‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 16 sur 65 · M AUX RUINES · texte numérisé non relu

M AUX RUINES

De la sombre Tempe vallons silencieux,

O campagnes d'Athène, ô Grèce infortunée,

Où sont pour t'affïanchir tes guerriers et tes dieux?

Ils sont sur tes débris ! Aux armes ! voici l'heure Où le fer te rendra les beaux jours que je pleure ! Voici la Liberté: tu renais à son nom ; Vierge comme Minerve, elle aura pour demeure Ce qui reste du Parthénon.

Des champs de Sunlum , des bois du Cythéron , Descends, peuple chéri de Mars et de Neptune ! Vous, relevez les murs ; vous, préparez les dards ! Femmes, offrez vos vœux sur ces marbres épars :

Là fut l'autel de la Fortune.

Autour de ce rocher rassemblez- vous, vieillards :

Ce rocher portait la tribune ;

I)i: LA GHIXi: PAYKNM-. H.',

Sa hase, eiu^or dchoiit, pailc ciicoi-c aux Ik'tos

Oui [X'upk'iit la nouvelle Athènes :

Prête/ l'oreille... il a retenu ([uel([ues mots

Des harangues de Déniosthènes.

Guerre, gnerre anx tyrans! Nochers, fendez les flots! Du haut de son tond)eau Théniistoele domine

Sur ce port qui l'a vu si grand ; Et la mer à vos pieds s'y brise en murmurant

Le nom sacré de Salami ne.

Guerre aux tyrans ! Soldats, le voila ce clairon Qui des Perses jadis a glacé le courage ! Sortez parce portique, il est d'heureux présage : Pour revenir vainqueur, par là .sortit Cimon ; C'est là que de son père on suspendit l'image 1 Partez, marchez, courez; vous courez au carnage

AUX ntlîNKS DK LA ORKCR PAVKNNl!

C'est le chemin de Maratlion !

O sommets de Taygète, ô débris du Pirée , O Sparte, entendez-vous leurs cris victorieux? La Grèce a des vengeui's , la Grèce est délivrée , La Grèce a letrouvé ses liéros et ses dieux !

TYUTKr: AMX (;i\KCS

-^'Vir^

K soleil a |)aru : sa clarté iiu'iiacantt* Dm fer des boueliers jaillit en |()iîi;s rellets.

88 TYUTKI::

Les j^uerriers sont debout, immobiles, muets ; Ils pressent de leurs dents leur lèvre frémissante. Tous , pleins d'un vague efïroi qu'ils ont peine à cacher, Attendent le péril , sans pouvoir le chercher. Moment d'un siècle! horrible attente!

Ah ! quand donnera-t-on le signal de marchei?

Vieillard , garde ton rang. . . ; mais il court, il s'écrie . « Le signal est donné de vaincre ou de mourir; « Ma vie est mon seul bien , je l'offre à la patrie ; (( Liberté, je cours te l'offrir. :»

Opprobre à tout guerrier dans la vigueur de 1 âge , Qui s'enfuit comme un lâche en spectacle au vainqueur, Tandis que ce vieillard prodigue avec courage \J\\ reste de vieux sang (pii réchauffait son cœur ! Sous les pieds des coursiers il se dresse, il présente

AUX (iurcs

Sa barbe blancliissaiilc, Fi'intn^pidc pâleur de son front irrité, l'oinbe, expire, et le fe»*, cpi'il voit sans (*ponv;nitr ,

De sa bonehe expirante Arrache avec son ame un cri de liberté*.

Liberté! Liberté ! viens, recois sa grande anie ! Devance nos coursiers sur tes ailes de Hannne ; Viens, Liberté, marchons. Aux vautours dévorans Que nos corps, si tu veux , soient jetés en pâture : Il est cent fois plus doux de rester dans tes rangs , Vaincus , morts et sans sépulture , Que de vaincre pour les tyrans.

Gloire à nous ! gloire au courage !

Gloire à nos vaillans eiïorts !

A nous )e champ de carnage !

90 TYRTEE

A nous les restes des morts !

Rapportons dans nos murailles Ceux qu'au glaive des batailles Le dieu Mars avait promis :

Citoyens , voilà vos frères !

Ils ont pour lits funéraires Les drapeaux des ennemis.

Survivre à sa victoire , ô douce et noble vie ! Mourir victorieux, ô mort digne d'envie !

II rentre sans blessure, et non pas sans lauriers,

I/heureux vengeur de nos dieux domestiques. Quels bras reconnaissans ont dressé ces portiques ? Que de fleurs sur ses pas ! que d'emblèmes guerriers ! Le peuple, aux jeux publics ou ce héros préside, Se lève devant son appui ;

AUX (;nr:cs

Le vieillard lui (ait place, et la vierge tiiuirle

lit* montre à sa (H)ni|)agne, en nuirnim ani : (;'est lui !

Il rentre le vainqueur, mais porté sur ses armes. Kst-il pour son bûcher d'appareil assez beau ?

Pour le pleurer est-il assez de larmes? Est-il marbre assez pur pour orner son tombeau ? Ses exploits sont chantés, sa mémoire est chérie ; Il monte au rang des dieux qu'adore la patrie. Elle comble d'honneurs ses mânes triomphans, Et son père , et ses fils, et sa famille entière,

Et les enfans de ses enfans

Dans leur postérité dernière.

Debout, la lyre en main, à l'aspect des deux camps , Ainsi chantait le vieux Tyrtée.

Pour la Grèce ressuscitée

92 TYRTEE

Que ne puis-je aujourd'hui ressusciter ses chants Je vous dirais : ô Grecs, ressemblez à vos pères ; Soyez libres comme eux ou mourez en héros. Jadis vous combattiez vos frères , Et vous combattez vos bourreaux.

Ils viennent ! Aux clartés dont la mer se colore

J'ai reconnu leurs pavillons.

Quel volcan a lancé ces épais tourbillons? Dans l'ombre delà nuit quelle effroyable aurore ! . . . La dernière pour toi , que la flamme dévore, Chio*, tu vois tomber tes pieux monumens. Ils tombent ces palais que l'art en vain décore ; Et de ces bois en fleurs, où de tendres sermens

Hier retentissaient encore ,

Sortent de longs gémissemens.

* La catastrophe de Chio eut lieu en 1822; l'incendie et les massacres se prolongèrent pendant le mois de mai et le mois de juin.

AI X (.HKCS 9.1

Ouvrez les yeux , o (}recs! ô (fiecs , pnic/. 1 Oicilh Vous verre/ le tomheaii , vous enteudic/ les ciis

De tout un peuple ([ni s'éveille.

Poursuivi par le fer, la loudie et les débris. Vous verrez une plage lion ihle, inhabitée, Où, chassé par les léux vainqueurs de ses efloils, fie Ilot (pii se recide, en roulant sur des inoils,

Laisse nne écume ensanglantée.

Vengez vos frères massacrés, Vengez vos femmes ex|)ii'antes ; FiCs loups se sont désaltérés Dans leurs entrailles palpitantes.

Vendez-les, veui^ez-vous ! . . . l'éuédos ! l'énedos ! Deux esquifs à ta voix ont sillonné les Ilots :

Page 1