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SIGNES DE VICTOIRE

La grandeur de votre mission a élevé vos courages. Vous avez révélé au monde, dans un rayonnement de gloire, la vraie France, celle dont la disparition ou l'abaissement serait une calamité universelle et un deuil éternel pour le genre, humain.

Votre patience et votre bravoure ont contenu, pendant de longs mois, la pression de l'armée allemande ; et les champs de bataille où vous avez refoulé l'ennemi, la Marne et l'Yser, la Champagne et l'Artois, la Meuse et la Somme, marquent les étapes de la victoire.

C'est vous qui avez permis à la France d'organiser son outillage, à la Belgique et à la Serbie de reconstituer leurs armées ; c'est vous qui avez donné à l'Angleterre le temps de former les admirables divisions qui se battent maintenant à vos côtés; c'est vous qui avez assuré à la Russie le moyen de fournir fusils et canons, cartouches et obus à ses troupes héroïques.

Aujourd'hui, voyez : les Alliés commencent à cueillir les fruits de votre persévérance. L'armée russe poursuit les Autrichiens en déroute; les Allemands, attaqués à la fois sur les fronts d'Orient et d'Occident, engagent partout leurs réserves; des bataillons anglais, russes et français coopèrent à la libération de notre territoire ; le ciel se découvre; le soleil se lève.

La lutte, hélas! n'est pas finie : elle sera rude encore, et tous, tant que nous sommes, nous devons continuer à travailler, à travailler sans trêve, avec passion et avec ferveur. Mais déjà la supériorité des Alliés apparaît à tous les yeux. La balance du Destin a eu de longues oscillations; c'en est fait maintenant; un plateau ne cesse plus démonter; l'autre descend, descend, chargé d'un poids que rien n'allégera plus.

Gloire immortelle à Verdun, qui a préparé l'action commune des armées alliées ! Gloire à vous, mes amis, qui aurez sauvé la France et vengé le Droit insulté! (n

(I) On lit ail Journal des Débats du 4 août 1916, ceUe note qui vaut d'être rappelée pour son importance d'après-guerre:

u Le Président de la République a reçu une délégation de l'Union nationale intersyndicale des marques collectives, composée de MM. Legouez, président, membre de la Chambre de commerce de Paris ; Kempf, vice-président (Association des tissus et textiles); Baudet, secrétaire général (quincaillerie); Lemy (produits alimentaires), Bouhon (bronzes d'art), qui lui a exposé le but pratique et patriotique poursuivi par cette Union.

La marque « Unis-France », destinée à certifier l'origine dos produits bien français, a été adoptée par un grand nombre de syndicats de Paris et des départements.

Un objet revêtu de cette marque a été présenté au Prési-

Télégramme en réponse à celui que le roi Qeorge V avait adressé à l'occasion du 2^ anniversaire de l'ouverture des hostilités.

Sa Majesté le roi George V, Londres.

J'ai trouvé cette nuit le télégramme de Votre Majesté en revenant des champs de bataille oii fraternisent les troupes britanniques et françaises. Il est impossible de les voir à l'œuvre sans avoir une confiance absolue dans le succès de la grande cause qu'elles défendent en commun. Je remercie Votre Majesté de ses nouvelles déclarations et je lui donne, avec la même fermeté, l'assurance que, malgré ses droits et ses sacrifices, la France est, comme l'Angleterre et comme nos fidèles alliés, résolue à continuer la guerre jusqu'à la victoire du droit.

Allocution .du 5 août 1916 pour la remise d'un drapeau à la deuxième division de cavalerie en présence du général Roques, ministre de la guerre.

Officiers, Sous-Officikrs kt Soldats.

En vous remettant ce nouvel étendard que je confie à la garde dp votre régiment léger, j'adresse

denl qui a félicité les membres de la délégation du succès de leurs efforts, et a insisté sur la nécessité pour l'industrie et le commerce français de s'unir cl d'agir vigoureusement pour défendre et répandre en France comme à l'étranger les produits français. Le succès ne i)cat être acquis que par des elforts énergiqTies. persévér.'ints et concordants comme ceux de ru. N. 1. S. ..

à la 2 division de cavalorie tous les voeux du Gouvcpiiemcul de la llépublique.

Si le i*"^ régiment à pied est de constitution récente, il se compose d'éléments éprouvés, et les plaines de l'Yser, les champs de Lorraine, les vallées d'Alsace ont déjà retenti du bruit de vos glorieux combats.

Impatients, comme tous les cavaliers français, de remplir les grandes missions réservées à votre arme, vous vous êtes plies sans effort aux nécessités actuelles de la guerre et vous avez pris place dans les tranchées de première ligne, auprès de vos braves camarades de l'infanterie.

La formation de votre régiment donnera, j'en suis sur, un supplément de force à l'esprit de solidarité militaire qui anime vos courages et accroît vos énergies.

Vous aurez l'ambition d'honorer cet emblème et d'illustrer le corps où vous allez désormais servir.

Vous vous rappellerez que cet étendard vous a été remis deux ans, jour pour Jour, après que la France, assaillie par rAllemagnc. a proclamé l'union sac?éc et que ses enfants ont fait le serment solennel de vaincre ou de mourir.

C'est pour celte France unie et résolue (pie vous continuez, mes amis, à vous battre héroïquement, pour cette France, dont le représentant d'un grand pays neutre me disait récemment : « Elle ne force pas seulement l'achniration, mais l'amour. »

Et vous vous battez pour elle contre un ennemi qui se plaît à maltraiter, dans les régions envahies, des citoyens inoffensifs, qui déporte des femmes et des jeunes filles, qui ne paraît, en un mot, avoir d'autre dessein que d'inspirer au monde la haine et la terreur.

Vous aurez raison de cette barbarie ; vous arracherez à la main du bourreau Finnocence martyrisée; vous redoublerez d'ardeur, vous et tous les soldats de France, vous et nos vaillants alliés, pour assurer au droit une victoire éclatante et pour hùter l'heure des réparations nécessaires.

Après la prise de Goritz.

II août 1916.

Sa Majesté le roi d'Italie.

J'ai appris aujourd'hui dans une ville d'Alsace, reconquise par les troupes françaises, la prise de Goritz par les troupes italiennes, et les acclamatious des populations délivrées par nos armées m'ont permis de mieux comprendre encore la joie des Italiens aflranchis par la victoire de leurs frères.

Je prie Votre Majesté de recevoir mes chaleureuses félicitations pour le magnifique succès de sa vaillante armée.

Réponse à un télégramme du roi d'Angleterre offrant ses vœux au Président pour son anniversaire de naissance.

Paris, le 20 août 1916.

Sa Majesté le roi George Y, rot de Grande- Bretagne et d' Irlande, empereur des Indes.

Je remercie Votre Majesté de ses aimables vœux. J'ai gardé, moi aussi, le meilleur souvenir de notre dernière rencontre. Je me félicite vivement de l'intime accord qui existe entre nos deux pays ainsi qu'entre leurs vaillantes armées. Cette lutuelle confiance et cette étroite coopération iont des gages certains de victoire. Je prie Votre ^lajesté de croire à ma fidèle amitié.

Paris, le 28 août.

-S'a Majesté le i^oi de Roumanie, Bucarest.

Au moment où le peuple roumain, répondant à

l'appel de ses frères opprimés, entre résolument

lans la voie glorieuse où il trouvera la certitude

le réaliser ses aspirations nationales, je prie

Votre Majesté de recevoir pour Elle et pour son

noble pays les vœux chaleureux de la France.

Paris, le 28 août.

S'a Majesté le roi d'Italie, Quartier général italien.

La proclamation de l'état de guerre entre l'Italie et l'Allemagne rendra encore plus étroite l'alliance

de nos deux pays et plus intime la fraternité de leurs armées. Elle montrera clairement au monde qu'ayant les mêmes ennemis, les peuples alliés ont le même but : la réparation du droit et la libération de l'Europe. Je prie Votre Majesté de recevoir, avec toutes mes félicitations et tous mes souhaits de victoire pour les vaillantes troupes italiennes, la nouvelle assurance de mon amitié dévouée.

Discours prononcé le 14 septembre 1916 à Verdun» « pour remettre à la ville les décorations qui lui ont été attribuées par les chefs d'État des pays alliés. M

Messieurs,

L'idée d'honorer les défenseurs de Verdun en déecinanl une décoration à la ville qu'ils ont illustrée CBt venue spontanément à l'esprit de S. M. l'empereur de Russie, au moment où le même projet était formé par le Gouvernement de la République. LL. MM. le roi d'Angleterre, le roi d'Italie, le roi des Belges, le roi de Serbie, le roi de Monténégro se sont immédiatement associés à cette pieuse intention. Si bien qu'aujourd'hui les représentants d'un grand nombre des pays alliés ont pu se donner rendez-vous dans cette citadelle inviolée pour y offrir en commun le tribut de leur reconnaissance aux braves qui ont sauvé le monde et à la tière cité qui aura payé de tant de meurtrissures la victoire de la liberté.

Messieurs, voici les murs où se sont brisées les suprêmes espérances de l'Allemagne impériale. C'est ici qu'elle avait cherché à remporter un succès bruyant et théâtral; c'est ici qu'avec nue fermeté tran([uille. la France lui a répondu : « On ne passe pas ! »

Lorsque, le ai février, a commencé l'attaque

de Verduii, l'ennemi s'était proposé un double objectif : prévenir une offensive générale des Alliés ; — frapper en même temps un coup retentissant et s'emparer rapidement d'une place dont le nom historique rehausserait, aux yeux du peuple allemand, l'importance militaire. Les débris de ces rêves germaniques gisent maintenant à nos pieds.

Dans trois conférences tenues les 6, 7 et 8 décembre 1915, au Qrand Guartier général français, sous la présidence du général Joffre, entre commandants en chef ou envoyés de toutes les armées alliées, — britannique, russe, italienne, belge et serbe, — il avait été adopté, sur la proposition de l'état-major général français, un plan d'action pour la campagne de l'année suivante. Il avait été décidé que. sur l'ensemble indivisible des fronts de combats, les troupes de la coalition prendraient, en 1916, dès offensives concertées, dont les dates seraient fixées de manière à ne pas laisser les empires du Centre maîtres d'utiliser suc cessivement leurs réserves sur les divers champs d'opérations. Il avait été, en outre, arrêté des mesures éventuelles pour le cas où nos adversaires, en nous devançant, essaieraient d'entraver l'exécution de ce programme commun.

Au lieu de subir notre loi, l'Allemagne a voulu nous imposer la sienne et prendre elle-même l'initiative d'une attaque, dont elle choisirait le lieu et la date. Les admirables troupes (jui, sous le commandement du général Pétain et du général

Nivelle, ont soutenu, pendant de si longs mois, le formidable choc de Tarmée allemande, ont déjoué, par leur vaillance et leur esprit de sacrifice, les desseins de l'ennemi.

Ce sont elles qui ont permis à tous les AlUés de travailler, avec une activité croissante, à la fabrication du matériel de gaerre : ce sont elles qui, en marquant d'un trait lumineux la limite de la force germanique, ont répandu dans tout l'univers la confiance en notre victoire définitive : ce sont elles enfin qui, en assurant la réalisation du plan dressé par les états-majors, ont laissé à la Russie le temps de préparer et d'engager ses triomphantes ofl'ensives du 4 juin et du 2 juillet, à l'Italie le temps d'organiser pour le 2.5 juin sa brillante attaque de Gorizia, aux troupes anglofrançaises le temps d'entreprendre à partir du i"" juillet, sur la Somme, une série ininterrompue d'opérations méthodiques, à l'armée d'Orient le temps d'outiller et de concentrer ses divers éléments, pour prêter à nos nouveaux alliés les Roumains, contre les Germano-Bulgares, un concours fraternel. Honneur aux soldats de Verdun ! Ils ont semé et arrosé de leur sang la moisson qui lève aujourd'hui.

Et voyez, messieurs, le juste retour des choses. Ce nom de Verdun, auquel l'Allemagne, dans l'intensité de son rêve, avait donné une signification symbolique et (|ui devait, croyait-elle, évoquer bientôt devant l'imagination des hommes une défaite éclatante de notre armée, le découraget

ment irrémédiable de notre pays et Facceplation passive de la paix allemande, ce nom représente désormais chez les neutres comme chez nos Alliés, ce qu'il y a de plus beau, de plus pur et de meilleur dans l'âme française. Il est devenu comme un synonyme synthétique de patriotisme, de bravoure et de générosité.

Ah ! certes, la fierté que nous inspire cet hommage universel ne va pas sans une grande tristesse. Ceux d'entre nous qui sont attachés à cette ville et à cette région par des liens très chers, ceux qui comptent, parmi ces populations meusiennes si courageuses et si cruellement éprouvées, tant d'amis et de parents, ceux qiii rencontrent, à chaque pas, dans les rues incendiées de Verdun, de vivants souvenirs de leurs jeunes années, ne peuvent que ressentir une douleur insurmontable au lugubre spectacle de cette dévastation sauvage.

Mais Verdun renaîtra de ses cendres ; les villages détriiits et désertés se relèveront de lenrs ruines; les habitants, trop longtemps exilés, reviendront à leurs foyers restaurés; ce pays ravagé retrouvera, à l'abri dune paix victorieuse, sa physionomie riante des jours heureux. Et pendant des siècles, sur tous les points du globe, le nom de Verdun continuera de retentir, comme une clameur de victoire et comme un cri de joie poussé par l'humanité délivrée.

Messieurs, à la ville de Verdun qui a sotïlfert pour la France, à la ville de Verdun qui sest sa-

crii'iée pour la sainte cause du droit éternel, à la ville de Verdun^ dont les héroïques défenseurs auront laissé au monde un exemple impérissable de grandeur humaine, je remets :

Au nom de 'S. M. l'empereur de Russie, la croix de Saint-Georges ;

Au nom de S. M- le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, la ^Nïilitary Cross;

Au nom de S. 'SI. le roi d'Italie, la médaille d'or de la valeur militaire :

Au nom de S. M. le roi des Belges, la croix de Léopold V ;

Au nom de S. M. le roi de Serbie et de S. A. le prince régent, la médaille d'or de la bravoure militaire;

Au nom de S. M. le roi de Monténégro, la médaille d'or Obilitch ;

Au nom du gouvernement de la République, la croix de la Légion d'honneur et la Croix de guerre française.

14 septeûibrc iyi6.

Sa Majesté le roi d'Angleterre.

Je sais très reconnaissant à Votre Majesté d'avoir bien voulu déléguer le général 9ir Arthur Paget pour m'accompagner aujourd'hui à Verdun. J'ai remis à la ville, devant les troupes de la Défense, rOfdre du " ^lililary Gros» /> que Votre Majesté a bien voulu lui décerner. L'armée française a reçu

avec fierté ce haut témoignage d'estime donné par l'auguste souverain du grajid pays ami et allié.

Réponse à l'allocution du nouveau Ministre de Belgique M. le Baron de Oaiffier d'Hestroy àlaremise de ses lettres de créance au palais de l'Elysée, le 27 septembre 1916.

Monsieur le Ministre,

Vous pouvez être assuré de trouver auprès du Gouvernement de la République, dans l'accomplissement de la haute mission dont vous êtes chargé, le concours le plus empressé et le plus chaleureux. Nul n'était plus digne que vous de représenter en France l'auguste souverain qui a refusé d'incliner le droit devant la force brutale et qui est devenu, pour l'histoire, la personnification de l'honneur.

Vous êtes de ceux qui, dans la nuit tragique du 2 au 3 août 1914» n'ont eu, en face du danger, ni trouble, ni hésitation. Vous occupiez alors, au ministère belge des affaires étrangères, le poste éminent de directeur général de la politique.

Lorsque l'odieux ultimatum de l'Allemagne vint mettre brusquement la Belgique en demeure de livrer passage aux armées impériales, votre fierté n'admit pas un instant que votre pays put accepter cette humiliation et favoriser cette félonie. Vous connaissiez votre roi, vous connaissiez votre Gou-

vernement et vous saviez que, si périlleuses que fussent les conséquences d'une réponse négative, ils ne céderaient pas à la violence. Pendant qu'au palais, sous la présidence de Sa Majesté, les ministres tenaient un conseil nocturne, vous, seul dans votre cabinet, et sur de leur refus indigné, vous prépariez une note qui résumait, d'avance, les traits essentiels de leur patriotique décision, tant votre pensée se confondait avec celle des liommes de devoir et d'énergie qui présidaient aux destinées de la Belgique et qui, en un tel moment, n'ont voulu ni désespérer de l'avenir, ni douter de leurs concitoyens !

Cette nuit-là, Monsieur le Ministre, l'amitié traditionnelle de la Belgique et de la France a pris un caractère sacré. Nos peuples se sont sentis plus que jamais l'un près de l'autre dès quils ont compris la nécessité de défendre ensemble les grandes idées morales dont la perte entraînerait le recul de la civilisation et l'abaissement de l'humanité. Notre intimité est devenue plus étroite encore dans la communauté de la souffrance et dans la fraternité des armes. Rien de ce qui touche la Belgique ne saurait désormais être étranger à l'âme de la France.

Oui, certes, Monsieur le Ministre, vous pouvez compter qu'au jour de la paix notre mémoire sera lidèle. Ce n'est pas notre esprit seulement qui se souviendra, c'est notre cœur. J'en ai renouvelé l'assurance à vos nobles souverains chaque fois qu'ils ont bien voulu m'ofirir l'hospitalité sur le

sol de Belgique, el je n'ai fait qniulerpréter en termes trop faibles l'unanime et ferme résolution de la France et de ses vaillants alliés.

Si la Belgique no recouvrait pas sa pleine indépendance, si elle ne recevait pas les réparations qui lui sont dues, une honte ineffaçable souillerait les annales de l'Europe et il ne nous resterait qu'à envelopper éternellement d'un voile funéraire les statues de la Justice. Il ne se trouverait pas un Français, il ne se trouverait pas un de nos Alliés qui ne préférât la mort à cette ignominie.

Mais le droit violé sera vengé. Chaque jour nos eiîorts concertés rapprochent la victoire et hâtent la délivrance. En attendant l'heure glorieuse qui marquera la fin de vos épreuves et des nôtres, la Belgique est chez elle au foyer de la France.

5 octobre 1916.

A Son Altesse ie prince Alexandre de Serbie, Stdonique.

Au moment où la vaillante armée serbe vient de reconquérir sur nos ennemis communs une première partie du territoire national, je suis heureux d'exprimer à Votre Altesse Royale, avec mes meilleurs compliments personnels, les vives félicitations de la France.

Discours prononcé le 28 octobre 1916, dans la salle des conférences de la bibliothèque de l'Ordre, à la cérémonie confraternelle en l'honneur des membres du Barreau de Paris, morts pour la Patrie.

Mesdames, Messieurs, mes Ciiers Goxerères,

Après les trois émouvantes cérémonies que le Barreau de Paris a fait célébrer à la mémoire de ses morts, il a voulu s'assembler au loyer de la maison familiale pour honorer, dans le recueille-

kment de llntimité, le glorieux souvenir de ceux qu'il a perdus. Je vous remercie de m'avoir convié à cette réunion confraternelle. Pendant de longues années, j'ai partagé vos travaux, j'ai vécu de votre vie, vos joies ont été les miennes. Coiii-^ ment aurais-je pu, dans les jours de deuil, ne pas prendre place à vos côtés?

Patrie, famille, communai,itcs professionnelles, toutes les sociétés humaines connaissent mieux, à l'épreuve de la douleur, la force des liens qui maintiennent leur cohésion et assurent lem* unité. Jamais l'Ordre des avocats n'aura senti la puissance vitale de son être collectif comme aux heures tragiques où il a été ravagé par la mort. Chaque perte qu'il a subie, chaque motif de tristesse et de lierté qu'il a trouvé dans la guerre ont immédiatement fait battre chez lui tous les cœurs à l'unisson. Dans cette salle qui abrite votre labeur quotidien, pénètre aujourd'hui, avec l'image do tniit d'amis qui ne reviendront plus s'y asseoir,

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quelque chose de moins fragile et de moins passager que la vie individuelle, l'âme même de la grande corporation k laquelle ils ont appartenu et qui les pleure comme ses enfants. Demeurer loin de vous en un tel moment, c'eût été renier notre passé commun, trahir mes affections les plus anciennes et rompre avec une partie de moi-même.

J'aurais voulu cependant m'associer en silence aux pieuses émotions que vient d'accroître en vous la beauté des discours entendus. Pourquoi de pâles redites après le noble hommage que M. le Bâtonnier Henri-Robert a su rendre au patriotisme du Barreau? Pourquoi de faibles paroles, si sincères qu'elles soient, après la magnifique éloquence qui éclate dans le langage et dans la mâle conduite de M. le Bâtonnier Théodor? Je n'aurais eu qu'à écouter et à me taire, si je ne vous apportais que le tribut dune sympathie personnelle; mais j'ai le devoir de féliciter nos hôtes belges au nom de la France et de vous dire à tous la gratitude du pays. !

M"" Carton de Wiart voudra bien me permettre de déposer, tout d'abord, à ses pieds, hi respectueuse offrande de l'admiration publique. Son nom illustre, qui a reçu d'elle un rayonne7 ment nouveau, signifie désormais pour le monde entier la résistance à la force brutale, le dévouement au malheur, la révolte de l'honnêteté devant l'injustice et l'oppression. M"" Carton de ^Yia^t a donné à l'IuToï'^me la ]>arure de la grâce et de

Fesprit. Dans un interrogatoire de quinze heures, que lui a fait subir un tribunal composé de trois officiers ennemis, elle s'est défendue, pied à pied, avec une tranquillité souriante. Ses juges ne lui ont pas pardonné sa vaillante ironie. M"'" Carton de Wiart a été emmenée par les Allemands à Berlin. Berlin Ta emprisonnée. Paris comprend mieux sa bravoure charmante. Souffrez, Madame, que les Français vous expriment toute leur vénération.

Parmi les nombreux exemples de courage civique qu'offrent constamment les populations des pays allié, celui qu'a donné, en Belgique, M. le Bâtonnier Théodor, mérite particulièrement de rester gravé sur les tablettes de l'Histoire et proposé comme un ineffaçable modèle à la plus lointaine postérité, AP Théodor s'est sacrifié pour son Ordre, il s'est sacrifié pour sa patrie, il s'est sacrifié pour une idée qui nous dépasse tous, et dont l'empire ne s'arrête ni à la limite d'une association, ni à la frontière d'un peuple, ni à la durée d'mie génération, la pure idée du droit souverain.

Dès avant la date fatale de juillet 1914, quelques uns de nos voisins belges avaient pressenti et redouté l'agression de l'Allemagne. M' Théodor était de ceux-là. Député de la ville de Bruxelles à la Chambre des Représentants, il s'inquiétait du sort que réservait à son pays une guerre européenne. En 191 2, alors que les premiers nuages s'amoncelaient en Orient, il interpellait son

Goiiveniement sur la nécessité de parer, par de promptes mesures militaires, au danger qu'il entrevoyait, et son intervention n'était pas étrangère à l'élaboration et au vote de la loi qui établit le service général et renforça l'armée belge. Ces belles et vaillantes troupes, que j'ai plusieurs fois visitées sur l'Yser et qui, sous la conduite de leur auguste chef, contribueront avec les nôtres à la libération de leur terre natale, c'est la clairvoyante collaboration du Gouvernement royal et de bons citoyens comme IVP Théodor qui les a recrutées, équipées et préparées à défendre la loyale Belgique contre la honteuse félonie d'une grande nation garante de son inidépendance et de sa neutralité.

Elu bâtonnier en octobre igi3, jVP Théodor s'est trouvé à la tête de son Ordre le jour où Tennemi, après avoir semé, sur son passage, dans les provinces wallonnes et flamandes, la ruine et la désolation, est venu promener dans les rues de Bruxelles son arrogance et ses airs de défi. D'un ton hautain et provocant, l'envahisseur s'arroge le droit de violer, une fois de plus, la convention (le La Haye et d'installer, dans la ville occupée, des tribunaux d'exception. Il a le nombre, il a la foi'ce, il est le maître de l'heure. Qui osci'a prolester? On Ji'a qu'à s'incliner et à obéir. Mais un homme se lève, parle, proteste. Est-ce bien seulement la voix d'un homme? C'est le cri d'une corporation courageuse et indignée, c'est le cri d'un peuple libre, qui ne veut pas mourir et qui

ne mourra point, c'est le cri de la liberté ellemême quon essaie d'étouffer et qui ne se laissera pas bâillonner. Vainement, la colère du gouverneur prussien se déchaîne-t-elle sur le chef du Barreau bruxellois, vainement M^ Thcodor est il arrêté, incarcéré sans jugement, déporté au fond de l'Allemagne. L'écho de sa protestation s'est répercuté chez toutes les nations civilisées et il résonnera, le long des siècles, dans la conscience de l'humanité.

L "^^rreau parisien, lui aussi, s'est élevé sans efforts a^ plus hautes cimes de la grandeur morale. Certes^ il ne revendique pas un chapitre d'exception dans la merveilleuse épopée nationale qui se déroule, depuis plus de deux ans, sous nos yeux éblouis. A l'appel de la patrie en danger, tous les Français ont couru à leur poste de combat et, chaque jour, nous voyons se presser sur le chemin du devoir et de l'honneur le cortège indélini des plus belles vertus populaires. L'Ordre des Avocats ne tolérerait pas qu'on lui réservât^ dans mi éloge universellement mérité, une place de faveur ou de complaisance. Comme les autres, il a payé sa dette au pays; comme les autres, suivant la forte parole d'un de vos mattres, il s'est mis à l'alignement. Mais, puisqu'il mest donné de j)asser aujourd'hui devant ses rangs éclaircis pur la mort, Je le prie de recevoir ici mon salul.

Le Barreau, Messieurs, est une excellente école de patriotisme. N'est-il pas l'asile prédestiné de 1 union sacrée? Toutes les classes y sont confûn-

dues, dans l'égalité de la toge ; tous les partis politiques y sont rapprochés ; les diverses régions de France y sont représentées; les confessions religieuses et les doctrines philosophiques y vivent en paix, à l'abri du respect général. Fidèle image d'iuie démocratie laborieuse et d'une France indivisible, qui se développent dans l'harmonie et dans la liberté.

Si j'ajoute que cette vaste société professionnelle, qui n'a jamais connu les divisions meurtrières, est groupée autour de la Justice, comme autour d'une même divinité domestique, j'aurai déjà, sans doute, aperçu quelques-unes des raisons maîtresses qui entretiennent, dans cette demeure, l'ardeur inextinguible du sentiment national. Ils auraient la vue bien courte, ceux qui dans les impératifs du droit privé ne découvriraient pas les principes essentiels du droit public et qui croiraient un traité diplomatique moins inviolable qu'un contrat notarié. Non, non, il n'y a pas deux morales, l'une pour les individus, l'autre pour les Gouvernements et les peuples. Vous qui servez la justice, vous avez retenu son enseignement éternel. Elle vous apprend à haïr et à mépriser partout le crime et le parjure.

Mais combien de motifs plus intimes n'avezvous pas de vous dévouer au pays! A l'ombre d'une vieille institution qui plonge ses racines dans le passé, ne peuvent germer que de saines idées françaises. Lorsque l'Ordre médite sur ses règles professionnelles, il en retrouve les origines

jusque dans les Etablissements de Saint-Louis, il se voit mêlé à toute la vie des Parlements ; il relève son empreinte à chaque page des annales du Tiers état ; ses archives sont pleines de grands souvenirs nationaux. Une aussi riche hérédité lui fournit une défense naturelle qui protège en lui contre tous les sophismes la permanence des traditions patriotiques.

Miehelet parle quelque part de celte sève d'esprit bourgeois, qui se forma jadis de bonne humeur gauloise et d'amertume parlementaire entre le parvis Notre-Dame et les degrés de la Sainte-Chapelle. Plus généreuse et plus forte encore qu'il ne l'a cru est la sève humaine que les siècles ont fait sortir ici du vieux sol parisien. A l'intérieur comme aux entours du Palais, vous foulez à chaque pas les vestiges de l'histoire et, dans cette île que vous fréquentez tous les jours et qui a été le berceau de la France, comment votre imagination ne reverrait-elle pas sans cesse le sourire de la patrie naissante? C'est tout près de nous, à la pointe occidentale de la Cité, que sur les ruines de l'antique forteresse romaine s'est dressé le premier Palais des princes capétiens ; c'est ici que, pendant de longues années, vécurent, sous le même toit, la magistrature et la royauté; c'est à deux pas que se tirent autrefois, sous la double voùle en ogive de l'ancienne grand'salle, devant la fameuse table de marbre, les réceptions solennelles des ambassadeurs étrangers et, au lendemain des guerres, la publication

«les traités de paix ; c'est dans la Chambre dorée du Parlement que se tinrent tant de lits de justice et.que furent enregistrés tant dédits et d'ordonnances; c'est sur la place Dauphine, alors appelée place de Thionville — en l'honneur d'une ville française que nous rendra le sang de nos soldats — c'est sur la place Dauphine que la Révolution recueillit, pour lutter contre l'Europe coalisée, tant d'enrôlements volontaires ; c'est dans le sombre décor de la Conciergerie que tant de drames furent montés par la main de la Terreur. Il n'est point, en ce lieu vénérable, un seul pied carré de terre qui n'ait été le théâtre d'événements historiques. Le temps a laissé partout derrière lui, une traînée lumineuse. Chaque âge de la nation s'est, un instant, arrêté entre les deux bras de la Seine pour y contempler «l'œuvre des générations précédentes et y élever, à son tour, un monument nouveau. Nulle part, la cliaîne qui relie le présent au passé et que nous voulons jeter intacte à l'avenir n'a une continuité plus apparente ni des anneaux plus solides. A ceux qui douteraient de la France, il faudrait conseiller de venir prendre parmi vous des leçons de fidélité, de confiance et d'énergie.

Depuis le début de la guerre, Messieurs, vous n'avez tous eu qu'une pensée, rassembler vos forces pour aider à la défense du pays. Pendant (pie les anciens se distribuaient les dossiers d'assistance et se partageaient la charge des coHsultations gratuites, la jeunesse dépouillait la robe et

ceignait répée. Avec quelle envie les aines les ont-ils vus partir, tous ces confrères, favorisés par Tàge, qui ont la fierté de pouvoir offrir leur vie à la patrie menacée! Dans le péril commun, quoi de plus pénible que l'impuissance et l'inaction? Vous qui êtes restés, consolez-vous cependant. Ceux qui ne sont point appelés aux armées ont eux-mêmes, s'ils le veulent, une grande tâche à remplir. Tâche de bienfaisance et de charité, d'abord ; mais aussi d'éducation et de propagande patriotique. Ils seront des professeurs de sangfroid et de fermeté. Par la parole et par la plume, ils soutiendront et stimuleront l'esprit public. A eux de dépister et de démasquer ces calomnies allemandes qui se glissent le soir, sous des traits hypocrites, dans Tombre des rues; à eux de prendre au collet les semeurs de découragement et les marchands de fausses nouvelles; à eux de leur répéter, comme Démosthène à Eschine : Celui qui trouve son profit du même côté que 1 ennemi, celui-là ne saurait aimer sa patrie. Si l'étranger remporte un avantage, on ne me voit pas superbe, et triomphant paraître sur l'Agora, serrer les mains, raconter partout révénemcnt avec une joie mauvaise. Si c'est îi nous qu'un succès arrive, je ne vais pas baissant les yeux, tremblant et gémissant, comme ces hommes dénaturés qui délestent la gloire do leur pays et oublient qu'elle est la leur. > Ah ! ces pessimistes. Messieurs, qu'ils seraient mal accueillis parmi \ousî

Et tandis que ceux d'entre vous qui ne peuvent porter les armes sont occupés ainsi tout ensemble à soulager la misère et à maintenir le moral du pays ; tandis que d'autres prêtent à la justice militaire un concours bénévole ; tandis que dans les hôpitaux les mères et les femmes veillent sur les blessés, les plus jeunes membres de l'Ordre, inscrits et stagiaires, donnent sans compter leur dévouement, leurs fatigues, leur sang à la patrie.

Cette liste funèbre, dont nous avons tout à l'heure écouté la lecture dans un silence religieux et qui, hélas ! reste ouverte à l'inconnu de demain, qui la pourrait parcourir sans douleur et sans admiration? A moi comme à vous, mon cIkt Bâtonnier, que de souvenirs ne rappelle-t-ellc point! Visages familiers à jamais disparus, espérances fauchées, amitiés brisées, foyers éteints, talents anéantis, tout ce désastre est là devant nous, et il est irréparable, et il nous remplit à la fois d'affliction et d'orgueil. Nous les avons connus, nous les avons eus pour compagnons et pour amis, ces braves qui sont tombés là-bas et qui sont restés ensevelis, auprès de leurs frères d'armes, dans la terre qu'ils ont défendue. Parmi eux j'en retrouve qui appartenaient naguère aux colonnes que je présidais, j'en retrouve même qui ont été mes plus fidèles collaborateurs. Tel, ce charmant Jacques Sabaticr qui, à la veille du jour où j'ai dû m'éloigner de vous, était encore auprès de moi, l'une des Heurs les plus vives et les plus brillantes de ces gais parterres de printemps que

la jeunesse du Palais aimait à composer autour des anciens et que la guerre aura si tristement saccagés. Je le revois dans mon cabinet, préparant des notes de plaidoiries qui révélaient un esprit clair, méthodique et réfléchi; je le revois à la barre, déjà maître de son métier; et je relis cette citation qui le dépeint trois ans plus tard : « Officier cVune valeur et d'une modestie rares, possédant de belles qualités morales et militaires. Blessé une première fois, n'a pas voulu être évacué et a conservé le commandement de sa compagnie. N'a cessé d'être pour ses hommes un exemple d'énergie. A été mortellement blessé à son poste de commandement. »

Excusez-moi, Messieurs, si parmi les confrères que l'Ordre a perdus, et dans la longue liste des belles citations dont il s'honore, je n'ai pu me défendre d'extraire un nom qui m'est particulièrement cher. La noble conduite de Jacques Sabatier est celle de tous les amis que nous pleurons et les lignes que je viens de rappeler se reproduisent, à quelques nuances près, dans les autres médaillons que l'armée reconnaissante a consacrés à nos morts, comme aussi dans les citations obtenues par ceux qu'a épargnés le sort des combats. Ce sont partout les mêmes constatations, c'est partout le même hommage : « Est tombé mortellement atteint en cnt/ainant ses hommes au delà des lignes allemandes... Atteint de deux blessures a rejusé de quitter son poste et est resté à la tête de ses hommes... Cerné au cours d'une attaque, a

fait preuve d' initiative, de courage et de sangfroid, en parvenant à dégager ses hommes... Malgré des blessures, dont l'une très douloureuse, a refusé de se laisser évacuer et s'est jjm de luimême à la tête de deux contré-attaques succes.nves . . . A su inspirer à sa compagnie un entrain et un esprit de sacrifice complet par. son exemple et son activité; a été tué en entraînant une de ses sections à l'attaque... A conduit vigoureusement sa section à V assaut, franchissant d'nn seul élan trois lignes de tranchées ennemies... S'est mis spontanément à la tête de quelques chasseurs privés de chef pour marcher en plein four à l'attaque d'une tranchée qu'il savait très Jortement occupée... Est tombé glorieusement en pénétrant, à la tête de sa troupe élcctrisée, dans l'entonnoir caw^é par l'explosion d'une mine allemande... » Voilà les plus modestes, les plus simples, les moins exceptionnelles de ces citations innombrables. S'il était vrai que la renommée fût, comme l'a prétendu Richelieu, le seul paiement des grandes âmes, ces brefs et sobres éloges seraient un pauvre salaire pour tant de grandeur et d'héroïque simplicité. Mais cent fois plus hautjes et plus généreuses que les àmcs en mal de renommée sont celles qui ne quêtent aucune récompense et qui .se sentent pleinement satisfaites par la joie sereine du devoir accompli. Seule vraie noblesse, seule ambition qui ait jamais sollicité le cœur de tant des nôtres tombés sur les champs de bataille.

Laissons donc les nonts. Ces vaillants sont

légion. Vivants ou morts, ce sont lous autant de Cléments et de Sabatiers. Mais comment n'être pas frappé de cette louange identique qui revient, sous des formes diverses, dans la plupart des citations et qui met en relief les mêmes qualités de commandement, d'entrain, d'autorité et d'ascendant sur les hommes? Chefs de sectidn, commandants de compagnie, officiers supérieurs, voilà tous ces orateurs d'hier subitement transformés en guerriers accomplis. Ils sont plus que jamais dans la tradition de la France* : Pleraque Gallia diias res Industriosissime persequitiir , virtuieni helUcam et argute loqiii. Ils vivent désormais au milieu de la troupe, ils la comprennent, ils l'aiment, ils l'entraînent, ils la dirigent, ils sont devenus, en un mot, de vrais conducteurs d'hommes. Prestige séculaire de l'officier français! 11 ne forme pas une caste, comme l'oflicier prussien. Il est le chef de ses soldats, il est aussi leur protecteur, leur conseiller, leur camarade, et la discipline trouve, dans l'exemple qu'il leur donne et dans la confiance qu'il leur inspire, un supplément de force, de vertu. Quelle fortune pour une nation, de })Osséder, aux heures graves, de telles réserves d'intelligence et de valeur morale !

Vous pouvez être licrs, Messieurs, de les avoir formées. Puisse le sentiment des grands services qu''elles rendent à la France adoucir vos regrets et alléger la douleur de tant de familles visitées, souvent plusieurs fois, par la mort! Barreau, magistrature, avocats aux' Conseils, compagnies

judiciaires, tout le Palais a été cruellement éprouvé par la guerre. Il a droit, dès maintenant, à une part de la reconnaissance nationale, et lorsque viendra le moment où le pays recueillera le fruit des lourds sacrifices qu'il subit et qui n'altèrent pas sa patience, vous aurez l'inappréciable honneur d'avoir hâté, par le don de vous-mêmes, la victoire et la délivrance. Ce jour-là, sans oublier nos morts, nous nous retrouverons pour fêter ensemble, sous des voiles de deuil, le triomphe de la France et la défaite de ses ennemis. Nous verrons, sur les robes noires, briller des rubans rouges et des croix de guerre. Et nous nous répéterons : « Si notre patrie a, d'accord avec ses alliés, abattu des adversaires puissants et redoutables, si elle a rendu au monde la paix que l'impérialisme allemand lui avait ravie, si elle s'est assuré, au prix de pertes sanglantes, un avenir de calme, de travail et de prospérité, si elle a grandi dans l'univers, si elle a rétabli partout son vieux renom de bravoure chevaleresque, si elle y a ajouté une jeune réputation d'endurance, de froide énergie et d'inlassable ténacité, si elle apparaît désormais, dans le chœur des nations, entourée d'un nouveau nimbe de gloire, c'est à cliacun de ceux qui se sont battus pour elle que nous devons le miracle de cette apothéose. » Et, en ouvrant nos bras aux survivants, nous conserveront une pensée très douce à ceux (jui no seront plus.

Paii.s, le 4 novembre 1916.

Son Altesse Royale, le prince Alexandre de Serbie, Saloniqué.

L'armée française, qui se rappelle la visite que Votre Altesse Royale a bien voulu lui faire sur le champ de bataille où viennent d'être remportées les dernières victoires, sera profondément touchée des félicitations que vous lui adressez. Je prie Votre Altesse de recevoir, pour elle et pour la vaillante armée serbe, mes vœux les plus chaleureux.

Réponse au nouvel Ambassadeur d'Italie, S. E. M. le marquis Salvago Raggi, remettant ses lettres de créance à l'Elysée, le 4 novembre 1916.

Monsieur l'Ambassadeur,

Vous pouvez être assuré de trouver, auprès du (iouvernement de la République, pour l'accomplissement de la haute mission qui vous est confiée, l'accueil le plus cordial et le concours le plus empressé.

Vous arrivez parmi nous à 1 heure émouvante oîi l'Italie et la France combattent ensemble, une seconde fois, pour la liberté des peuples et pour la défense du droit.

Celte nouvelle lutte, soutenue en comnmu par deux nations que rapprochejit si étroitement les trai II lions latin(;s et les liens du sans;, donne à

leur mutuelle amitié une force désormais inébranlable.

Comme vous, Monsieur 1" Ambassadeur, le Gouvernement de la République est décidé à resserrer de plus en plus une alliance que la nature et l'histoire ont préparée et qui répond aux sentiments profonds de nos deux pays.

En dépit des perfides tentatives que renouvellent tous les jours nos ennemis, dans te puéril espoir de diviser les puissances de l'Entente, nous resterons unis dans la guerre jusqu'à la victoire, et, après la victoire, unis dans la paix.

A la coopération militaire et à la fraternité d'armes, succéderont, je n'en doute point, une collaboration économique et une intimité intellectuelle d'oîi l'Italie et la France tireront toutes deux, dans l'avenir, des avantages moraux et des pKofits matériels.

C'est à cette œuvre essentielle que vous allez travailler dès demain, Monsieur l'Ambassadeur, en prenant part aux nouvelles conférences des Gouvernements alliés.

Au moment où vous entreprenez ime tâche que je sais douce à votre cœur, laissez-moi vous prier de transmettre à Sa Majesté le roi d'Italie les vœux que je forme pour lui, pour son pays et pour son armée (i).

'i) Le Journal des Débats du i(> novembre 1916 portait rcttr in forma tiun :

>• Le Président i\v la Hi iniblicjuo a reçu aujourd'hui M Kadrlour ben Ghabrit, l'agiia Sariiaoui, M. Miistapha-Clierchali, M. Chedly Okby Caïd cl Si Larbi Cheikh, M. Ahuud Skirc-dj,

Télégramme de félicitations, à Toccasion de la reprise de Monastir, à son Altesse royale le prince Alexandre de Serbie à Salonique :

20 novembre 19 tO.

Au moment où l'armée serbe reprend, avec ses alliés, possession de Monastir et rentre victorieusement sur le territoire national libéré, j'adresse à Votre Altesse royale mes félicitations les plus chaleureuses.

Réponse aux félicitations du roi George V .

17 décembre 1916.

Sa Majesté le roi <T Angleterre.

L'armée française, fière de lutter pour la cause commune aux côtés de la vaillante armée britannique, a reçu avec joie les félicitations que Votre Majesté veut bien lui adresser à l'occasion de ses nouveaux succès.

alem de Fez; M. Abdou Kane, cadi de l'Afrique occidentale française, qui reviennent de La Mecque, où ils sont allés, comme délégués des musulmans d'Algérie, de Tunisie, du Maroc et de l'Afrique occidentale, accompagner les pèlerins et saluer le chérif. Ils ont rendu compte au Président de leur voyage et de l'excellent accueil qu'ils ont reçu. Ils lui ont remis une longue et chaleureuse lettre personnelle du chérif. « Le Président leur a exprimé tous ses remerciements et toutes ses félicitations pour l'intelligence et le dévouement qu'lLs ont montrés dans l'accomplissement de leur m.ission et pour le zèle OMcc lequel ils ont servi, tout à Uifois, les intérêts de la France et ceux des indigènes d'Afrique. "

Télégrammes en réponse à des vœux de nouvelle année.

3i déceml)ie 1916,

Sa Majesté le roi des Belges Grand Quartier général belge.

A la veille de la nouvelle armée, je prie Votre Majesté de recevoir les vœux ardents que je forme pour elle, pour Sa Majesté la reine et pour la noble Belgique. J'ai le i'erme espoir qu'un prochain avenir apportera à "Votre Majesté et à son vaillant peuple, si cruellement et si injustement éprouvé, les réparations dont la conscience vuiiverselle comprend la nécessité et sans lesquelles il resterait sur l'humanité une tache ineffaçable. Plus grande par sa vertu et par sa loyauté (|ue les empires ennemis par leur lorce brutale et par le nombre de leurs sujets, la Belgique demeurera devant la postérité, l'irrécusable témoin de la préméditation allemande. La France a la mémoire du cœur. Elle se rappellera toujours (pic la lielgique a souffert, comme elle cl avec elle, pour lu liberté, pour le droit et pour liionncur.

3i décembre 1916.

Sa Majesté le roi d'Italie, Grand Quartier général italien.

Je remercie Votre Majesté des vœux qu'elle a bien voulu m'adresser et je la prie d'agréer cllemème les souhaits chaleureux que je forme pour sa personne, pour la glorieuse maison de Savoie, le généreux peuple italien, et la vaillante armée royale. La victoire que l'année nouvelle nous assurera, à nous et à nos fidèles alliés, resserrera encore l'intimité de l'Italie et de la France.

3i décembre kjiG.

M. le duc de Davonshire, Gouverneur Général du Canada à Ottawa.

Très sensible aux vœux que vous m'avez adressés au nom du Canada, je vous en remercie et vous prie de transmettre les souhaits très cordiaux du peuple français au peuple canadien, dont les vaillants lils, unis à leurs frères de races française et anglaise, assureront la victoire de la civilisation.

I" janvier 1917.

Sa Majesté V Empereur de Bussîe, G. Q. G. russe.

Je remercie Votre Majesté de ses vœux, ainsi que de la haute confiance qu'elle témoigne à l'armée et au coinniaiidenient Irancais. La ferme ré-

solution que Votre Majesté affirme dans son télégramme et quelle a si lumineusement justifiée dans la belle proclamation adressée aux vaillantes troupes impériales répond aux volontés de tous les alliés, et les lourds sacrifices que cette guerre impose à la France n'entament point sa persévérance. Elle continuera la lutte avec ses fidèles alliés jusqu'à la victoire libératrice. Je prie Votre Majesté de recevoir tous mes souhaits pour elle et pour la grande Russie.

i""^ janvier 1917 (i).

Sa Majesté le mi de Grande-Bretagne et d Irlande, Londres.

Votre Majesté me permettra de lui adresser, à l'occasion de la nouvelle année, mes vœux les plus sincères pour elle, pour Sa Majesté la reine et pour S. A. le prince de (ialles. Je remercie Votre Majesté d'avoir bien voulu me renouveler une fois de plus, dans son télégramme d'avanthier, l'assurance qu'elle était fermement résolue à poursuivre jusqu'à la victoire, en union intime avec nos alliés, la guerre que l'Allemagne et l'Autriche ont déchaînée sur l'Europe et dont elles porteront seules la responsabilité historique. Le peuple britannique, comme le peuph' français, n'a pris les armes que pour répondre à l'agression dirigée par les empires du Centre contre la paix européenne. Nous d evons à nos

Il Ce télégramme s'est croisé avec la dépêche du roi.

— IS'i —

familles ou deuil, uous dcvous à nos morts, de demander à Teunemi les réparations et les garanties uécessaires pour qu'à l'avenir soit établi dans le monde un ordre solidement pacifique. Votre Majesté peut être convaincue que la France comprend ce grand devoir et qu'elle achèvera de l'accomplir (i).

I" janvier 1917.

Sa Majesté le vol Pierre de Serbie, Salonique.

Je remercie Votre Majesté de ses vœux et je lui adresse tous les miens. Je souhaite que sa santé continue de résister aux cruelles épreuves de la guerre et que la Serbie, défendue par ses vaillantes troupes et par celles des alliés, recouvre bientôt, avec les réparations nécessaires, son indépendance et sa prospérité,

S. A. R. le prince Alexandi^e de Serbie, Salonique.

Très touché des vieux de Votre Altesse royale, je lui adresse mes souhaits les plus ardents pour elle, pour la valeureuse armée serbe et pour les populations qui attendent des alliés leur prochaine libération.

(Il Le Journal officiel ('5 Janvier i'Ji7, p. Tu), mcnliynno sans les citer, des réponses de remerciement aux téléjçrammes du roi d'EspHgue et du roi de Suède.

3 janvier ifli"-

Sa Majesté le roi de Roumanie, quartier royal roumain.

Je remercie vivement Votre Majesté des vœux qu'elle forme pour la France et je la prie de recevoir elle-même tous mes souhaits pour sa personne, pour Sa Majesté la reine et pour le royaume.

J'ai la ferme conviction que l'année 1917 assurera au noble peuple roumain, avec la victoire et la libération de son territoire, les réparations auxquelles il a droit.

Au général Eniiliano Chamarra, Président e la République de Nicaragua, à Managa.

En vous exprimant, à l'occasion de votre arrivée au pouvoir, mes .vœux les plus sincères pour votre pei'sonne et la grandeur do votre pays, je ne puis oublier que votre frère, Salvador Chamarro, est mort au service de la France, après avoir gagné par son glorieux dévouement pour jîos soldats la Médaille militaire et la (^roix de giuTrc.

6 janvier 1917.

S. E. M. le Président de la /lépublique portugais»^ Lisbonne (i).

Je trouve en revenant de Belgi([ue, l'aimable télégramme de V. E.

(I) La (lépêchf! du président Bcrnardinn Macliado est cilôe dans le mcnie nuiuéro ilu Journal o/Jicici au G janvier, p. itô5.

— ISO

Je vous remercie cordialement e! je vous prie de recevoir mes meilleurs souhaits pour votre bonheur personnel et pour la gloire du Portugal ami et allié.

Interview

du vendredi 12 janvier 1917 à M. Edward Marshall,

correspondant d'un journal américain.

Vendredi de la semaine passée, le Président de la République a reçu un journaliste américain, ~Sl. Edward Marshall, avec lequel il s'est entretenu de la note du Président Wilson et de la réponse des Alliés. Les déclarations de M. Poincaré à notre confrère sont publiées aujourd'hui. Pelles n'ont rien de sensationnel. Analogues à celles de M. Balfour dans la dépèche destinée à M. Lansing que nous commentions hier, elles exposent, sous une forme plus familière, quelques-uns des points de vue plus particulièrement français. C'est ainsi que M. Poincaré a parlé de l'amitié traditionnelle franco-américaine et des marques croissantes de sympathie que nous recevons chaque jour de la population des Etats-Unis. De même M. Poincaré s'est expliqué sur la question d'Alsace-Loiraine. Il a montré très clairement que la France, odieusement attaquée par l'Allemagne, ne pouvait pas ne pas répondre à cette provocation eji reprenant les deux provinces qui lui ont été arrachées par la force en i8^i. Cette réincorporation de l'Alsace- Lorraine dans la patrie française n'est pas seulement la réparation d'une iniquité, mais une garantie nécessaire contre une nouvelle tentative d'agression. Quoique ces choses aient été maintes fois indiquées au cours de la guerre.

il n'était pas mutile qu'elles fnssejit dites en ce moment au public américain par une voix aussi autorisée que ceUe du Président de la République.

— Puis-je, a demandé M. Marshall, dire à lAmérique que la France est notre amie, bien que nous ne combattions pas avec elle?

— Les Etats-Unis d'Amérique et la France, déclara M. Poincaré, sont étroitement unis par d'ineftaçables souvenirs commims, par les mêmes traditions politiqujes, par le même attachement aux institutions libres. Cette guerre, que l'Allemagne a déchaînée sur l'Europe et que la France avait tout fait pour éviter, ne pouvait pas altérer les bonnes relations des États-Unis et de la France. Elle les a même resserrées et fortifiées.

— N'estime-t-'on point que nous avons reculé devant notre devoir en restant en dehors de la guerre?

— Les États-Unis sont restés neutres, a répondu M. Poincaré d'un air réfléchi, mais les sympathies individuelles s'y sont manifestées de toutes parts en faveur de la France. Nous avons été profondément touchés de ces innombrables démonstrations d'amitié. 11 ne se passe pas de jour où je ne reçoive personnellement une volumineuse correspondance d'Amérique, avec de généreuses offrandes pour nos populations envahies, pour nos veuves et nos orphelins. Les lettres qui accompagnent ces envois émanent de toutes les classes sociales et sont souvent conçues en termes émouvants. D'autres fois, ce sont des V(ï;ux chaleureux pour la victoire de la France, des encouragements, des témoignages de solidarité morale.

Votre grand pays comprend assurément que nous ne combattons pas seulement pour notre indépendance et notre honneur national, mais pour u^e cause beaucoup plus générale, qui dépas.se les limites de notre propre intérêt : nous combattons pour le droit des individus et pour la lil)erté des peuples. La violatiou de la Belgique par un empire qui avait garanti la neutralité de ce brave petit pays donne à toute la guerre sa signification .symbolique.

L'Allemagne ne s'est pas contentée de nous déclarer la guerre sans i)rovocation; elle a voulu nous égorger par

— i.ss —

snrpriîse et, pour y réussir, elle a pit-tiné au passage un petit peuple innocent. Gest assez pour définir le caractère de la lutte où nous sommes engagés. Les Etats-Unis ne s'y sont pas trompés. *■

— Êtes-vous disposé à dire quelque chose à propos de la note du Président AYilson?

— Connaissant les sentiments américains, a répondu M. Poincaré, nous ne nous sommes pas mépris sur la pensée qui a inspiré l'initiative de M. le Président Wilson. Nous avons tout de suite été convaincus que la suggestion faite aux nations belligérantes se conciliait, dans l'esprit de l'illustre Président, avec la traditionnelle amitié de nos deux nations. Mais, ayant conscience de lutter pour l'humanité, nous n'avons pas le droit de déposer les armes avant de pouvoir signer une pïdx véritablement humaine, c'est-à-dire établie sur des principes qui la rendent réellement viable, qui soient conformes aux droits des peuples et qui épargne au monde le retour d'aussi terribles catastrophes.

Il est malheureusement certain que l'Allemagne, qui allecte en ce moment de se dire victorieuse, bien qu'elle ne puisse guère douter de sa défaite prochaine, n'est pas encore mûre pour cette paix nécessaire.

Nous sommes donc condanmés à continuer la guerre jusqu'à ce que nous puissions, nos alliés et nous, obtenir les réparations et les garanties qu'ont rendues indispensables l'agression dont nous avons été victimes, les sacrifices que nous avons subis et les pertes que nous avons soulTertcs.

La réponse que les pays alliés viennent de faire collectivement à M. le Président \Mlson est, à cet égard, parfaitement claire. Nous n'avons, quant à nous, rien à cacher. On nous a attaqués, nous nous défendons, mais nous ne voulons pas avoir à nous défendre perpétuellement contre de nouvelles attaques. Nous voulons donc des réparations pour le passé et des garanties pour l'avenir.

— Votre sentiment est-il que le Président Wilson pouvait, à juste titre, poser aux puissances belligérantes les questions qu'il leur a posées?

— Ce n'est pas de notre part que viendra la résistance

aux généreuses idées du Président Wilson sur les entenles internationales à conclure, au lendemain de la paix, pouiassurer le respect des engagements pris. Nous nous associons, au contraire, bien volontiers, à ses nobles intentions. Mais, pour que ces ententes puissent produire plus tard leur effet bienfaisant, il faut commencer par restaurer les droits violés et par prémunir l'Europe contre une paix qui contiendrait le germe de nouveaux attentats.

M. Marshall a demandé au Président Poincaré si la France estimait que la restitution de ses provinces perdues, l'Alsace et la Lorraine, était, comme la reconstitution de la Belgique, essentielle à la conclusion d'une paix satisfaisante :

— Nous avons également parlé dans notre réponse, repartit le Président, de la restitution des provinces autrefois arrachées par la force ou séparées contre le gré des ■populations. Notez bien que, pendant quarante-(|uatre . ans, la France a étoulfé la douleur que lui causaient ses anciennes blessures. L'Allemagne lui avait enlevé, en 187 1, l'Alsace-Lorraine, malgré le vœu unanime des habitants.

Quelque cuisant regret qu elle en eût éprouvé, la France n'aurait jamais voulu faire ime guerre de revanche. Elle savait trop, hélas! ce qu'une guerre coûterait à l'humanité. ÎÎIe a attendu, en prenant som d'écarter de son mieux ^toutes les occasions de conflit. Elle s'est montrée patiente et résignée. Elle a supporté des provocations comme celles de Tanger, d'Agadir et beaucoup d'autres. Mais aujourd'hui que, sans motifs, on lui a déclare la guerre; aujourd'hui que son sang a coulé par la faute d'aiitrui, comment pourrait-elle ne pas élever mie revendication fondée sur le droit et sur la justice?

Le Pré.sident "Wilson et le peuple des Etats-Unis cx)mp rendront certainement sur ce point, comme sur les autres, la haute portée morale de la réponse des Alliés (11.

il) D'après ie Journal des Débala du 20 janvier 1917. Il convient d'y ajouter ces commentaires parus les jours suivants :

Londres, le 20 janvier. — Le Daily Telegraph, commentant l'interview que M. Poincaré a accordée à M. Mai-shall, écrit :

" Le Pré.sident a parlé au nom de la France. Les neutres seront frappés de la confiance dans la victoire qui émane do se^ pnrolps vX de la relation étroite f|iii existe entre les

— iOU —

29 février 1915.

S. M. le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, Empereur des Indes, Londres.

Jo prie Votre Majesté de recevoir mes plus vives félicitations pour les beaux succès remportés par les troupes anglaises sur le front occidental et à Kut-el-Amara. L'écho de ces \àctoires a joyeusement retenti au cœur de la France amie et alliée.

déclarations de M. Poincaré et la note de M. Balibiir aux Etats-Unis.

« L'Allemagne lait montre d'une confiance plus bruyante que réelle. Pour elle, il y a trois solutions : la victoire, la défaite, le coup nul. Aux yeux des Alliés, inexorablement déterminé.s à la guerre, ce ne peut être que la défaite ou la victoire, le coup nul étant léquivalenl de la défaite.

" En parlant de la restitution de l' Alsace-Lorraine comme d'une condition sine qiia non, M. Balfour a provoqué en Allemagne une explosion de rage. M. Poincaré affirmant que celte restitution est certaine et peu éloignée, les Allemands comprendront qu'il ne s'agissait pas d'une fanfaronnade de la part de M. Bali'our, M, Poincaré exprime la conviction que les armées françaises reconquerront l'Alsace-Ixjrraine. Tous les loyaux alliés de la France partagent entièrement cette conviction. Ce sera le coup le plus sérieux que nous pourrons porter à l'Allemagne. »

New-York, le 21 Janvier. — Tous les journaux de New- York publient en place d'honneur les déclarations faites par "M. Poincaré à M. Edouard Marsliall. Ils soulignent, dans ces déclarations, le passage où le Président de la République française répète que la France continuera la guerre jusqu'à ce qu'elle obtienne les réjjarations et les garanties rendues indispensables après les pertes qu'elle a subies.

Il faut remarquer le ton entièrement cordial et art'eetueux avec lequel le Président Poincaré a parlé du Président Wilson et des Etats-Unis.

— rji —

Discours prononcé à l'inauguration du Congrès du Livre, le 11 mars 1917, tenu à la Sorbonne.

Messieurs,

Je vous remercie de m'avoir invité à présider la première séance de votre congrès. Jusqu'au jour oii la France pourra déposer sur son sol affranchi ses armes victorieuses, je me dois surtout à ceux qui la défendent. Mais les braves gens qui versent leur sang pour elle comprendront qu'aujourd'hui je vous considère, vous aussi, comme des combattants. Si votre âge vous retient loin de cette longue ligne de dévastation qui s'étend de Nieuport à l'Alsace, vous êtes, du moins, des mobilisés volontaires au service du pays; vous veillez à la garde des plus grands intérêts nationaux; vous êtes les soldats de la pensée française.

Certes, lorsque nos yeijx se fixent sur la douloureuse blessure qui mutile la France du nord à l'est, lorsque nous voyons nos champs bouleversés et nos foyers détruits, nous sentons plus prol'ondément que jamais combien nous est chère la terre où nous sommes nés et oh un ennemi sacrilège est venu troubler le sommeil de nos. morts. Mais la patrie n'est tout entière ni dans la douceur des horizons familiers, ni dans la paix des lombes. Elle se complète et se vivifie par la mémoire des générations disparues, par la force (les traditions, par l'nnité de la langue, par lu

communauté des mœurs et de la civilisation. Une personnalité géographique indivisible, mais aussi une âme, un esprit vivant, une conscience, voilà ce qu'est la France pour l'héroïque armée qui la protège; voilà ce qu'elle est pour vous, qui travaillez à augmenter son prestige et à grandir sa ' renommée.

C'est dans le livre que se symbolise l'idée française. Le livre prolonge le passé dans le présent; il ressuscite les siècles défunts; il réveille la voix de nos ancêtres ; il nous permet de vivre eu leur compagnie et de converser avec eux.

En même temps, le livre enregistre les progrès accomplis, propage les nouveautés fécondes, stimule les imaginations créatrices; il est le messager de la science et le liéraut des bonnes lettres : il nous introduit chez les étrangers et il leur ouvre les portes de notre maison.

Comme vous avez raison de \ ouloir que ce courrier de la France ait toutes les qualités françaises, qu'il soit alerte, élégant, sociable, et qu'il sache nous faire aimer!

Il rencontre, sur tous les marchés du monde, des concurrents redoutables et, dans ces dernières années surtout, il s'est heurté, jusqu'en deçà de nos frontières, aux émissaires de l'Allemagne.

Par le livre, comme par le commerce et la liiiance, nos ennemis nous ont fait la guerre, avant de nous la déclarer. Le livre allenuind a élé le porle-paroledc l'orgueil allemand, de la science allemande, de la culture allemande. Tantôt il nous

a envahis avec une brutalité tapageusr, tantôt il s'est coulé chez nous avec des airs hypocrite.*^. Nous l'avons vu se içlisser dans les mains de nos touristes, s'insinuer dans nos universités et nos lycées. Parfois, pour être plus sur de trouver bon accueil, il prenait cfîrontémenl le masque français. A la veille des hoslililcs. ne s'est-il pas trouvé, de passage à Paris, un homme qui forniait, en l'hoiineur du livre, un vaste projet de bibliographie nationale? On a eu l'indiscrétion de se renseigner : c'était le courtier d'ime grande librairie de Leipzig. A la faveur d'une propagande méthodique et opiniâtre, TAllemagne avait réussi à nous faire accepter des quantités croissantes de volumes et de périodiques, édités en Prusse, en Saxe, en Bavière, et souvent imjirimés en un idiome qui se donnait pour la langue française et qui en avait quelques apparences. C'est ainsi que passaient en douane, pour venir accaparer l'étalage de libraires complaisants, des quintaux de dictionnaires, d'ouvrages de droit international, — oii l'Allemagne nous enseignait le respect des traités ; — de romans populaires et policiers; de collections musicales, — fiui réservaient aux compositeurs d'outre-Rhin une place privilégiée et enveloppaient savamment nos maîtres d'un voile crépus- 'culaire; — de journaux de modes — qui s'intitulaient cyniquement la Façon parisienne, les Modèles parisiens, V Idéal parisien, et qui nous donnaient des leçons de grâce françaises méditées sur les bords de la Sprée.

Toutes ces publications germaniques importaient parmi nous de subtiles apologies de l'Allemagne, une littérature lamentable qui usurpait le nom français et jetait le discrédit sur la nôtre, un goût qui aurait fini par altérer notre goût, si nous n'avions été naturellement défendus contre la corruption de notre esprit public par des siècles de vie collective et par d'inépuisables réserves d'énergie intérieure.

La menace cependant se rapprochait. L'Allemagne nourrissait l'ambition de devenir la reine du livre. Rappelez-vous la savante publicité qu'elle a faite en 1899 autour du Musée du livre qu'elle créait à Leipzig : rappelez-vous le Musée de la pensée allemande, inauguré, en 1910, à Munich : rappelez-vous l'Exposition du livre, ouverte à Leipzig, au moment oîi les empires du Centre conspiraient déjà, dans l'ombre, contre la paix universelle. Peu à peu l'Allemagne, puissamment servie par le traité de Francfort et par la clause de la nation la plus favorisée, nous dépouillait d'avantages séculaires, nous chassait outrageusement de nos positions dans le monde et, non contente de se faire sa part dans le commerce des imprimés, s'efforçait, là comme partout, de s'arroger l'empire et de s'attribuer l'hégémonie.

Contre ce danger d'hier, qui serait encore, si l'on n'y parait sans relard, le danger de demain, vous avez groupe ici, messieurs, toutes ces forces d'actions qu'a si éloqueinment définies notre ami M. Pierre Decouroelle. Ecrivains, éditeurs, impri-

meurs, typographes, bibliophiles, artistes, vous vous êtes réunis pour travailler à la défense et illustration de la langue et du livre français. Il n'est pas de tâche plus noble ; il n'en est pas qui mérite davantage l'approbation et l'encouragement des pouvoirs publics.

Vous savez que c'est le livre qui gouverne les hommes et qu'il est le maître de l'avenir; vous n'entendez pas qu'il intronise partout l'impérialisme germanique et l'esprit de domination.

Vous vous êtes donc assigné comme premier devoir de libérer le livre français des trop nombreuses servitudes étrangères qui en grèvent encore la fabrication. N'est-il pas pénible de constater que notre papeterie, de renom si ancien, de passé si glorieux, ne tire plus de notre pays toutes les matières dont elle s'alimente et se courbe sous la dépendance humiliante de productions exotiques? Notre sol n'est-il plus propice au sapin, au tremble et au bouleau? L'alfa ne pousse-t-il plus sous le ciel de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie? Nos colonies sont-elles donc dépourvues de textiles, de roseaux et de bambous? Pour développer et exploiter nos richesses nationales, vous saurez étudier et recommander tout un ensemi)le de mesures, qui allégeront le lourd tribut annuel que nous payons fidèlement à nos rivaux et trop souvent à nos ennemis. A l'industrie du livre, à la typographie, à la reliure, il faut des machines. N'est-il pas possible de les construire en France, et à des prix qui soutiennent la

(i)ncurrence des machines étrangères? Est-il nécessaire que, pour confectionner la couverture d'un livre, pour coudre, piquer, coller ou plier, l'ouvrier français soil condamné à se familiariser avec un mécanisme allemand?

Vous rechercherez de même si, à cet ouvrier français, qu'aucun ne dépasse en intelligence et en ingéniosité, ne pourraient être offerts des moyens plus efficaces d'améliorer 5on instruction professionnelle ; vous vous demanderez si l'organisation de notre vente et de notre publicité n'est pas défectueuse, si, en face des longs crédits pratiqués par les Allemands, nos modes habituels de payement ne sont pas un peu timides, si nos répertoires et nos catalogues ne sont pas trop lares et trop modestes, si nous ne devrions pas nous-mêmes préparer des expositions techniques, instituer un musée du livre, former des vendeurs, faire visiter plus régulièrement la clientèle des pays acheteurs, créer à l'étranger des dépôts centraux, bref, rajeunir et compléter nos méthodes, pour coaliser partout, en faveur du livre français, les efforts et les bonnes volontés.

Vous écouterez enfin les conseils éclairés des illustrateurs, des graveurs sur cuivre, de ces charmants aquafortistes, qui sont les héritiers directs de notre xv!!!*" siècle, de ces admirables graveurs sur bois qui ont rendu la vie à un vieil art national trop longtemps délaissé; et vous ne refuserez pas même votre sollicitude aux procédés mécaniques de simili-gravnre on d'héliogra-

vure, d'abord parce que vous savez le secours qu'ils prêtent à la diffusion du livre, et aussi parce que beaucoup d'excellentes éditions leur empruntent désormais un supplément de beauté.

Est-ce à dire que tout soit à faire pour relever la prospérité de l'industrie du livre? Loin de moi celte pensée de pessimisme et d'injustice ! Quelle qu'ait été, avant la guerre, la progression continue des importations de livres, nos exportatioîis n'ont pas fléchi; elles n'ont même pas cessé de s'accroitre et, en iQiS, elles distançaient encore de beaucoup les entrées. Nous avions à lutter pourtant contre une invasion lente, sournoise et insidieuse, qui aurait fini par tout emporter, si l'ennemi lui-même n'avait détruit son œuvre de conquête par la guerre qull a déchaînée. Dorénavant, la victoire de nos armes nous rendra la liberté commerciale, l'élan nécessaire aux grandes entreprises et la foi en notre génie.

C'est un étrange paradoxe que la prétention de l'Allemagne à la primauté dans la composition du livre. En 1784, l'Académie de Berlin mettait au concours le fameux sujet : « De l'universalité de la langue française, » et elle décernait le prix k Rivarol. La littérature allemande, dans les deux périodes où elle a jeté le plus d'éclat, n'a été que le reflet de la nôtre, et ce n'est pas un Français, c'est Nietzsche qui a écrit : « Tout ce qu'il y a de noble en Europe dans l'ordre des sentiments, des goûts et des mœurs est l'invention de la France. » Ce n'est pas un Français, c'est encore Nietzsche

qui a défini la culture « l'imité de style artistique dans toutes les manifestations de la vie, » et qui a proclamé, sans respect pour sa terre maternelle, que la marque distinctive de F Allemagne était le chaos dans les tentatives d'art, l'absence de style, le défaut de culture, il a même ajouté : la barbarie. Titres singuliers, si Nietzsche a dit vrai, pour essayer de conduire, par le livre, l'esprit du genre humain !

Le genre humain, l'Allemagne aujourd'hui la, en grande partie, soulevé contre elle; et voici que, sur les continents et sur les mers, s'affrontent, non seulement deux groupes de peuples et deux fédérations d'intérêts, mais deux principes et deux civilisations : la souveraineté de la force et la souveraineté du droit, le régime d'oppression et l'esprit de liberté, l'orgueilleuse grossièreté du colossal et le sentiment de la vraie grandeur intellectuelle et morale.

Ce que va décider irrévocablement cette guerre sanglante, ce n'est pas seulement la destinée des nations qui y sont engagées, c'est tout l'avenir de la planète habitée par les hommes. Pour qu'un monde nouveau puisse vivre dans la paix et dans la joie, il faut, hélas ! qu'il soit enfanté dans la douleur. Mais, si longue et si cruelle qu'elle soit, la douleur passera et la gloire de la France sera éternelle.

Télégramme à M. Wilson, Président des États-Unis d'Amérique (i).

6 avril 1917.

Au moment où, sous la généreuse inspiration de Votre Excellence, la grande République américaine, fidèle à son idéal et à ses traditions, s'apprête à défendre par les armes la cause de la justice et de la liberté, le peuple français tressaille d'une émotion fraternelle. Laissez-moi vous renou-. veler, ISlonsieur le Président, en cette heure grave et solennelle, l'assurance des sentiments dont je vous ai récemment adressé le témoignage et qui trouvent dans les circonstances présentes un accroissement de force et d'ardeur. Je suis sur d'exprimer la pensée de la France tout entière en vous disant, à vous et à la nation américaine, la joie et la fierté que nous éprouvons à sentir nos cœurs battre, une fois encore, à l'unisson avec les vôtres. Cette guerre n'aurait pas eu sa signification totale si les Etats-Unis n'avaient pas été amenés par l'ennemi lui-même à y prendre part. Dorénavant, il apparaît plus que jamais à tout esprit impartial que l'impérialisme allemand, qui a voulu, préparé et déclaré la guerre, avait conçu le rêve insensé d'établir son hégémonie sur le monde. Il n'a réussi qa'ù révolter la conscience de l'humajùté. Vous vous êtes fait, devant l'univers, en un

(1; La répoiisedu Présideiil îles Klats-Uuis se [H un Journal officiel du II a\iil, p. a84^

langage inoubliable, l'éloquent interprète du droit o'vjtragé et de la civilisalion menacée. Honneur à vous, Monsieur le Président, et à votre noble pays.

Je vous prie de croire à mon amitié dévouée.

Télégramme de remerciement pour le message du roi d'Angleterre à l'armée française.

•2'i avril i<)l'.

Sa MajesLè George Y, l'ol de Grande-Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes.

.le me fais uii plaisir de communiquer le message de Votre Majesté à l'armée française, (pii en sera très touchée et qui est fière de poursuivre, dans des opérations, concertées avec la victorieuse armée britannique, la lutte libératrice contre l'ennemi comnmn.

Pour l'Enipire-day.

'j!\ mai lyi;.

Sa Majesté le roi d'Angleterre.

A l'occasion du jour de l'Empire, je tiens à renouveler à Votre Majesté les vanix ardents que le peuple français forme avec moi [)our la prospérité du royaume de Grande-Brelagne et d'Irlande, pour les Dominions et les colonies britanniques, pour l'empire de l'Inde, dont les lils, unis au\ cufauls de la Fiance, de ses coldnies cl de ses

[»rotectorats, combattent vaillamment pour la plus noble cause.

Au Président de la [République du Brésil (S. E. M. Wenceslas Braz) en réponse au télégramme de remerciement du 2é mai 1917.

La marine française sera très honorée des remerciements de Voire Excellence. En contri- Mjnant au sauvetage de l'équipage du Tijiica, elle est restée fidèle à ses traditions d'humanité et a ('•té heureuse de témoigner sa sympathie aux citoyens d'une nation amie. Je prie Votre Excellence de croire à mes meilleurs sentiments d'amitié.

Au ministre de la Guerre (M. Painlevé) après la revue du 14 Juillet.

Mo5! cuEii Ministre,

La splendide armée dont vous taisiez ces jours-ci l'émouvant éloge aux applaudissements unanimes de la représentation nationale, a recueilli ce matin, dans les rues de Paris, le fervent témoignage de hi reconnaissance publique.

Les glorieux détachements qui ont défilé devant nous, les drapeaux noircis et déchirés qui enveloppent dans leurs plis tant de souvenirs ilbi^^ très, les délégations des corps auxquels leur vaillance collective a valu la fourragère, formaienl une synthèse magnifique de toutes les vt-rtiis militaires et de toutes les énergies patriotiques.

Elroitement unis dans la même pensée et dans la même volonté, ces officiers et ces soldats offraient à l'incomparable population parisienne d'innombrables exemples vivants d'héroïsme et de grandeur morale.

En retour, le peuple de Paris montrait à ces braves, par ses acclamations enthousiastes, qu'il comprend comme eux la nécessité de poursuivre jusqu'à la victoire définitive l'effort sublime qui les a depuis trois ans signalés à la respectueuse admiration du monde entier.

Les Pouvoirs publics ne peuvent que s'incliner avec une profonde émotion devant ce peuple el devant cette armée qui ne font qu'un seul être. qu'un seul cœur, une seule âme et qui sont la France, la France radieuse et immortelle.

Je vous prie de vouloir bien transmettre à ces superbes troupes les ardentes félicitations que je leur adresse au nom du pays.

Croyez, Mon cher Ministre, à mes sentiments

affectueux et dévoués.

Réponses aux télégrammes de fête du 14 Juillet 1917.

i3 juillet 1917.

Sa Majesté le roi Alexandre, Athènes.

Je remercie Votre Majesté des vœux qu'elle

forme pour la France et je la prie de recevoir mes

souhaits les plus vifs pour la prospérité de la

Grèce. C'est une grande joie pour le peuple fran-

fais de voir heureusement rétablie entre nos deux pays la confiante amitié qu'a nouée la tradition et que resserrera davantage encore une coopération cordiale dans la grande lutte où se jouera lavenir du monde.

i3 juillet 1917.

■Son Excellence AI. Bernardino Machado, Président de la République portugaise, Lisbonne.

Très touclié des vœux que vous voulez bien m'exprimer, je vous prie de recevoir les souhaits IVaternels que forme le peuple français pour la grandeur et la prospérité de la République portugaise. Dans la lutte commune que soutiennent nos deux nations pour le triomphe du droit et de la liberté, elles sentent se fortifier tous les jours davantage les liens qui les unissent.

i3 juillet 1917.

Sa Majesté le roi Albert I"', G. Q. G. belge.

Je remercie Votre Majesté d^avoir bien voulu s'associer aussi chaleureusement à la célébration de notre fête nationale. Les armées de la République seront pioibndément touchées de votre haute appréciation; elles savent de quel noble soldat leur vient un éloge si vibrant ; elles savent aussi quels exploits la vaillante armée belge n'a cessé d'accomplir sur l'Yser à l'école de Votre Majesté. Fières de la fraternité d'armes qui les luiil aux troupes alliées, elles continueiont de

combattre à leurs côtés pour la délivrance des populations opprimées par l'ennemi et pour la réparation nécessaire des droits violés. Je prie Votre Majesté de présenter à Sa Majesté la reine mes hommages respectueux et de croire à ma lidèlc amitié.

i4 juillet i!ii;

.b'o;i Altesse royale le prince Alexandre de Serbie, Salon ir/ue.

Je suis très reconnaissant à Votre Altesse royale des vœux qu'elle adresse à la nation française et je la remercie de son cordial souvenir personnel. Je la prie de recevoir mes chaudes félicitations pour les succès de la valeureuse armée serbe, mes souhaits pour la délivrance prochaine de la généreuse Serbie et l'assurance de ma constante amitié.

i6 juillet 1917.

Son excellence M. ]VoodroiV Wllson, Président de la RcpiibUque des Etats-Unis d'Amérique, Washini'-ton. i

Le peuple français, qui a tait, depuis trois ans," d'héroïques sacriticcs pour la défense du droit et de la liberté, accueillera avec une reconnaissante émotion. Monsieur le Président, le fraternel mes-' sage que vous avez bien voulu m'eiivoyer à son intention.

Nous serons Uers de continuer jusqu'à la vic-^ loire, coude à coude avec la grande et généreuse

— 2or. —

iiafion américaine, la guerre que l'impérialisme de nos ennemis a déchaînée sur le monde, malp^ré les efforts désespérés que la République française n'avait cessé de faire pour éviter un aussi terrible cataclysme.

Je ne doute pas plus que vous qu'après la (îéfaite de rautocratie et du militarisme germaniques, un avenir de paix, de travail et de prospérité ne s'ouvre enfin devant l'humanité délivrée.

38 juillet 1917.

Sa Majesté le roi Ferdinand de Roumanie, Jass)\

Je ^âens d'assister avec émotion à une grandiose manifestation franco-roumaine, au cours de laquelle l'étendard dEtienne le Grand a été solennellement remis au ministre de Votre Majesté devant un public enthousiaste, fidèle interprète des sentiments du peuple français. L'écho des succès remportés par les vaillantes troupes roumaines a joyeusement retenti au cœur de la fouîc qui se pressait à celte cérémonie. Je saisis cette occasion d'envoyer k Votre Majesté, avec toutes mes félicitations, mes v<eux chalenreux pour elle, pour Sa Majesté la reine et pour la Roumanie, amie, alliée et sœur de la France (r).

I) I-a réponse du roi de Roumanie, en date du îi jiiillel, Il a été publiée que le 7 aoftt.

Réponse au télégramme du roi d'Angleterre daté de Buckingham-Palace.

3 août 191 -.

Sa Majesté le i-oi George V, roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes, Londres.

Je puis donner à Votre Majesté l'assurance que les sentiments qu'elle veut bien m'exprimer, au nom de l'empire britannique, correspondenl à ceux du Gouvernement de la République et du peuple français.

Les cruels sacrifices imposés aux nations alliées par une guerre dont elles ne portent pas la responsabilité, doivent trouver, dans la victoire délinitive, les réparations que réclame le droit.

La France est résolue à poursuivre et à terminer cette œuvre de délivrance et de justice en élroile collaboration avec la Grande-Bretagne et avec les colonies et les dominions qui ont donné, depuis trois ans, comme la métropole, un si admirable exemple d'union patriotique.

Hier encore, la magnitlque armée que l'euipire britannique a levée, instruite et outillée depuis le début des hostilités, offrait à ses frères d'armes un nouveau témoignage de sa valeur et de son héroïsme. Je saisis bien volontiers l'occasion de ce troisième anniversaire pour prier Votre Majesté de transmettre à ses vaillantes troupes, mes félicitations et mes vomix.

Télégramme après le voyage d'Italie.

19 août 1917.

Sa Majesté le roi Victor-Emmanuel III, au front de guerre italien.

Au moment où je quitte la terre d'Italie, je veux remercier encore Votre Majesté de l'accueil si cordial qu'elle m'a fait et dont je lui demeure très reconnaissant.

J'emporte un souvenir ému des trop rapides journées que j'ai passées au milieu des vaillantes troupes de la nation amie et alliée.

Je garde la vision des durs champs de bataille oii tant de braves ont versé leur sang pour la rédemption de leurs frères de race.

Il m'a été particulièrement agréable de pouvoir visiter, avec Votre Majesté, Gradisca et Gorizia et d'y voir flotter le drapeau italien.

Je forme les vœux les plus ardents pour que de nouveaux succès viennent récompenser le courage de votre magnifique armée, assurer à votre noble pays l'accomplissement de ses destinées nationales et contribuer à la victoire commune des peuples alliés.

Unies aujourd'hui dans la guerre, l'Italie et la France resteront à jamais unies dans la paix et, lidèles à leurs mêmes traditions, à leur même culture, à leur même idéal, elles travailleront d'un môme cœur au progrès de l'humanité.

Réponse à un télégramme du roi d'Angleterre, î pour l'anniversaire de naissance du Président n).

Paris, aa août 191.7.

Sa Majesté le i^ol George Y, roi de Grande-' Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes, \ Londres.

Je suis très reconaaissant à Votre Majesté des vœux si affectueux qu'elle m'adresse et je la prie' de recevoir ceux que je forme de tout cœur pourelle, pour Sa jNIajesté la reine et pour la famille royale. Les admirables succès que remportent quotidiennement les vaillantes troupes britanniques, au cours d'opérations méthodiques auxquelles les soldats français sont fiers d'apporter leur part d'efforts, nous permettent de bien augurer de la victoire définitive qui nous assurera une paix durable. Je saisis avec empressement cette occasion de renouveler à Votre Majesté mes vives félicitations pour sa magnifique armée et mes souhaits pour la gloire et la prospérité du grand peuple britannique, ami et allié de la France.

Télégramme de félicitations pour les succès italiens.

2'> août 11)17.

Sa Majesté le roi V Le ta r- Emmanuel fil, zone de guerre, Italie.

Je suis heureux d'apprendre le beau succès des opérations dont j'ai pu voir ces jours-ci avec

fi) Voir plus liaul. j>. 10 et i^ot.

Votre Majesté le terrain difficile et dont le magnifique entrain des troupes italiennes m'avait fait présager l'heureux résultat.

J'adresse à Votre Majesté mes vives félicilations pour sa vaillante armée et je la prie de recevoir elle-même mes fidèles souvenirs.

Allocution prononcée à Verdun le 29 août 1917 à l'occasion de la remise au général Pétain de la Grand'Croix de la Légion d'honneur.

Mon cher général,

Dans les belles lettres qu'ils vous ont écrites il y a peu de jours, ]NL le président du Conseil et M. le ministre de la Guerre vous ont exprimé, avec les félicitations du Gouvernement de la République, la confiance de l'armée et la gratitude du pays. En vous remettant aujourd'hui devant quelques-unes de vos vaillantes troupes, la grand' croix qui vient de vous être décernée, je suis heureux de vous dire, à mon tour, combien la France est fière de vos succès et quelles espérances elle mel en vous, en vos généraux, en vos officiers, en vos incomparables soldats.

Depuis le jour où vous avez été appelé à rétablir, devant Verdun, notre situation militaire, l'attention du monde est restée fixée sur cette glorieuse cité et sur la zone de terre lorraine qui entoure ses vieilles murailles et qu'ont ravagée les obus de l'ennemi. L'immanité tout entière a compris que de la partie grandiose et tragique qui

j^e jouait sar les deux rives de la Meuse dépendaient la liberté des peuples et l'avenir de la civilisation.

Ce sol dévasté que j'ai si souvent parcouru avec vous, — ce sol désolé qui avait pris une valeur symbolique et qui ne formait plus seulement les avancées d'une place célèbre, mais le glaisis d'une citadelle idéale où se serait retranché le droit éternel, — ce sol illustré par tant de combats et sânctilié par tant de sang versé, — l'armée française l'a défendu pied à pied et reconquis lambeau par lambeau; et voici qu'aujourd'htii, sous votre commandement suprême et sous la direction des chefs éprouvés, elle vient de reprendre d'assaut, après une savante préparation d'artillerie, les hauteurs si souvent disputées, d'oîi l'ennemi dominait nos positions, surveillait nos mouvements et réglait le tir de ses batteries. Eclatante victoire qui répond, par un écho retentissant, aux exploits accomplis tous les jours par nos troupes sur le Chemih-des-Dames, aux brillants avantages obtenus par nos divisions dans les plaines de Belgique, aux héroïques batailles livrées dans les Flandres par l'armée britannique, aux importants progrès réalisés par les Italiens sur l'Aprè chaîne du Monte Santo et sUr les plalevAW rocheux du Carso.

Dans l'ensemble de ces opérations concertées, l'armée française a fourni, comme toujours, son large tribut d'effmts. Jamais elle n'a montré plus de courage et [)lus d'enfrain. Trois ans de rudes

combats n'ont ni altéré sa force, ni refroidi son ardeur. C'est qu'elle est soutenue dans cette longue épreuve par la conscience de défendre le pays natal et de ne poursuivre la guerre que pour assurer le triomphe de la paix.

Vainement nos ennemis essaient-ils de défigurer l'histoire et de répandre chez les neutres des fables de commande. Vainement font-ils des efforts désespérés pour se décharger des responsabilités qui les écrasent. Vainement les fabriques de fausses nouvelles, installées dans les villes impériales, dégagent-elles sans trêve des nuages de fumées noires, qu'im vent propice pousse au delà des frontières, mais qui se dissipent, l'un après l'autre, dans le rayonnement de la vérité.

Convaincue elle-même de ne plus pouvoir obtenir sur notre front une victoire militaire, l'Allemagne s'est réfugiée dans une dernière illusion : elle s'imagine avoir raison de nous par des crises intérieures et, depuis quelques semaines, elle les annonce avec fracas. Ni ces puériles manœuvres, ni l'infâme propagande qui les accompagne, — el que la justice réprimera sans faiblesse, chaque fois qu'elle tentera de pénétrer chez nous, — ne réussiront à troubler l'esprit public, qui restera digne de notre cause et des admirables soldats qui la défeûdent.

La France tout entière est en guerte; nulle part clic ne se laissera entamer.

Confiante en la magnifique armée que vous cf)mmandez, mon cher général, avec tant de mal-

trise et qui vient de lui donner de nouveaux motifs d'espoir; confiante en la loyauté, en l'énergie, en la force croissante de ses alliés, elle vous adresse aujourd'hui, à vous, à vos officiers et à vos hommes, ses félicitations et ses vœux, et elle A-ous répète : « Comptez sur moi comme je compte sur vous et sur vos soldats. Tous ensemble, nous lutterons jusqu'à la victoire finale. Tous ensemble, nous travaillerons à étaJ^lir, sur des fondements inébranlables, le règne de la paix et la souveraineté du droit. »

Réponse à un télégramme daté du G. Q. G. roumain du 29 août 1917.

Sa Majesté le roi Fei^dinand de Roinnanie, G. Q. G. roumain.

Je remercie vivement Votre Majesté des vœux que m'apporte son émouvant télégramme et des félicitations qu'elle adresse a l'armée française. Je lui donne l'assurance que l'héroïsme déployé dans des heures difficiles par les officiers et les soldats roumains a éveillé ici, chez leurs frères d'armes, un sentiment unanime d'admiration et que la France, résolue, comme la Roumanie, à poursuivre la libération des peuples opprimés, partage la ferme confiance de Votre Majesté en la victoire des alliés.

J'e.xprime à Votre Majesté mes souhaits les plus fervents pour la Roumanie et pour sa vaillante année.

Extrait de rallocution prononcée le 6 septembre au G. Q. Q. américain pour le double anniversaire de la Marne et de l'Indépendance Day, se terminant ainsi.

" Les jours que nous vivons unissent deux nations qui font cause commune dans une lutte pour la sauvegarde de la civilisation. Vive le Président Wilson ! Vivent les Etats-Unis ! (i) ^>

Télégramme au roi des Belges.

Paris, 23 septembre 1917.

Sa Ma/esté le roi Albert /", G. Q. G. belge.

L'armée française gardera le reconnaissant souvenir de la visite que Votre Majesté a bien voulu lui rendre, et elle sera très fière de l'appréciation que-porte sur elle le glorieux chef de la vaillante armée belge.

Je remercie Votre Majesté d'avoir si aimable-

I Du Journal des Débats (7 et 10 septembre 1917I :

« M. le Président de la République, accompagné du ministre de la Guerre et du général Pétain, commandant en chef des armées du Noi-d et du Nord-Est, s'est rendu ce matin au quartier général de l'armée américaine.

A son arrivée au quartier général américain, M. Poincaré a été reçu par le général Pershing; il a visité eu détail avec lui les installations des troupes, dont il a aduiiré la belle tenue.

Sur un large plateau, les troupes américaines défilèrent crânement en tenue de guerre, casque d'acier sur la tête, masque protecteur contre les gaz au côte.

Après la revue, le général Pershin;,' lit rassembler les officiers en demi-cercle autour du Président qui leur dit quelques mots à l'occasion du double anniversaire que les Etats-Ûni-s célébraient aujourd'hui. »

lïieftt accepté de parcoui'ir avec moi un des cbaipps de bataille oii nos communs enperais ont. vu s'évanouir leur rêve de domination universelle et je la prie de croire à mon amitié dévouée.

Réponse aii télégramme du roi d'Italie du 30 septembre 1917.

Sa Majesté le roi Victor- Emmanuel III.

Je remercie Votre Majesté d'avoir bien voulu rendre, à l'arniée française, la visite que j'avais laite à la vaillante armée italienne, et dont j'avais rapporté une si vive et si profonde impression.

Dans les trois journées que Votre Majesté a passées sur notre front, il ne lui était pas malheureusement possible de le parcourir tout entier.

J'ai pu, du moins, lui montrer successivemcut les jolies communes d'Alsace, oii elle a elle-même constaté l'émouvante fidélité des populations; le champ de bataille de Verdun, où elle a mesuré les magnifiques succès remportés par nos troupes ; les villes de Reims, do Soissons, de Coucy, de Chauny, de Ham, de Noyon, où elle a vu les dévastations systématiques accomplies par nos ennemis : triptyque, grandiose et douloureux, où sont fixés trois aspects essentiels 4e la guerre que nos peuples soutiennent fraternellement pour ie droit et la liberté.

La France gardera de l'c^imabje démarche de Votre Majesté im souvenir ému et reconnaissant.

2ir.

Allocution prononcée à l.orient le 3 octobre 1917 à l'occasion de la remise de la Croix de la Légion d'honneur au maître d'équipage Monnier, de la goélette Kléber et des médailles militaires à plusieurs matelots.

Lorient, 3 octobre 191-,

Messieurs,

L'un des devoirs les plus doux et les plus sacrés qui puissent incomber au Président de la République est d'exprimer à tous les défenseurs du pays la reconnaissance nationale. Depuis que l'Allemagne -impériale a entrepris contre des peuples innocents et pacifiques cette horrible guerre de conquête et de domination, je me suis rendu le plus souvent possible, trop rarement encore à mon gré, au milieu de nos vaillantes armées de terre; j'ai visité leurs cantonnements et leurs tranchées, j'ai vécu familièrement auprès des troupes et je leur ai ainsi donné un témoignage presque permanent de la sollicitude et de l'admiration des pouvoirs publics.

Combien de fois n'ai-je pas regretté de ne pas trouver aussi facilement l'occasion d'offrir à notre armée navale et à notre marine de commerce le tribut d'hommages qu'elles n'ont cessé de mériter !

Si j'ai envoyé de loin à nos escadres les félicitations de la France et de ses alliés; si j'ai vu ù l'œuvre dans les dunes de Belgique, l'héroïque phalange des fusiliers marins, j'ai eu la tristesse

de n'avoir pas, depuis le début, des hostilités, partagé la vie de nos équipages. Le dernier souvenir que m'ait laissé la fréquentation de nos marins remonte à la veille de la guerre. J'étais sur la Baltique, à bord d'un cuirassé, lorsque l'Autriche remettait son ultimatum à la Serbie et que les empires du Centre nouaient les suprêmes intrigues pour l'aire avorter, dans les chancelleries européennes, tous les efforts de conciliation. Aux vagues échos que la tél^égraphie sans fil nous apportait de la terre, j'ai senti, en ces heures mortelles, vibrer le cœur des officiers et des matelots. Depuis lors, l'espace nous a séparés ; mais ma pensée est restée constamment auprès d'eux.

Gomment, en elfet, ne pas songer sans cesse à la tâche ingrate et sublime que, sur les petites comme sur les grandes unités, sur les navires marchands comme sur les navires de guerre, ils accomplissent tous au service de la France ! Noble impatience des grands bâtiments à qui pèse l'immobilité des stations prolongées et qui réclament vainement jusqu'ici l'honneur des combats; attention perpétuellement tendue des torpilleurs, des chalutiers, des patrouilleurs de toutes sortes, qui protègent contre les écumeurs de la mer les transports de nos troupes et le ravitaillement des nations alliées; audace de nos sous-marins qui vont chercher, au fond de ses rades, rennemi qui s'y dérobe; magnifique courage de tant de braves gens qui exposent leur vie à tout instant sans

avoir à espérer la consolation de la gloire ni même le repos de la tombe : quel mépris du danger, quelle force de dévouement, quel esprit de sacrifice n'exige pas chez nos marins cette lutte de tous les jours et dé toutes les nuits contre les pirates de la Méditerranée et de l'Océan !

Un splendide exemple de ces hautes vertus a été donné, le 7 septembre dernier, par l'équipage du trois-màts Kléber, de Cancale. Les braves qui montaient cette goélette bretonne se sont montrés dignes du grand général alsacien dont elle porte le nom glorieux. Le capitaine La Fauve et le second Plessix, tués par les projectiles ennemis, les servants de la pièce de 47 qui armait le navire, le maître Monnier, qui, ayant ordonné une évacuation simulée, est resté à bord avec un seul iiomme valide, deux blessés et deux morts, pour attendre le sous-marin et ouvrir le feu sur lui, tous se sont conduits en valeureux enfants de la France. J'envoie un pieux souvenir à ceux qui ont payé de leur vie ce bel exploit maritime ; j'adresse aux survivants mes félicitations chaleureuses.

La Bretagne peut être fière de ses fils. Une fois déplus, ils ont bien mérité de la patrie. En leur apportant aujourd'hui l'assurance de la gratitude du pays, je ne les sépare pas de leurs camarades, (u'est toute la marine de guerre, c'est toute la marine de commerce que j'ai tenu, messieurs, ii venir saluer en vous. Honneur à vous et à tous les marins français !

■2lx

Réponse au télégramme de S. B. Bernardino Machado, Président de ia République portugaise, après son voyage en France (i).

i3 octobre 1917.

Je suis heureux, monsieur le Président, que vous gardiez bon souvenir de votre séjour en France et je tiens à vous répéter combien il m'a été agréable de vous accompagner dans votre visite à Verdun et aux régions libérées. L'armée française sera très sensible aux chaleureux éloges que vous lui adressez et dont elle vient encore de se montrer digne dans les victorieux combats d'hier. Je me félicite d'avoir pu, à mon tour, admirer avec vous les belles et vaillantes troupes portugaises qui luttent, comme les nôtres, et comme celles des alliés, pour la liberté du monde et pour le salut de l'humanité. Je vous prie de recevoir mes meilleurs vœux pour la grandeur et la prospérité du Portugal.

Réponse à S. H. M. Antonesco, ministre de Roumanie, présentant ses lettres de créance à l'Elysée, le 29 octobre 1917.

Monsieur lk Ministre,

A tout moment, vous auriez été le bienvenu dftpp ce pays oîi vous retrouverez tant de souve-

11) Le Président du Portnjçal, arrivé à Paris le 10 octobre iyi7, s'était rendu aussitôt A Verdun pour conférer à la ville l'Ordre de la Tour et de l'Epée dont la décoration f\it remise

nirs et où vqus comptez t^nt d amitiés. Vous pouvez être sûr d'y recevoir un accueil plus cordial encore et plus chaleureux dans les circonstances tragiques qui rapprochent nos deux nations et unissent nos deux armées.

Tout prédestinait la Roumanie et la France à cette alliance définitive : la parenté latine, les traditions communes, l'identité de la formation intellectuelle et le soin même que la France a mis à veiller, il y a près de soixante ans, sur le berceau des libertés roumaines.

J'ai toujours gardé profondément gravée dans la mémoire une image que je n'évoque pas sans mélancolie aujourd'hui que l'ennemi foule le sol de votre charmante capitale. En arrivant autrefois à Bucarest, après avoir traversé l'Allemagne, l'Autriche et la Hongrie, j'ai eu la sensation très vive de rentrer en France à la sortie des contrées étrangères. J'entendais dans les rues les passants qui parlaient français, je lisais de grands journaux roumains rédigés en français, je voyais fleurir partout l'esprit français.

Cette fraternité, qui m'apparaissait alors avec un visage souriant, prend, en face des terribles événements qui bouleversent le monde, une physionomie grandiose. Nos peuples, debout, hittent côte à côte pour le même idéal; ils endu-

devant la citadelle. Il fui reçu à Reims par le cardinal Luçon et le maire M. Lanj^let, puis parcourut les régions réoccupces, entre l'Oise et Nesles, visitant les troupes du général Tama- {(uini, commandant <lu corps expéditionnaire portugais.

lent les mêmes souffrances, consomment les mêmes sacrifices, entretiennent les mêmes espérances et conservent, comme leurs fidèles alliés, la même inébranlable confiance en la victoire d droit.

Leur amitié, désormais consacrée par le sang versé en commun, est maintenant indestructible. Je vous remercie, Monsieur le Ministre, de m'en apporter un nouveau témoignage. Recevez, à votre tour, mes meilleurs^vœux pour la réalisation de vos aspirations nationales et veuillez transmettre à votre auguste souverain, qui personnifie si dignement la cause roumaine, les félicitations émues de la France.

Télégrammes de réponse aux vœux de nouvelle année.

3i décembre 1917.

.S'a Majesté le roi cV Italie.

Je remercie Votre Majesté de ses vœux cordiaux et je la prie de recevoir ceux que je lui adresse.

Sa Majesté le roi des Belges.

3i décembre 191;.

Nous sommes très touchés, M"" Poincaré et inoi, des vœux que Votre Majesté et Sa Majesté la reine veulent bien nous adresser et nous vous prions de recevoii* tous deux les souhaits que nous formons de tout cœur pour vous, pour la famille royale, pour votre noble et malheureux pays.

J'espère vivement que l'année nouvelle mettra tin aux cruelles épreuves de la Belgique et lui assurera, avec le rétablissement de sa souveraineté nationale, les réparations auxquelles elle a droit.

La France, aussi fermement résolue que jamais à lutter jusqu'à la victoire finale, ne distingue pas sa propre cause de celle que Votre Majesté personnifie avec tant d'éclat (i).

A Sa Majesté le roi d'Angleterre.

3 janvier 1918 (2).

Je remercie Votre Majesté des vœux qu'elle adresse à la France et je la prie d'agréer ceux que je forme pour la grandeur et la prospérité de l'empire britannique. Plus longue est la guerre, plus ferme est la confiance dans le succès final des armées alliées et dans la solidité des liens qui unissent pour toujours les peuples libres, vaillants défenseurs des droits de l'humanité. L'Angleterre et la France auront appris, dans cette dure épreuve, à se mieux connaître, à s'estimer et à s'aimer; et elles récolteront dans la paix victorieuse le fruit des combats livrés en commun. J'exprime à Votre Majesté mes meilleurs souhaits pour elle, pour Sa Majesté là reine et la famille royale.

-4m roi Pierre /" de Serbie.

Je remercie Votte Majesté de ses vœux et je lui adresse avec l'expression de mes fidèles senti-

\i) Le Journal officiel (page 18) publie le télégramme du Président de la République chinoise Pan Kuo Chang et mentionne, sans la citer, lu réponse du Pi-ésîdènt de la République française.

(2) Le journal officiel (numéro du 3 janvier 1918, p. 146) mentionne aussi Bans les citer lés télégrammes de LL. MM. le roi de Suède, le roi de Danemark et le roi de Monténégro, <l les remerciements qui les ont suivitv.

ments, tous mes souhaits pour elle et pour la vaillante Serbie.

Au prince Alexandre de Serbie.

J'adresse à Votre Altesse royale, .en retour des vœux qu'elle m'exprime, mes meilleurs souhaits pour l'année nouvelle. J'ai, moi aussi, le ferme espoir que la victoire couronnera les magnifiques efforts des armées alliées el que la Serbie trouvera dans Une paix réparatrice la récompense de son patriotisme, rindépeiidânce et la prospérité.

An roi Alexandre de Grèce.

Très sensible aux vœux de Votre Majesté, je la prie de recevoir tous les miens pour la prospérité de la Grèce amie et alliée et pour la victoire de nos armées sur l'ennemi commun.

Réponse à un télégramme de félicitations, du 5 avril 1918.

Sa Majesté le roi d'Italie, G. Q. G. italien.

La France et son armée seront très touchées du télégramme que Votre Majesté a bien voulu mt faire parvenir et des félicitations qti'elle adresse aux héroïques soldats du droit.

Progressivement contenue par l'action méthodique et coordonnée des forces alliées, rolfensive eutreprise par l'ennemi lui réserve, à n'eri pn^ douter, une cruelle déceptloil liTiale,

Résolue, comme la vaillante armée italienne, k lutter jusqu'à la victoire commune, l'armée française a affronté et poursuit ces nouveaux combats avec une sereine et magnifique confiance.

Télégramme à Son Excellence M. Wilson, Président de la République des États-Unis d'Amérique.

7 avril 191S.

Un an s'est écoulé depuis que, sous votre haute et généreuse direction, les Etats-Unis d'Amérique ont pris, avec un splendide enthousiasme, la résolution de participer à la lutte grandiose que soutiennent les peuples libres contre les fureurs déchaînées de l'impérialisme.

Les valeureux soldats américains arrivent, sans relâche, sur le théâtre de la guerre et leur chef éminent a déjà revendiqué pour eux l'honneur de servir, eux aussi, sur les champs de bataille où se joue le sort du monde.

Laissez-moi, Monsieur Ik Président, saisir l'occasion de cet émouvant anniversaire pour vous dire, une fois de plus, combien, en ces heures graves et solennelles, le cœur de la France se sent près du cœur de l'Amérique.

Nos deux grands pays savent qu'ils combattent ensemble pour la justice et la liberté contre l'esprit de conquête à la fois hypocrite et brutal.

Ils voient clairement devant eux les nobles objectifs dont vous avez donné la définition inmiortelle cl ils sont décidés, non pas, comme

nos ennemis, à ftindre de les accepter, pour mieux s'en écarter, mais à en faire, pour un long avenir, des réalités lumineuses.

Côte à côte, nous poursuivrons donc inlassablement jusqu'à la victoire cette guerre de délivrance qui doit fixer les destins de l'humanité (i).

Réponse au télégramme de félicitations de Sa Majesté l'empereur Yoshi Hito.

7 avril 1918.

Sa Majesté V empereur du Japon, Tohio.

Je remercie Votre Majesté des félicitations qu'elle adresse à l'armée française et qui seront pour les vaillantes troupes qui combattent en Picardie un précieux encouragement.

L'inébranlable fermeté avec laquelle les forces alliées soutiennent le choc ennemi nous donne une pleine confiance dans le succès final de nos armes et dans la complète réalisation de nos espérances communes. Je prie Votre Majesté de recevoir mes meilleurs vœux pour elle et pour le peuple japonais.

(i) La réponse du Président Wiison figure à la suite de ce télégramme au Journal officiel du 7 avril, j). 8026, et dans le numéro du 10, on lit une lettre de remerciement du roi de Grèce pour les insignes de la grand'croix de la Légion d'honneur et un télégramme du roi Albert I" en retour des va'ux adressés pour son anniversaire (p. Sitj).

Réponse à S. E. le comte de Derby m, ambassadeur d'Angleterre, remettant à l'Elysée ses lettres de créance le 1"' mai 1918.

MoNSiRUR l'Ambassapeur,

Vous pouvez être assuré de recevoir ici le meilleur accueil et de trouver auprès du Gouvernement de la République toutes facilités pour l'heureux accomplissement de votre haute mission.

Comme vous avez la délicatesse de le rappeler, vous succédez à un homme qui, depuis nombre d'années, a travaillé, avec infinimenl de tact et de bonne grâce, à resserrer l'intimité de nos deux pays.

Sft sçmté Tempéche d'exercer plus longtemps des fonctions dont il s'est acquitté avec éclAt; mais son souvenir demeurera vivant parmi noijs. Nous savons que vous continuerez son oeuvre d^ns le n^ème esprit et avec lo même cœur.

Vous dites trop modestement que la diplomatie est pour vous un champ nouveau d'activité; mais mieux que personne vous connaissez les grandes questions politiques et militaires; vous occupiez, lùep encore, un po^te éminent dans le Gouvernement britannique; vous étiez tout qualitié pour représenter en France la grande nation alliée.

Vous vous emploierez, d'abord, à maintenir entre elle et nous cette étroite et féconde collabo-

(l) L9 Gonite <1p D6i'l)y HHdcodait à I.nrd Rerlid ni' Tliauie. Cf. plus haut, p. {j.

ration qui a pour garantie, non seulement, sur le front, l'unité de direction stratégique et de commandement, mais, à l'intérieur, la volonté commune de faire la guerre totale et de supporter également jusqu'à l'heure de la A^ctoire les sacrifices nécessaires.

Puis un jour viendra où vous poursuivrez dans le calme de la paix reconquise une mission commencée en des jours tragiques. La Grande-Bretagne et la France recueilleront alors les fruits qu'auront mûris leur patience et leur courage.

Pendant plusieurs années d'épreuves et d'exploits quotidiens, vos vaillants soldats et les nôtres auront vécu ensemble, côte à côte, eux et leurs alliés, dans les campagnes des Flandres, de la Picardie, de la Champagne et de la Lorraine, Ce ne sont pas des armées de métier ou des troupes mercenaires qui se seront trouvées accidentellement rapprochées en une coalition artificielle. Ce sont — fait nouveau dans l'histoire de l'humanité — des peuples entiers qui, librement levés pour la défense d'une môme cause, auront longuement mêlé leurs pensées, uni leurs espérances, confondu leurs efforts. Conmient ces luttes héroïques, soutenues pour le triomphe d'un idéal commun, ne prolongeraient-elles pas leur influence salutaire sur l'avenir de la France et de la Grande- Bretagne?

Vous saurez, je n'en doute pas, Monsieur l'Ambassadeur, tirer, le moment venu, les bienfaisantes conséquences de ces grands événements.

qui auront à jamais scellé l'amitié de nos deux nations, et le Gouvernement de la République se félicitera de pouvoir rechercher avec vous, au profit de l'une et de l'autre, dans leur alliance indissoluble, des sources nouvelles d énergie et de prospérité.

Discours prononcé à Paris

à l'ouverture du Congrès d'Agriculture Coloniale,

le 21 mai 1918.

Messieurs,

Vous vous êtes assemblés, en des heures graves, pour travailler et pour agir. Le présent ne vous détourne pas de l'avenir. Vous songez, dans la guerre, aux nécessités de la paix. Pendant que notre vaillante armée défend contre l'envahisseur notre sol dévasté, vous entendez préparer les lendemains de la victoire. Vous voulez qu'après tant de douloureux sacrifices et d'efforts glorieux la France puisse emprunter à son empire colonial une partie des ressources indispensables à sa reconstitution économique. Comment le Gouvernement de la République se désintéresserait-il de votre initiative bienfaisante? M. le ministre des Colonies (i), qui parlée soir même pour l'Italie, où il va célébrer lanniVersaire de l'entrée en guerre de nos alliés, se serait reproché de quitter la France sans vous avoir témoigné, par sa présence, sa sollicitude et celle de son Administration ; et le

(1) M. Henry Simon.

Président de la République, qui a la charge de représenter plus particulièrement les intérêts permanents du pays, vous devait, lui aussi, et vous apporte de grand cœur ses encouragements, ses félicitations et ses vœux.

Votre éminent président (i), qui a consacré à l'étude des problèmes coloniaux tant de science et d'activité, a excellemment défini vos intentions et résumé votre programme. J'ai moi-même lu, avec un vif intérêt, l'ordre du jour de vos séances, ainsi que les brochures de vos rapporteurs. La tâche que vous vous êtes assignée est ample et difficile. Mais vous avez recruté, pour la mener à bonne fin, tant de compétences, de talents et de bonnes volontés qu'il sortira certainement de vos débats, sur les sujets principaux, des clartés précieuses et des conclusions positives.

Quelle que soit la complexité de votre œuvre, vous êtes, du reste, dirigés par une de ces idées simples et lumineuses qui s'accordent naturellement avec le génie français et qui sont faites pour frapper l'opinion publique. La France métropolitaine achète, tous les ans, à l'étranger, un grand nombre de produits nécessaires à sa consommation normale. Elle a des colonies immenses et, en partie, inexploitées, ou mal exploitées, ou trop pauvrement exploitées, qui pourraient lui fournir, sinon la totalité, du moins une bonne portion des

(i) M. Joseph Cliailley, directeur général de l'Union coloniale française, depuis la mort de M. J. Charlcs-Houx.

— -JSKI —

richesses qui lui t'ont défaut. Stimuler la production coloniale, mettre en valeur des territoires qui sont encore restés incultes et qii'oiî peut réveiller de leur torpeur, étudier, pour chacune de nos possessions, les projets de culture rationnelle, d'élevage, d'hydraulique, de drainage, de transports, qui permettront de féconder les cotitrées arides, d'y répandre l'aisance, d'y faciliter les échanges^ ce n'est donc pas seulement servir les colonies elles-mêmes, c'est aussi, c'est avant tout, servir la France.

Nous avons besoin de coton, non seulement pour alimenter nos métiers mécaniques et tisser nos étoffes, mais pour fabriquer nos explosifs. Au Cambodge, eu Annam, au Maroc, en Algérie, à Madagascar, en Afrique occidentale, en Afrique équatoriale, en maintes régions de ce grand empire colonial sur lequel le soleil ne se coufche jamais, le climat est propice à la eultiire du cotonnier. Et, cependant, vous connaissez les chiffres. Avant la guerre, sur les centaines de milUons que noire commerce et notre industrie dépensaient annuellement dans l'achat du coton, il n'allait aux colonies françaises qu'une obole de (joo.ooo francs.

Nous avons besoin de caoutchouc, non seulelement pour nos objets de toilette, nos instrunîehts de physicjue, certains de nos vêtements, mais surtout pour nos automobiles et nos camions. Noire consommai ion dépasse loo millions de francs j)ar iwx cl 'elle ne peut cpie s'accroître.

Euphorbiacées, artocarpi^es, apocynées, diverses familles d'arbres qui fournissent, à l'incision, d'excellent caoutchouc, prospèrent dans l'Afrique centrale, en Indo-Chine, à Madagascar. A la veille des hostilités nous ne demandions cependant à nos colonies que pour 22 millions de francs d'iine substance que nous étions à même, avec un effort supplémentaire, d'y trouver en totalité.

Nous avons besoin de soie pour nos taffetas, nos serges et nos satins, pour nos velours, nos damas et nos brocatelles, pour tous les liiagniliques tissus qui reçoivent l'inimitable empreinte des vieilles traditions lyonnaises et du goût décoratif français. La sériciculture métropolitaine a été criielleinen-t éprouvée. Lorsqu'il est mort, notre grand Mistral n'entendait plus guère autour de lui la douce ciianson des magnanarelles et, dans les beaux matins de mai, ^lireille h'allait plus que bien rarement à la feuille, deux cerises pendues aux oreilles. Mais le mûrier et le ver à soie sont acclimatés à Madagascar et en Indo- Chine; et alors que, sur 4-^^7 tonnes de soie que consomme la France, 3.8^2 y sont importées, nous ne sommes tributaires de nos propres colonies, c'est-à-dire de nous-mêrnes, que pour des quantités dérisoires.

Que dire du café, du Cacao, du tabac? (J^^ue dire du jute, dont se servent tous les jours lioB manufactures de textiles et notre télégraphie électri<iue, et dont nous no denlandolis paf^ un kiU)gramme à nos colonies, alors que cette plaUle

peut se développer en Algérie, en Guyane et dans plusieurs autres des pays qui nous appartiennent? Que dire enfin de denrées dont vous avez l'intention de vous occuper également au cours de vos délibérations prochaines : les oléagineux, le riz, le thé, la canne à sucre, les bois, les matières tannifères? De quelque côté que nous tournions nos regards, nous découvrons des richesses secrètes ou inexplorées, prêtes à se révéler sous l'impulsion de la volonté humaine.

C'est donc une leçon de volonté et de persévérance que vous vous proposez, messieurs, de donner aujourd'hui à nos compatriotes. La France montre assez, en ce moment, qu'elle est capable de comprendre et d'appliquer de telles leçons. Elle entendra votre langage et recueillera vos conseils. Elle a, en effet, à achever maintenant l'œuvre coloniale qu'elle a commencée et qui attend son couronnement. Une superficie territoriale de dix millions de kilomètres carrés, une population blanche, jaune, noire, de quarante millions d'âmes, nous offrent les inépuisables réservoirs de leurs ressources et de leurs forces latentes. C'est à nous, maintenant, de rendre productifs les trésors que nous avons accumulés et qui, pour une trop grande partie, demeurent encore inertes.

Pour hâter l'organisation agricole de nos colonies, nous ne sommes pas obligés de nous mettre à l'école de l'étranger.

Assurément, nous pouvons demander de précieux exemples à certains de nos alliés, comme

l'Angleterre et le Portugal, à des neutres, comme la Hollande, ou même, le cas échéant, à nos ennemis, dont nous ne méconnaissons ni l'esprit d'entreprise, ni l'esprit de méthode, mais c'est en nous-mêmes, c'est dans nos habitudes françaises, que nous chercherons et que nous trouverons nos directions essentielles. Appelez à vous nos savants, nos industriels, nos commerçants, nos agriculteurs, nos marins, nos capitalistes, nos ouvriers. Ils sauront, n'en doutez pas, réaliser le programme que vous leur tracerez.

Depuis un demi-siècle, la France a, sans relâche, recomposé son empire colonial. De nos vieilles possessions d'outre-mer, il ne nous restait que de ' glorieux lambeaux, épars sur' les océans. Nous avions vu nous échapper le Canada, les Indes, la Louisiane. Nous avions trouvé dans la conquête de l'Algérie une première compensation à ces pertes anciennes. Mais l'Algérie demeurait pressée, sur ses deux flancs, par des peuplades hostiles et elle étâTit menacée, à l'arrière, par tout un monde inconnu. Les franges seules du continent noir portaient la marque de la civilisation européenne. Hormis quelques audacieux voyageurs, personne ne s'aventurait dans des profondeurs mystérieuses qui inspiraient encore plus d'eff'roi que de curiosité. La France a pris une large part dans la découverte de ces terres nouvelles. De valeureux soldats, dont plusieurs — modèles des plus belles vertus militaires — combattent aujourd'hui, avec le même éclat, contre l'armée allemande, ont

pénétré au cœur de l'Afrique et ont soumis à notre autorité des provinces qui ont lait l'objet des convoitises germaniques ; la Tunisie et le Maroc se sont aisément rangés sous nos lois; TAnnam et le Tonkin se sont complètement pacifiés sous la protection du drapeau tricolore ; la grande île malgache est devenue une nouvelle île de France, infiniment plus vaste que l'ancienne et aussi riche de promesses.

Cette reconstitution ininterrompue de notre domaine colonial fait grand lionneur à la France et à la République. Qu'après les cruelles blessures que nous avait laissées la guerre de 1870, après la lourde et inique indemnité qui nous avait été imposée après l'enlèvement d'un morceau vivant de notre chair, nous ayohs donné au" monde l'exemple d'une nation résolue à tout faire pour maintenir la paix en Europe et que nous âyoïlu entièrement consacré le trop plein de notre énergie à ce long travail de restauration coloriiale, c'est un effort auquel l'histoire ne rendra jaUiais une justice trop éclatante. Mais aujourd'hui qu'il nous appartient d'administi'er ce bel empire; de serait une grave erreur de croire que, pour le mettre en valeur, il suffit d'en exploite^ les richesses naturelles et les produits stiontaiiéfe. Non! Nulle part, la terre h'otffe d'elle-nlCMiië le meilleur de ce qu'elle recèle. Ge qti'ellè se laisse prendre vaut toiijoUrs mieux (jUe ce qu'elle dortUfe.

Il faut, pour la féconder, utiliser seienliliqufement les ressources locales, lumière, ehaleur.

humidité. 11 faut connaitre le climat, le régime des eaux, les câptices du ciel; il faut étudier le sol, l'adapter à la culture, en maintenir constamment la fertilité, par l'emploi d'engrais convenables et de machines agricoles propres aux dessouchements et aux labours profonds. Il faut enfin savoir combiner, dans les plantations, !^ personnel européen et la main-d'œuvre indigène, choisir celui-là avec un soin scrupuleux et traiter partout celle-ci avec bienveillance et avec équité. Comment la France pourrait-elle oublier, après la victoire de ses armes, que toutes ses colonies ont fourni des hommes pour la défendre à l'heure du danger? Ils sont venus de partout, soldats et travailleurs ; ils sont venus par centaines de mille de l'Algérie, de la Tunisie, du Maroc, du Sénégal, dti Soudan, du Congo, de Madagascar, de l'Indcf- (^hine. Ces jours-ci encore, je visitais des régiments coloriiaux et des l-égiments de tirailleurs qui sétàietit liéroïquement conduits dans les récentes batailles et (jui venaient de reprendre avec uiie bonne humeur inaltérable leur place aux premières lignes; et lorsque jépinglais la fourragère auxdrapeatix déploj'és, tous ces braves étaient émus comme des fils de la vieille métro- ])ole, et un sourire illuminait leurs fàCes bronzées. Les mêmes périls courus, les mêmes combats livrés pour le triomphe de la même cause, le sang versé en eiMUniiih dans hOs plaines de Chain- I)agne ou de Picardie, ce sont là, n'est-il pus vrai, des souvenirs qui ne sauraient s ellacer. Je suis sur

de répondre à vos sentiments en adressant à tous les enfants de nos colonies les félicitations qu'ils ont si bien méritées. La France, fidèle à son idéal de justice et de bonté , se rappellera avec gratitude tous ceux qui Font servie et, sous quels cieux qu'ils soient nés, elle leur gardera une place dans sdn cœur maternel.

Télégramme pour l'anniversaire de l'entrée en guerre de l'Italie (i).

Paris, le 23 mai 1918, i8 h. 45.

Sa Majesté le Roi d'Italie, G. Q. G. italien.

Voici trois ans que l'Italie, choisissant sa voie glorieuse, s'est jetée dans l'immense conflit où se joue le sort de l'Europe et du monde. Elle a pris résolument parti pour les peuples opprimés contre les ennemis du droit et de la liberté. Depuis lors, les liens qui l'unissaient à là France se sont de plus en plus resserrés et les deux pays ont entendu, au fond de leurs cœurs, l'irrésistible appel de la fraternité. Aujourd'hui, des troupes françaises combattent sur le front italien ; de magnifiques troupes italiennes sont venues, sur le front français, prendre leur part de péril et d'honneur.

(I) La réponse du roi Victor-Emmanuel III, parvenue à Paris le lendemain 24, est insérée à la suite dans le Journal officiel du 2(> mai, p. 460.

(i) Voir dans V Officiel du aG mai, immédiatement après ce téléjframme, celui qu'adressa le lendemain Sa Majesté le roi ("icorge V.

Symboliques échanges qui attestent l'unité de notre action et font apparaître, sous une forme concrète, la force indestructible de notre alliance. Je prie Votre Majesté de recevoir, en cet émouvant anniversaire, l'expression de mon cordial et fidèle attachement.

Télégramme à l'occasion de l'Empire Day (i).

Paris, 23 mai 1918, 17 heures 45.

Sa Majesté George V, roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes, Londres.

La France tout entière va s'associer à la célébration de l'empire Day. Demain, dans toutes les grandes villes, auront lieu des réunions oii sera mis en lumière le magnifique eifort accompli dans la guerre par la Grande-Bretagne, par ses colonies et ses dominions. Cœurs français et cœurs britanniques battront partout à l'unisson. Je saisis cette occasion pour renouveler à Votre Majesté l'assurance de ma fidèle et profonde amitié. Quatre ans auront bientôt passé depuis que le mégalomanie impérialiste de nos ennemis a déchaîné sur le monde un cataclysme sans précédent. Grande-Bretagne et France étroitement unies n'ont cessé depuis lors, de combattre pour leur indépendance menacée et pour leur idéal de juslice. Les sacrifices supportés en commun, les

(i) Voir plus haut, p. aoo.

mêmes espérances partaeées, les actes de courage accomplis côte à côte, le sang mêlé sur les champs de bataille, les morts dormant les uns auprès des autres, tant de traits d'héroïsme et tant de deuils glorieux rapprochent à jamais, dans une inaltérable intimité, les âmes de nos deux nations.

Télégrammes pour l'anniversaire de l'arrivée en France des premières troupes américaines iii.

, i4 jniu 1918.

A Son Excellence le Président Wilaon.

Monsieur le Présidext,

Je ne veux pas laisser passer l'anniversaire du jour oii le général Pershing est arrivé en France avec les premiers échelons de l'armée américaine sans vous exprimer mon admiration pour le magnilique effort 'accompli depuis lors par la graiide République sœur et mes vives félicitations pour les belles troupes qui commencent à donner sur les champs de bataille des exemples quotidiens de leur bravoure. Les Alliés, qui ont à contenir, en ce moment, des forces considérablement accrues par la capitulation russe, vivent les heures les plus difficiles de la guerre. Mais la formation rapide de nouvelles unités américaines et l'augmentation incessante des transports maritimes

(i) La réponse du Président des Etats-Unis a ctt' publiée le iC juin au Journal Officiel, p. 5282.

nous acheminent avec certitude vers le jour oii l'équilibre sera enfin rétabli. Lorsqu'il sera rompu en notre faveur, l^s armées alliées, fraternellement unie§, prendront snr l'ennemi une revanche décisive et fonderont, par leur victoire commune, une paix qui répondra aux principes solennelleinent posés par vous et qui assurera, avec les garanties nécessaires, le règne du droit et la liberté des nations.

Au géJiéral Per^hing, commandant en chef de l'armée américaine (i).

L'anniversaire de votre arrivée en France me fournit une heureuse occasion de vous adresser mes chaleureuses félicitations à vous et aux vaillantes troupes que vous commandez et qui se sont si admirablement comportées dans les dernières batailles. Je vous prie de recevoir tous les vœux ([ue je forme pour la continuation de leur succès.

Discours prononcé le 23 juin. 1918 à la cérémonie de la remise des drapeaux à l'armée polonaise

Messieurs, **

Au nom de la France, je salue les drapeaux (fu'ont ofl'erts à l'armée polonaise, sous les auspices du Comité national, les villes de Paris, do

(i) On lit, immédiatement après ce télégramme, la réponse du {jéijçral Perslilnif {Journal 0/flci«l, x4 juin, p. 6i6o).

BelFort et de Verdun : Paris, qui, depuis près d'un siècle et demi, a toujours accueilli avec un empressement ému les fils de la Pologne martyre: Paris, où Kosciuszko vécut les heures lumineuses de sa jeunesse et les heures sombres de son déclin: Paris, d'où il partit pour aller au delà des mers, aide de camp de Washington et frère d'armes de La Fayette, défendre la jeune République américaine; Paris, qui applaudit avec enthousiasme les sublimes poésies de Mickiewicz, lui ouvrit joyeusement les portes du Collège de France et le pleura comme un de ses enfants, lorsque, mort à Constantinople il fut ramené à Cracovie et y dormit son dernier sommeil à côté de Sobieski, de Kosciuszko et d'un maréchal de Napoléon, Joseph-Antoine Poniatowski; — Nancy, qui fidèle interprète de la Lorraine reconnaissante, a élevé une statue à « Stanislas le Bienfaisant » sur la délicieuse place Royale décorée par le génie des Héré. des Guibal et des Jean Lamour; Nancy, qui, dans la chapelle de Bon-Secours^ construite à l'image des sanctuaires polonais, conserve pieusement le tombeau de Catherine Opalinska, le mausolée de Stanislas et le cœur de Marie Leczynska ; Nancy, dont les obus et les bombes insultent, tous les jours, la grâce souveraine et qui protège jalousement contre les atteintes de l'ennemi, ses palais, ses fontaines et ses portiques, inappréciables trésors laissés par le bon roi de Pologne à la vieille capitale lorraine; — Belfort, sentinelle vigilante, que l'Allemagne a

vainement essayé, dans l'autre guerre, de surprendre et d'abattre et que. dans celle-ci, elle n'a encore osé défier que de loin; Belfort, dont le regard attentif parcourt la plaine d'Alsace et qui, demeuré/ pendant près d'un demi-siècle, le douloureux témoin des souffrances endurées, sous le joug étranger, par des provinces françaises, ne pouvait pas ne pas compatir aux longues tortures de la Pologne; — Verdun, dont le nom à jamais illustre résonnera éternellement comme un chant de victoire et de délivrance aux oreilles de l'humanité ; Verdun, retranchement du droit et citadelle de la liberté; Verdun, qui, en se sacrifiant pour la France, s'est sacrifié, en même temps, pour tous les peuples opprimés et a .mérité la gratitude du monde. Donnés par de telles cités, les drapeaux polonais sont dignes du noble pays dont ils annoncent la renaissance et des belles troupes qui vont les conduire au feu.

Saints emblèmes, qui êtes semblables, dans votre fraîche nouveauté, aux glorieux étendards des Piast et des Jagellon et qui ressuscitez les temps héroïques oîi, sur les oriflammes de velours rouge, l'aigle blanc déployait fièrement ses ailes, quels essaims de souveniis n'éveillez-vous pas dans la mémoire de la Pologne et de la France ! Quelle éclatante signification ne prenez-vous pas aux yeux de toutes les nations alliées !

A la Franco, vous rappelez par une image sensible l'indignalion qu'ont, dès l'origine, soulevée chez elle le supplice d'un peuple et le morcellc-

ment d'une patrie; la longae amitié jadis trop souvent impuissante, que nous avons gardée à l'infortune; l'accueil fraternel fait à tant d'exilés; le continuel mélange du sang français et du sang polonais; les combats livrés en commun dans les rangs de la Grande Armée : plus près de nous, les mêmes épreuves supportées côte à côte dans l'hiver de 1870, et plus près encore, pendant les rudes années de la guerre actuelle, tant d'actions d'éclat accomplies par des Polonais engagés volontaires, tant de protestations apportées dans nos lignes par des paysans de Posnanie, las de leur enrôlement forcé dans les troupes prussiennes.

Pour les braves soldats que voici et pour toute la Pologne, vous avez, drapeaux! une force de symbole bien plus puissante et plus sacrée. Vous êtes la patrie vivante ; vous êtes le passé qui se renouvelle dans le présent ; vous êtes l'aurore après la nuit, la liberté après la servitude. Ce n'est plus désormais sous les enseignes de l'étranger que combattront les fils de la Pologne; ils auront leurs propres couleurs ; venus en si grand nombre du continent américain, ils formeront une armée distincte qui luttera, aux côtés des Alliés, non plus seulement pour l'idéal commun, mais pour un idéal national. Jours de fièvre salutaire, jours d'espérance et de résurrection. Un peuple qui, en dépit de la violence et de l'oppression, a conservé intactes sa personnalité et sa langun, qui est resté passionnément fidèle |à ses traditions, qui n'a jamais laissé étoufler sa voix

ou prescrire ses revendications, et dont l'âme immortelle s'est épanouie dans une magnifique floraison d'art et de littérature, se lève pour une croisade nouvelle. Drapeaux, soyez pour lui la représentation de la justice immanente; soyez le signe précurseur de son unité reconstituée et de sa souveraineté rétablie. Faites revivre au cœur de ses enfants les cruels enseignements de l'exil et les amères leçons d'une histoire inexorable. Exhortez-les aux énergies réparatrices. Enflammezles pour les suprêmes efl'orts.

Le monde entier a les yeux fixés sur vous. Comment le sort de la Pologne le laisserait-il indiff'érent? L'Allemagne elle-même a feint de ne pas s'y montrer insensible : il fallait bien qu'elle essayât de tromper l'opinion universelle. Mais après la Belgique, la Pologne sait aujourd'hui ce que valent les promesses germaniques. L'ambition d'un roi de Prusse est à la source de ses malheurs. Son territoire deviendrait définitivement la proie des empires centraux, si c'était à eux que devaient être confiées ses destinées. Ceux qui ont violé le droit en Alsace-Lorraine et en Belgique peuvent avoir sans cesse à la bouche les mots de justice et de liberté. Personne ne les croira. Toutes les nationalités captives, Polonais, Tchèques, Yougo-slaves, Italiens, mettent, au contraire, leur pleine confiance dans le succès de nos armes. Le jour même oii M. le PrésidentjWilson est intervenu aux côtés des Alliés, il a déclaré que l'unité restaurée d'une Pologne indépendante était une con-

ditioii essentielle du futur équilibre européen. Les chefs des Gouvernements Anglais, italien et français, récemment réunis à Versailles, viennent, en reprenant la même pensée, de préciser que, pour respirer librement, le peuple polonais doit avoir un accès à la mer. Déclarations solennelles que ces fiers soldats veulent aider les alliés à traduire en réalités prochaines. Tout l'avenir d'un peuple est enveloppé dans les plis de ces drapeaux. Qui de A ous, Polonais, qui de nous, Français, pourrait douter de demain? Ce n'est pas pour abandonner le droit ou pour trahir les volontés des nations sœurs que, depuis bientôt quatre ans, la France combat pied à pied sur sa terre ensanglantée. Ce n'est pas pour laisser l'Europe et le monde exposés à la menace perpétuelle de l'impérialisme allemand et au renouvellement des agressions et des coups de force, que la généreuse Amérique débarque tous les jours sur nos côtes des milliers de robustes jeunes hommes, impatients de rejoindre sur le front les vaillantes divisions du général Pershing et de se mesurer, à leur tour, avec les ennemis du genre humain. L'aigle blanc peut, de nouveau, déployer ses ailes. Il planera bientôt dans la clarté du ciel rasséréné et dans le rayonnement de la victoire (i).

Ci) Le Journal des Débals du 3o juin 191H publie le texte du télégramme du roi Alexandre de Grèce en réponse à celui « que le Président de la République lui avait envoyé à l'occasion de l'anniversaire de l'entrée en guerre de son pays ».

Discours prononcé à la cérémonie de la remise d'un drapeau à l'armée tchéco-slovaque, le 30 juin

Messieurs,

Lorsque le Gouvernement de la République a constitué l'armée tchéco-slovaque et reconnu, d'accord avec nos Alliés, l'autorité du comité national, il a voulu, tout à la fois, témoigner sa gratitude à de vaillants soldats dont beaucoup s'étaient engagés, dès le début de la guerre, sous le drapeau français, et consacrer les légitimes revendications d'un peuple qui n'a jamais fléchi sous le fardeau de l'infortune et qui ne s'est point résigné à la domination de l'étranger.

Le jour où l'Autriche, fidèle servante des ambitions germaniques, a jeté à la face de la Serbie un ultimatum outrageant et, non contente d'humilier de parti pris une voisine sans défense, s'est jetée sur elle tout d'un coup, pour procurer à l'Allemagne l'occasion, si longtemps cherchée, d'une doul)le déclaration de, guerre à la Russie et à la France, il ne nous est pas venu à res[)rit de traiter en ennemis les Tchèques qui résidaient sur notre territoire et, en particulier, les jeunes étudiants qui fréquentaient nos universités. Nous connaissions leurs sentiments et leurs vœux. Nous avons fait confiance à leur amitié. La plupart d'entre eux, loin de se réfugier dans l'indifi'érence et la neutralité, ont immédiatement réclamé l'honneur

de combattre à nos côtés, et, depuis près de quatre ans, ils se sont signalés par leur bravoure dans les Flandres, en Picardie, en Champagne, partout où les a envoyés le commandement français; ils ont obtenu les plus belles citations et mérité les plus glorieuses récompenses; ils ont retrouvé après tant de siècles d'oppression et d'étoutrement, l'ardeur guerrière de Jean Ziska, de Procope le Grand, de Georges de Podiebrad.

Ce petit noyau de volontaires a rapidement grossi. Des Tchèques incorporés de force dans les armées austro-hongroises et parvenus, par des prodiges de volonté, à se débarrasser de leurs chaînes, d'autres Tchèques accourus de tous les points du monde à l'appel de leurs frères, se sont peu à peu groupés sous les auspices du comité et ont uni par former des troupes assez nombreuses et assez homogènes pour être réunies en armée distincte et recevoir un drapeau national.

Jeune armée qui se développe chaque jour et que viennent rejoindre sans cesse des recrues enthousiastes. Paisse-t-elle bientôt s'augmenter des héroïques légions tchèques qui, après avoir accompli de merveilleux faits d'armes dans les plaines ukrainiennes, se sont frayé un chemin à travers la Sibérie et ont maintenu, au milieu de toutes les embûches et par-dessus tous les obstacles, leur indépendance militaire et leur puissance d'action, offrant aux Xénophons de l'avenir un sujet plus grandiose que l'Anabase et plus émouvant que la retraite des Dix-Mille, proposant aux

générations futures un incomparable exemple de force morale, de persévérance et de foi patriotique.

Officiers et soldats tchéco-slovaques, le drapeau que je vous remets aujourd'hui est pour vous désormais un signe de ralliement et un emblème d'espérance. En voyant flotter librement à la brise de France les deux couleurs de la Bohème, en reconnaissant ici le vieux lion de vos ancêtres et l'image des trois montagnes slovaques, transportez-vous par la pensée dans les vallées de l'Elbe et de la Moldau, songez aux longues souffrances de votre pays natal, écoutez les voix familières qui vous conjurent de délivrer, à la pointe de l'épée, vos foyers asservis.

L'histoire de la Bohême est celle d'une longue résistance à la pénétration germanique. Ni la violence, ni la ruse n'ont troublé votre volonté nationale. Vous n'avez jamais connu de découragement. Vos pères vous ont transmis la flamme qui ne s'éteint pas et vous avez poursuivi, avec une confiance croissante, leur tache libératrice. Lorsque vous avez vu les empires du Centre se ruer sur la mallieureuse Serbie, vous avez mieux compris que personne, vos compatriotes et vous, que le sort de votre race était menacé par celle rage d'agressioa et vous avez aussitôt refusé de vous associer à une guerre (jui heurtait vos traditions les plus chères et révoltait vos âmes. Au sein même de l' Autriche-Hongrie, combien de fois les Tchèques n'ont-ils pas fait entendre leurs pro-

testalions iiiflip:nées contre la politique impérialiste do Vienne, de Buda-Pest et de Berlin !

Le 3o laai 1917, au Reichsrat, les députés tchèques proclament la résolution de leur nation, y compris les Slovaques de Hongrie, de se réunir en un Etat indépendant. Le 6 janvier 1918, les mèi.ies députés, assemblés à Prague avec les représentants des D «êtes de Bohème, de Moravie cl de Silésie, revendiquent solennellement les droits historiques des pays tchèques et déclarent qu'une paix qui n'apporterait pas la justice à leur peuple opprimé marquerait le recommencement d'une lulte opiniâirc. Le i3 avril suivant — journée plus mémorable encore — les députés de la nation tchéco-slovaque et ceux de la nation yougo-slave, ces derniers parlant au nom des Croates, des Slovènes et des Serbes, se rencontrent dans votre charmante capitale et, tous ensemble, ils s'engagent, par un serment digne d'être gravé sur l'airain, à souffrir et à lutter sans f'ail)lessepour libérer leurs peuples du joug étranger et pour faire tomber en poussière la vieille Europe impérialiste, couverte, disent-ils, des malédictions de l'humanité. Plus près de nous encore, le 16 mai dernier, on célèbre à Prague le cinquantenaire du jour où a été posée la première pierre du Théâtre national; et voici que, de nouveau, arrivent deux cents délégués yougo-slaves, ^es maires de Zagreb et de Ljubljana, les chefs socialistes Slovènes et croates, des Polonais, des Italiens de Trente, des Roumains de Transylvanie: et tous à l'envi, en

dépit des brutalités policières, ils jurent de donner leurs biens et leurs vies pour assurer à leurs nations respectives l'unité d'Etat, et tous k l'envi, malgré les emprisonnements et les relégations arbitraires, ils acclament les puissances de l'Entente et, devant les impériaux stupéfaits, entonnent la Marseillaise.

Comment la France demeurerait-elle sourde aux cris de ces captifs et insensible aux gémissements de ces victimes? Non, elle n'a pas perdu la mémoire du cœur et elle se rappelle, elle se rappellera toujours, que le 8 décembre 1870, dans le lourd silence de l'Europe endormie, une parole retentit, une seule, et qui venait de la Diète de Bobème ; et cette parole, spontanément prononcée par les députés tclièques, était prophétique; et le souvenir m'en vient tout naturellement aujourd'hui, devant le drapeau de la Bohème, à si courte distance des jolies villes alsaciennes de Thann et de Massévaux. « Si l'Allemagne, disaient vos pères, si TAllemagne arrachait à la France une partie de son territoire, dont les habitants se sentent Français et veulent rester tels, elle commettrait un attentat contre la liberté des peuples et mettrait la force à la place du droit. » Et ils ajoutaient avec une juste lierté : « Le peuple tchèque est un petit peuple, mais son àmc n'est pas petite. » Mots d'une simplicité et d'une grandeur antiques, qui n'ont pas frappé en vain des oreilles frtmçaises. Depuis lors, la Bohème est restée toute proche de notre cœur; la ville de Paris, (jui vous

offre votre premier djapeau, a gardé avec la municipalité de Prague des relations fréquentes et amicales; nos fédérations de gymnastes se sont fixé des rendez-vous périodiques; nos littérateurs et nos artistes se sont connus et compris : nos pays ont senti qu'ils étaient faits pour s'aimer.

Mais ce ne çont pas seulement ces affinités qui nous inclinent à suivre avec sympathie le mouvement tchéco-slo vaque. La France a, pour l'encourager, des raisons plus hautes encore et plus désintéressées. Dans la suite des manifestations imposantes qui se sont récemment déroulées en Bohème, elle voit apparaître, en une lumière éclatante, la conscience irréductible dune nation qui ne veut pas mourir. Pour la France, messieurs, ai-je besoin de le dire? une conscience nationale est, comme une conscience individuelle, chose inviolable et sacrée : toute atteinte qui y est portée par la force est, à ses yeux, une entreprise malfaisante, un déli au droit, une injure à la liberté.

Ah ! messieurs, je sais que, depuis quatre ans et en ces derniers temps surtout, nos ennemis, travaillés par l'inquiétude, sinon par le remords, déploient toutes les ressources de leur éloquence civile et militaire pour donner le change sur leurs intentions passées, présentes et futures, pour obscurcir les origines du conflit qu'ils ont déchaîné et pour dénaturer l'évidente signification de cette guerre universelle.

Laissons-les dire. Plus ils parlent, plus ils s'accusent. Ils ne se soustrairont pas, quoi qu'ils

fassent, aux effroyables responsabilités qui pèsent sur eux et sur eux seuls. De plus en plus, ils s'embarrassent dans leurs mensonges et se débattent dans leurs contradictions. Tantôt ils confessent qu'ils ont formé le rêve insensé d'imposer au monde l'hégémonie des empires germaniques; tantôt ils chargent des interprètes moins aventureux de rétracter des aveux imprudents. Un jour, ils s'en prennent aux Anglo-Saxons, dont ils sont incapables de comprendre le génie libéral et les mœurs démocratiques ; un autre jour, ils imputent cyniquement à la Russie, qu'ils tiennent à la gorge, leurs intrigues et leurs forfaits. Ils s'imaginent, sans doute, qu'à force dé camoufler la vérité, ils la dérobent à des observateurs inattentifs. Fol espoir! Ces incohérentes tentatives de falsification historique se brisent à un fait brutal, que rien ne supprimera. L'Angleterre, la France, la Paissie ont, jusqu'à la dernière heure, poursuivi, en plein accord, d'activés négociations pour maintenir la paix. C'est l'Autriche et l'Allemagne qui ont successivement créé l'irréparable, 1 Autriche en déclarant la guerre à la Serbie et en bombardant Belgrade; l'Aile-magne en déclarant la guerre à la Russie et à la France, après avoir, sans provocation, violé nos frontières. Il n'y a point d'imposture qui puisse détruire cette réalité.

Si les empires du Centre ne portaient pas seuls, devant l'humanité, la sanglante responsabilité de la guerre, verrions-nous, auprès du drapeau fran-

çais, floltcr tant d'étendards alliés? Tant de nations se seraient-elles, par hasard, levées pour venii' au secours de la haine et de l'injustice? Est-ce l'esprit de domination qui a fait à notre cause tant de prosélytes à travers le monde? Estce chez nos ennemis que souffle l'esprit de liberté?

Rien de plus significatif et de plus éloquent, messieurs, que la longue série des peuples qui se sont volontairement rangés à nos côtés, depuis l'attentat perpétré contre la France et contre la Belgique au grand cœur. En 1914^ Angleterre, Monténégro, Japon; en igiS, Italie; en i9i(>, Portugal et Roumanie; en 1917, Etats-Unis, Cuba, Grèce, Siam, Libéria, Chine, Brésil; en 1918, Guatemala, Costa-Rica; et je ne parle même pas des puissances qui, sans aller jusqu'à entrer en guerre, ont cependant rompu toutes relations diplomatiques avec l'Allemagne: la République de Panama, la Bolivie, le Honduras, le Nicaragua, Haïti, le Pérou, l'Uruguay, l'Equateur; et je ne parle pas davantage des quelques pays restés neutres, d'où nous arrivent tous les jours d'émouvants témoignages de sj-mpathie. Ajoutez à cette liste impressionnante les nations opprimées qui aspirent à l'indépendance, les Polonais, les Yougo-Slaves, et vous aussi, vaillants Tcbéco- Slovacjues, qui retrouvez aujourd'hui, sous le ciel de Franco, vos couleurs et vos droits.

En face de cette immense ligue des nations, sortie tout armée des événements, et (jui ne fait la guerre (pie pour assurer la paix au genre

humain, quels Etats nos ennemis ont-ils donc rt'unis autour de leurs aigles? Ils ont traîné derrière eux la Bulgarie et la Turquie, qu'ils traitent comme des parents pauvres; le reste du monde a répondu à leur propagande diabolique par un rire d'incrédulité.

Dans lequel des deux camps le faisceau des drapeaux alliés représente-t-il les sentiments élevés, la noblesse morale et la vraie grandeur? Dans lequel des deux camps la force est-elle mise au service du droit? De quel côté sont ces impondérables qui pèsent plus encore sur les destinées des peuples que les plus légitimes intérêts matériels? De quel côté se trouvent l'honneur cl la loyauté? De quel côté les traités, jetés en tas comme des chiffons, sont-ils foulés au pied, devant les nations jugulées, Roumanie après Belgique, Pologne après Ukraine? Vous n'avez pas hésité, messieurs, dans votre choix. Vous aviez à opter entre le droit et la violence, entre la vérité et le mensonge, entre la lumière et la nuit. Voiis vous êtes jetés dans les bras de la France.

Non loin d'ici, messieurs, une vieille province française, qui nous a été arrachée comme un lambeau de nous-m«mes, attend, elle aussi, de la victoire de nos armes, la récompense de sa fidélité et le couronnement de ses espérances. Le jour qui se lèvera sur une Alsace-Lorraine délivrée éclairera d'un rayon nouveau toutes les nations martyres. Allez au combat, messieurs, et vous verrez bientôt à l'horizon les premiers feux de cette aurore.

Télégramme au Président des Étas-Unis pour r « Independance-Day ».

4 juillet 1918 (i).

Le Gouvernement de la République, d'accord avec l'unanimité de la représentation nationale et du pays, a voulu que demain la fête de l'Indépendance des États-Unis devînt également une fête française. Paris va donner votre nom glorieux à une de ses plus belles avenues et couvrir d'acclamations le défilé des vaillants soldats américains.

Dans tous les départements, petites et grandes villes feront écho à ces manifestations de fraternité. Deux peuples entiers communieront dans le souvenir des anciennes luttes qui ont valu à l'Amérique sa liberté et dans l'espérance des victoires prochaines qui récompenseront enfin les longs et rudes efforts des armées alliées et qui assureront au monde une paix juste et féconde, appuyée sur le droit des nations et fortifiée par l'approbation de la conscience humaine. Laissezmoi, monsieur le Président, vous adresser cordialement, à la veille de ce grand jour d'union et de confiance, les vœux et les félicitations de la France pour les Etats-Unis et pour vous-même.

(i) La réponse de M. Woodrow Wilson figure au Journal officiel du 10 juillet, p. 5()58.

Traduction d'un message aux combattants américains (i).

i4 juillet.

Le peuple américain a organisé, en l'honneur de la fête nationale française, de grandes manifestations de sympathie dans les villes principales des États-Unis et fait parvenir en France des témoignages d'amitié nombreux et émouvants. Je ne veux pas manquer l'occasion d'adresser aux forces du corps expéditionnaire américain un message d'espérance et d'admiration. Pendant les quatre années écoulées, les courageuses armées britanniques, belges et françaises ont combattu pour le droit et la liberté sur le sol dévasté de la Belgique et de la France, repoussant les assauts furieux et répétés de nos ennemis. La splendide armée américaine est venue à son tour et assumera une grande part dans cette lutte gigantesque.

Je salue et j'applaudis les braves soldats que le général Pershing commande avec une telle autorité. Ils peuvent être sûrs de recevoir de tous les habitants et de tous leurs camarades un fraternel accueil. Nous avons tous les mêmes buts et formons les mêmes résolutions ; poursuivre la guerre de toutes nos forces jusqu'à la victoire commune pour délivrer le monde de la domination alle-

'ij Publié par le Stars and Stripes, journal ofûciel du corps expéditionnaire américain en France [Journal des Débats, i5 juillet 1918 .

mande et fonder la paix sur la justice. Unis et déterminés, nous réaliserons notre but et bientôt célébrerons ensemble la délivrance des nations cl la réparation des droits transgressés.

Vive la grande République américaine !

Vive le Président Wilson !

Réponses aux télégrammes à l'occasion du 14 Juillet (i).

Paris, le i5 juillet 1918, midi.

Sa Majesté George V, roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes, Londres.

Je prie Votre Majesté de recevoir l'expression de la reconnaissance française pour l'unanimité avec laquelle le peuple britannique s'est associé à la fête du 14 Juillet. Paris a couvert d'applaudissements enthousiastes le défilé des belles troupes anglaises, irlandaises, écossaises, canadiennes, australiennes, néo-zélandaises et sudafricaines.

Le nom de Votre Majesté a été donné à l'une des avenues de la ville. Mais comment remercier

(i) L'Officiel du 16 juillel public (pp. 6i58-6i.îi)) les télcf»ranimos de M. Wilson, du mi d'Italie, du roi des Belges, du roi de Grèce, du roi de Serbie Pierre I" et de son flU le prince régent Alexandre, de M. Sidonio Paes, président de la République porlugai.sc, de MM. M. -G. Menocal, président de la Rcpubli(|ue de Cuita, José Sardo, président du Pérou, Cliatuorro, président d» Guatemala, et du mnréohal Sir Douglas Haig.

les innombrables cités, bourgs, paroisses, comtés, districts ruraux, universités, écoles, associations diverses, qui m'ont envoyé des adresses conçues dans les termes les plus émouvants? Ne pouvant leur envoyer à tous l'assurance personnelle de ma gratitude, je serais très obligé à Votre Majesté si elle voulait bien transmettre à la nation britannique l'hommage de mes sentiments et les amitiés de la France.

A Son Excellence Monsieur W. Wilson, Président de la République des Etats-Unis, Washington.

La fête nationale française, succédant à la fête de rindépendance américaine, a fourni aux deux peuples une nouvelle occasion de confondre leurs sentiments et leurs espérances. Le message que vous avez bien voulu m'envoyer en l'honneur du i4 Juillet est allé au cœur de la France. Une fois encore, Paris a acclamé les magnifiques troupes du général Pershing, qui déjà donnent, tous les jours, sur les chami)S de bataille, des preuves si éclatantes de leurs belles qualités militaires.

Les grands souvenirs qui unissaient nos deux pays reçoivent de la guerre que nous soutenons ensemble une force et une fraîcheur que rien n'altère. Le droit et la liberté ont supprimé l'espace et l'océan pour rapprocher plus étroitement encore nos deux nations amies, dans la clarté d'un même idéal.

A Sa Majesté, le roi Victor-Emmanuel III, roi d'Italie, G. Q. G. italien.

Le cordial messas^e de Votre Majesté, les émouvantes adresses du peuple romain, l'éloquent discours de M. Gallenga (i), le magnifique défilé du détachement italien au milieu des ovations de la population parisienne, tout a contribué à associer l'Italie et la France dans la célébration de la fête du i4 Juillet.

J'ai été très heureux de signer à l'Hôtel de Ville, en présence des ambassadeurs alliés, le décret approuvant la délibération qui a donné le nom de Votre ^Majesté à une des avenues de la capitale.

Paris, en applaudissant les braves soldats italiens, a acclamé, en même temps, les vainqueurs du Piave et envoyé ses vœux ardents à la nation sœur.

A Sa Majesté Albert i", roi des Belges, G. Q. G. belge.

Je remercie Votre ÎNÎajesté d'a.voir bien vqviIu, cptte année encore, associer la noble Belgique à lîi ffite nationale frHny.iiii?e. A l'heure où nos ennemis, aprèp avoir viqlé, visrà-yis de vQtrc penplp, Ips engagenipnis le§ plus solennele, pnl l'incon^^cien^îe de prétendre garder connue un objet d échange et un njoyen <h' marclunuluge

(i) Voir plus bas, p, a<)3.

un territoire dont ils avaient garanti l'indépendance, je me plais à vous répéter que la France, d'accord avec ses alliés, considère comme sacrés et comme imprescriptibles les droits de la Belgique au rétablissement de sa pleine souveraineté et à la réparation des torts qu'elle a subis.

En voyant aujourd'hui défder, dans les rues de Paris, avec les troupes françaises et alliées, le (Jét^chepient l^plge, qui a fait J'admiratjoi) de toute la population, personne ne pouvait douter (Je Ift victoire qui couronnera l'hérpïsmp (:|p-nQs armées.

. A Sa Majesté le roi de Grèce, Athènes.

Très touché des vœux de Votre Majesté, je la prie de croire que la France, en célébrant sa fête nationale, enveloppe dans sa pensée toutes les nations alliées et se rappelle, en particulier, les immortelles traditions qui la rattachent à la Grèce moderne comme à la Grèce antique. Elle a été très heureuse des magnifiques succès récemment rernportés par les trpupes helléniques qui combattent auprès de?? armées françaises q\ elle y voit, avec une pleine confiance, le* présage des victoires décisives.

A Sa Majesté le rot Pierre I"' de Serbie, Salonique.

Je suis très reconnaissant à Votre Majesié de son affectueux message et je lui envoie mes v<i'ux les plus chaleureux pour elle et pour l'héroïque

Serbie. En donnant le nom de Votre Majesté à l'une de ses rues, Paris s'est fait l'interprète de la France entière et s'est rappelé avec quelle spontanéité vous étiez venu, en 1870, combattre sous le drapeau tricolore.

A Son Altesse royale le prince Alexandre de Serbie, G. Q. G. serbe, par Saloniqiie.

Très touché de l'aimable souvenir de Votre Altesse royale, j'ai grand plaisir à vous exprimer l'admiration qu'ont inspirée au peuple de Paris les vaillants soldats serbes qui ont pris part à la revue du 14 Juillet. Je me suis également félicité du vote par lequel le conseil municipal, dans cet Hôtel de Ville où il a eu l'honneur de vous recevoir, a donné à une rue de la capitale le nom vénéré du roi Pierre \", ancien combattant de 1870. Je vous prie de croire à ma fidèle amitié.

A Sa Majesté le roi Nicolas de Monténégro, Pau.

Je remercie Votre Majesté de ses vœux et lui adresse tous les miens pour elle, pour Sa Majesté la reine et pour le Monténégro.

A Son Excellence Monsieur Wenceslas Braz, Président de la République brésilienne, lUode- Janeiro.

J'ai été très sensible. Monsieur le Président, aux félicitations et aux ^œux que vous m'avez

transmis au nom de la nation brésilienne, amie et alliée de la France. Les combats que nous livrons en ce moment pour la défense de notre territoire intéressent, en même temps, comme vous voulez bien le dire, tous les peuples libres et nous poursuivons la lutte avec la conscience de soutenir avec vous la cause du droit éternel. Je profite de l'occasion pour remercier la République du Brésil de la précieuse collaboration navale qu'elle a prêtée aux nations alliées.

A Son Excellence le Président de la République portugaise, LUibonne.

Je vous remercie, Monsieur le Président, de votre télégramme et de vos vœux. L'amilié du Portugal est très chère à la France. Les braves soldats de votre République ont été acclamés par le peuple de Paris, le nom des Portugais a clé donné à une rue de la ville, et je suis l'interprète du pays entier en vous exprimant, pour le vôtre, les souhaits les plus cordiaux.

.1 Son Excellence Monsieur le Président de la République du Pérou ^ Lima.

Je vous prie, Monsieur le Président, de recevoir, vous et le Gouvernement du Pérou, mes meilleurs remerciements pour les vœux amicaux que vous adressez à la France, et je vous exprime tous mes souhaits de bonheur et de prospérité pour le peuple péruvien.

.1 >SôJi Excellence Monsieur le Président de l'a Mépiibliqiiè de Nicaragua, à Managua.

La Ffàhce l^erilerdè iK peuple de Nicàta^ua d'avoir adopté là fètê ilàtidiialë du 14 Juillet él dé é'êtré associé îl ëllfe dans là eélébHtloti de cfettë ^oleililité. Elle lui eiltôie tblife sfes sotdiaitS aiiîifcau:^.

A Son Excellence MoriSieûf' M. 0. Mëiioàdt, Président de la République, Cuba.

La France a été très heureuse et très lière d'apprendre que la République de Cuba avait, dans liii seiitiîiièiit dé solidarité, choisi le 14 Juillet pour lé jôiir cte sa propre fête nationale. La cordialité de votre niéssage ajoute encore à cette liiàuifeêlàtioii d'ariiitié. Je vous prie de recevoir toiis niés solihâits pour vous et pour le peu|)le ciibaiii, àiiisi .qiie iiies meilleurs remerciements pôUr les saVahts iiiédëeins qiii ont consacré tant de dévouement aux soins de nos blessés.

Au maréchal sir Douglas Haig, G. Q. G. anglais.

Je vous remercie des vœux (pie vous avez bien voulu m'adresser au nom de la vaillante armée britannique et je vous prie de ta'ansmeltre à vos extellents olliciers et à vos braves soldats toutes mes l'élicitations et celles de leurs camarades français.

Réponse au discours de M, Qallenga, ministre d'Italie, remettant solennellement, le dimanche 14 juillet, l'adresse du peuple romain à l'armée et au peuple français.

Monsieur le Mimsïre,

Au nom de là Fràiice, j6 l'enlôrcie la villfe di3 Rome et l'Italie, dont vous êtes ici l'éloquent et fldèle iiiterprète. Soyez sûr qu'il ne se ttouVerà pas uti soldat dans nos ârniées, un ouvrier dans nos Usihes, un(? femitie on un vieillaNl dalls nos campà^hes, qui ne soit profondéiiienl touehé du témoigilàge d'amitié donné au peuple fràilçàis par le peuple italien. Si le message dé vos cotnpatriotes s'adresse, tout à la fols, à nos combattants et à nos populations civiles, notre reconnaissance ne distiiigue pas davantage entre léS vaillantes troupes qui viennent de remporter, dans la vallée du Piave, des succès si éclatants et lés fariiillés qui, dans voire pays comme dans le nôtre, fonl aii salut commun tant de douloureux sacrifices. C'est toute l'Italie rjui offre son eœur à la Ffance ; c'est toute la France qui accueille l'italic comillë une sœur i^lorieUse et hien-aimée.

Qu'en ces heures sanglantes, de telles forces d'amoUr jaillissent spontanémenl de l'âlne populaire, c'est la preuve que la guerre où sôht engagées nos nations met en jeu toUles leurs énergies intimes et ciu'ellcs se sentent unies, jusqu'au fond d'elles-mêmes, par là eonnnuhauté de la souffrance, de l'elfort cl de l'espois.

Nous avions, vous et nous, le même berceau latin, la même culture méditerranéenne, la même passion de la justice et de la liberté. Voici notre parenté dorénavant resserrée par la continuité de celte longue lutte, héroïquement soutenue côte à côte pour la défense de notre idéal menacé. Jamais rien ne nous séparera plus.

Et rien, non plus, ne nous séparera des valeureux alliés dont les drapeaux flottent, auprès des nôtres, sur les champs de bataille oii se forgent les destinées du monde. Une ère nouvelle va s'ouvrir pour l'humanité. Les armées qui voisinent sur notre front sont des peuples qui apprennent à se mieux connaître et qui façonnent ensemble un meilleur avenir. Comment cette sublime collaboration à l'œuvre de délivrance universelle pourraitelle jamais s'eflacer de leur mémoire ?

Pour consacrer cette indissoluble union, le gouvernement italien a choisi le jour de la fête nationale française. Villes de Grande-Bretagne, villes des dominions, villes d'Amérique, m'ont, à la même occasion, envoyé par milliers des télégrammes de félicitations et de souhaits, qui formeront, pour la France, un magnifique livre d'or, digne de celui que vous nous apportez au nom de l'Italie. Qui pourrait être insensible à ces manifestations émouvantes?

Le grand patriote qu'est M. le président (hi Conseil, tous les membres du Gouvernemcnl de la République, nos chefs militaires et nos soldats puiseront dans les sympathies quinous sont expri-

mées aujourd'hui et dans runanimité des encouragements qui nous sont adressés, un surcroit de forces pour accomplir leur grande tâche et de nouvelles raisons de confiance en la victoire du droit.

Lettre à M. Georges Clemenceau, Président du Conseil.

Paris, le 14 juillet 1918.

Mon cher Président,

Paris a vu, ce matin, au milieu d'acclamations enthousiastes, ce qu'aucune ville du monde n'avait encore vu dans toute l'histoire de l'humanité : l'image vivante des nations armées, fraternellement unies pour la défense de leurs libertés.

Dans le splendide défilé des troupes alliées, c'étaient toutes les aspirations des peuples qui s'incarnaient à nos yeux; c'était la victoire et l'avenir qui déjà passaient glorieusement devant nous.

Parmi tous ces braves, qui sont venus hier du front et qui vont y retourner, l'àme illiuninée par ce spectacle, les bataillons français se sont montres, comme toujours, admira])les de tenue et hautement dignes des belles unités alliées.

Je vous serais reconnaissant de transmettre au gouverneur militaire de Paris, aux officiers et aux hommes l'expression émue de mes félicitations.

Croyez, mon cher Président, à mes senti ineiits dévoués.

Réponse à des télégrammes de félicitations sur les victoires françaises.

ai juillet njiS.

.S'a Majesté Albert /", roi des Belges, G. Q. G. belge (i).

Je remercie Votre Majesté des félicitations qu'elle veut bien adresser au commandement français et aux vaillantes troupes qui, après avoir brisé l'offensive de l'ennemi, l'ont, à leur tour, attaqué àVèc tant dé mordant. Ces succès sont d'un favorable présài2^e poiii" un prochain avenir. Je suis heureux qu'ils coïncident avec la fête nationale belge et qu'elle puisse être ainsi célébrée dans la sérénité d'uiie pleine confiance. Votre Majesté sait qiie la causé de la Belgique reste, plus que jamais, f^acrée poiir la JFrance. Sur la Marne comme sur l'Yser, c'est toiijours la liberté des peuples que défendent lés armées alliées. Je vous prie de recevoir, avec tous mes vœux pour la Belgique, la nouvelle assurance de mon inallérable amitié.

Sa Majesté te rùl d'Italie, G. Q. G. italien.

Je remercie Votre Majesté de ses félicitations dont l'armée française sera fière et aux(iuelles sera très sensible la nation tout entière. Le double

(i) Le téléprainnif du roi <les Bfelses précède iiuinériial»ment cfUc ré|)<)usi" ilsi^is le Journal ofjivul «lu 21 juillcl, I>. GayH.

échec que vient d'essuyer l'enliemi, d'abord dans son ofrensive avortée, puis dans notre lieuteusfe contre-offensive, est, pour tous les pays alliés, une nouvelle garantie de victoire définitive. La France a remarqué avec joie la part brillante que les troupes italiennes ont prise à ces rudes combats, aux côtés des divisions françaises, américaines et britanniques.

Paris, 24 juillet 1918.

A Sa Majesté le roi fie Slam, Bangkok.

Je saisis l'occasion que m'offre l'anniversaire de l'eiiti'ée en guerre du Siam pour envoyer à Votre Majesté et à son peuple les félicitations et les vœux de la Fràiice. Nous sorniiiès très toiichés de l*empréssënient qu'ont mis les volontaires siamois à coristitiier une escadi?ille d'aviation, une formalion sanitaire iét uiie unité spéciale de conducteurs automobiles. Noiis serons ttès heureux de les avoir à nos côtés dans la lutte que nous soutenons ensemble pour la liberté du monde.

Analyse de l'allocution prononcée au Poste de Commandement du g^énéràl Fayolle fl)

25 juillet 1918.

En reme liant au général P^ayolle le cordon de grand'croLx, le Président de là flépubltijine lut a

I Frohtfranfdis, in h:i juillet. — Lv Président de la Piépillilique a tenu ù venir luiiuêiue, eet après-midi, remettre au

dit qu'il aurait désiré que la cérémonie eût lieu à Château-Thierry, que les troupes du général viennent de reconquérir, mais qu'il s'était /ait un scrupule de lui imposer ce dérangement au cours des opérations actuelles.

M. Poincaré a associé Vétat-major du groupe d'armées au juste hommage qu'il vient de rendre à son chef.

Paris, 28 juillet 1918.

Sa Majesté V empereur du Japon, Tokio (i).

Les félicitations de Votre Majesté causeront une grande joie aux armées françaises qui, en coopération avec les armées alliées, viennent de remporter, sur notre ennemi commun, des succès si éclatants. J'ai été heureux que la mission militaire japonaise, que j'ai reçue ces jours derniers, ait pu être témoin de ces glorieuses batailles.

général Fayolle, commandant en chef du groupe des armées de réserves, le coi'don de grand'croix de la Légion d'honneur.

I.a cérémonie, qui a eu lieu au poste de commandement du général, au milieu des officiers de son état-major, a été empreinte d'une simplicité émouvante. Le général Pétain, commandant en clief des armées françaises, y assistait.

Le poste de commandement se trouve au milieu des bois. Les officiers se tenaient placés sur un rang, face à l'iiabita lion, sur une an<'ienne pelouse, aujourd'hui rempLicée par un champ de pommes de terre.

(i) Les félicitations de S. M. l'empereur du Japon, Yoshi nilo, sont publiées au Journal officiel du 29 juillet, p. GSgS, immédiatement avant cette réponse et celle du Président de la République du Brésil, M. Wenceslas Braz, le 14 août.

Lettre à Al. Georges Leygues, ministre de la Alarine, à la suite du voyage à Brest.

17 août 1918.

Mon cher Ministre,

La visite que je viens de faire avec vous à Brest, à Camaret, à Toulbreeh et à Saint-Mathieu m'a fourni une nouvelle occasion d'admirer les magnifiques efforts accomplis pendant la guerre par la marine française. f

Une fois de plus, j'ai trouvé chez les officiers et cliez les hommes, avec une inlassable énergie patriotique, le plus pur esprit d'abnégation et de sacrifice.

Dans les continuelles améliorations du port, dans l'incessant labeur de l'arsenal, dans l'organisation des convois, dans la recherche et la poursuite des sous-marins ennemis, dans le développement des écoles d'écoute, dans l'utilisation des ballons captifs et des hydravions, dans l'emploi de nos avisos et de nos torpilleurs, partout j'ai eu le plaisir de constater la même activité méthodique et la même ardeur de tous à servir le pays.

Je souhaite que mes félicitations, si hautement méritées par ceux que j'ai vus, atteignent au loiu ceu\ que je n'ai pu voir et qui, sur toutes les mers, se dévouent silencieusement à la France. La France ne les oublie pas. Elle sait qu'en assurant, pendant la longue durée des hostilités, nos communications maritimes avec nos alliés, ils auront.

eux aussi, comme leurs camarades de l'armée de lerie, héroïquement contrituié à la victoire.

Croyez, Mon cher Ministre, à mes sentiments dévoués.

Réponse au télégramme envoyé par le roi George V au Président de la République poi}r l'anniversaire de ssi naissance.

20 août 1918.

Je remercie Votre Majesté de ses aimables vœux. Je suis, comme elle, très heureux que les précisions que Je maréchal Haig nous avaient exposés à nous deux avec tant de clairvoyance la veille de sa dernière offensive se soient aussi coniplètement réalisées et que l'étroit aceprd des armées alliées leur ait assuré, aux uns et au:^ autres, les beaux succès qui sont le présage certain de la victoire finale.

Allocution prononcée, le 23 août 1918, au poste de commandement du maréchal Foch en lui remettant le bâton de maréchal en vertu du décret signé le 6 août.

Je suis heureux de vous remettre aujourd'hui, en présence de M. le Président du Conseil, de M. le Ministre de la Marine, de M. le Ministre de l'Armement, du général en chef des armées françaises et de vos excellents collaborateurs, les insignes traditionnels de la haute dignité que \v

(ioiivernement de la Républiqu« voi|s a conférée aux applaudissements de la France et des pays alliés.

Depuis le début de la guerre, dans les postes divers où vous avez été placé, vous avez justifié, avec un éclat grandissant, toutes les espérances que, 4J^s le tenips de paix, l'armée avait mises en

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^épontjée au contact des faits, la forte doctrine que vous exposiez jadis à vos élèves a enfanté (léjà toute une suite de victoires. Tout en sachant îiS.Spuplir aux nouvelles nécessités de la bataille les idées que vous aviez professées, vous êtes resté fidèle à ce qui était l'àme de votre enseignement. Au mois de septembre dernier, Iprsque, auprès du château de Mondement, vous nous rptraciez magistralement les phases du combat livré en 1914 dans les marais de Saint-Gond, je voyais vos principes famlMers prendre devant moi la fprme et le mouvement de la vie et je me rappelais vos définitions favorites : « La guerre : département de la f<ïrce morale; la bataille : lutte de deux volontés ; la victoire : supériorité morale cjie? Ip vainqueur, dépression morale chez le vaincu. »

Cette eupériorité morale, vous l'avez entretenue comme une flamme sacrée. Combien de fois, en des heures graves, sur l'Yser et sur la Somme, n'ai-je pas été témoin de votre énergie et (Je votre ténacité.

Vous avez fait preuve des mômes vertus mili-

taires, lorsque vous êtes devenu, comme chef d'état-major général, le conseil technique du Gouvernement et aussi lorsque vous êtes allé, au delà des Alpes, vous concerter avec le commandement allié pour la défense de la Piave, cette Marne de l'Italie.

Mais c'est surtout dans les journées tragiques des 24' 25 et 26 mars dernier que vous avez donné la mesure de votre caractère et que votre liberté d'esprit, votre clairvoyance, votre sangfroid ont eu raison du péril. M. le Président du Conseil et moi, nous savons à DouUens, devant la mairie, une allée de jardin où il fut aisé d'entrevoir votre bâton de maréchal.

Dès que, grâce à la généreuse adhésion des Gouvernements, britannique et américain, vous vous êtes trouvé investi du commandement en chef des armées alliées, vous vous êtes employé à réaliser l'unité d'action stratégique, si nécessaire devant la puissante organisation de la discipline allemande et, à peine les premières vagues du formidable afflux américain avaient-elles déferlé sur le front, que, par de savantes opérations successives et combinées, vous avez surpris et battu l'ennemi, d'abord sur la Marne et sur l'Aisne, puis sur l'Avre, sur la Somme et sur l'Oise; vous avez brisé son offensive, déconcerté ses plans, épuisé ses meilleures réserves, capturé en masse ses hommes, ses canons, ses mitrailleuses et ses munitions. Gloire à vous. Monsieur le Maréchal, et à toutes les armées que vous commandez!

Certes, vous u'èles pas de ceux qui se laissent abattre par le danger, vous n'êtes pas non plus de ceux qu'éblouit la victoire. Vous ne croyez pas que nous soyons dès maintenant au bout de nos efforts et de nos sacriflces ; vous vous gardez de l'optimisme autant que du découragement; votre confiance raisonnée nous demande de continuer à armer notre patience et à tendre notre volonté, pour agir sans lassitude et pour lasser Faction de l'ennemi. Soyez sûr que votre appel sera écouté du Gouvernement de la République et de tous les Gouvernements associés. Vos magnifiques armées sont dignes de leur chef. La France et les pays alliés resteront dignes de leurs armées. Nous voulons vaincre. Nous vaincrons.

Allocution prononcée le même Jour en remettant la médaille militaire au général Pétain, commandant en chef des armées françaises.

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