ALITEMENT ET POIDS
Une idée courante veut que l’abus du lit fasse engraisser, cette idée n’est fondée sur aucune expérience démonstrative, mais elle s'appuie sur une observation quotidienne. Il est vrai que cette observation est interprétée tout à l’envers; ce qui est incontestable c’est que les gens qui engraissent sont en général paresseux et, par suite ont une prédilection pour le décubitus horizontal.
Nous avons chercher à préciser par des expériences quelle est en réalité l’influence de l’alitement sur le poids du corps.
Ily a lieu d'envisager deux cas : l'alitement court celui qui ne dure pas plus de 14 jours, et lalitement prolongé, de 30 à 60 jourset au-delà. Nous ne dirons rien de l’alitement prolongé au-delà de 2 mois, les observations dont nous disposons n’étant pas suffisantes pour l’établissement d’un chiffre qui ait quelque valeur de généralité.
Dans les deux cas, les conditions de l'expérience sont les mêmes; Le poids est pris le matin à jeun après miction, sans vêtement, et sur la même bascule.
Voyons d’abord la première série; l’alitement court ; c’est celui où les résultats sont le plus décisifs.
10 sujets (3 maniaques, 2 mélancolies stupides, 2 mélancolies anxieuses, 1 paralysie générale et 2 débiles intellec-
tuelles pouvant être considérées comme saines au point de vue somatique.)
Elles sont alternativement couchées et levées durant des périodes uniformes de 14 jours. Nous avons ainsi 27 périodes de coucher et 27 périodes de lever.
Or au coucher 27 fois sur 27 cas il y a eu diminution continue du poids qui le 3 jour atteint un chiffre variant de 500 à 900 gr.
Dans 4 cas sur 27 le poids a remonté le 4° jour pour atteindre, le 14° jour un poids s’élevant de 800 gr.en moyenne au-dessus du poids initial.
Dans 9 cas sur 27 le poids qui était tombé en moyenne de 1 k. 4oo, le 8° jour, a recommencé à remonter le 9° jour de façon à n’avoir plus qu'un déficit moyen de 950 gr. à la fin de la période. é
Enfin dans 14 cas sur 27, c’est-à-dire la moitié, le poids à continué à s’abaisser progressivement, de façon à atteindre un déficit moyen de 1 k. 200 à la fin des 14 jours.
Voyons maintenant la contre épreuve, ce qui se passe dans les 27 périodes de lever alternées dans celles d’alitement.
Jusqu'au 7° jour, dans 25 cas sur 27 il y a un accroissement continu du poids qui, le 7° jour est compris entre 5oo gr. (8 cas) et 1 kg. (6 cas). |
Jusqu'au 7° jour, dans 2 cas sur 271l y a une diminution continue du poids qui le 7° jour atteint 5oo gr.
Du 7°au 14° jour les 2 cas qui avaient perdu 5oo gr. remontent à {00 au-dessus du poidsinitial ;
Du 7° au 14° jour parmi ceux quiavaient augmenté : une seule fois 11 ÿ a diminution jusqu'à 400 gr. au-dessous du poids initial ;
6 fois il y a une légère diminution qui laisse subsister
cependant, au bout de 14 jours un accroissement de 700 gr.
Enfin, 18 fois l'accroissement continue jusqu’à atteindre 1 kg. 250 à la fin de la période.
Ces chiffres sont suffisamment expressifs pour ne laisser place à aucune espèce de doute relativement à l’influence amaigrissante du lit dans les 15 premiers jours du traitement.
Passons à l’alitement prolongé pendant un et deux mois. Nous examinerons séparément l'influence sur les malades atteints d’excitation maniaque et sur ceux atteints de dépression mélancolique, car 1ls réagissent d'une façon quelque peu différente.
En premier lieu l'excitation maniaque.
Les observations ont été prises sur 8 sujets, une seule a quitté l’asile guérie (Jean Marie, no 6), environ 1 an après cette observation. Une a échoué depuis dans la démence vésanique, une autre dans la dépression mélancolique, une quatrième a Calmé d’une façon notable son agitation.
Les {4 autres sont restées sensiblement égales à ellesmêmes. Voici les résultats obtenus: laugmentation ou la diminution étant toujours relatives au poids du début de la période considérée.
1° Bah. — Excitation maniaque avec idées de persécution arrêtées dans une systématisation embryonnaire.
L'observation est prise 10 mois après le début de l’affection, alors que la malade avait déjà engraissé depuis le début de 3 kg. 600.
Le pour centage est établi par rapport au poids initial.
Safe
Après r mois de coucher elle augmente de 1 kg. 700 soit 4,4 p. 100.
Après 2 mois de coucher elle augmente de 2 kg. 5oo soit 6,4 p. 100.
Deux mois plus tard nouvel alitement.
Après 1 mois de coucher elle augmente de o kg. 400 soit 0,95 p. 100.
Après 2 mois de coucher elle augmente de 1 kg. soit 2,3 p. 100.
Levée pendant les 60 jours qui séparent ces deux périodes :
Après 1 mois de lever elle augmente de o kg. 400 soil 1,2 P. 100.
Après 2 mois de lever elle augmente de 1 kg.
soit 2,4 p. 100.
Levée enfin pendant 60 jours après le second alite-
ment : ù Après 1 mois de lever elle perd 1 kg. soit 2,3
Après 2 mois de lever elle gagne o kg. 200 soit 0,46 p. 100, Au total cette expérience assez ambiguë donne : Pour le lever:
Après 1 mois une diminution de o kg. 250 soit 0,6 p. 100.
Après 2 mois une augmentation de o kg. 600 soit 1,4 p. 100. | Pour le coucher :
Après 1 mois une augmentation de 1 kg. 050 soit 2,6 p. 100, Après 2 mois une augmentation de 1 kg. 950 soit 4,3 p. 100,
20 Amb. — Excitation maniaque, en est à son deuxième accès de manie qui dure actuellement depuis 14 mois sans grande modification
L'observation est prise dès le début de l’affection :
Après 1 mois elle perd 3 kg. 200 soit 6,7 p. 100. Après 2 mois elle perd 4 kg. 200 soit 8,8 p. 100.
Une période de 2 mois de lever est intercalée, puis:
Coucher :
Après 1 mois elle perd 1 kg. 200 soit 2,4 p. too. Après 2 mois elle perd o kg, 600 soit 1,2 p. 100.
Ce qui prouve bien que chez elle l’amaigrissement n'est pas le fait de son affection, c'est que pendant la période de lever intercalée elle regagne :
Lever ;
Après 1: mois elle gagne 1 kg. 500 soit 3,4 p.100. Après 2 mois elle gagne 5 kg. 800 soit 13,4 p. 100.
Toutes les autres malades sont des chroniques avérées : idées incohérentes de persécution, affaiblissement intellectuel.
3° Ra. — Malade depuis 6 ans au moins quand commence l'observation. |
Son poids est resté le même, à 300 gr. près, depuis qu’elle est malade.
Coucher :
Après 1 mois perd 2 kg. 500 soit 5,6 p. 100.
Après 2 mois perd 3 kg. 500 soit 7,8 p. 100.
Lever de 2 mois intercalé, puis :
Coucher :
Après 1 mois perd o kg. 5oo soit 1,1 p. 100.
Après 2 mois gagne o kg. 200 soit 0,45 p. 100,
Ppo us
Lever :
Après 1 mois gagne 2 kg. soit 4,8 p. 100.
Après 2 mois gagne 3 k. soit 7,3 p. 100.
Observation concluante si l’on songe à la constance du poids de la malade depuis sa maladie.
4° Ma. — Débile mentale avec excitation maniaque chronique consécutive à un délire alcoolique.
L'observation est prise 2 ans après le début de l'affection. Lever:
ee
Après 1 mois perd o kg. {oo soit 0,95 p. 100. Après 2 mois perd 1 kg. 100 soit 2,6 p. 100.
Coucher :
Après 1 mois gagne o kg. 500 soit 1,2 p. 100. Après 2 mois gagne 1 kg. soit 2,4 p. 100.
Elle est levée 2 jours puis recouchée 6 mois. Coucher : é Après 3 mois gagne Oo kg. 800.
Après 6 mois gagne 2 kg. 900.
Chez cette malade le lit semble donc déterminer une augmentation du poids.
50 Pér. — Une agitation automatique qui est peut-être symptomatique d'une paralysie générale. On sait que ces malades ont de notables variations de poids en plus ou en moins, en dehors de toute influence connue. Au moment de l'observation, avait engraissé de 2 kg. depuis le début de son affection qui remonte à 5 mois.
Coucher :
Après 1 mois gagne {4 kg. 300 soit 8 p. 100.
Après 2 mois gagne 4 kg. Boo soit 8,3 p. 100
ee
6° J. Marie. — 33 ans, agitation, idées incohérentes de richesse. Sortie guérie peu après la fin de cette observation.
Au moment de l’observation avait maigri de 10 kg. depuis le début de son affection qui remonte à 7 mois.
Coucher :
Après 1 mois gagne 5 kg. 700 soit 13,8 p. 100. Après 2 mois gagne 9 kg. 900 soit 23,9 p. 100. Après 3 mois gagne 13 kg. 600 soit 32,9 p. 100.
Lever :
Après 1 mois gagne 4 kg. 700 soit 8,5 p. 100. Après 2 mois gagne 7 kg. 4oo soit 13,4 p. 100.
Ainsi le lit semble favoriser chez elle la tendance au relèvement du poids. Cette malade n’est pas sans analogie avec le n°5, comme agitation automatique et comme réaction du poids à l'alitement.
7° Du. — Agitation maniaque chez une débile, aboutissant à la démence vésanique.
Au moment de l’observation avait maigri de 5 kg. 500, depuis le début de son affection qui remonte à 1 an plus tôt.
Coucher :
1 mois après gagne 2 kg. 200 soit 4,9 p. 100. 2 mois après gagne 2 kg. soit 4,4 p. 100.
Observation peu concluante à cause du manque de période de contrôle.
8° Mat. — Excitation maniaque sur un fond de débilité mentale, agitation surtout verbale. Au moment de l’observation avait maigri de 2 kg. 900 depuis le début de son affection qui remonte à 4 ans. Son agitation s’est améliorée dans une certaine mesure.
Paul Meunier 3