‹ Messidor, drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux:Chapitre 9 sur 29 · VÉRONIQUE, GUILLAUME, MATHIAS · texte numérisé non relu

VÉRONIQUE, GUILLAUME, MATHIAS

VÉRONIQUE, sévère.

Mon fils, tu m’as désobéi.

GUILLAUME

Pardonnez-moi... Vous ne vous souvenez donc plus? Hélène avait un an, et j’en avais cinq, on l’apportait

N toute petite dans mon berceau. Nous avons grandi ensemble, jouant aux mêmes jeux. Et, plus tard, j’avais douze ans, et elle en avait huit, lorsqu'on nous a fiancés en riant... Je l’ai toujours aimée, et je l’aime, je l’aimerai toujours !

VÉRONIQUE

Il ne faut plus l’aimer.

GUILLAUME

Mère, c’est impossible!... Je ne vous l’ai jamais dît, mais aujourd’hui mon cœur éclate. Elle m’est nécessaire, comme le soleil est nécessaire à la vie... Je la veux, il me la faut!

VÉRONIQUE

Celle-ci, jamais! Il en est d’autres.

GUILLAUME

Non! pour moi, elle est la seule, l’unique, celle que j’aime et que j’attends... Si rien ne me réussit, si mon travail est maudit, c’est que je ne l’ai pas encore. Sans elle, je ne puis être. C’est par elle que sera l’avenir.

VÉRONIQUE

Il en est d’autres.

GUILLAUME

Non, non! la maison est vide et sans enfants, le blé

refuse de pousser dans la terre stérile, notre solitude n’a pour hôtesse que la misère.. Et je l’aime, et je l’attends, et elle est la seule qui fécondera le travail, qui fera pousser les grands blés, qui emplira la vieille maison de beaux enfants rieurs... Oh! ma mère, c’est l’amour qui fait la vie, l’amour qui embrase tout, sans lequel rien ne se crée. Je l’aime, elle est ma joie, ma force et ma fécondité !

VÉRONIQUE

Eh bien! écoute... Il est une chose redoutable, affreuse, dont je ne t’ai jamais parlé.. Mais, puisque tu 01 V forces, écoute... (Se tournant vers Mathias.) Approchez, Mathias. Vous êtes un témoin.

MATHIAS, revenant en scènn.

Moi!

GUILLAUME

Mère, vous m’épouvantez.

VÉRONIQUE

Mathias, vous vous souvenez du jour ou le corps de mon pauvre homme fut trouvé au bas de la roche d’Enfer, les membres en lambeaux.

MATHIAS, ibrabrn.

Oui, je ne suis parti que le lendemain.

VÉRONIQUE

Vous étiez là. lorsque le berger l’a découvert, serrant dans sa main crispée le morceau d’or.

MATHIAS

J’étais là, en effet.

VÉRONIQUE, à Guillaume.

Ton malheureux père, poussé dans le gouffre, la tête fracassée, un haillon de chair lamentable et sanglant qu’on nous a rapporté, au milieu des larmes... Eh bien ! j’en ai, moi, l’idée ancienne : c’est Gaspard qui a fait le coup... Entends-tu, c’est Gaspard qui a tué ton père !

GUILLAUME, hors de lui.

Mère, taisez-vous!... Vous n’avez aucune preuve. Pourquoi? Comment?

VÉRONIQUE

Il l’exécrait... Il aura voulu lui voler l’or peut-être... C’est lui qui l’a poussé, c’est lui qui l’a tué!

GUILLAUME

Et si ce n’est pas vrai, mon Dieu!... Ce sont des contes, des contes encore, des contes effrayants!

VÉRONIQUE

Ose donc aimer maintenant la fille de Passassin !... Non, non! ce ne sont pas des contes. Je fouillerai les rochers de la montagne, je trouverai le mystérieux couloir que nul ne connaît. Et tout croulera, Pôr disparaîtra ! Et j’aurai vengé notre race !

{Rideau.)

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