E = RI
Pour qu'il y ait proportionnalité entre ces grandeurs, il faut que la résistance du circuit soit invariable. Celle du couple varie nécessairement quand on le chauffe ; il faut qu'elle soit négligeable vis-à-vis de celle du reste du circuit.
Edm. Becquerel étudia le couple platine-palladium et s'en servit comme intermédiaire dans toutes ses mesures de points de fusion, mais il ne l'employa pas à proprement parler comme pyromètre ; il le comparait, au moment de s'en servir, avec un thermomètre à air chauffé à une température voisine de celle qu'il voulait mesurer. Il chercha également à faire une graduation complète de ce couple, mais cette tentative ne fut pas heureuse : il ne se rendit pas compte des irrégularités dues à l'emploi du palladium ; d'autre part, il se servit successivement pour cette graduation d'un thermomètre à mercure et d'un thermomètre à air qui ne concordaient pas entre eux. Il fut conduit à attribuer à la relation entre la force électromotrice et la température une forme très complexe; les formules qu'il donne comportaient ensemble douze paramètres, alors qu'il en suffit de deux avec la formule parabolique de Tait et Avénarius,
EXPERIESCES DE M. LE CIIATEUER io5
(|iii représente l)ien le pliéiiomène pour le couple en question juscprà i 5oo°.
Regnault reprit Fétude du couple de Pouillet, et il observa de telles irrégularités qu'il condamna sans réserve la méthode thermo-électrique. ]Mais ses expériences sont peu concluantes, car il ne semble pas s'être préoccupé d'employer un galvanomètre à grande résistance.
Expériences de M. Le Chatelier. — La méthode thermo-électrique présente cej)endant des avantages pratiques considérables, aussi bien pour le laboratoire que pour l'industrie :
Petitesse du corps thermométrique,
llapidité des indications.
Possibilité de placer à toute distance les appareils de mesure.
Aussi M. H. Le Chatelier crut-il devoir en reprendre l'étude, se proposant au début, non de faire disparaître des irrégularités qui semblaient inhérentes au phénomène mis en œuvre, mais d'étudier la loi de ces irrégularités, de façon à faire des corrections qui permettent au moins d'utiliser industriellement cette méthode pour des mesures approximatives Ces recherches montrèrent de suite que les causes d'erreurs observées pouvaient être supprimées ; la principale, la seule grave, provenait du manque d'homogénéité des métaux employés jusque-là.
Le fer, le palladium, le nickel et leurs alliages sont absolument impropres aux mesures des températures élevées, parce que, chaull'és en certains de leurs points, ils donnent naissance à des courants parasites, parfois relativement intenses.
Hétérogénéité des fils — Voici, par exemple, les
lo6 PYROMETIŒ TllEnMO-ÉLECTRIQLE
forces électromotrices observées en promenant un bec Bunsen sous un fil de ferronickel de i millimètre de diamètre et 5o centimètres de longueur; les forces électromotrices sont exprimées en microvolts (millionièmes de volt).
Distance. o,o5 o.io o,it 0,20 o,3o o,35 0,40 o,5o F. cm. — 200 -\- -i^io — i5o — 1000 — 5oo — 200 — 5o — 200
La force électromotrice de i ooo microvolts est celle que donnent les couples usuels que nous allons étudier pour un échauffement de loo^ Avec de semblables anomalies, il n'y aurait donc pas de mesures possibles.
Ces anomalies peuvent tenir parfois à des variations accidentelles dans la composition des fils, mais en général il n'y a aucune hétérogénéité préexistante ; on est en présence d'une hétérogénéité physique due au chauffage. Le fer et le nickel, chauffés respectivement à 7 Se" et 38o°, éprouvent une transformation allotropique, incomplètement réversible par un refroidissement rapide.
Dans le cas du palladium, il se produit en outre des phénomènes d'hydrogénation qui changent totalement la nature du métal, de sorte qu'un métal initialement homogène peut devenir par le simple chauffage tout à fait hétérogène et constituer un couple.
Certains métaux et alliages sont absolument exempts de ces défauts, notamment le platine et ses alliages avec l'iridium et le rhodium. Les irrégularités observées antérieurement tenaient donc à l'emploi du fer et du palladium dans tous les couples essayés.
Une seconde cause d'erreur, moins importante, provient de l'écrouissage. En chauffant sur un fil le point de passage de la partie écrouie à la partie recuite, il se développe un courant dont l'intensité est variable