SCÈNE VI
GUILLAUME
Mon âme est pleine de trouble et de violence. Je
souffrais tant, j’ai cédé à la juste colère. O ma pauvre âme, calme-toi ! La nuit est si belle et si pure, la lune silencieuse est dune si tranquille dbuceur! On dirait le plein jour, une aube nouvelle de paix et d’espoir.
Ah! le jeune espoir, l’espoir invincible et renaissant! \ Pourquoi donc ne pas compter encore sur la force éternelle de la vie? Et pourquoi, puisque la lune est si claire, attendre le soleil ? La semence est là, les labours de novembre sent prêts. (Il reprend le sac -de blé et sème à
grands gestes.)
Semence auguste, blé nourrisseur, va, va, vole de mes mains et couvre la terre. Comme la poussière même de la vie, vole, vole, emplis le sillon de ta fécondité. Tu es l’inconnu de demain, qui sait le triomphe que tu réserves à l’effort de mon travail? Pendant tout un hiver, la terre froide dormira. Et elle couvera ton inconnu, ô divine semence, blé qui nourris les hommes! Et peut-être pousseras-tu en une moisson débordante, au soleil d’avril, dans le printemps triomphal !
(Rideau.)