‹ Messire du Guesclin;Chapitre 23 sur 102 · ACTE I. SCENE IV. ai · texte numérisé non relu

ACTE I. SCENE IV. ai

Oui, tout. Parle, on t'écoute.

DE M A UN Y

Eh bien I vaille que vaille I A coup sûr il m'en coûte De m*opposer au vœu du Régent et du Roi ; Mais en somme je n'ai qu'un seul maître, c'est toi... Je suis un vrai Breton, tu l'as dit tout à l'heure, Dieu sait si mon instinct m'cclaire ou s'il me leurre. Mais cette obsession me hante malgré moi Qu'un voisin triomphant nous dicterait ça loi. Nous afiaiblir pour lui c'est croître sa puissance. Or les princes n'ont pas tant de reconnaissance Qu'un service rendu puisse les désarmer.

L'histoire tout entière est là pour l'affirmer. Bref, tout en déplorant ses maux et sa souffrance, Notre intérêt n'est pas de vaincre pour la France...

JACQUES BUREAU

Quoi I vous osez penser ?. . .

DE MAUNT.

Et pourquoi non, seigneur?

Je suis Breton, et moi la France me fait peur.

^:i MESSIRE DU GUESGLIN.

J*ai peur qu'à s'approcher trop d'eUe, la Bretagne Devienne sa suivante et non plus sa compagne; Et j'entrevois, croyant bien voir et bien juger, Qu'une trop grande France est notre grand danger.

DU G LE se LIN.

Et tu n'entrevois pas (ju'avec ta théorie

Notre plus grand danger c'est la France amoindrie P

Non, tu n'entrevois pas, bien qu'il soit sous tes yeux.

Le spectre grandissant de l'Anglais orgueilleux ;

Sa main déjà sur nous courbant plus bas nos têtes;

Son occupation transformée en conquêtes;

Nos lois, nos mœurs, nos droits méconnus et nies.

Et, sur leur propre sol, nos Bretons prisonniers.*^

Eh bien I je te le dis puisqu'il faut te le dire.

Si la France périt, notre Bretagne expire;

Et si l'cfTondrcment n'en est pas empêché,

Le royaume en tombant écrase le duché.

DE M A. UN Y

S'il en doit être ainsi, je dis comme loi, maître.

Etre Anglais ou Français, c'est Français qu'il faut être.

Mais je reste Breton de cœur.

Page 1