‹ Messire du Guesclin;Chapitre 32 sur 102 · ACTE II. — SCÈNE I. Sg · texte numérisé non relu

ACTE II. — SCÈNE I. Sg

Mettons que le dégoût les prenne et la colère. La roue est trop avant enfoncée en Tornière, Ils n'en sortiront pas qu'on ne rompe l'essieu : Bataille I II n'est de gain possible qu'à ce jeu, D'autant que notre armée à nous ne grossit guère, Que la trêve expirée on aura double guerre.

Et que pour rallier les partisans douteux Il faut un coup de foudre à dessiller les yeux.

Peut-être I D'autant mieux qu'en prolongeant l'attente, Nos ressources non plus n'ont rien qui les augmente Et que Marcel détient les trésors du roi Jean. Je parle en argentier d'une question d'argent. A vos bonnes raisons cette raison s'ajoute.

Vous êtes convoqué pour le Conseil.'*

Sans doute.

JACQUES BUREAU

Exposez votre idée au Dauphin.

Oo MESSIIIR DU GUESCLIN.

DU GUESCLIλ.

Moi?

JACQUES BUREAU

Vous, oui.

DU GUESCLI!f.

D'abord un tel débat doit être ouvert par lui, Et, lo fiM-il, il est douteux que je m'en mMe.

JACQUES nUREAU.

Pourquoi?

nu GUESCLIN.

Pour n'avoir pas de dispute nouvelle.

JACQUES BUREAU

Le prince a toujours fait grand cas de vos avis.

Si grand cas que jamais il ne les a suivis.

Et puis, à parler franc, la colère me gagne.

Quoi.»^ vous m'allez clierclier au fond de ma Bretagne Comme le seul sauveur du pays et du roi,

. ACTE II. SCÈNE I. 6i

Et quand nous arrivons, mos contingents et moi,

G*cst nous qu'on subordonne au vieux comte d'Auxerre.

JACQUES BUREAU

Cette première étape était très nécessaire ; D'ailleurs, au lendemain de vos premiers combats. Le Régent vous rendait vos droits sur vos soldats. Vous n'obéissez plus aujourd'hui qu'à vous-même.

C'est changer, ce n'est pas résoudre le problème. Je l'aime mieux ainsi pour ma part, mais vraiment Mille conflits naîtront de ce dédoublement.

Votre sage Dauphin manque de clairvoyance.

JACQUES BUREAU

C'est la seconde étape, homme sans patience.

La noblesse de France a son honneur jaloux.

Et quelque immense espoir que le prince ait on vous.

Il ne saurait encor, sans imprudence grande...

DU GUESCLin.

Donner à ses soldats un chef qui les commande ."^

63 MESSIRE DU GUESGLIN.

JACQUES BUREAU

Donner aux officiers un chef qu'ils suivraient mal. Vous ne leur plaisez pas, voilà le fait brutal.

DU 6UESCLIN.

Vraiment? Et votre prince attend que je leur plaise.

JACQUES BUREAU

Hélas! un mal profond trouble Tàme française;

Un souffle de révolte égare les esprits :

L'envie est déchaînée ici comme à Paris.

Elle avilit partout les têtes les plus fières,

Gagnant les grands seigneurs comme les pauvres hères; .

Nul, sans le discuter, n'accepte son devoir;

La France est sans respect ; les lois sont sans pouvoir.

DU GUESGLIN.

Mais pour les officiers le mal est encor pire!

JACQUES BUREAU

Quand ils vous connaîtront, ils vous prendront, messire.

DU GUESGLIN.

Mais les prendrai-je, moi, quand je les connaitraiP C'est au chef de choisir les soldats à son gré.

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