GASPARD, HÉLÈNE, LE BERGER
LE BERGER, accourant.
Gaspard! Gaspard! écoute-moi!
GASPARD
C'est toi, berger. Que me veux-tu? Je n’ai pas de Mies à garder.
LE DERGER.
Plût au ciel que tes troupeaux, au printemps, fussent avec moi dans la montagne.
GASPARD
Laisse-moi donc, si nous n’avons rien de commun.
LE BERGER
Je veille là-haut, tandis que tu fais ici suer l’or des pierres. C’est vrai, nous n’avons rien de commun, si ce n’est que nous sommes des hommes... Et c’est pourquoi j’ai couru, voulant te prévenir que, dans un instant, tous les gens du village seront ici.
HÉLÈNE
Grand Dieu ! j’en avais senti la menace.
LE BERGER
Tous ont pris des bâtons, et ils veulent te forcer à fermer ton usine.
GASPARD, tranquillement.
C’est bon, qu’ils viennent! je les recevrai... Et qui les conduit? Ont-ils un chef?
LE BERGER
Guillaume marelle à leur tôle. (Gaspard et le berger continuent de causer a vuix basse.)
HÉLÈNE, à part.
Lui, mon Dieu! lui contre nous ! Mon pauvre cœur, entre mon père et lui, est déchiré d’amour et d’incertitude.
Et n’est- ce pas moi qui l’ai jeté dans la révolte? Pour m’avoir pauvre, ne rêve-t-il pas de tout détruire?... Oh! non, oh! non, il faudra qu’il m’écoute!
LE BERGER, continuant tout haut.
Vous êtes averti, c’est à vous d’empêcher le mal... Je ne suis que la voix qui prévient et qui passe, (il sort.
On entend la foule qui approche, un piétinement, un grondement. Peu à peu, la clameur grandit, et la foule fait irruption, des hommes, des femmes,
des enfants, armés de bâtons. Guillaume est à leur tête.)