ACTE II. SCÈNE II
COMTE d'aUXERRE.
Qui se sont sûr de vaincre est vainqueur à demi.
DU GUESGLIN.
Qui veut pousser à fond Tattaquo ou la défense Ne se croit ni vainqueur ni vaincu par avance. Hormis la part de Dieu dans notre humaine part, La guerre est un calcul et non pas un hasard.
COMTE D*AUXERRE
Risquer l'assaut vous semble un calcul?
DU 6UESCLIN.
Mais oui, certe!
LE DAUPHIN
Quand le donnerait-on?
Demain, sans autre alerte; Au point du jour avec nos postes avances :
Mes six mille Bretons sont déjà tout placés, S'ils avancent, je doute fort qu'on les repousse ; Et puis les contingents gascons à la rescousse,
70 MESSIRE DU GUESCLtN.
Nous besognerons tant, moi, Caours et Mauny,
Que le vol des fuyards nous livrera leur nid.
Je ne dis pas qu'on peut coucher le soir au Louvre,
Mais j'affirme que c*esl une brèche que j'ouvre
Par où défileront avant trois jours d*ici,
Non sans lutte à coup sûr mais non sans gloire aussi,
Toute l'armée, et vous en tète, mon doux Sire.
COMTE d'aUXERRE.
Alors même que vos trois jours pourraient suffire, Je trouve déplorable et tiendrais pour honteux D'employer nos soldats à combattre ces gueux. Gourons sus aux Anglais, voilà la bonne guerre!
DU GUESGLIN.
Jour de Dieu ! si le choix était si simple & faire. Croyez- vous qu'aussi moi j'hésiterais, seigneur? Est-ce que je n'ai pas la même haine au cœur? Est-ce que notre amour à tous n'est pas le même? Oui, chasser l'étranger, voilà le but suprême, La grande tàclie c'est de sauver le pays.
Mais quand de tant de maux nous sommes assaillis,