l'armistice qu'elle a entraîné assurent à la vaillante Serbie la libération de son territoire et la réparation des injustices subies, je me reporte par la pensée aux heures lugubres de l'invasion et de votre départ en exil. J'ai promis alors à Votre Majesté, au nom du Gouvernement de la Répui^lique, que jamais la France n'abandonnerait votre peuple martyrisé. Le concours militaire cpi'en exécution de cet engagement, nous avons apporté à la Serbie, d'accord avec nos Alliés, a établi entre nos nations une fraternité dont les effets bienfaisants se continueront dans la paix victorieuse. Je suis heureux de saisir l'occasion que m'offrent les communs succès de nos armées pour renouveler à Votre Majesté l'assurance de ma fidèle amitié.
Au roi de Grèce Alexandre I".
Les victoires remportées, sous le commandement du général Franchet d'Esperey, par les troupes grecques et alliées et la capitulation bulgare ont rempli de joie lo cœur de la France. Elles vont permettre à la Grèce de recouvrer les provinces qui lui avaient été ravies par la collii-
sion, l'intrig^ue et la trahison, plutôt qu'arrachées par la valeur de l'ennemi. Le peuple grec, que l'Allemagne avait essayé d'asservir hypocritement, a retrouvé, dès qu'il est redevenu maître de ses destinées, ses traditions, sa force et sa grandeur. Je prie Votre Majesté d'agréer, pour Elle et pour son noble pays, mes plus vives félicitations.
Au roi du Hedjaz Hussein pour ses félicitations sur la capitulation de la Bulgarie et la prise de Damas.
5 octobre 1918.
J'ai été extrêmement sensible aux félicitations que Votre Majesté a bien voulu m'adresser à l'occasion de la capitulation de la Bulgarie. Vous avez raison de voir dans cette défection d'un de nos ennemis un nouveau signe de triomphe définitif de la grande cause du droit et de la civilisation pour laquelle combattent tous les Alliés. La pri5*c de Damas à laquelle les troupes de Votre Majesté ont pris une part si brillante, est une manifestation non moins éclatante de la supériorité de nos armes et il m'est particulièrement agréable de féliciter Votre Majesté de la valeur dont ses soldats ont fait preuve aux côtés des troupes françaises et anglaises.
Texte des lignes autographes adressées au Directeur des Annales en l'honneur de la Jeunesse française pour le défilé de la classe 20 (20 octobre 1918).
Paris, le g octobre 1918.
Saluoiis ces jeunes gens. La classe 20, ce sera la classe de la victoire et de la paix.
La guerre les a vus passer de l'adolescence à l'âge d'Iiomme. Leurs cerveaux et leurs cœurs se sont formés au bruit du canon. Si quelques-uns d'entre eux viennent, par malheur, à tomber, eux aussi, sur les champs de bataille et à grossir le chiffre de nos morts, les survivants célébreront leur mémoire dans une France plus belle, plus grande, plus fière de ses enfants, aimée et admirée de tout le monde civilisé.
Visite à Laon, Saint-Quentin et Rohain.
Le mercredi 16 octobre 1918, le Présideat de la République était à Laon :
Là, l'uu des adjoints, M. Michaud, hii adressa une touchante allocution, eu exprimant le vif regret que le maire, M. Ermant, sénateur, enlevé par les Allemands deux jours avant la libération, ne fût plus là pour traduire les sentiments de la p)opulation.
M. Ermant avait laissé, le 11 octobre, à ses collègues du Conseil municipal, la lettre suivante :
« Mes chers amis, après de si longues épreuves, je suis enlevé de Laon, que je quitte avec vme indicible émotion.
<i Adieu du plus profond de mon cœur et, j'espère,
<' Au revoir.
(c Ermant. »
Le président de la République, en réponse à l'allocution
de l'adjoint, a flétri l'enlèvement de M. Er niant , nouveau crime qui s'ajoute à tant d'autres, et il a adressé à la municipalité et à la population des paroles de sympathie, d'espoir et de confiance . Il a dit combien la France avait pensé aux malheureuses villes dont elle était restée si longtem,ps séparée; il a dit que, tout récemment encore, il était venu au fort de Condé voir de loin les tours de la cathédrale de Laon.
Il a dit les succès de nos armes et la certitude de la victoire totale, puis il est monté avec le Conseil municipal dans la grande salle de la mairie que les Allemands ont vidée de ses meubles, comme ils ont fait à la Préfecture et dans beaucoup de maisons privées.
Télégramme à S. M. le roi des Belges. ^
i8 octobre 1918.
Ai-je besoin de dire à Voire Majesté et à Sa Majesté la reine combien je suis heureux de leur entrée triomphale à Ostende? Voici venir les jours de victoire et de joie dont nous avons si souvent parlé, avec une foi commune, dans nos conversations des longues heures sombres et tragiques. Je prie Votre Majesté de recevoir, avec mes chaleureuses félicitations, la nouvelle assurance de ma fidèle amitié.
A Lille.
ai octobre i9i8.
Lorsque le Président mit pied à terre, boulevard de la Liberté, devant la maison où se réunit la municipalité depuis la destruction de l'hôtel de ville, ce fut à peine s'il put se frayer un passage au milieu de la foule qui se précipitait vers lui. Ayant enfin pénétré dans le vestibule, il y trouva rassemblés, pour le recevoir, le Conseil municipal.
M. Delorv, député de Lille, resté en pays envahi, le recteur, révêquc, les fonctionnaires, les magistrats, etc.
M. Delesalle, maire, adressa alors au Président une allocution profondément émouvante, où il rappela les longues soulTranees et le magnifique courage de ses administrés, et où il remercia le chef de l'Etat d'être venu aussi rapidement leur donner un témoignage de sympathie et leur apporter les vœux du pays.
Le Président, profondément ému de l'accueil qui venait d'être fait, en sa personne, au représentant de la France, répondit à peu près en ces termes :
Mon cher Maire, mes chers Compatriotes,
Excusez-moi si la poignante émotion que je ressens à me trouver enfin parmi vous me laisse à peine la liberté de vous exprimer mes sentiments, ceux de MM. les présidents du Sénat et de la Chambre, ceux de MM. les ministres de l'armement et des régions liliérées, ceux des sénateurs et des députés qui ont tenu à venir, comme moi, saluer les vaillantes populations dont nous avons été si longtemps et si cruellement séparés.
Dès avant-hier, M. le président du Conseil vous a apporté les félicitations et les souhaits du Gouvernement de la République. Je veux vous dire, à mon tour, la joie dont a tressailli la France lorsque la forte main des armées alliées a. d'un geste triomphant, déchiré le voile impénétrable qui avail, pendant plus de quatre ans, dérobé à n^s yeux mouillés de larmes votre grande cité martyrisée. ^
A nos yeux, mais non pas à nos cœurs. Pas un instant notre pensée douloureuse ne nous a
délaissés. Pendant qne, dans votre foi indomptable, vous faisiez obstinément confiance à la patrie, dont la voix maternelle ne vous parvenait plus, et aux admirables soldats qui ont, durant de si longs mois, versé leur sang pour vous rendre la liberté, nous, de notre côté, nous songions tristement aux tortures que vous subissiez, et nous étions sûrs que vous gardiez au fond de vos âmes la flamme inextinguible, et nous savions que, sans vous voir, sans vous entendre, nous vivions, vous et nous, dans la même volonté de vaincre et dans la même espérance de justice.
L'espérance, désormais, est devenue certitude. Qu'il faille encore plus ou moins de temps à la victoire pour achever son œuvre réparatrice, ni obstacles ni embûches ne retarderont maintenant la marche du destin. Ceux qui ont assumé l'effroyable responsabilité de déchaîner sur le monde cette guerre monstrueuse ont attiré sur eux les malédictions de l'humanité révoltée. Ils avaient rêvé d'appuyer leur hégémonie sur la force ; la force s'est mise au service des nations libres et s'est retournée contre eux. Avant longtemps l'heure sonnera la défaite totale de nos enn,cmis et la revanche définitive du droit restauré.
Vive la France éternelle! Vivent nos Alliés! Vive la ville de Lille, à jamais ressuscitée ! (i)
iij II n'est pas déplacé de rapporter ici la réponse collective de la ville telle que le Conseil municipal de Lille l'a votée dans l'ordre du jour suivant, au cours di; la première réunion tenue après la libération de la ville :
A Roubaix et à Tourcoing.
(Même date.)
M. Lebas, l'adjoint, le président de la Chambre de commerce, l'archiprètre prononcèrent à tour de rôle des discours de bienvenue. L'adjoint rappela que, peu de jours avant leur retraite, les Allemands, continuant leur méthode d'intimidation, avaient voulu arracher à la municipalité et aux habitants une pétition contre les bombardements éventuels des Alliés. Personne n'avait consenti à signer. M. Lebas dit en termes énergiques la certitude de la victoire des nations libres.
Le Président remercia la municiptdité et la population, qu'il salua du haut du balcon et qui, toute frémissante de joie, répondit par de longs vivats, et s'adressant à M. Lebas, il ajouta :
Mon cher Monsieur Lebas,
Il y a quelques jours, ignorant encore la délivrance de votre chère ville de Roubaix, vous publiiez dans La France libre un émouvant mcs-
« Le Conseil municipal, réuni pour la première fois depuis le départ d'un ennemi exécré, salue avec une émotion profonde et une gratitude intinie les admirables soldats qui ont payé de leurs sacrifices leur noble adhésion à l'œuvre collective. ,
Il s'incline devant M. Raymond Poincaré qui a présidé avec tant d'éclat, en des heures tragiques, aux destinées de la nation.
Devant M. Georges Clemenceau qui sut opérer la mobilisation des énergies, la concentration des dévouements, et qui mérite le titre d'organisateur de la victoire.
Devant les chefs glorieux de noire armée, devant le maréchal Foch, stratège géifial, qui utilisa avec tant d'opportunité et de bonheur l'esprit offensif de nos héroïques soldats.
Il adresse à tous ceux, grands et petits, militaires ou civils, qui se sont employés au salut de la patrie et à la victoire de nos armes, l'expression de son enthousiaste reconnaissance. >
sage à l'adresse de vos concitoyens. Vous rappeliez comment vous aviez été incarcéré par les Allemands et retenu pendant une longue année dans une geôle malsaine pour avoir résisté aux brutales exigences de l'envahisseur. Vous évoquiez les lugubres souvenirs de l'oppression si courageusement subie par cette grande cité ouvrière et vous annonciez, avec une confiance sereine, le prochain avènement de la justice libératrice.
Aujourd'hui vous voici revenu, après combien d'épreuves, au milieu des braves gens que vous avez Fhonneur de représenter. Il savent déjà avec quelle patriotique fermeté vous avez défendu partout, pendant le temps ou vous avez été séparé d'eux, la cause indivisible de la France et de l'iiumanité.
Je n'ai pas oublié le jour déjà lointain où, dans les ruines d'Armentières, j'ai saisi une première occasion de vous exprimer les remerciements et les félicitations du pays. Je suis heureux de vous en renouveler aujourd'hui le témoignage, dans votre ville enfin libérée du joug de l'étranger, et d'offrir le joyeux salut de la France victorieuse à cette admirable population qui a tant souffert et qui renaît enfin à la liberté.
Le cauchemar de l'occupation est maintenant évanoui. Mais jusqu'à la dernière heure l'ennemi a tenu à vous donner de tristes exemples de brutalité et d'hypocrisie. Il a voulu, dites-vous, vous arracher des pétitions contre le bombardement. Eh bien! savez-vous ce qu'au même moment il
nous faisait dire par une nation neutre? Il nous faisait dire que les populations de Lille, de Roubaix, de Tourcoing, effrayées par la menace du bombardement, fuyaient en masse vers la Belgique. (Protestations indignées de toute l'assistance.) Nous ne l'avons pas cru un seul instant, Messieurs. Pas une minute nous n'avons douté de vous, pas une minute nous ne vous avons fait l'injure de prendre cette calomnie au sérieux. N'ayant jamais désespéré, nous savions que vous-mêmes vous ne désespériez pas. (Applaudissements unanimes.)
Puis, comme tous ies orateurs avaieut parlé de l'union sacrée qui avait régné à Roubaix pendant l'occupation, le Président de la République reprit :
Monsieur le maire, Messieurs, il n'y a point de paroles humaines qui puissent traduire les diverses émotions dont sont pleines ces heures fugitives. On voudrait arrêter le cours du temps pour prolonger les serrements de mains et les étreintes, pour échanger les impressions et les souvenirs, pour goûter éternellement l'heureuse intimité de la famille qui se retrouve, se rassemble et se reconstitue.
Rappelons-nous toujours, les uns et les autres, ces élans du cœur et ces communions fraternelles! Quelles que puissent être dans l'avenir nos luttes d'opinions, n'oublions jamais qu'il y a entre les enfants d'une même patrie des liens plus forts que la mort, et que nous en avons tous senti, en ce
jour de félicité, la puissance indestructible et la douceur infinie.
Ces vœux, répondit le Président, sont ceux du Gouvernement de la République et de la France entière. C'est l'Allemagne qui, par une agression sans excuse, a déchiré elle-même, de ses propres mams, le traité de Francfort. Il ne saurait y avoir ce victoire pour la France ni, d'ailleurs, de paix curable pour l'Inimanité sans la réparation du clroit violé et sans la restitution de l'Alsace et la Lorraine à la France.
Le Président se rendit ensuite, avec MM. Dubost Des Chanel. Loucheur, Lebrun, etc., dans la ville de Tou Lù^t ou 1^ fut accueilli avec le même enthousiasme t où iT fe rendit egralemeut à l'hôtel de vOle.
En un discours éloquent, l'adjoint exprima le re-ret crue
ne pût recevoir lux -même le Président et assister à cette
T^ti^LTaT; 't^'"^^^"* P'"^ particulièrement à M Pomcare, fils de la Lorraine, il fit un émouvant paral- ^le entre 1 espnt flamand et l'espx-it lorrain et .nom a eonl ment ces deux petites patries, voisines de la ironire et élevées a l'école du danger, avaient toutes deux onirf bue a la grandeur de la France.
// a du ce qu^avaienl fait pour libérer- les provinces
envahies le Gouvernement^ Varmée, le Parlement et il a adressé aux populations libérées les vœux chaleureux de toutes les petites patries qui composent la grande.
I 5 novembre 1918.
A Sa Majesté le roi d Italie.
Aux félicitations que je lui ai adressées, il y a trois jours, pour les magnifiques succès de ses armées, Votre Majesté me permettra d'ajouter aujourd'hui l'expression de la grande joie que la signature de l'armistice avec l'Autriche-Hongrie et la délivrance des terres captives cause à tous les amis de l'Italie.
Nul doute maintenant que son unité nationale, jadis commencée par l'illustre maison de Savoie, ne s'achève glorieusement sous les auspices de Voire Majesté. A cette éclatante victoire de l'idée latine, la France tout entière tressaille d'une fraternelle émotion.
^ :> novembre 1918.
A Sa Majesté le roi de Serbie, à Saloniqiic.
Au moment où la vaillante armée serbe rentre victorieusement dans votre capitale reconquise, je ne puis me rappeler sans une profonde émotion les années d'épreuve que viennent de vivre Votre Majesté et son peuple : d'abord, les sombres journées de juillet el d'août 19T/Î, où, après avoir essayé d'humilier la Serbie par un ultimatum arrogant, les puissances centrales se sont jetées sur
elle sans l'apparence d'un prétexte et ont déchaîné par cette agression la guerre universelle; puis, après une longue et heureuse résistance, marquée (le brillants succès, l'écrasement fatal sous le poids du nombre, les affres de la retraite et les doLdeurs de l'exil; la reconstitution de l'armée serbe sauvée avec le concours de la France, l'occupation de Salonique, la formation et le mainlien de cette armée interalliée d'Orient qui a, aujourd'hui, si largement contribué aux défaites successives de la Bulgarie, de la Turquie et de r Autriche-Hongrie. La victoire est enfin venue récompenser la persévérance de Votre Majesté, la patriotique patience de son peuple et la bravoure (le ses troupes. Au nom de la France, j'adresse à Votre Majesté et à la Serbie mes ardentes félicitations.
A Sa Majesté le prince héritier Alexandre de Serbie, à Belgrade.
Voici que sont arrivées pour la Serbie les heures de joie et de fierté nationale que Votre Altesse royale a si longuement attendues dans la sérénité de la confiance et dans l'énergie de l'action.
Votre valeureuse armée e«t enfin payée de ses efforts, de son courage et de ses sacrifices. Vous avez vous-même la haute satisfaction de pouvoir vous dire que vous êtes de ceux qui n'ont jamais fléciii, jamais désespéré, et qui ont donné tout leur cœur pour assurer la revanche du droit. Je prie
— -lU-L —
Votre Altesse royale de recevoir mes vives félicitations poar Elle et pour ses troupes victorieuses.
Lettre à M. Clemenceau, ministre de la Guerre.
II novembre 191S, 8 h. malin.
Mox CHER Président,
Au moment oii s'achève par la capitulation de l'ennemi la longue série de victoires auxquelles votre patriotique énergie a si largement contribué, laissez-moi vous adresser à vous-même et vous prier aussi de transmettre au maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées, au général Pétain, commandant en chef de l'armée française, à tous les généraux, officiers, sous-officiers et soldats, l'expression de ma reconnaissance et de mon admiration.
Depuis le i5 juillet, la France a suivi avec une émotion haletante les éclatants succès quotidiens qu'ont remportés les troupes alliées et qui ont précipité la retraite de l'armée allemande. Les populations captives ont été rendues à la liberté. L'ennemi déconcerté a laissé derrière lui une quantité énorme d'hommes et de matériel, et les bilans des prisonniers dépassent h>s chiffres les plus élevés qu'ait jamais connus l'histoire.
Ce matin, vient d'être signé un armistice qui délivre l'Alsace-Lorraine et qui permet aux armées alliées d'occuper, en garantie des droits à exercer, une vaste zone de territoire allemand.
En ces heures de joie et de fierté nationale, ma
pensée se reporte successivement vers les liéros qui, dans l'enthousiasme du départ, sont tombés sur les champs de bataille de Namur '^èl de Charleroi, vers ceux qui, sur les deux rives de la Marne, ont victorieusement arrêté et refoulé l'invasion, vers ceux qui, dans les lentes et dures journées de la guerre de tranchées, ont montré une si confiante opiniâtreté, vers les intrépides défenseurs de Verdun, vers les soldats de l'Yser, de la Somme, de l'Aisne, de la Champagne, des Vosges, vers ceux qui ont donné leur vie à la patrie, vers ceux que leurs blessures ont rendus invalides, A'^ers tous ceux qui, aujourd'hui encore sous les armes, sont maintenant récompensés de leurs infatigables efïorts et de leur bravoure indomptée.
Ils ont tous été les ouvriers des victoires iinales. Ils ont tous apporté leur pierre aux magnifiques arcs de triomplie sous lescpiels passeront bientôt les vainqueurs. Rien ne s'est perdu de ce qu'a accompli leur courage, rien n'a été stérile du dévouemenl cju'ils ont mis au service du pays. La gloire de la France est faite de leur ardeur prolongée, de leur abnégation, de leurs soulfrances et de leur sang.
J'envoie aux morts un souvenir respectueux et attendri. Je vous prie de vouloir bien communiquer aux vivants les félicitations qu'au nom de la France je leur adresse du fond du cœur.
Croyez, mon cher Président, à mes sentiments dévoués.
Réponse aux félicitations du roi d'Angleterre.
12 novembre 191S.
Sa Majesté George F, roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes, Londres.
Je remercie vivement Votre Majesté de son cordial message, qui sera lu avec une grande reconnaissance par la France et par son armée.
Les vaillantes armées britanniques, qui ont pris une part si brillante à la victoire commune, ont noué avec leurs frères d'armes français des liens que la paix viendra encore resserrer.
Elles ont montré dans leurs rapports avec les populations civiles des prévenances amicales dont j'étais encore hier le témoin dans les régions libérées du Nord et que toutes les municipalités m'ont signalées en termes d'une chaleureuse gratitude.
Nos deux pays, qui ont souffert ensemble, peuvent maintenant se réjouir à la pensée que leurs sacritices n'ont pas été vains et qu'ils ont bien servi l'un et l'autre la cause de l'humanité. Je prie Votre Majesté de vouloir bien être auprès (lu peuple, de l'armée et de la marine britanniques rinlerprète de mon admiration.
— ior. —
Lettre à M. Georges Leygues, ministre de la Marine.
Paris, le 12 novembre 1918.
Mon cher Ministre,
Pendant plus de cinquante longs mois, la marine française vient de donner l'exemple constant du dévouement héroïque et silencieux au devoir et à la patrie.
Avec le concours des marines alliées, elle a procnré au pays le moyen de se ravitailler en blé, en charbon, en acier, elle lui a permis de vivre et de s'armer ; elle a protégé les arrivées en France des troupes américaines et de nos contingents coloniaux, algériens, tunisiens, marocains, sénégalais, soudanais ; elle a transporté, outillé, nourri cette vaillante armée d'Orient dont les succès ont tant contribué à la déroute générale de nos ennemis.
Pour remplir cette grande tâche, elle a bravé des dangers de tous les iustants et accompli des prodiges de valeur et de désintéressement.
A l'heure où la victoire illumine et couronne le front de la France libérée, la mariue a droit ù une large part de la reconnaissance nationale.
Je vous prie, mon cher Ministre, de vouloir bien transmettre mes affectueuses salutations aux amiraux, aux ofticiers et aux équipages de tous les bâtiments français.
Croyez à mes sentiments dévoués.
Réponses aux télégrammes de félicitations du Président de la République chinoise S. E. M. Hsu Shihchang.
i4 novembre 1918.
Son Excellence Monsieur le Président de la République chinoise, Pékin.
Je prie Votre Excellence de recevoir tous mes remerciements pour les félicitations qu'elle adresse au peu^ple français et je ne doute pas que, dans la paix comme dans la guerre, une étroite amitié ne sul)siste entre nos deux pays (i).
A S. M. Yoshi-Hito, empereur du Japon.
Sa Majesté l'empereur du Japon, Tokio.
'La France est très reconnaissante à Votre Majesté et au vaillant peuple japonais de leurs amicales félicitations. Nos deux pays, qui célè-
(i) On lisait au Journal des Débats du i5 novembre, où est citée la réponse du roi d'Italie en date du i4 novembre :
« M. Poincaré a reçu hier les félicitations de M. Sidonio Paes, Président de la République portugaise ; de M. José Pardo, Président du Pérou; de M. Menocal, Président de la République cubaine; du khédive d'Es^ypte, de M. Pelesario Porras, Président dr la République du Panama.
Le Président de la Rép,ublique a reçu hier une déléjfalion du bureau de l'Alliance républicaine démocratitiue, qui lui a été présentée par MM. A. Carnot, Louis Rarthou, ancien président du Conseil ; C. Pallu de la Rarrière et Kdouard Del peuch. Ces délégués sont venus apporter à M. Raymond Poincaré l'expression de la gratitude républicaine et patrioticjiie de l'Association pour les éminents services qu'il a rendus pendant la guerre à la défense nationale. »
brent aujourd'hui ensemble la grande victoire remportée sur l'ennemi, garderont, dans une cordiale intimité, le souvenir de leurs efforts communs.
Au roi Alexandre de Grèce.
Sa Majesté le roi de Grèce, AtJiènes.
Je remercie Votre >.Iajcsté des chaleureuses félicitations qu'elle a bien voulu adresser à la France et à son armée. La victoire, qui est venue couronner nos longs efforts et ceux de nos vaillants alliés, est aussi celle de la Grèce et, après la collaboration militaire de ces derniers mois, nos deux pays sont assurés de rester unis, dans la paix, par des liens indestructibles.
Au général Lyautey.
Je vous remercie, mon cher Résident général, de vos cordiales félicitations.
La France gardera un reconnaissant souvenir du concours si constant et si précieux que sous votre heureuse direction le Maroc nous aura prêté pendant cette guerre j)our la défense de notre sol et de notre liberté.
Au roi Victor-Emmanuel III en réponse à son télégramme du 16 novembre.
Sa Majesté le i-ol (f /faite . Rome.
Le peuple français et son armée reçoivent avec
joie les félicitations cpie Votre Majesté veut bien leur adresser et je suis heureux de pouvoir enfln lui adresser mes remerciements dans cette ville de Rome, où elle vient de rentrer, au milieu d'acclamations enthousiastes, après tant de longs mois de présence au front. La victoire qui sourit maintenant à nos deux pays leur permettra, après de si lourds sacrifices, de retrouver dans la paix une prospérité grandissante. L'Italie et la France, qui ont combattu côte à côte, travailleront côte à côte à leur progrès national et au bien de l'humanité (i)
(i) Le Journal des Débats du 17 novembre publiait ceUe note : « Le Président de la République a reçu les ambassadeurs des Etats-Unis, de Graude-Bretaghe, d'Italie et du Japon, ainsi que les ministres de Belgique, du Brésil, de Chine, de Cuba, de Grèce, d'Haïti, de Portugal, de Serbie, du Siam, les représentants des Gouvernements polonais et tchéco-slovaque et les chargés d'aflaires du Guatemala et du Monténégro qui sont venus lui apporter leurs félicitations pour l'heureuse is>;ue de la guerre. >
Discours prononcé sur la place de la Concorde le dimanche 17 novembre 1918.
Messieurs,
Les milliers de Français qui ont préparé celte manifestation grandiose n'avaient eu, d'abord, que la pieuse pensée de déposer aux pieds de la statue de Strasboiug l'offrande de leurs vœux et de leur fidélité. La victoire est venue enrichir leur programme d'un complément magnilique et leur permettre de glorifier, dans le triomphe de la France, le retour de la Lorraine et de l'Alsace au foyer maternel.
Si jamais notre cœur a senti le regret de n cpouvoir ralentir le cours du temps, pour goûter à loisir les joies les plus nobles qui soient oftertes à l'âme humaine, n'est-ce pas en ces heures de concorde et de (ierté nationales, où la patrie, si longtemps mutilée, se relève et se reconstitue? Puisque nous ne sommes pas maîtres d'arrêter et de fixer ces minutes divines, promettons-nous, du moins, d'en garder le .souvenir immaculé et de le léguer, comme un inestimable trésor, à la France éternelle.
Pendant quarante-huit ans, notre douleur inconsolée a décoré de couronnes et de crêpes funèbres cette statue de la trislesse et de la captivité. Nous ne pouvions, les uns et les autres, passer sous les yeux immobiles de cette chère figure muette et voilée sans y voir le symbole de la fermeté dans
la servitude et sans ressentir au fond de nousmêmes une secrète humiliation de notre défaite et comme un remords persistant de notre inaction.
Aucun de nous cependant, j'en atteste le pays tout entier, aucun de nous n'aurait voulu, même pour laver le passé et venger le droit opprimé, prendre la responsabilité d'un geste ou d'une parole qui eût risqué d'allumer, dans le monde, les premiers feux d'une guerre meurtrière.
Nous attendions dans le silence et la résignation le réveil de la justice endormie. C'est l'Allemagne elle-même qui, la croyant mourante et rêvant de la poignarder, l'a involontairement arrachée à son long sommeil. C'est l'Allemagne qui a, de ses propres mains, déchiré le traité monstrueux qu'elle nous avait imposé par la violence et qui soumettait à la domination de l'étranger une partie inaliénable de la France indivisible.
La guerre qui nous a été déclarée et qui a clos une si odieuse série de provocations et de délis nous a finalement libéiés de la contrainte à laquelle nous assujettissaient notre amour de la paix et notre horreur du sang versé. Du jour où les voleurs de nos provinces entreprenaient sur nous une agression sans excuses, nous avions le droit et le devoir de revendiquer la totalité du patrimoine national que la force avait morcelé.
Dans la mémorable séance du 4 août 1914. les Chambres françaises, patrioli(iUement groupées autour du Gouvernement de la République, ont pris l'engagement solennel de ne pas déposer les
armes avant que l'Alsace et la Lorraine eussent été restituées a la mère patrie. Elles ont tenu parole. Pendant plus de quatre ans, l'armée et le pays ont vécu dans la continuité de la lutte et de la souffrance; pendant plus de quatre ans, ils ont connu les plus pénibles alternatives d'espoir et de déception; pendant plus de quatre ans, la nation, résolue à vaincre, a vu, sans plaintes et sans découragement, la fleur de sa jeunesse cueillie par la mort; rien n'a détendu son effort, rien n'a brisé sa volonté.
Cette persévérante énergie est enfin récompensée. L'Alsace et la Lorraine sont redevenues françaises. L'Allemagne est si bien forcée d'en prendre définitivement son parti qu'avant la signature de la paix, elle fait elle-même appel à nous pour protéger son armée en retraite contre l'hostilité des habitants. Oui, la voilà réduite à s'infliger ce cruel démenti. Avant-hier, elle proclamait que les populations alsaciennes, dociles à la conquête germanique, n'entendaient pas être séparées de ce qui s'appelait encore l'Empire; hier, dans un cri de franchise et de détresse, elle nous suppliait de sauver ses troupes. « L'Alsace me chasse, disaitelle, l'Alsace veut me battre. Tenez-lui les mains ! »
L'Alsace et la Lorraine sont redevenues françaises. Qu'ils sont doux à répéter ces mots de rêve qui sont maintenant des mots de réalité!
Bientôt, la France ira offrir à la Lorraine et à l'Alsace délivrées ses félicitations enthousiastes. Quelle émotion pour tous ceux d'entre nous qui,
depuis près de cinquante ans, atteiident, meurtris par les souvenirs de l'autre guerre, ee« jour de gloire el de résurrection! Quelle émotion pour M. le Président du Conseil qui a travaillé, avec tant d'ardeur el de clairvoyance, avec tant dé foi et tant de succès, à la libération dé nos provinces captives !
L'Alsace et la Lorraine sont redevenues françaises! Le plus grand nombre des héros qui viennent de mourir pour elles ne les avaient pas connues. Ils n'étaient pas, comme certains d'entre nous, de leurs voisins ou de leurs familiers; ils n'avaient pas eu Fenfan^ee bercée par leurs douces chansons; ils n'avaient pas gardé danà les y^ux la vision inelfacée de leurs montagnes bleues et de leurs larges plaines. Et pourtant, ils se sont sacrifiés pour délivrer les deux provinces prisonnières et pour les rendre à la France qui ne les oubliait pas. Ils ont compris qu'elles étaient nécessaires à l'équilibre national et que, depuis le jour oîi elles nous avaient été enlevées, il avait manqué à la patrie un morceau de sa chair et une étincelle de son àme.
L'Alsace et la Lorraine sont redevenues françaises! Elles le sont redevenues de plein droit — de par la géographie qui les a placées toutes deux en deçà des confins de la vieille Gaule — de par l'histoire qui, sous l'ancienne monarchie, les a fondues avec la France, de par l'histoire, qui a consacré cette fusion volontaire, le i/J juillet 1790, aiix fêtes de hi Fédération, et qui a grandi la
gloire française de toute la gloire gagnée, aux Biècles passés, par les savants et les soldats d'Alsace et de Lorraine.
Elles le sont redevenues de plein droit, de par l'éclatante protestation qu'ont lue leurs mandataires à l'Assemblée nationale de Bordeaux; de par la réélection unanime des députés protestataires, après le rapt et l'annexion; de par la courageuse déclaration qu'ont portée au Reichstag, en 1874» l^s représentants d'Alsace-Lorraine: de par la volonté de ceux des enfants du pays qui ont eu la tristesse de quitter leurs foyers envahis ; de par la volonté de ceux qui sont restés là-bas pour y protéger, dans le secret des familles, les traditions françaises et y entretenir jalousement la sainte flamme du souvenir.
Pour justifier le retour de la Lorraine et de l'Alsace à la France, il n'est que de rappeler ces siècles de gloire commune, suivis de ces lourdes années de douleur partagée. Un plébiscite n'ajou- ^terait rien à l'éloquence des faits. Un plébiscite serait un leurre puisqu'il ne pourrait appeler à se prononcer tous ceux des Alsaciens et des Lorrains que le traité de Francfort a dispersés. Un plébiscite serait un déni de justice, puisqu'il subordonnerait iniquement à une consultation nouvelle (les libertés que les populations possédaient, de longue date, avant la violence dont elles ont été victimes et des droits que l'ennemi a bien pu leur ravir pour un temps, mais qui étaient et sont restés imprcscriptihlcs.
Restitution pure et simple, voilà ce qu'exige la réparation du passé, voilà ce que réclame la conscience universelle, voilà ce qu'en dehors des restaurations et des garanties nécessaires, nous assure irrévocablement la victoire de nos armes.
En ce jour où il est enfin donné à la famille française de célébrer son infr^ingible unité, rendons hommage à tous ceux qui ont travaillé à relever de ses ruines l'aile effondrée de notre maison paternelle.
Honneur à nos armées de terre et de mer, qui, après avoir défendu et sauvé la France, ont réduit l'ennemi déconcerté à solliciter l'armistice et la paix; à cette brillante pléiade de chefs militaires qui, en se faisant aimer de leurs hommes, ont obtenu d'eux tant de prodiges; à nos soldats et, puisque ce terme a joyeusement pénétré dans la langue, à nos poilus, à cette glorieuse personnification des plus belles verlus héréditaires de la race française, à cette multitude de héros anonymes qui, si longtemps, sous le soleil et sous \a^ pluie, dans la poussière et dans la boue, ont opposé aux furieux assauts de l'ennemi leur vigueiu" inflexible et leur inlassable ténacité.
Honneur aux nations et ^ux armées alliées qui toutes ont rivalisé avec les nôtres d'endurance et de bravoure et qui toutes ont mérité d'être à la joie, après avoir été, elles aussi, à la peine!
Honneur à ces innombrables légions de vainqueurs, à jamais unis par des liens fraternels; à ces peuples armés qui ont combattu côte à côte
pour im idéal commun et qui demain cueilleront ensemble dans la paix le fruit de cette camaraderie prolongée.
Nous les verrons bientôt, ces incomparables soldats de la grande guefre, suivre dans Paris la voie même que vient de parcourir aujourd'hui le long cortège des manifestants. Nous les verroiis passer, dans une lumière d'apothéose, sous la voûte triomphale et descendre de l'Etoile pour effacer, sous leurs pas cadencés, la souillure laissée jadis à nos Champs-Elysées par l'arrogant défilé des bataillons ennemis.
Honneur au Parlement français, qui, en des sessions laborieuses et presque permanentes, a efficacement secondé le gouvernement de la République dans l'organisation progressive de la défense nationale.
Honneur à Paris qui, dans les nuits où gémissait la sirène, dans Ifes journées sombres oîi les obus assassins venaient brusquement surprendre les enfants dans leurs jeux, les femmes dans leur travail ou dans leurs prières, les vieillards dans le repos des asiles, a conservé son calme, sa confiance et sa sérénité. Combien de fois n'ai-je pas eu alors le douloureux devoir de saluer ses morts et de visiter ses blessés! J'ai senti, de tout près, battre son cœur; le mouvement n'en était ni activé ni ralenti, le rythme n'en était pas troublé.
Honneur au peuple de France tout entier, qui a répondu avec tant d'empressement à l'appel d'nnion que je lui ai adressé le premier jour de
la guerre: aux vieux paysans, aux femmes, aux jeunes gens, qui ont su ajouter aux miracles d'énergie des miracles de patience, qui ont labouré, semé, récolté, pour alimenter les combattants: aux ouvriers qui ont fondu des canons, chargé des obus, armé des avions, créé, développé, amélioré pendant quatre années cet outillage formidable qui a été l'instrument nécessaire de la victoire; aux fonctionnaires de la République, aux maires, aux municipalités, qui ont assuré la bonne administration, la tranquillité et le ravitaillement du pays, aux maîtres qui ont mis sous les yeux de l'enfance les impérissables leçons de désintéressement et de patriotisme offertes par la guerre à l'éternelle admiration de l'esprit humain; aux aux prélats, aux prêtres et aux pasteurs de toutes religions, qui se sont étroitement rapprochés autour de l'autel de la patrie et qui ont invoqué un seul Dieu pour le salut de la France et pour le repos de ses morts!
Honneur à nos colonies qui ont rivalisé de dévouement à la métropole et qui, de toutes les parties du monde, ont envoyé, par milliers, des travailleurs à nos usines et des soldats à nos armées !
Honneur aux mères qui n'embrasseront plus leurs fils, aux femmes qui cherchent sur les champs de bataille la tombe de leurs maris, aux orphelins qui deviennent les enfants adoptifs de la France. Mais, par-dessus tout, Messieurs, honneur M ceux qui ne sont plus, à^ceux qui sont
tombés l'espoir au cœur, dans les sillons ensanglantés, dans les tranchées bouleversées, dans la profondeur des mers, et dont les yeux clos n'auront pas vu poindre l'aurore de la victoire et la lumière de la paix.
Honneur aux plus modestes, aux plus obscurs, aux plus inconnus d'entre eux. Il n'en est pas un seul dont la mort n'ait aidé à la résurrection de la France et à l'affranchissement de l'humanité. Leurs corps déchirés par les projectiles gisent dans les régions dévastées où s'est décidé le sort du monde ; mais leur"^ image sacrée demeurera intacte au fond de nos cœurs. C'est elle qui sera désormais notre inspiratrice; c'est elle qui nous rappellera demain, dans notre labeur pacifique, quelle moisson de gloire et bientôt de force et de prospérité nationales a pu faire lever, en quelques années, sous le soleil de France, l'esprit de sacrifice et d'abnégation.
Honneur aux morts, immortels conseillers des vivants !