OF OXFORD
RA
PRÉFAGE-POST-SGRIPTUM
J'ai beaucoup étudié , beaucoup cherché et fouillé, beaucoup pensé, beaucoup rêvé, beaucoup écrit; je n'ai jamais appartenu, ni à une société, ni à une coterie, ni à un parti, — j'ai dit ce que j'ai « cru » être le vrai, le juste, le beau et le bon, — j'ai la conscience de m'ètre scrupuleusement conformé à mes deux cachets; l'un pris à Aristophane :
aOt?t«toç, — toujours et tout à fait moi-même y
L'autre à un grand chien avec lequel j'ai longtemps vécu:
Je ne crains que ceux que faime.
Eh bien 1 de tout ce que j'ai écrit, romans, pièces de théâtre, histoire, critique, fantaisies,
Il MESSIEURS LBS ASSASSINS
vers et prose, etc. — si j'ai cette rare et heureuse chance que quelque chose me survive, ce sera deux petites phrases, — composant trois lignes à elles deux, — bagage bien léger même si on y ajoute trois ou quatre autres phrases aussi courtes, et qui à cause de cela pourra peut-être .flotter et surnager.
L'une est le résumé de mes études politiques, — de ce que j'ai lu et de ce que j'ai vu ; — Je Tai écrite en 1848.
« Plus ça change, plus c'est la même chose. »
L'autre, est plus ancienne; — on la trouverait dans les Guêpes de 1840 :
« Abolissons la peine de mort^ mais que {messieurs les assassins commencent. »
En 1829, — le très grand poète Victor Hugo publia un livre étrange, vertigineux qui s'appelait le Dernier jour d^un Condamné, — j'étais bien jeune alors quand je le lus comme tout le monde, et je ne me souviens que de l'impression qu'il fit sur les autres et sur moi, — le très grand poète, plus magnifique peintre et splendide lapidaire que philosophe, — - trouva moyen d'intéresser les lecteurs au plus haut degré à son héros; seulement il mit beaucoup d'adresse dans sa plaidoierie le Dernier jour d*un Condamné ^ dit-il, mais il ne nous dit pas
MBfiSIBURS LBS ASSASSINS III
pourquoi il avait été condamné, — d'après la législation française oe ne pouvait être que pour « assassinat, meurtre avec préméditation », et plus que probablement précédé ou suivi de vol.
— Le poète aurait donc pu, s'il avait voulu être exact, intituler son livre : le Dernier jour d'un assassin. — Il ne Ta pas voulu parce que ce titre eût naturellement, chez le lecteur, fait naître cette pensée ; — puisqu'il y a un assassin, il y a un assassiné, — nul doute que le très grand poète, avec son magnifique p:nceau,
— c'est à dessein que je dis « pinceau » — aurait pu, s'il l'avait voulu, et plus facilement, et c'est cette facilité qui Ten aura détourné,
— nous intéresser au moins autant au
Dernier jour d'un assassinée
S'il nous avait montré un homme honnête, intelligent, dévoué, ayant péniblement amassé pour sa nombreuse famille un petit pécule, — que l'assassin, le condamné — lui avait volé en le tuant, — le « condamné » condamnant le chef de la famille à la mort, toute cette famille au deuil, à l'abandon, à la misère.
De la publication de ce livre qui, si je m'en rapporte au souvenir de mon impression d'alors est « littérairement » très beau , date, du
lY MESSIEURS LES ASSASSINS
moins en germe, la mode de rattendrissement sur les assassins, incendiaires, parricides, etc. Cette mode dura assez peu de temps, comme celles des manches à gigot pour les femmes qui sévissait en môme temps, — mais fut reprise, préconisée, presque imposée plus tard par toute une école, tout un parti, ou du moins une coterie. -— Et quelle était cette école, quel ce parti, quelle cette coterie? tout simplement ceux là mêmes qui, selon une autre mode, s'efforçaient de réhabiliter Robespierre, Dan ton, Fouquier-Tin ville, Carrier, Marat, etc., qu'ils prenaient pour ancêtres, pour patrons et pour modèles et d'excuser d'abord, puis ensuite et graduellement d'expliquer et de glorifier la Terreur, la guillotine permanente, les mitraillades de Lyon, et les noyades de Nantes.
On prêcha ouvertement et avec grand succès l'abolition de la peine de mort, — ce redevint une mode. — C'est alors que, après avoir étudié scrupuleusement la question, je n'hésitai pas à dire résolument mon avis dont j'étais alors presque seul.
« Abolissons la peine de mort, mais que messieurs les assassins commencent. »
Cette opinion ainsi formulée fut cependant
dans le temps acceptée tout d'abord par quelques-uns, puis par un plus grand nombre, comme une solution logique, juste et nette de la question. Mais, en même temps, elle m'attira des reproches, des attaques, des avanies, — dont je me trouvais suffisamment vengé en ne cachant pas aux agresseurs à quel point ça m'était égal.
Cependant un jour,commeunede ces attaques fut faite par un excellent garçon, ancien saintsimonien, presque un camarade, dansunjournal très répandu, oîi j'avais moi-môme précédemment écrit quelquefois, — il me prit envie d'y répondre, et c'est ce qui me fit écrire la brochure dont paraît aujourd'hui une réimpression.
Le venin de cette thèse absurde de l'abolition de la peine de mort s'est graduellement insinué dans les esprits, — le jury surtout a été infecté, — à ce point que l'anarchie la plus monstrueuse, la plus déplorable règne aujourd'hui dans l'administration de la justice, ce qui est le plus grand fléau qui puisse frapper une nation.
Les avocats plaident contre la loi, ce qui leur est interdit, au lieu de discuter son application, le ministère public et les présidents les laissent faire.
VI MESSIBt7RS LBS ASSASSINS
D'autre part la question posée aux Jurés a réi!K>rme défaut d'être amphigourique.
Au lieu de leur demander: l'accusé a-t-il oui ou non commis tel ou tel délit, a-t-il tué ou empoisonné telle ou telle personne, brûlé telle ou telle maison? — On lui demande est-il « coupable d'avoir tué, incendié, empoisonné, etc., » — le juré, ému parles effets de mélodrame et de dentiste en plein vent joués par l'avocat, — dit : « Mais non, je ne trouve pas qu'il soit aussi coupable qu'on le dit. »
Par suite de quoi, — nous lisons tous les jours dans les journaux :
« L'assassin convaincu par d'irréfragables témoignages avouait son crime.
» Mais, grâce à l'éloquence de maître trois ou quatre étoiles, — le jury l'a déclaré non coupable ou a admis en sa faveur des circonstances atténuantes. »
Si bien, qu'il n'est pas, aujourd'hui plus que jamais, de crimes si épouvantables que vous puissiez imaginer qui attirent avec certitude le châtiment suprême sur la tête du criminel.
Ce qui, — amène à dire nécessairement et logiquement : si les avocats ont cette puissance, et les jurés cette faiblesse, il faut supprimer les avocats ou le jury, et peutrêtre les deux.
Et en effet, — le même et îdentîqae crime est condamné à Paris et acquitté à Bordeaux et vice versa, — c'est devenu une chance, un jeu, — et Thémis ne sera bientôt plus qu'une croupière de ce tripot, que devient Fex-sanctupîre des lois.
Dernièrement — l'audience où on a jugé madame Hugues a été une représentation de théâtre du boulevard, — avec le tumulte , la confusion, le bruit, les poussées, l'indécence des représentations gratuites, — des femmes s'asseyaient sur les genoux des avocats, — le président avait tant de monde derrière lui et sur son dos qu'il était courbé et penché pour prononcer le jugement.
Madame Hugues, qui pouvait par impossible se tromper, était si persuadée de son acquîtr tement, que, avant l'audience, elle avait fait un paquet de ses bardes et cosmétiques pour les emporter de la i^rison.
Elle a dû à cette sécurité au moins une partie de l'aplomb qui lui a permis de jouer son rôle en artiste et de s'y faire applaudir.
Elle a non seulement avoué, mais aflrmé qu'elle avait assassiné Morin, avec préméditation, et n'en avait aucun remords.
Le président ayant posé au jury les questions d'usage :
V La femme Hugues a-t-elle assassiné Morin ?
2^L'a-t-elle assassiné avec préméditation?
Le jury a répondu sur la première question :
1* L'accusée n*a pas tué Morin ; c'est un bruit qu'on a fait courir.
Et sur la seconde question, la préméditation:
2^ Elle n'y a seulement pas pensé.
Le président prononce l'acquittement, et la salle applaudit.
Or la justice ne peut permettre qu'on l'applaudisse aujourd'hui sans permettre qu'on la siffle demain.
Qu'arrivera-t-il le jour où il y aura deux partis dans la salle ?
Ainsi se réalise encore une de mes pauvres petites phrases :
{Guêpes de 1839.) « Et un jour, notre code se composera d'une loi unique en un seul article :
« // n'y a plus rien, »
On pourra s'étonner que dans cette brochure publiée pour la première fois en 1864, je ne parle pas du droit de grâce et de Tabus qui en est fait aujourd'hui et est venu mettre le comble è. Tanarchie et au gâchis, — c'est que cet abus est une nouveauté.
Le roi Louis- Philippe usait largement du droit de grâce, — il en usa à l'égard de Meunier, un de ses neuf assassins, et, qui beaucoup plus est, à l'égard de Quenisset qui avait tiré sur son fils le duc d'Aumale, un coup de pistolet dont la balle tua [le cheval du lieutenant-colonel Vaillant qui marchait à côté du jeune prince.
Pour les peines capitales, le roi se faisait remettre par le garde des sceaux Texposé des faits delà causé, la délibération du jury, l'avis du président des assises, l'avis du procureur général, et celui même du ministre de la justice ; — il étudiait tous ces documents et souvent jusque dans la nuit, car il n'est pas arrivé une seule fois en dix-huit années qu'il ait fait attendre vingt-quatre heures un avis favorable à la grâce ; — quand Louis-Philippe, voulant faire grâce, trouvait dans le garde des sceaux une résistance persistante, il exigeait une discussion en conseil des ministres, et
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il ne cédait que devant une décision unanime,; encore fallait-il qu'on l'eût convaincu.
Lorsqu'il fit grâce de la vie à Meunier, l'assassin restait condamné aux travaux forcés, — le roi dit à M. de Montalivet : « Ce malheureux a une sœur qu'il faisait vivre, faites en sorte que cette sœur ne souffre pas de son absence. »
Il appréciait ainsi ce beau droit de grâce :
« Le droit de remettre ou de commuer les peines infligées par l'application des lois n'est dans mes mains qu'un dépôt sacré dont je ne dois faire usage que pour le bien de l'État, — le devoir de la clémence ne peut être limité que par un devoir d'ordre supérieur, mais il doit l'être. »
Ce n'est pas ainsi qu'entend le droit un des successeurs de Louis-Philippe, le vieil avocat Grévy; — il gracie tellement au hasard, — — qu'on a dit de lui qu'il jouait la grâce des condamnés au billard avec son gendre Wilson; ce qui, j'en suis convaincu» n'est pas vrai.
Mais ce qui est vrai , — c'est que habituellement, il fait attendre le condamné dans une cruelle agonie pendant une semaine, quelquefois pendant un mois, guelquefois davantage.
J.-J. Rousseau a dît du droit de grâce :
« Quant au droit de faire grâce ou d^exempter un coupable de la peine portée par la loi et prononcée par le juge, pour le souverain les cas d'en user sont très rares, — ... les fréquentes grâces annoncent que bientôt les forfaits n'en auront plus besoin. — »
Montesquieu, que le dictionnaire Larousse — ce gros pamphlet rouge, — met si faussement au nombre des adversaires de la peine de mort, dit du droit de grâce :
« Quand la clémence a des dangers, on la distingue facilement de la faiblesse qui mènerait le prince au mépris et à l'impuissance même de punir. »
Bacon : « Si le roi ne pense qu'à la justice, il paraîtra trop sévère, s'il est toujours clément, il sera méprisé, — il doit être juste pour épouvanter les uns, clément pour consoler lès autres.
Aux grands esprits qui sont cités dans la brochure comme ayant reconnu tristement la nécessité de la peine de mort, il serait facile d'en ajouter un grand nombre : Voltaire, Bacon, Thomas Morus, etc.
Il y a un grand désordre, un grand péril dans l'état actuel, — c'est ce qui me décide à
faire réimprimer mon étude siir la peine de mort.
Quand le feu est h la maison, — il ne faut pas hésiter à se mettre à la chaîne sous prétexte que le seau d'eau que Ton jette est pourtant bien petit, — cet exemple peut encourager les autres à se Joindre aux travailleurs.
ALPHONSE KARR
Saint- Raphaël-sur-Mer (Maison Close}.
▲ M. LOUIS ^OURDAN.
Septembre 1864. — Nice.
Quoique à peine convalescent, mon cher Jourdan, je ne veux pas retarder plus longtemps la réponse que je dois faire à Tarticle dans lequel vous m'avez mis en cause. Dans un billet de
quelques lignes, dont j'avais demandé l'insertion, je réclamais du Siècle par votre intermédiaire, partage égal du champ et du soleil.
Me voici aujourd'hui à labarrière, dans la situation d'Ivanhoe qui s'avance, encore affaibli desesblessures, contre le terrible templier; mais Rébecca est sur le bûcher ; ce que je crois la vérité est menacé, il n'y a plus moyen de reculer.
Je veux commencer, mon sensible ami, par vous rassurer sur le chagrin dans lequel vous me croyez sans doute plongé à cause de la petite
phrase de deux lignes que vous attaquez si éloquemment, et qu'une revue, deux jours auparavant, attaquait avec une égale vivacité :
« Notre ami Alphonse Karr a eu le malheur de mettre à la portée des partisans de la peine de mort une phrase spirituelle que l'on répète souvent : « Je veux bien al^olir la peine de mort, » a ait CET ACMABLE ÉGRivAUVi € mais que les assas- ^ sins commencent. »
» C'est très-joli, mais c'est encore plus faux que joli. > {Le Siècle. — Louis Jourdan.)
Je vous remercierai, en passant, d'avoir enfin donné une nouvelle forme au cliché un peu fatigué de auteur des Guêpes, dont se servaient, depuis quinze ans, ceux qui voulaient poliment me refuser ce qui est Tobjet de ma seule prétention : ua bon sens que je dois à ceci, que,n'étant engagé dans aucune partie et ne pariant d'aucun côté, je ressemble à un homme qui, regardant jouer aux échecs, voit les fautes que commettent des joueurs dix fois plus habiles que lui.
Aimable écrivain ei jolie pensée, — quand il s'agit de philosophie et de logique ! — de même que < spirituel auteur des Guêpes », — cliché longtemps placé dans les casses d'imprimerie^ entre le W et le ete., — équivalent à ces mots du «dictionnaire féminin : Une femme bien faile^ pour dire qu'une femme n'est pas jolie; une bonne personnCy pour dire qu'elle est laide e( bête.
Ayez de Tindulgence pour mes petites phrases ; vous qui êtes venu me voir à Nice, vous savez la vie que j'y mène ; vous connaissez le grand jardin que je cultive. Ce que je fais au bord de la mer bleue de Nice, je le faisais sur les plages de la mer verte d'Étretat et de Sainte-Adresse. Je suis rarement assis ; je regarde, je me souviens, je pense beaucoup, je rêve davantage, mais j'écris peu : l'action physique d'écrire me fatigue et m'ennuie. C'est quelquefois après avoir pensé cinq ou six colonnes du Siècle que j'émonde, que je réduis, que je résume le tout en une ou deux lignes que, sans rentrer dans la maison, j'écris au crayon sur un bout de papier ayant servi à envelopper mes graines.
C'est en une ligne que j'ai livré au public le résultat de longues réflexions sur la propriété littéraire: La propriété littéraire eslune proprié té * .
< A ce sujet, il m'arrive, depuis quelques aanées, que
C'est cependant cette autre pauvre petite phrase^ qui a été adoptée ; elle sera même la base de la loi qui va être présentée et, je Tespère, votée.
la question est mûre et nn peu à la mode, quelque chose i'assoz singulier.
Presque tous ceux qui ont fait sur cette question les nombreuses brochures qui ont paru, ont plus ou moins adopté mes conclusions, et m'ont adressé leurs brochures, à la première page desquelles j'ai lu d'abord avec orgueil une phrase flatteuse sur « le rare bon sens qui a trouvé la formule, » etc.
Mais mon orgueil s'est fort calmé en remarquant que, dans le cours de la brochure, dans la partie imprimée, il n'est nullement question, ni du rare bon sens, ni de la for^ mule^ etc. ; — on me salue en passant devant moi et en me repoussant du coude pour prendre ma place. Quelques-uns, cependant, admettent mon nom dans une liste de « gens qui se sont occupés de la question », — bien au milieu de la liste, — en retranchant le prénom que j'ai l'habitude d'y joindre, de façon, que le nom, réduit à quatre lettres, n'est guère apparent. Un plus ingénieux a même réduit le nom à trois lettres, en retranchant une r, Kar.
La dernière que j'ai ainsi reçue, de douze ou quinze brochures, est celle de M. Frédéric Passy, qui. a fait à Nice un cours d'économie politique fort suivi. — On lit, écrit à la main sur le premier feuillet : « A l'auteur de l'axiome : La proprié té lit ter aire est une propriété, Frédéric Passy; » mais, dans le volume imprimé, il n'est pas plus question de « l'auteur » que s'il n'avait jamais existé.
H y a une vingtaine d'années, il y eut de longs débats à propos du pain et des boulangers. Dieu sait ce qui s'écrivit alors !
D'une part, on voulait que le pain de quatre livres, payé pour quatre livres, pesât quatre livres ;
D'autre part^ les boulangers répondaient que la cuisson rendait le poids incertain.
L'autorité hésitait. A force d'y penser, je trouvai encore une toute petite phrase, qui trancha la question et fut adoptée :
On ne vendra plus de pains de quatre livres; on vendra quatre livres de pain.
le me suis un peu mêlé à ce qui s*est passé de mon temps, plus par la pensée que par Tacliori; et ptesque toutes mes opinions se sont produites sous la forme de ces petites phrases, qui, parfois, ont eu raison beaucoup plus que je ne le désirais.
Permettez-moi donc, mon cher Jourdan, de ne pas regretter ces petites phrases. Je ne peux
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pas, je ne sais pas peut-être développer avec ampleur, comme vous et quelques atiU^s, mes pensées dans de longues colonnes; mats, quand elles sont bonnes, elles ne sont pas perdues et il se trouve toujours quelqu'un qui les ramasse, — les laisse reposer quelque temps, — un peu oublier même, — puis, uo jour, les reproduit augmentées , développées^ amplifiées, paraphrasées,'délayées — et confisquées.
J'ai pensé six colonnes e4 j'ai écrit deux lignes ; on reprend mes deux lignes et on en fait six colonnes. Mauvais métier pour moi, et si mauvais, que j'ai dû me faire jardinier.
Aujourd'hui, il me parait évideat quel vous n'avez pas compris les deux lignes que vous me plaignez si amèrement d'avoir écrites. Je prends le parti de les développer pour arriver à cette conclusion :
Voîis pensez abëolument comme moi.
Causons.
Vous trouvez que tuer un homme est horrible?
Moi aussi.
Que tuer un homme, même fut-il i'.n grand coupable, c'est encore très-triste î
C'est mon avis.
Que la guillotine est un objet hideux?
Je le pense comme vous.
Que l'office du bourreau et le bourreau luimême sont sinistres et répugnants ?
Rien n'est plus juste.
Qu'il serait à désirer qu'on ne tuât plus personne, qu'on brûlât la guillotine et qu'on supprimât Texécuteur des arrêts de la justice criminelle ?
Nul au monde ne le désire plus sincèrement et plus vivement que moi.
En un mot, qu'on supprimât la peine de mon?
Je vous défie d*y applaudir plus que moi.
Voilà pour la première moitié de la phrase que vous me trouvez si malheureux d'avoir écrite. Jusque-là, nous sommes d'accord ; disons donc ensemble :
Supprimons la peine de mortl Je le veux bien.
Nous allons développer la seconde moitié.
Quelle laide, repoussante et fétide chose que les égouts ! Supprimons les égouts. Je le voudrais ; mais que ferons-nous des ruisseaux ?
C'est encore là une de mes petites phrases.
Quand on a fermé les cinq ou six maisons de jeu publiques, — qui ont été remplacées par cinq ou six cents tripots clandestins ;
Quand on a obligé les courtisanes à s'habiller comme les honnêtes femmes, — ce qui a amené les femmes honnêtes à s'habiller comme les courtisanes ;
Quand on a supprimé les tours^ — ce qui a produit ce résultat : qu'on n'a plus, il est vrai, déposé d'enfants dans les tours, mais beaucoup dans les rivières et dans les étables à porcs ;
J'ai dit alors, sans gâter beaucoup de papier:
Supprimons les égoulSj — mais seulement quand nous aurons desséché les ruisseaux.
22 MBSSIEUSIS LBS AI^SÂfiSIKS
Vous avez donné vos raisons de supprimer la peine de mort ;
Vous avez ensuite exprimé vos moyetss.
Nous allons examiner ces raisons et ces moyens.