LES MÊMES, GASPARD, HÉLÈNE
GASPARD, soutenant sa fille, défaillante.
Excusez-nous... Les routes brûlent, la chaleur est telle, que mon enfant se trouve mal. Et jamais je n’aurais pu atteindre notre maison... (il assoit Hélène.) Un verre d’eau, pour elle, je vous en supplie.
VÉRONIQUE, terrible.
Non ! il n’y a pas d’eau, ici, pour vous !
GASPARD
Je sais, Véronique, vous me gardez rancune. Mais il s’agit d’une enfant innocente... Je vous en supplie, un verre d’eau, pour elle ! %
VÉRONIQUE
Non ! vous avez tari le torrent, vous nous avez tout pris, le ruisseau et l’or... Il n’y a pas d’eau, ici, pour vous!
GASPARD, désespéré.
Regardez-la, elle perd connaissance... Ce verre
d’eau, je vous le payerai, je vous le payerai son poids d’or.
VÉRONIQUE
Non, non ! Tout l’or que vous nous avez volé ne saurait payer une goutte de cette eau. Nous allons la chercher très loin. Elle est précieuse, inestimable... Il n’y a pas d’eau, ici, pour vous !
GUILLAUME
Mère, mère! c’est trop ! (il prend la cruche et emplit un verre.)
VÉRONIQUE, voulant l’arrêter.
Mon fils, je te défends !
GUILLAUME
Vous me pardonnerez, mère! Mon cœur éclate... (U tend le verre à la jeune fille.) Buvez, Hélène!... A la paix, à la santé de tous !
HÉLÈNE, après avoir bu.
Merci!... merci, Guillaume!... Ah! qu’elle est fraîche et délicieuse ! (Elle se ranime.)
GASPARD, gaiement.
Vraiment, garçon, vous êtes un brave homme! Est-ce imbécile de se haïr, lorsque autrefois on voisinait, les soirs de fête. Et vous voyez bien que je suis un bon vivant, aimant à rire... Un jour que vous passerez
devant l’usine, entrez donc, pour que je vous rende ce verre d’eau : un verre de mon vin le plus vieux, qui nous raccommodera le cœur!
GUILLAUME
Non, gardez votre vin !
GASPARD
Vous avez tort... Et vous, Véronique, excusez-nous... Allons, viens, ma fille.
HÉLÈNE
Guillaume, c’est la force et l’amour que j’ai bus...
Merci, merci ! (Tous deux sortent. Guillaume accompagne Hélène des yeux; puis, il revient près de sa mère. Mathias reste toujours à l'écart.)