‹ Messages [microforme]Chapitre 10 sur 19 · tome PT APRES · texte numérisé non relu

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ment charitable que vous savez y mettre, elle a plus de prix encore, et ceux-là qui ont beaucoup voyagé savent jusqu’à quel point un pareil accueil est agréable et réconfortant.

De plus, par la manière dont les choses se passent habituellement dans nos paroisses, l’aubergiste faisant le négoce des denrées ordinaires, devient un agent qui facilite aux familles l'acquisition ou l'échange des marchandises qu'elles ont besoin d’acheter ou de vendre ; et dès lors, au point de vue économique et Commercial, on peut le dire sans crainte, vous jouez un rôle important et des plus avantageux.

Aussi bien dire que prise dans ce sens, votre profession est non seulement honorable, utile, mais elle est, en quelque sorte, indispensable, et nous n'aurions rien à redire, si, limitée à ce double objet et

conduite suivant les règles ordinaires de la justice, elle vous permettait, messieurs, d'acquérir, en même temps que la fortune, une influence légitime et bienfaisante parmi vos concitoyens,

Mais, il se trouve que, d'après l'usage général, on

ajoute à l'administration normale de l'auberge et au Commerce régulier des denrées utilitaires, la vente habituelle de cette chose si dangereuse et si ruineuse, Connue surtout sous le nom de boissons enivrantes.

Jusqu'à quel point ce négoce est nécessaire ou utile dans nos paroisses, c'est ce que nous ne voulons pas pour le moment examiner.

Nous serions plutôt porté à croire qu’il pourrait être retranché tout-à-fait sans aucun inconvénient et pour le plus grand bien des familles ; que, tout au moins, les liqueurs alcooliques pourraient être assimilées à ces remèdes spéciaux qui ne se livrent que pour des cas particuliers et sur les garanties nécessaires,

Mais là n’est point, pour le moment, la question.

Nous sommes obligé d'admettre le fait que, dans les hôtels que vous tenez, se débite couramment cette marchandise qui s'appelle la boisson enivrante ; que vous le faites en vertu d’une licence octroyée par les autorités municipales et sous la protection des lois, qui imposent toutefois À ce com-

ait ent ut re

nt

merce lui

-même certaines restrictions et certaines règles.

Et comme l'usage de ces li

queurs alcooliques tient de très près

à la morale chrétienne, et par congéquent au bien de la religion et au salut des âmes, il s'ensuit que l'Église elle-même doit intervenir pour rappeler à tous ceux qui ont à ce s

ujet quelques responsabilités

à porter, les obligations rigoureuses auxquelles ils ne peuvent im

punément se soustraire,

Et qui done peut être tenu plus strictement responsable que celui qui est l'instrument direct et immédiat de ce commerce périlleux ?

Vous ne sauriez sur ce point vous faire illusion, messieurs. C’est l'Esprit-Saint lui-même qui l'affr. me, votre profession d'aubergiste, augmentée de

celle de débitant de liqueurs enivrantes, est classée parmi celles qui exposent davantage la conscience et le salut éternel.

Nous n'ignorons Pas combien sont nombreuses et pressantes pour vous les tentations de toutes sortes

qui voudraient vous entraîner hors de la voie de la probité et de l’honneur.

L'ambition et la possibilité apparente de faire beaucoup d'argent en peu de temps ; une concurrence malheureuse et déplacée entre des hôtels trop nombreux dans une même localité ; la faiblesse de caractère qui cède par complaisance aux sollicitations : le respect humain plus fort que le sentiment du devoir ; le caractère trop illusoire des sanctions civiles et la trop grande facilité de s'y soustraire : autant de choses qui se dressent comme des obstacles qu'il serait aisé de renverser, si l’on voulait Simplement se rappeler, dans une chose aussi délicate, ce qu'exige pardessus tout le sens religieux, le vrai patriotisme, l’honorabilité personnelle, la simple justice ordinaire, le bien des familles, l'honneur des jeunes gens et le bon ordre publie dans une localité.

Si, par malheur, on oublie tout cela pour ne penser qu'à spéculer sur la faiblesse de son prochain, et qu'à s'enrichir au détriment du bonheur d'autrui et au prix même de la perte éternelle des âmes, il arrive, par le fait coupable d'un hôtelier, que le dimanche, le jour du Seigneur, devient, à côté d’une

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église, le jour du démon par l'ivrognerie et tous les péchés qu'elle traîne après elle ; que dans cette auberge, au mépris des lois les plus sages, on attire la jeunesse qui y fait le premier apprentissage du vice sous toutes ses forines ; que cette maison, établie pour l'utilité commune, devient la terreur des épouses et des mères : qu’elle engouffre une partie 2 table du salaire du père de famille et est signalée par tou. somme la cause, où au moins, l’occasion prochaine et permanente de la ruine temporelle et spirituelle d'un grand nombre.

Remarquez bien, messieurs, que nous ne faisons ici aucune application locale ou personnelle. Nous déduisons simplement ja conséquence logique et fatale de la manière désordonnée dont un aubergiste peut diriger sa maison à l'encontre de toutes les lois,

Et nous nous demandons ce qui peut bien se passer au fond de l'âme d'un citoyen, d'un chrétien, qui, ayant durant plusieurs années tenu auberge et tinalement réussi à faire fortune, s'interroge lui-

même, en présence de son argent, et compte autour

de lui, dans sa Paroisse, les familles jetées dans le chemin et plongées dans la misère, Ce qu'il doit se dire...

tons pas davantage,

Dans nos lettres précédentes, adressées à tout le diocèse, nous avons fait le tablea que, du reste, vous

Mais, Messieurs, n'insis -

u de ces ruines

Connaissez encore mieux que

nous, et c'est parce que nous croyons sincèrement que vous, du moins, vous ne voulez pas être, au milieu de vos concitoyens, des agents de perdition, matérielle et morale, que nous vous parlons avec tant d'ouverture et de contiance,

Nous avons l'intime Cou: .ction que vos disposi. tions sont bonnes ; Que vos intentions sont droites : que vous voulez sincèrement Sarder à votre nom et à votre profession l'honorabilité voulue Pas en vain, par conséquent, que nous sons À votre conscience de catholiques, de canadiens, à la Bénérosité de vos s

chefs de famille, faisant appel, enco

tout ce qu'il y a de plus noble et de vous,

; Que ce n'est nous adresà votre fierté entiments de re une fois, à

plus élevé en messieurs, pour vous Conjurer de tenir votre

—— L.2 PR de

is -

MESSAGES 67 Commerce suivant tout ce que Commandent les lois la justice, les dictées de la Conscience, le respect de la religion, le bon ordre social, la paix des famil. les, l'honneur de nos jeunes gens, l'avenir de notre race eb pardessus tout, votre propre salut, Vous le savez, messieurs,

le bien mal acquis ne profite jamais,

Il est très rare que la Providence permette qu'il s'y attache une Prospérité, même apparente, tant soit peu durable.

La richesse, qui serait le fruit de l'injustice ou du

désordre, ne saurait d'ailleurs donner,

par ellemême,

ce bonheur que seule la paix de la conscience peut faire naître du devoir accompli.

F' eut-il être légitime de &agner de l'argent au

“sepris du droit divin, des commandements de l'Église, des lois civiles les plus sages ?

Ne brûle-t-il Pas, en quelque sorte, les mains qui le palpent, quand il s'entasse dans un tiroir au prix de l'honneur d'un citoyen, de la tranquillité d'une faille, de la déchéance malheureuse et coupable

d'un foyer, de la perdition graduelle, mais sûre, du bien paternel,

Cet argent ne pèse-t-il point lourdement sur l'âme de celui qui le compte en se disant : C'est aujourd'hui dimanche, j'ai offensé Dieu, et des

péchés nombreux se sont commis dans ma maison.

J'ai fait boire des hommes, des jeunes gens ; ils ont outragé sous mon toit le nom du Seigneur,

Ils ont joué ieur bonheur domestique, les larmes ‘des épouses et des mères, et ce soir, il y a bien des reproches et des lamentations dans les familles de Ceux qui sont venus ici, chez moi, et dont quelquesuns au grand scandale de toute la paroisse, se sont livrés à l'ivrognerie, aux jeux de hasard, aux conversations mauvaises, etc. ; n'importe, j'ai gagné beaucoup d'argent.

Franchement, messieurs, cela pourrait-il vous suffre, et croiriez-vous, un instant, que, soucieux avant tout d'échapper aux sanctions légères d'une loi humaine, vous n'ayez point, à titre de chrétiens,

à vous préoccuper d'autre chose ?

Aussi, messieurs, pour vous rassurer vous-mêmes et vous faire voir qu'il vous est possible à tous de tenir votre maison sans avoir à redouter la colère

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de Dieu, les reproches de l'Église et ceux plus intimes et plus terribles peut-être des mères de famille et des enfants, nous semble-t-il opportun et nous contenterons-nous de vous rappeler ce que nous

disions à votre sujet dans notre lettre pastorale du 25 décembre 1903.

Nous vous laissons, messieurs,

à ces graves pen-

sées que nous remettons sous Vos yeux, vous priant de les méditer sérieusement et demandant à Dieu de bénir les généreuses résolutions qu’elles ne sauraient manquer de vous inspirer.

Qu'Il daigne en même temps répandre sur vos familles, spécialement à l'occasion des prochaines fêtes de Noël, ses plus abondantes bénédictions, source unique et féconde du bonheur domestique, c'est notre plus ardent souhait.

Valleyfield, décembre 1907,

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