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MESSrEURS,
Après îcs graves événemenlsqui viennent de se pa*fser au sein de la Législature, il «si de mon devoir d'alîer en personne dains les diverses paroisses d€ la division de Rougetîîotît pour vous donner certaines informations rju'un grand nombre d'entre Vous ne pourraient pas obtenir autrement, et aussi pour vous rendre compte de tna conduite corrime votre mandataire.
Néanmoins, comme je ne puis faire ces visites dans les paroisses que le dimanche, et qu'il me faudra un temps assez l«ng pour faire le tour de la division, j'ai cru devoir Vous donner de siuite quelques détails plus importants au moyen d'une lettre que vous aurez tous lue quand j'aurai l'avantage de vous rencontrer.
Je serai sans doute foit;é dfe repétet biendes choses qui ont été dites par d'autres, mais j'écris ceci principalement pour ceux qui ne voient pas habituellement les journaux, qui ne sont pas suffisattiinent au fait delà situation politique actuelle, et qui ont besoin d'explications claires et détaillées.
La session qui vient de finir, Messieurs, m'avait paru commencer sous d'assez favorables auspices. Le remaniement ministériel de l'automne dernier avait fait monter au pouvoir un homme sur lequel le pays cofnptait tant comme réformateur zélé que comme; libéral sincère, ayant la volonté de faire le bien et la capacité de le réaliser. Cet homme arrivait au pouvoir avcé
Tîne réputation politique intacte, nno grande infîuenpr personnelle, et conséqueminent de puissants moyen»; d'action. Noua attendrons beaucoup de U>i, at j'avoue •jue, sans me faiire illusion sur la force individuelle de cet homme, j'avais confiance en liii ; je lui croyais le tiésir de cointnencer sôrteusemcnt l'œuvre des réformes ; je lui attribuais des principes sérieux en fait de libéralisme, je lui supposais une grande énergie de caracière qui le mettrait à la hauteur des difficultf*» que je prévov':iis devoir entraver sa volonté ; je l'ai loué d'avoir accepté un portefeuille, et j'ai contribué à le faire élire unanimement, et à décourager toute velléité d'opposition à son égard.
.le n'avais pas même pensé, quand nons élisions l'Hon. M. Sicotte, car vous avez tous compris que c'est de lui que je parie, quand nous élisions, dis-je, l'Hon. M. Sicotte sans opposition, à lui demander ccilaines explications sur queUjucs unes des principales questions politiques. La confiance des électeurs du Comté de St. Hyacinthe en lui était &i entière que j'aurais cru faire injure et à eux et à lui si j,'avais entrenu le moindre doute sur ces principes ()U ses intentions.
Periuettez-cnoi, maintenant, Messieurs», de vous denfander où nous en sommes de celle concentration d'espérances, en quel(}uc sorte, sur nu homme qui n'en a réalisé. aucune .^ Qu'a-t-il fait de ce que nous attenilions de lui avec justice? Il a (juolque fois parlé en homme libéral, mais il a invariablement agi en sen* inverse, et quand nous avions la bonhomie d'espérer qu'il inflaencerail le ministère vers le bien, nous devonsavouer aujourd'hui que bien profonde; était notre erreur puisqu'il s'est à peu près coastammenl laissé dominer dans le sens du mal.
Les injustices llagrantes, les criantes in.i(|uités^ les bontés de la -iession sont là pour le prouver.
Ça été. Messieurs, un navrant spectacle, poHr le» boujifies do cœpr, quu de voir une majorité de la CLana-
bre saneti'o'nDeV'san»! pudeur les prodigieux scandales tJe.* dernières élections.
Le ministère avait proposé ef fait élire comnic Orateur de l'Assemblée un hotritne pour qui la raison, In vérité, les principes de justice et de droit sont lettre u)orte.
Cet homme a, âf^ l'aveu des ministériels eux-mêmes, déî^radé dans l'esti(ne publique le poste élevé qu'il occupait, par la partialité révoltante avec laquelle il a invariablement agi, ef parce que sa position d'orateur ne l'a ))as empêché d'être irioins scrupuleux que jamais en tant que partisan politique.
Son premier acte comme Orateur, chose sans exemple dans le pays, a été blâmé, repoussé, honni, par une majorité qui certes n'a pas prouvé qu'elle eût beaucoup de scrupules. La Chambre lui a de suite jette .î la face sa nomination d'un comité d'élection dans lequel se trouvaient deux ou trois des hommes les plus flétris de lalégislature. Le second comité n'a été de fait qti'nne satire à l'adresse de la Chambre.
Aussi que n'a-t-bn pas vu.
Sur vingt-deux ou vingt-trois contestation^: d'élection sérieuses, une seule a été jugée comuie elle di'vait Pètre, celle' relative à l'élection de Lotbinière, et encore, le Procureur-général du Bas-Canada, s'est-il, au milieu de l'étonnement universel, constitué le défenseur actif d'OFarrell. Par toutes les questions qu'il a posées aux témoins, il a créé l'impression chez ceux qui comprenrleut ce que parler veut dire, qu'il désirait presqu'a tout prix, lui conserver son siège ; et c'était en vérité une étrange anomalie que cette protection accîordée à un homme indigne par l'officier même qui est chargé et qui a prêté serment de punir les outrages faits à la majesté de la loi.
Il est vrai que plus tard, le Procureur-Général a luimême fait la motion d'expulsion d'OFarrell, — mais c'est quand les propres témoins de ce dernier ont prouvé qu'il y avait eu tentative d'empoisonnement pratiquée sur un olficier-rapporteur et incitation au vol des livres de poil dans les bureaux publics même, qn'i.i s'est enfin décidé d'agir. Et puis qu'a-î-il fait er;(}a
de compte ? Eiail-oe seulement une expulsion que la morale publique exigeait ? Non certes, c'était au moina une poursuite criminelle qui était plus que motivée par (les actes de brigandage t»an9 exemple. Mais là comme ailieur!», le Procureur-général a prouvé que son cœurnc lui (lisait quelque chose, que sa conscience ne troublait sa quiétitude que quand il fallait protéger les violateurs de l'ordre et de la loi, mais qu'ils restaienljmuets quand il était besoin de les punir.
Et puis, pour essayer jusqu'au bout de sauver les apparences, le Procureur-Général a introduit un projet de loi pour défrancliiser les paroisses qui avaient com- «nis ou laissé commettre ces brigandages ; mais ce pro- K'I est resté leitre-morle, et la majorité s'est contentée «le celte menace (|ui reste à jamais un pur acte d'Iiypoifisie, puiscju'on n'avait pas l'intention de la réali- >cr.
Passons maintenant à l'élection de Québec. Quinze ir.iile \ oies frauduleux sur le? livres de poli ! des violences et des corruptions sans exemple, un minisire qui occupe son siège en Chambre, au même titre que l'usurpateur de la propriété d'autrui ! ces faits sont connus, uihiiïs comme acandaleux par ceux-là même qui en défendent les auteurs ! Au défi de la moralité publique, on accorde aux membres siégeants la plus illégitime protection, on leur laisse la lalilude la plus exagérée, pendant (jue l'on oppose toutes les entraves imaginables .'t ceux dont le droit est impudemment violé. Le collège électoral de Québec méritail-il donc moins de sympathie tjue trois hommes élus au moyen de fraudes gigantes- (jues r
Même absence de moralité, même déni de justice, même mépris de toute règle de bienséance relativeineni a rélection de Ilussell ; avec ce surcroit de scandale ()ue dans la séance même ou la majorité de la (Jhauibre déclare qu'elle maintient le député Fellowcs dans la possession de son siège, avec sa prétendues majorité de quatorze voix ; elle déclare en même temps par une résolution vf/miimement adoplée, que plus de irois cents votes fraudideux ont été enregistrés en f«a faveur ! 11 était doue va minorité ! ! La majorité de
la chambre a donc, de fait, dit aux électeurs de Rusîiell : " Vous n'avez pas vonlu élire M. Fellowe?, eh *' bien, nous jugeons à propos de l'élire nous ! "
Lord Sydenham lui-même, jusqu'à ce jour le 1yp«; <le l'immoralité politique en Canacla, se trouve relégué sur le second plan par cette décision inouïe. Jamais pareil acte d'impudeur n'avait encore étonné les honnêtes gens en ce pays !
Maintenant, que les électeurs de St. Hyacinthe particulièrement me peimetient de leur rappeler qu'un des points sur lesquels l'Hon. M. Sicotte insistait davantage, l'automne dernier, dans ses allocutions électorales, c^élait la nécessité de juoraliser les hommes publics dtt pai/s ! !
Quelle magnifique école de morale publique et privée que celte Chambre d'Assemblée qui déclare compétent à siéger dans son sein un député qu'elle niWrn\c oijtciellement ne devoir son siège qu'à une minorité des électeurs !
Comme l'Iïtin. M. Sicotte,qui a laissé protéger O'Farrell par son confrère le Procureur-Général, qui a lui me- • me protégé les députés de Québec, qui a lui même défendu et excusé le député Fellowes, doit s'applaudir des moyens nouveaux et inusités de moralisation des hommes publics qu'il a cru devoir adopter!
Et le député actuel d'Ottawa que l'on a récompensé pour avoir adroitement évité la signification de la contestation ! Et son imfortuné adversaire que l'on a puni, pour n'avoir pas su découvrir où M. Scott s'était allé cacher, et auquel on a fait payer les frais de la contestation quoiqu'il tût prouvé qu'il avait la majorité légale des voix !
Quelle amère dérision l'IIon. M. Sicotte nous faisaitil donc subir quand il se donnait indirectement la mis- *\o\\ do moraliser nos hommes publics ! Jamais l'immoralité politique n'a porté haut la tête comme pendant la dernière session, et cola sous la scrupuleuse cgidt iirs 7uoj-alisateurs î !
J'a|)nellefai maintenant votre atleiU:on, Messieur;», *ur la poîjilion que la Chambre a cru devoir prendre .-ur la question de la double majorité. •.}>
Qu'esit-ce, d'abord, que la double majorité!
Vous savez, Messieurs, qu'il y a, dans la Chambre. • leux sections principales. Les membres du Haut-Caj-ada, au notijbrn de G5, forment l'une de ces sections, teux du Bas-Canada, en nombre égal, forment l'auîre.
Les questions que la Chambre étudie et discute sont <ie deux espèces diilerentws. Ou elles sont, générales- < t affectent également les deux sections de la Province, <<v. elles sont locales el n'alleclcnt qu'une seule seci.on.
Quand les questions sont générales et intéressent à jieu près au triême degré le Haut ei le Bas-(janada, ii fst non-seulement juste, mais de nécessité absolue (lue la i-impte inajorité de la Chambre, c'est-à-dire h» ^ i-iajorité de tous les membres, sans acception de pro -..née, décide de ces (juestions.
Quand au contraire, une (juesiion quelconque n'intéresse directement (pi'une seule des deux provinces, . estjusie, et on a toujours suivi la praliquo d'agir cians le sens de l'opinion de la majorilé des membres ieprésentant la Province qui se trouve direclemenl inli ressée dans la question débattue ; c'est-à-dire que h^ i".:inislère, s'il, propose une mesure (jui ne concerne (,oe le iJas-Cauada,^ne doit la faire passer (pi'yu moyen «•'ime majorilé Bas-Canadienne. La même chose pour 1^' Haut-Canada. V^/ilà le système auquel on appli- «jue l'expression, double VHijwitc^ mais ce ciiot est iiiexact el n'exprime pas le vrai étal l\c la tjueslion. (y'est majurilù locale (|ue l'on aurait du dire, el tout le i.inndc eûl compris de ^uile.
Le principe à poser, serait donc celui-ci. — " Une me- *• mre strieleiuenl locale, en tant (jue le Haut cl le *• Jas ('anada sont concernés comme unités disiincles. '• ue doil-étre passée dans leiî Chambres que par une '^ maj')ri!é locale*"
ïl n'est é vide m nient pa^ ju^té, quand nne mesure «.quelconque ne conocrnt' que le Bas-('ana(la, cl est con* "séquennrnent mieux comprise, en règle générale, par les ■députés dn Bas-Canada que par ceox du Haut, que ceux-ci décident cctlf q-ucslion à l'eneontre de l'opinion de ceux-là.
Changez les rôles maimentint, et ce qui est injuste ici l'est nécessairement là-bas.
Eh bleu, 1'adminiT«traiion u'cu a pas moins profité de ce qu'elle avait une forte majorité bas-canadienne, ■pour faire passer malgré l'opposition d'une majorité Haut-Canadiemie, des lois que c^We dernière ma jori lé repo7(ssaîL Quatre vu cinq lois slriciement locales, aux- <]uelles la majorilé des membres du Haut-Canada s'opposait, ont été imposées au Haut-Canada, par une miîiorité Haut-Canadienne alliée à 'la majorité Bas-Canadienne-
Que l'on dise ce t]ue l'on voudra, il u'y a ui justice, ni sagesse dans celte politique ; car il n'est certainement ni juste ni sage, de la part de^ libéraux du Bas- Canada, d'imposer à la tnajoriTô li"bérale Haul-Canaxiienne les idées de la minorité tory Hau1-Canadienne ; et c'csl précisément là ce qu'on a fait.
Et voilà ce qui me paraît être l'argument le plus fort eonire les coalitions do partis ^liosliles. Elle ne peuvent produire que des conséquences immorales.
II y a quatre aus. îe parti libéral Bas-Canadien s'est allié au parti tory Haut-Canadieu. i/'Mon. M. Morin djnna le baiser de paix à Sir Ailan McNab. Il y avait •pacte d'alliance entre l'archange Michel et Béelzébul. Celle alliance était contre nature. Le parti tory Haut- Canadien ne s'alliait évidemmenl au parti libéral Bas- Canadien que pour annihiler, si la chose était possible, le parti libéral Haut-Canadien.
Quels avan'tages les libéraux du Bas-Canada pouvaient retirer de cette combinaison avec leurs ennemis invélé-rés contre leurs alliés naturels, personne ne s'est •donné îa peine de le dire alors ; mais les ambitieux y trouvèrent leur compte, et le devoir, et la logique, et le bo i sens cédèrent le pas à l'égoïsme. Quelles ont été les conséquences de ce que ceux-là même qui y onï pris part qualifient aujourd'hui "de faute grosaiè^^-^
t*ne fois les hommes des cieux partis hostiîep, twjj» (iaas une cause apparemment commune, le gouvernement ne pouvait plus marcher qu'au moyeu de concessiopi^, de faux-fuyants, de transactions conslanles avec îes prirvcipes, de capituJatio»s journalières avec la conscience, et la corruption devenait, par la seule force de» choses, le principal moyen, sinon le seul moyen posiibh de gouvernement.
Déplus, comme depuis deux ans surtout, les ministres Bas-Canadiens étaient eonsic^érablemient inférieurs, par ïe talent, à ceux du Haut-Canada, nous n'avons pas fait accepter aux Tories Haut-Canadiens une seule idée vraiiment libérale, pendant qu'eux onï transfusé chez noos presque tout îeurs principes exclusifs ainsi que leurs traditions despotiques. t)e là celte absurde appellation, cette immense niaiserie, ce nonsens en poFitique, qui a consisté à se qualifier de parli LIBERA r^-caivsERVATEVR, c'cst à-dirc le parti des gen» qui professent des principes nécessairement contradictoires, ou ce qui en est forcément la conséquence, qui n'ont aucuns principes quelconques ; qui ne savent que soufler le chaud et le froid; qui disent oui et qui font non ; (jui font professio-n de libéralisme et l'assassinenï dans chacun de leurs actes ; qui en un mot sont torie» par goût, mais qui ne laissent pas d''en ressentir quelque peu de honte intime.
Cette monstrueuse alliance produit maintenant se» fruits. L'ancien parti libéral Bas-Canadien n'est occupé depuis quatre ans qu'à aider le parrti tory Haut- Canadien à écraser nos &euU amis naturefs et possible» les libéraux du Haut-Canada f
Voilà certes une belle et honorable besogne que le tory Cartier, plus réellement tory, parce qu'il est apostat du libéralisme, que Sir Alfan M^;> ab Ini-mèrne, essaie de nous faire consommer aujourd'hui ? Heareutement les libéraux du Haut-Canada reprennent si victorieusement le dessus que les Bas-Canadiens verronî nécessairement bientôt quelle gigantesque ineptie on Peur a proposé de commettre.
—Mais dit-on, la double majorité, ou majorité locale comme vous l'appelez, est une absurdité prali que dan» deuK provinces unies sous le même gouverneiwa*. ?
Cela serait vrai si on eût complètement assimilé les lieux provinces par la législation, par les institutions, par les habitutles sociales, si on eût fait disparaitre le» idées et les! coutumes particulières à chaque race !Mais on ne l'a pas fait, et pour une bonne raison, au fond, e'était impossible ! Acceptez donc alors une situation ( ue vous ne pouvez changer ! Acceptez donc les conséquences de vos propres actes !
N'a-t-on pas toujours, depuis l'Union, législaté pot-r cliaque province séparément ? Le Haut et le Bas-Canada n'ont-ils pas chacun leur système particulier inapplicable hors de leurs limites respectives ?
Ne sommes nous pas, dans tous les détails de la législation, deux états dans un état ?
Puisqu'il se fait constamment de la législation pur*' ment locale, ne faut-il pas, par la nature môme de» fehoses, tenir, dans certains cas, à une majorité locale ?
Il ne sera évidemment possible de faire autrement que quand l'assimilation des lois, des institutions, des idées et des coutumes sera complète ! En attendantes résultat, que la présente génération ne verra pas, ni la prochaine non plus, ni le Haut ni le Bas-Canada ne peuvent souffrir qu'une majorité relativement étrangère leur impose des lois qui ne doivent nullen)ent l'affecter elle-même, car alors quel intérêt aurait cette majorité à les faire acceptables et justes ?
Dans son discours sur l'adresse, l'Hon. M. Sicoi'c disait avec raison que l'Union reposait sur deux principes différents ; le principe national et le principe fédéral. Le premier doit régir les questions d'intérêt général, le second celles d'intérêt local. Quelle e^t la seule conséquence possible de cette di-tinction ? Evidemment que dans les questions générales ou nationales, le principe national ou la simple majorité doit dominer; et que dans les questions purement sectionnelles le principe fédéral ou la majorité locale doit dominer à son tour; le tout comme de raison soumis a Ja raison et au bon sens pratique !
Four rester dans la logique, l'Hon. M. Sicotte aurai: donc dû accepter la conséquence du principe qu'il po-
jail el protester contre la passation, malgré la majorité IJaiit-Canadiennc, de lois qui n'affectaient nullement le Bas-Canada. Mais la coalition enire les libéraux (lu Bas-Canada et les tories du Haut ayant été la négation de toult; logique quelconque, il était stricteirient impossible que ceux cjni entraient successivement dans cette coalition, pussent rester logiques dans leurs actes.
On peut bien appli(|uer un princijie, mais jamais la négation d'un principe.
N'ous en sommes donc arrivés, par la seule logique des événetnenis, à saisir, à comprendre pratiqueiiicnt le coté illogique des coalitions de partis, et leurs conséquences immorales.
I. 'effet de la coalition s'.-st fait sentir avec une parfaite évidence dans la question du Siège dn Gouvernement.
Quand un parti a une fois transigé avec ses principes, tout lui devient indiflérent hors l'accaparement du pouvoir. Comme on n'a recours aux coalitions que pour s'en emparer à tout prix, les coalisés subordonnent naturellement toutes autres considérations à sa possession.
Des homiîips qui auraient vraitnent eu des principe-» arrêtés ; qui auraient sérieusement eu le désir de faire })asser les intérêts généraux du pays avant leurs convoitises de |)ouvoir ou leur besoin d'importance personnelle, n'eussent pas un instant hésité à faire de la fixation définitive du siège du gouvernement une question ministérielle. 'J'ous les partis «'accordaient sur l'absurdité et les désastreuses conséquencesdu système ambulant ; tout le monde avouait qo'un n'y pouvait trop tôt mettrfî fin; fes Ministres eux-mêmes savaient >e donner l'air de le désirer sincèreinenl et pourtant que font-ils r
Ils adoptent la fine et savante tactique de faire de celte question une question libre sur laquelle chacun d'eux pouvait voter j sa guise.
Quel a été le vrai résuitaî, la dernière conséquence de cette tactique? Evidernruent de permettre aux ministres Bas-Canafliens de voter librement à l'encontr* des intérêts du Bas-Canada, puisîtine le tout nous a conduit a voir choisir Ottawa comme la Capitale !
Par ce moyen, on ravivait l'esprit de localité, on suscitait les rivalités de clocher; le règlement de lu question devenait interminable, mais aussi les ministres dormaient en paix sur leurs sièges. On gaspillai! à qui mieux mieux les deniers public*, on dépensait trois cents mille louis en trois déménagements ; on donnait champ libre à des intrigues inouïes, on démoralisait el le peuple et ses représentants : mais on avait la satislaction de se plonger sans inquiétude au fond de son fauteuil de ministre en se disant : " Comm.e c-e fauteuil me va bien."
Une seule localité, dans le pays, offrait un terrain neutre, en quelque sorte, aux diverses races (|ui l'habitent. Une seule ville, en Canada, oflrait à chaque race un cJiez soi acceptable au point de vue de la nationalité. C'était Montréal. Là seulement, les deux langues se trouvaient sur un pied d'égalité ; là seulemen'. les députés Anglais et Français retrouvaient les sympathies de leurs nationaux et des infiaences de partis ou de races à peu près égales.
Dans toutes les villes du Haut-Canada, les Cnnadiens-Français sont en pays étranger, parce que per- .^onne n'y parle leur langue. Pour eux c'est un exil.
A Montréal, les Haut-Canadiens sont chez eux parce que tout le monde y parle leur langue et parce qu'ih ont des idées communes avec une grande partie de ki population. D'ailleurs les Hau -Canadiens font une notable proportion de leurs afiaires commerciales à Montréal, et leur séjour prolongé dans cette ville n'est un inconvénient grave que pour un très petit nombre d'entre eux. Le contraire à lieu [)our neufsur dix dc.n Bas-Canadiens.
A Montréal, il y a non-seulement une opinion publique forte et éclairée, mai* il y a aussi un nouibre considérable d'homuies de talent et d'intelligence qui sont les égaux ou mêiiîo les supérieurs de beaucoup de
membres de la législature, ce qui empêche ceux-ci de a'iiiiaginer qu'ils résument eu eux seuls toute la sagesse du pays, et cette dernière consiidéralion est plus importante qu'on ne le pense généralement, car dans une petite ville, toutes les inutilités de la Législature se prennent pour des capacités de première ordre.
A Montréal,, un plus grand nombre de citoyens pouvaient profiler de l'avantage d'assister aux délibérations des chambres législatives que dans aucune autre ville ; une plus grande proportion, par conséquent, de la population se serait formée aux affaires publiques.
A Moniréal enfin, les dépenses d'établissement définitif du gouvernement devaient coûter moitié moin.«i <]ue partont ailleurs, à cause des facilités de toute espèce qu'offre nécessairement une grande ville.
Toutes les raisons semblaient militer en faveur de Montréal. Qu'est-ce donc qui l'a empêché d'être choisi? Le Voici.
lo. r/esprit d'intrigue qui a toujours fait le fond el la forme de la politique de la coalition ;
2o. Les sympathies du Gouverneur pour la faction Tory Ilaul-Canadienne ;
3o. Son aversion profonde et son hostilité systématique pour tout ce qui est Canadien Français.
Si Montréal avait été placé au centre d'une population Anglaise, il eût été désigné de suite.
Mais l'intrigue et les préjugés entretenaient d'autre» projets ! !
l/opinion publique exigeait cependant qu'on en finît avec ces transports fréquents d'archives, de doc'ument", de livres précieux, de bureaux, de meubles, de familles et d'employés qui coûtaient des son)mes énormei».
I^cs Ministres sentaient bien la nécessité de céder à de justes réclamations contres ces extravagances, rnaii^ comment aborder de front la difficulté sans s'exposer plus ou moins à perdre leurs sièges .-"^ En d'autres termes comment concilier leur devoir avec leur intérêt ; là pour eux était toute la question.
Dans leur humble opinion d'eux-même, le plus pressant de tous les besoins du pays était qu'ils restassent ministres ! Faire de la fixation du siège du gouvern«-
inenl une question de cabinet, il y avait peut-être deux djances seulement sur dix qu'ils seraient battus, maisenfin il y avait un léger risque. Si ce risque se réalisait que devenait leur pauvre pays? Quels danger* ne courerait-il pas une fois sorti de leurs mains habiles et dévouées? Il ne s'agissait nullement d'eux-njémes, on le savait de reste ! Leur abnégation personnelle était, Dieu merci, assez bien établie ; et c'était bien l'idée seule des conséquences désastreuses qu'entraînerait peui-êire pour le pays leur retraite forcée des affaires, qui prenait à la gorge ces Cincinnatus de petite volée, et leur faisait perdre la tête !
On renonça donc, par pur dévouemetit poitr le pays, à la question de cabinet ! On se mit alors en frais de génie pour trouver un biais qui permît aux Ministres de rester ministres et leur évitât le désagrément d'encourir les responsabilités de leur position !
L'Hon. M. McDonald, qui avait ses vues, en proposa un de suite !
" Référons la question à la décision de la Reine," dit-il à ses amis, "si elle veut accepter cette respon- "sabilité, nous sommes casés pour longtemps."
"C'est magnifique, répondit le Iroupeau, référons à la Reine," et on trouva une majorité assez servilepour y consentir ! Et le pays eût le déplorable spectacle d'une Législature, sacrifiant les droits du pays, oubliant ses propres devoirs, abdiquant sa propre raison, sa propre intelligence, son propre bon-sens ; faisant l'humiliant aveu qu'elle n'était pas capable de décider sagement la question la plus locale et la plus actuelle possible ; et de son plein gré, référant cette question à l'autorité métropolitaine qui ne pouvait pas la juger avec connaissance de cause, el qui aidée des comee/idu chef actueide l'Exécutif, finit par commettre la plus lourde bévue que l'on eût encore essayé de faire avaler à la Province.
Ottawa fut donc choisi, et cette décision qui ne pouvait jamais être acceptée ici, aura toujours l'efTe: de démontrer que ce n'est pas en Angleterre qu'il nous faut aller chercher la sagesse et les lumières dont nous croyons avoir besoin pour conduire nos affaires. Elle
(léinonlie qu'il suffit d'en appeler à la mélropole pour (;u'une absurdilé soit cornruise. C'est une leçon (jui nous est venue fort à propos et qui nous engagera, je l'espère, à ne nous en reposer sur personne, dorénavant, pour faire ce que nous pouvons faire nous-iTiêrnes.
Quand la queslion de la référenec en Angleterre s'agilail daos la Chambre, on disait alors aux Membres ce qu'on m'a dit à moi-même.
" Ne croyez pas que M. Cartier aurai» consenti à rt;- " férer celte question en Angleterre, s'il n'avait pas ét(î *' siîr que AJonlréal serait- choisi. Jl sait bien (ju'il se- " rait perdu dans le Bas Canada, si Montréal ne l'était " pas à la suite d'une démarche un peu bazardée, je " l'admets. Soyez donc sûr qu'en volant pour la rélé- '' rcnce en Angleterre, vous volez de fait pour Mont-
Comme de raison, je pris la liberté de rire, le plus poliment possible, au nez de Témissaire qui me tenait ce langage. Aller à quinze cents lieues chercher une décision que rien ne nous empêchait de prononcer nous même, et qui devait évidemment être hostile au Bas-Canada ; aller en quelquesorte emprunter du bon sens ailleurs, cela rne paraissait être, -la plus triomphante absurdité que l'on put faire avaler à un corps délibératif. Je votai donc contre la référence en Angleterre, mais la majorité des (chambres acquiesça à cette abdication de leur pouvoir et de leur raision.
Je vous ai développé dans ce qui précède la conduite des dernières administrations sur cette question, jusqu'au moment de la réunion des Chambres. l'iXaminons maintenant ce qui s'est fait pendant la session.
Tout le monde sait comment, l'automne dernier, l'administration publia la décision relative au siège du gouvernein(>nt, précisément à l'époque ou cette nouvelle, rendue publique, pouvait influer sur l'élection d'un de ses membres. Tel était alors le but immédiat de cette publication, mais il existait une raison plus puissante encore qui alors ne frappa personne.
Eq publiant celle nouvelle avant 1 \ session, ou pou-
vait à la rigueur, n'en rien dire dans le discours du trône. On e-mpècliait par là la Chambre de se prononcer dès le commencement de la session sur cette question, et on se donnait toujours un peu de vie. La marche (Jes événements pouvait amener do nouvelles complications et peut-être rendre la majoriié moins hostile ii la décision rnéiropoliîaine. On sfe décida donc à annoncer simplement à la Chambre que la dépêche dii tninisire des colonies lui serait sonmisie. La Ciiambre ne pouvait rien répondre d'hostile à cette informai ion et la question l'ut ainsi ajournée.
Des hommes politiques un peu forts, un peu amis de leur réputation, un peu ilisposés à faire face aux ditTicullés, un peu, moins attachés à leur charge n'eussent certainement pas eu recours à ce misérable moyen d'éluder une question de celte importance ! ,
Plus tard dans la session, un membre de l'administration déclara que les ministres exécuteraient la loi, et que leur devoir ne leur laissait pas iVaulre aller hâtive ! ! A trois reprises difTérenles, la Chambre s'était prononcée, à d'immenses majorités, contre Ottawa : celte ville était précisément la seule localité dans le pays dont personne ne voulait ; les vœux du pays sur cette importante question, méritaient bien quelque considération, autant au moins que la bévue de M. La boachère ; les Chambres en invoquant l'intervention de la métropole, sous-entendaient nécessairement que sa décision serait au moins acceptabio au pays : or le devoir des ministres était-il de dire : "Nous n'avon^^ pas d'autre devoir à accomplir que celui d'exécuter une décision que l'opinion publique déclare absurde :'' Si on avait choisi Trois-Rivières ou Sherbrooke, aurailon accepté cela sans mot dire ? Au fond l'ab&urdiié n'eut été que très peu plus grossière ! ! Est-ce donc que les Ministres n'avaient plus de devoirs envers ie pays, du moment que le ministre des colonies avait parlé? N'est-ii pas clair, évident qu'en parlant ainsi, ces Messieurs bouleversaient complètement toutes ies notions de devoir et de droit ?
Mais on faisait une insulte à la Reine, en ne inainr^j tenant pas sa décision. \^
—Allons donc, c'est une bouflbnnerio que vous non? fJébiloz là !
La Reine est-elle responsable de ses" décisions, on de l'exercice de sa prérogative?
—Non.
— Qui est donc responsable ?
— Son Ministre, évidemment !
C'est donc au Ministre que s'adresse la rebufl'ade et non à la Reine.
Puisque la Reine ne peut rien faire sans conseil, ce sont évidemment ses Ministres qui lui ont fait choisir Ottawa. En refusant d'accepter Ottawa, nous ne faisons donc rien autre chose que dire à la Reine : "Vos Ministres vous ont mal conseillé." Ce sont les Ministres seuls qui reçoivent le souflet puisqu'eux seuls ont pu commeitre la faute. A eux de donner des avis acceptables. Ceci est élémentaire. L'IIon. M. McDonald ne pensait donc pas un mot de ce qu'il disait quand il arguait d'insulle à sa Majesté. Mais quand i'IIon. Monsieur pense-t-il ce qu'il dit f
D'ailleurs, le ministère actuel, composé des mêmes hommes à peu près que l'aulrp, vient de déclarer qu'il abandonnait cette question à l'action de la Législature. C'est tout simplement une nouvelle intrigue, une nouvelle malhonnêteté ; une dernière lâcheté ! Des iiommes lionorab'es feraient de cette question une (jueslion de cabinet. C'est leur devoir, c'est la seule lactique que le bon sens indique ! On ne le fait pa* «iniquement parce qu'on tient plus à sa place qu'à son honneur comme homme public.
Mais pouquoi donc n'y a-t-il plus d'insulte à la reine, maintenant ?
Pourquoi donc, sans changer de personnel, change- ?-on diamétralement d'opinion ?
—Est-ce que le nom du premier ministre Cartier couvre l'insulte à la Reine, comme le pavillon couvre la marchandise } D'ailleurs, que signifient ces reproches d'insulte faite à la Reine par les homme.*; rnérne qui ont fait si peu de cas de leur propre insulte au peuple du pays, quand ils déclaraient que nou« ne pouvions pas régler ici celte queistion purement locale ?
ïî]n vérilé, je ne connais rien de" misérable comtne ces raisonnements !
Je ne connais rien d'impudent comme ceux qui les débitent.
Maintenant, que les Electeurs de St. Hyacinthe mo permettent d'attirer leur attention sur un petit incident qui a son importance dans la situation actuelle.
Reportons-nous au 8 Décembre dernier.
Ce jour là l'Hon. M. Sicotte était venu nous informer qu'il avait accepté une place de Ministre, et avait ajouté qu'il ne croyait pas avoir, par là, démérité de nous. Il n'y eut qu'une voix pour l'en assurer. Après cela l'Hon. Monsieur nous exposa au long ses vues sur la politique du pays, et le fit de m.anière à nous iuapirur une pleine confiance dans ses intentions.
Quand il eût fini, je m'adressai à mon tour à l'assemblée,'et je terminai mon allocution par une attaque contre l'administration d'alors à laquelle je reprochai un peu vivement ses fautes et ses intrigues relativement à la question du siège du Gouvernement.' Je «ne prononçai surtout contre la référence d'une pareille question a la décision de la Métropole et je terminai par ces propres paroles, que je notai de suite :
"Je n'ai pas de doute que l'avènement de l'Iion. M. "Sicotte au pouvoir ne soit une garantie absolue pour "le Bas-Canada que si le malheur veut, ce que je re- "garde comme entièrement improbable, qu'Ottawa soit "choisi comme siège du Gouvernement, pas un sou "n'y sera dépensé pour l'érection d'édifices publics."
L'Hon. M. Sicotte s'avança de suite et dit :
"Je" concours cordialement dans tout ce que M. Des- " saulles vient de vous dire relativement à la question " du siège du Gouvernement. Il aurait mêine pu ajouter que personne n'a blâmé plus fortement qUw mol le projet de référer celle question à la décision du Gouvernement (nétropolitain," puis il blâuia l'administrar îion plus fortement que je ne l'avais fait moi-même, de la faute cju'elle avait com.miso en n''accepané pcs fraitdiemcnt les responsabi'ilés de va podti.on !
Les Electeurs de St. Hyacinthe se séparèrent ce jour là persuadés, comme je l'étais moi-même, qu'a*
près ce que nous venions d'entendre, jamais, du eansentemerji de l'Hon. M. Sicolte, le Gouvernement n'irait à Ottawa ; et que s'étanl exprimé comme il venait de le faire, il résignerait son siège plutôt que de consentir à cette monstruosité. Telle était la conviction générale, fondée sur toute la teneur du discours de l'honorable Monsieur.
Eh bien, c'est précisément parce que la Chambre ne lui a pas permis d'exécuter cette monstruosité, qu'il a désigné f
Nous ne l'avions pourtant pas élu à Tunanimité pour l'envoyer se faire le champion des intérêts d'Ottawa contre le vœu de l'immense majorité du pays !
Nous ne l'avions pourtant pas élu à l'unanimité pour i'cnvoyer se faire le champion de la Reine, ou de sa prérogative, ou des bévues de ses Ministres !
ComiDe Ministre Canadien, son devoir n'é4ait certainement pas d'exécuter à la lettre les volontés, ou défaire subir au pays les fautes des Ministres métropolitains ; et comme mandataire du peuple, son devoir était certainement d'empêcher que la construction d'édifices publics à Ottawa ne causât une perte énorme au pays, car Ottawa ne pouvait pas en être permanemment la capitale.
Voyons, sérieusement, l'Hon. M. Sicotte aurait-il osé nous dire, le 8 Décembre, qu'il ferait tout en son pouvoir pour qu'Ottawa devint la capitale des Canadas ? Kut-il osé nous dire, quand nous l'élisions unanimement : "Je résignerai si Ottawa n'est pas la rapitalf." Quelle eût été la conséquence de cetle parole ?
Or ce que l'Hon. Monsieur n^eût certainement pas osé nons dire, comment a-t-il pn oser le faire ? Pourquoi er>core n'acccpleil pas franchement^ lui non plus, les responsabiHlés de sa po^ilion, et ne fait-il pas de cette f|ucstion une question de cabinet ? Pourquoi fait-il (ctte année précisément ce qu'il reprochait à ses prétiéccsseur» ?
Qa'à-t-on fait, Messieurs, durant cette session, relativement à la tenure Seigneuriale, cette question culminante entre toute pour les habitants des seigneuries ? Rien. On s'est encore cette année moqué des censitaires, et on a introduit une loi incompréhensible, qui avait pour but de répartir de suite le fonds seigneurial actuel, mais qui ne pourvoyait nullement à son augmentation, qui ne faisait pas même allusion à la nécessité de l'augmenter.
Bien plus, par le fait même qu'on eût réparti cette année, entre les Seigneurs, le fonds seigneurial, on se créait une difficulté grave de plus dans l'avenir. Une fois l'argent payé, sans déclaration qu'il en fallait da^ vantage, et le bill de M. Cartier n'en disait pas un mot, les membres du Haut-Canada, ceux des Townships du Bas-Canada n'eussent pas manqué de prétendre que l'octroi du fonds seigneurial avait été une affaire finale, considérée comme telle par tout le monde sans exception, et il n'y avait presque plus d'espoir que justice fut rendue aux censitaires !
Noua avons entendu l'fîon. M. Sicotte dire aux électeurs de St. Hyacinthe, quand il leur demandait de le réélire, qu'ils pouvaient être tranquilles sur la question des droits seigneuriaux et se tenir pour assurés qu'ils n'auraient rien autre chose à payer que le, capital de leurs renies. f^'Hon M. Cartier a dit précisément la même chose aux électeurs de V'erchères. Comment ces deux Messieurs ont-il tenu leur parole ? Celui-ci a introduit une loi, et l'autre en a approuvé l'introduction, par laquelle on laissait à la charge des censitaires au delà de deux millions de piastres qu'on leur disait, avant cVêlre élu^ devoir être payées par le Gouvernement !
— Mais on l'aurait fait l'année prochaine !
— Pourquoi pas cette année ?
— Parce que les membres ministériels! du Haut-Canada s'y seraient opposés, et les membres de l'opposition aussi, ce qui nous mettait dans une minorité, ET VOUS F.MSAIT PERDUE VOS SIEGES !
Toujours cette misérable considération an fond :1c toutes les questions, de toutes les situations ! Pas un homme dans ce ministère n'a eu l'énergie de dire : ••'Xous l'avons prooîis, cela ^era. ou l'administration périra à la peine !" Non il valait mieux ré^igner, parce que la Chambre a donné ."«ur les doigts à ces mandataires du peuple qui se faisaient servilement les champions de la prérogative royale, exercée au préjudice de tous les intérêts du pays ! Il valait mieux résigner aprè.'i s'c'lre vanté de n'avoir pas perdu la confiance de la majorité, ce qui démontre que cette résignation n'était qu'une intrigue !
I/Hon. M. Sicotte n'a donc rien fait, cette année, pour prouver qu'il eût franchement le désir de remplir l'engagement qu'il avait pris vis-à-vis des électeurs de St. Hyacinthe.
•ïe ne vous dirai rien ici, Messieurs, des dépenses couranips, du déficit dans les recettes, des révélations obtenues par le Comité des comptes publics ; de la uialadministration, de l'incapacité incroyable de quelques un des Ministres. Si l'on n'a pas prouvé une malhonnêteté rtagrantc chez l'un d'eux, on a certainement démontré une inaptitude déplorable, et une absence t\e jugement et d'activité réellement incompréhensibles. Je n'entrerai dans ces détails que quand j'aurai l'honneur de vous rencontrer.
.l'appellerai seulement votre attention sur ce fait, que dans l'examen des comptes publics comme dans \vs contestations d'élections, le Gouvernement a rni:* toutes les entraves possibles, sinon toujours directement, au moins par le ministore de gens dont il pouvait d'un mot faire cesser l'opposition, à ce que la vérité fut connue, à ce que justice fut rendue.
Le comité des comptes publics a mi^. au jour des faits bien déplorables, bien propres à démontrer que notre prétendu gouvernement lesponsable est pourri jusqu'à la moelle ; mn]s on ne sait pas encore fa moitié (Ik kl véfité.
Ce n'est pas une idée en l'air que je jette ici dan^» le public comine partisan politique et pour faire de Peifet; c'est ma conviction franche et intime que je
vousexprime ; et d'aiileuie, j'ai suffisamment prouvé^ j^e crois, que je sais mettre de la modération dans mes vues et ma conduite comme homme public. Mais les affaires en sont arrivées à un point où chacun doit dire franchement toute sa pensée. Je ne fais donc qu'exprimer consciencieusement une opinion formellement arrêtée chez moi quand j'cillinne que le ministère Jîrown-Dorion ne me parait avoiijété éconduit au moyen ■lî'une fourberie insigne, que jxirce qu''on avait de grands, coupables à cacher ; que parce qu'on savait parfaitement qu'' une fois des hommes réellement déterminés à aller au fond des choses préposés à la tête des bureaux publics., de trop grands scandales seraient connus ! ! Qu'on accorde une enquête sérieuse, et ce que j-e dis là sera vérifié !
C'est parce qu'il fallait à tout prix éviter des yeux trop clairvoyants qu'on a fait commettre au chef de l'Exécutif un acte déloyal qui ternit à jamais sa réputation comme homme d'état.
Ceux qui en profitent l'avouent, et un journal ministériel disait récemment que même quand on acceptait ia trahison, on n'en méprisait pas moins le traître !
Franchement, à qui cela s'applique-t-il .''