AUX AMERICAINS
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— Pins (respoii'l c-~Troisjours,leur(litColonil),etjevousclonneuninoiide.
150 mois .ÎOtIRS
Et son doigt le montrait, et son œil , ponr le voir,
Perçait de l'horizon Tinnnensité profonde.
Il marche , et des trois jonrs le premier jour a lui ;
Il marche, et l'horizon recule devant lui ;
Il marche , et le jour baisse. Avec l'azur de l'onde
L'azur d'un ciel sans borne à ses yeux se confond.
Il marche, il marche encore, et toujours ; et la sonde
Plonge et replonge en vain dans une mer sans fond.
Le pilote en silence, appuyé tristement
Sur la barre qui crie au milieu des ténèbres ,
Ecoute du roulis le sourd mugissement ,
Et des mâts fatigués les craquemens funèbres.
Les astres de l'Europe ont disparu des cieux ;
L'ardente croix du Sud épouvante ses yeux.
Enfin l'aube attendue, et trop lente à paraître,
Blanchit le pavillon de sa douce clarté :
« Colomb , voici le jour ! le jour vient de renaître !
a — Le jour! et que vois-tu.-^ — Je vois l'immensité. )>
i)i: cuRisToi'iii: colomij. ioi
Qiriin[)orte? il est traii(|nille... Ah ! ravez-vous pensé? Une main sur son cœur, si sa gloire vous tente, Comptez les battemens de ce cœur oppressé , Qui s'élève et retombe, et languit dans l'attente ; Ce cœur qui , tour à tour brûlant ou sans chaleur , Se gonfle de plaisir, se brise de douleur ; V ous (M)iuprendrez alors que durant ces journées Il vivait, pour souffrir, des siècles par niomens. Vous direz : ces trois jours dévorent des années, Kt sa gloire est trop chère au prix de ses tourniens !
Oh ! qui peindra jamais cet ennui dévorant,
Ces extases d'espoir, ces fureurs solitaires,
D'un grand homme ignoré qui lui seul se com[)rend?
Fou sublime, insulté par des sages vulgaires!
Tu le fus , Galilée ! Ah ! meurs. . . Infortuné ,
A quel horrible effort n'es-tu pas condanuic ,
Quand , pâle, et d'uuB voix que la douleur altère,
Tu démens tes travaux , ta raison et tes sens .
152 TKOIS JOURS
Le soleil qui t'écoute, et la terre, la terre,
Que tu sens se mouvoir sous tes pieds frémissans
Le second jour a fui. Que fait Colomb? il dort ;
La fatigue l'accable, et dans l'ombre on conspire.
<c Përira-t-il ? aux voix : — la juort ! — la mort! — la mort !
(c Qu'il triomphe demain, ou, parjure, il expire. )^
Les ingrats ! quoi ! demain il aura pour tombeau
Les mers oii son audace ouvre un chemin nouveau ,
Et peut-être demain leurs flots impitoyables ,
Le poussant vers ces bords que cherchait son regard ,
Les lui feront toucher, en roulant sur les sables
L'aventurier Colomb , grand homme un jour plus tard !
Il rêve : comme un voile étendu sur les mers. L'horizon qui les borne à ses yeux se déchire, Et ce monde nouveau qui manque à l'univers , De ses regards ardens il l'embrasse, ïl l'admire. Qu'il est beau , qu'il est frais ce monde vierge encor !
i)i: ciiiusToiMii: coi.oMii. 153
Ij'or brille sur ses fruits, ses eaux roulent de l'or. Déjà, plein d'une ivresse inconnue et pioionde, Tu t'écriais , Colomb : (( Cette terre est mon bien !.. » Mais une voix s'élè\e, ellt^ a nommé ee monde, () doideur ! et d'un nom qui n'était pas le tien !
Regarde : les vois-Lu , la loudie dans les mains,
\ ois-tu ces Kspagnols altérés de carnage
Effacer, en courant, du nombre des humains
FiC peuple désanné qui couvre ce rivage?
Vois les palais en feu , les tenqiles s'écroulant ,
Le cacique étendu sur ce brasier brûlant ;
V ois le saint crucifix , dont un pi^être inflexible
Menace les vaincus au sojtir du combat ,
S'élever dans ses mains plus sanglant, plus terrible
(^)ue le glaive espagnol dans les mains du soldat.
Tia terre s'est énuie ; elle s'ouvre : descends !
Des peuples engloutis datis ses gouffres res|)irent ,
154 TROIS JOLRS
Captifs privés du jour, dont les bras languissans Tombent lassés sur l'or des rochers qu'ils déchirent; Cadavres animés, poussant des cris confus Vers ce divin soleil qu'ils ne reverront plus , S'agitant, se heurtant dans ces vapeurs impures, Pour fuir par le travail le fouet qui les poursuit , Et qu'une longue mort traîne dans les tortures De cette nuit d'horreur à l'éternelle nuit.
Cet or, fruit douloureux de leur captivité ,
Par le crime obtenu pour enfanter le crime ,
Va servir d'un tyran la sombre cruauté ,
Et peser sur le joug des sujets qu'il opprime.
Pour corrompre un ministre, enrichir un flatteur,
Payer l'injuste arrêt d'un noir inquisiteur ,
Par cent chemins honteux du trésor d'un seul liomme
Il s'échappe, et, passant de bourreaux en bourreaux ,
Va s'engloutir enfin dans le trésor de Home,
Qui leur vend ses pardons au bord de leurs tombeaux
i)i: cHHisTonn: colomij. i.v»
De l'or! tout poiii'de l'or! les peuples débordés, Dont ce monde éveilla l'avarice endormie, Répandent dans ses champs , de leur foule inondés , L'écume des humains que l'Europe a vomie. Toi seul l'as dévasté ce continent désert Que tu semblais créer quand tu l'as découvert ; Et des monceaux de cendre entassés sur la rive. Des gouffres souterrains où Ton meurt lentement , Des ossemens blanchis , sort une voix plaintive Qui pousse vers toi seul un long gémissement.
Par son ré\e oppressé, Colond), les bras tendus , De sa couche lorùlante écartait cette imaiic. Elle décroit , s'efface, et ses traits confondus Se dissipent dans l'air comme un léger nuage. Tout change : il voit au Nord un empire naissant Sortir de ces débris fécondés par le sang ; Ses enfans opprimés s'arment, au cri de guerre, Du soc dont le tranchant sillonna leurs guérets,