À MESSIEURS LES AUBERGISTES
OU HOTELIERS
Messieurs,
OUS ne pouvez ignorer qu'il se poursuit dl depuis quelques temps, dans tout le pays, une Campagne très active en faveur de la tempérance.
En ce qui nous concerne, nous avons, à diverses reprises et dès les débuts de notre épiscopat, élevé la voix pour faire ressortir la beauté et les avantages de cette vertu éminemment chrétienne, et aussi pour signaler les désordres causés Par l'ivrognerie et les maux que l'alcoolisme traîne à sa suite.
Nous croyons en avoir dit suffisamment pour faire comprendre tout le mal produit dans les âmes, dans les familles, au sein des paroisses, par l’abus des liqueurs enivrantes.
Outre le péché, les misères de toutes sortes qu’engendre cette malheureuse passion et que l’expérience de chaque jour nous fait toucher du doigt, sont bien de nature à faire réfléchir sérieusement tous ceux qui portent quelque intérêt au bien général de la population et qui s'inquiètent de l'avenir de notre race.
Nous pouvons jusqu'à un certain point nous réjouir de ce que nos appels réitérés n’ont pas été inutiles, et qu'un grand nombre, au moins, parmi nos diocésains et dans les diverses paroisses, semblent avoir pris à cœur de lutter avec nous contre le terrible fléau qui menace nos foyers.
Toutefois, nous sentons que notre action serait incomplète et nos efforts en partie du moins infructueux, si, après avoir interpellé les diverses classes de la société, nous ne nous tournions enfin vers
vous, messieurs, pour solliciter de votre part tout le
Concours que votre foi, votre patriotisme, et votre intérêt même bien Compris, sonten mesure de nous accorder dans une question qui intéresse, en effet, la religion, la patrie et la famille.
C'est ce que nous voulons essayer de faire aujourd'hui.
Et remarquez bien, messieurs, que nous n’entendons point vous traiter en ennemis ou en adversaires d'une cause si étroitement liée au bonheur de tous.
Au contraire, c’est parce que nous avons l’intime conviction que vous tenez à être de bons chrétiens, de bons citoyens et d'excellents chefs de famille, que nous venons avec confiance faire appel à votre raison aussi bien qu'à votre foi et à vos meilleurs sentiments, étant persuadé qu'il vous suffira à tous d'être mis clairement en face de vos devoirs et de vos responsabilités pour vous rendre de plein gré et avec empressement à nos désirs.
Au reste, nous estimons qu'en définitive c’est vous qui tenez la solution du problème qui agite si
fortement la conscience publique, et que la cause de la tempérance sera à peu près gagnée le jour où tous
les aubergistes et hôteliers décideront d'obéir fidèlement aux lois divines et humaines qui régissent leur commerce.
Avant tout, pour bien établir qu'il n'existe dans notre esprit aucune malveillance à l'égard de la profession que vous exercez, nous affirmerons sons crainte qu’elle est par elle-même honorable et capable de rendre de grands services à la société.
Elle est aussi ancienne que le monde.
Il en cst fait maintes fois mention dans les Saintes Ecritures, tant dans l'Ancien Testament que dans l'Évangile, et toujours au point de vue de son utilité.
En effet, le nom lui-même l'indique, l'aubergiste ou l'hôtelier est établi pour exercer l'hospitalité envers les étrangers,
Le voyageur est heureux de trouver sous son toit le repos dans la sécurité et ce bien-être relatif qui le remet de ses fatigues et lui permet l'oubli momentané de l'absence.
Quand cette hospitalité se donne avec toutes les formes de la courtoisie, de la bonté, de l'empresse-