ACTE II. — SCÈNE II
Lorsque tant de tocsins sonnent à tant.de cloches. Laissons les plus lointains et courons aux plus proches.
LE DAUPHIN
Eh hien! non, moi Régent de France, moi Dauphin, Encor que le péril soit pressant et prochain, Encor que ce projet hardi me semble habile Qui brusquerait la fin de la guerre civile.
N'ayant pas seulement, pour bien la terminer. Ma ville à conquérir mais mon peuple à gagner, NonI s'il ne m'est prouvé, par preuves évidentes, Qu'il faut livrer Paris à vos mains violentes, Et que je ne peux pas, comme je le voulais, Désarmer la révolte en écrasant l'Anglais, Non ! dût notre départ éveiller la fanfare Du prévôt des marchands et du roi de Navarre Et croitre encor l'orgueil de tous mes ennemis. Non I dès qu'un autre espoir de salut m'est permis, Tant qu'une chance est là, si minime soit- elle, De ménager le sang de ma cité rebelle, Moi Dauphin, moi Régent de France et futur Roi, Je n'y sèmerai pas l'épouvante et l'effroi.
73 MESSIRE DU 6UESCLIN.
JA.CQUES BUREAU.
Oui, prince, je comprends que ce devoir vous pèse, D'entrer le glaive au poing dans la cité française, Et que, toute rancune éteinte en votre cœur.
Vous pleuriez les sujets dont vous serez vainqueur; Oui, je conçois qu'avec le regret qui s'y mêle, Il faille à Votre Altesse une raison formelle Pour qu'elle se résigne aux horreurs d'un assaut : Eh bieni prince, je l'ai, la raison qu'il vous faut. Vulgaire, humble, vilaine et cependant si forte. Qu'il n'est ni volonté, ni pitié qui l'emporte : L'argent manque et ce sont vos coffres renversés Qui vous barrent la route où vous vous élancez. Tandis qu'en écoutant cette tête bretonne Qui sait mener à bien les bons conseils qu'il donne, Paris pris, nous voilà du coup ravitaillés.
Alors, gentil Dauphin, chevauchez I guerroyez ! Gourez sus à l'Anglais, et que de ville en ville Tombent les étendards de la guerre civile I Et qui sait si parmi les révoltés d'hier,