SCÈNE î
GACPARD, HÉLÈNE, OUVRIERS
GASPARD, gâiement, aux ouvriers qui entourent la machine.
C’est donc fait ! la voici en marche, la machine neuve!... Et ce n’est pas sans peine, mes amis, par ce terrible ciel d’hiver qui nous annonce la tempête. Ah! que je désirais la voir au travail, avant que la neige
tombe !... (Allant chercher sa fille qui arrive.) Hélène, viens !
viens voir !
HÉLÈNE, préoccupée.
Si vous êtes heureux, je suis heureuse, mon père.
GASPARD, joyeusement.
Heureux, oui ! très heureux!... Vois donc comme elle est puissante et gaie, dans sa force toute neuve ! Ses aciers, ses cuivres luisent, tels que des joyaux... Et regarde-la, toute grondante de son feu inlérieur, elle n’a que le souffle aisé et sain de sa besogne!
HÉLÈNE
Père, vous l’aimez. '
GASPARD. '
C’est vrai, je l’aime... Mais qu’as-tu, mon enfant?
HÉLÈNE
Père, je suis .inquiète... Les gens du village ont juré de venir tout briser chez nous.
' GASPARD
Non, non, je ne crains rien des hommes... Mais si, là-bas, le rocher qui surplombe la source tombait sous le poids de l’avalanche, ce serait la ruine, l’usine fermée, cette machine inutile et morte! x \
HÉLÈNE
Père, vous m’effrayez.
GASPARD, riant.
Rassure-toi, la roche est solide encore... (Revenant près de la machine.) Va, va, bonne machine, machine souveraine, fais ta besogne, souffle gronde, toute brûlante
de ton feu intérieur, et que l’or tombe en pluie, à chaque tour de ta roue géante !