‹ Messéniennes, et Chants populairesChapitre 65 sur 65 · IMITATION · texte numérisé non relu

IMITATION

Pour Achille et les Dieux c est toi qui les décides.

Les Dieux commaudeut-ils à vos mains parricides

De traîner des captifs sous le couteau mortel ,

Comme de vils troupeaux réservés à l'autel ?

Mais je veux que, flatté d'uue pareille offrande ,

En faveur d'un héros le ciel vous le commande

Est-ce à moi d'honorer de ce tribut sanglant

Celui dont les exploits ont déchiré mon flanc?

Faut-il sacrifier ma fille à sa mémoire ?

Doit-elle de ses jours payer votre victoire ?

Pour mourir sous vos coups quels sont ses attentats ?

Elle n'a point causé nos funestes débats,

Et , brillant sur ces bords d'une flamme adultère ,

Appelé dans nos champs la famine et la guerre.

Une autre a divisé les Grecs et les Troyens ;

Elle seule a perdu vos guerriers et les miens.

De ce crime au tombeau qu'elle emporte la peine :

Justifiez les dieux en punissant Hélène.

Mais respectez ma fille , épargnez mes vieux ans ;

Tiaissez-moi cet appui de mes pas chancelans.

Près d'elle mes douleurs me semblent moins amères ;

En elle je retrouve et son père et ses frères.

C'est me ravir encor tout ce que j'ai perdu

i)i: LiiKCi in: f) ri ijii'IDi;. :vrz

(hic iirciilcNcr <•(' hicii |);ir (|iii loiil \]\\'s\ rendu ,

Ce doux et cher trésor- qui me reste de l'roie,

Mon <^uide, mon espoir, ma famille et ma joie.

Ecoutez ma prière, et soyez généreux ;

Instruit par vos malheurs, plaignez les malheureux.

Ulysse , par ma voix l'équité vous supplie

De ne point o[)primer cjui vous sauva la vie.

Qu'un service passé vous parle ici pour nous :

Je vous vis à mes pieds , j'embrasse vos genoux ;

Je vis couler vos pleurs, tournez sur moi la vue,

Contemplez l'infortune oii je suis descendue.

Moi , veuve de Priam , j'implore vos regards ,

Et je baise la main qui livra nos remparts.

Oui , vous nous défendrez, vous serez notre asile ;

Sauvez-nous , retournez vers le tombeau d'Achille.

De remords combattu, Pyrrhus doit hésiter :

Atride à vos discours ne pourra résister ;

Vous saurez dans les cœurs réveiller la clémence ;

Vous fléchirez les Grecs ; et si votre éloquence

De Calchas et des Dieux désarme je courroux ,

Vous ferez plus pour moi que je n'ai fait pour vous

:v)i iMn A rrox

ULYSSE

Que ne m'est-il permis de remplir votre attente , Et de soustraire aux dieux votre fille innocente ! Si mon intérêt seul m'ordonnait d'obéir, Je n'hésiterais pas , Hécube , à le trahir ; Mais le salut des Grecs défend cjue je balance.

HECUBE.

Je ne puis ébranler sa féroce constance.

Ta douce voix , tes pleurs sont mon unique espoir

Parle-lui ; c'est à toi d'essayer ton pouvoir.

POLYXENE.

Vous détournez les yeux , Seigneur; votre courage D'un regard suppliant redoute le langage ; Faible contre mes pleurs, il craint de s'attendrir. Ne vous alarmez pas ; je suis prête à mourir. Quand j'ai vu de si haut s'écroider ma fortune, Pnis-je encor regretter une vie impoitune?

li'liyineii lUf piointll;!!! un illii^lic a\i:iiir ;

Au sau^ (l(* mes aieux les lois licrs de s'unir ,

ne|)osaieiil à mes pieds 1 Ori^neil du diadrme.

Priam , semblable aux. dieux. d<3iit la bonté suj)rùnie

Devait de son empire éterniser le eours,

Kut régné leur égal, s'il eut régné toujours.

Ce monarque n'est plus, et moi, je suis captive.

Vous m'ouvrez une loute à l'infernale rive,

Et je balancerais ! et je vivrais encor ,

Pour voir ma liberté marchandée à prix d Or !

Et j'irais dans les jnurs d'une ville ennemie

Traîner de mes destins l'horreur et l'infamie !

Un hymen flétrissant unirait, dans Aigos ,

I^a race d'un esclave à celle des héros !

Parlez ; (|uel est le sort le plus digne d'envie :

La gloii'e avec la mort, l'opprobre avec la vie?

(^)ui choisit son destin est libie dans les téis ;

Je le suis, j'ai choisi , finissez mes revers.

Au trépas qui m'attend , sans terreur je me livre ;

Console-toi , Priam , ta fille va te.suivre ;

Et toi , dont le courage a passé dans mon cœur,

Hector, ouvre tes bras pour recevoir ta sonir !

m\ IMITATION

HECUBK , aux soldats.

Foulez donc sous vos pieds une mère éperdue. Lâches , par son danger la force m'est rendue. Qui pourra désunir nos bras entrelacés ?

ULYSSE

Aux ordres de vos rois, soldats, obéissez.

POLYXENE.

Ah ! Seigneur, épargnez sa tendresse imprudente. Ma mère, voulez-vous qu'une foule insolente Ose , dans ses fureurs, souiller vos cheveux blancs ? Voidez-vous qu'elle insulte à mes restes sanglans , Et que, pour vous punir, une dernière injure Vous condamne à les voir privés de sépulture ?. . . Obéissons aux Grecs, il les faut désarmer; A la clarté du ciel mes veux vont se fermer.

i)i: i;ni:ci lu: d i:i kiimdi

SÎT

HKCLBi:,

Sans moi dans les crifcis tu (les(!(Mi(Jras , ma lillc!

POJ.VXENL.

Polyxèiie aux enfers trouvera sa famille.

HLCl lîi:.

Et moi (|ui vieillirai sous le poids des douleurs. Aux flots de l'Eurotas j'irai mêler mes pleurs.

l'OLYXEXE.

Pour vous aux sombres hords rpie dirai-je à mon pi're.^

iiKcrnK.

Dis-lui (\[\c ton trépas a eomhié ma inisrre,

;vjs IMITATION !)i: LriKcmu: jy luimimdi:.

POLYXENE.

( )ue dire à votre Hector ?

HECUBE.

Que Pergaine n'est plus ; Qu'Andromaque gëiiiit daus les fers de Pyrrhus.

POLYXENE.

Adieu , ma mère ! adieu, rivage du Scamaudre !

Lieux sacrés, oii demain reposera ma cendre !

Chers débris d'Ilion , tombeaux de mes aïeux ,

Champs où régnait Priain, recevez mes adieux.

Vous^ malheureuse Hécube , ô vous dont la tendresse

Pour un plus beau destin éleva ma jeunesse ,

Ma mère, embrassez-moi.. . pressez-moi dans vos bras,

Je vous quitte, il le faut , ne me retenez pas.

De nos derniers tourmens épargnons-nous la vue,

Votre douleur m'accable, et ma douleur >ous tue...

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