‹ Mesures de quelques modifications physiologiques provoquées chez les Aliénés par l'Aliment ThérapeutiqueChapitre 21 sur 41 · RE A · texte numérisé non relu

RE A

Observation ul

Amd. — {7 ans. En est à son 2° accès d’excitation mania- - que. Entrée le 7 juillet 1899 sur certificat du D' Legras.

Dégénérescence mentale avec excitation maniaque. Désordre profond des idées et des actes, cris, chants, gesticulations extravagantes. Projection au dehors d'objets mobiliers, Agression envers les

personnes. Blésité.

Dr Lecras.

Successivement gouvernante en Allemagne, puis en Angleterre, cette malade réalise un beau type d’excitation maniaque où viennent s'adjoindre des préoccupations mystiques et génitales. Elle a été élevée avec une rigoureuse éducation protestante.

Un arrière grand-père paternel s’est suicidé, son père était un pasteur protestant, dilettante éclairé et compositeur de musique, d'uneintelligence très brillante mais d’un sens pratique fort médiocre. C'était un excentrique, n'aurait jamais eu d’autre maladie qu’une congestion pulmonaire qui détermina sa mort à 77 ans.

Mère actuellement dans une maison de santé pour hémiplégie gauche. e

La malade est l’aînée de 8 frères ou sœurs qui sont actuellement tous morts, sauf un.

Parmi ces disparus, un frère s’est suicidé au moment de passer sa licence ès lettres, sans autre motif ; un autre frère, médecin, avait un sens moral perverti, enfin deux sœurs ont laissé la réputation d’extravagance dans les idées.

A. P. Née naturellement, d’une intelligence trés précoce, elle n’a eu d'autre affection que la coqueluche et la rougeole.

Très active et très gaie, à l'exception d’accès de colère épars, elle passe son brevet supérieur à 18 ans.

La vie génitale ne présente rien de particulier : réglée à 15 ans ; régulièrement depuis, elle ne s’est jamais mariée,

de, 7e

A 19 ans, elle quitte sa famille, et s’en va en Angleterre puis, en en Allemagne, comme institutrice.

Très facilement impressionnable, elle eut toujours ce qu'on appelle vulgairement des petites manies, mais n’eut à souffrir que de douleurs d’estomac et de palpitations (elle est atteinte d’une insuffisance mitrale compensée) à 28 ans, en 1881 elle est internée à Leipsick, pour une crise d’excitation maniaque qui a duré 6 mois. Mais elle ne semble pas avoir guéri complètement. Elle est toujours restée bizarre de cette crise.

Les préoccupations religieuses, les tendances mystiques, ont pris chez elle des proportions morbides. :

S’est placée en Suisse, puis en Allemagne, de là revient à Paris avec sa famille, dès ce moment elle est insociable, avec des humeurs noires continuelles, refuse de sortir de l’appartement et de voir qui que ce soit.

Puis le délire éclate brusquement. Elle divague avec une rapidité excessive, s’imagine avoir perdu Pargent de ses économies, redoute d’être damnée pour des peccadilles, entend des voix qui lui donnent des informations fantastiques, précipite les meubles par la fenêtre, mord sa mère ; mange ses excréments, et devient très dangereuse par intervalles.

Elle se livre à ces ébats sur la place publique, est arrêtée, transférée à St-Anne, puis à Villejuif.

Là, son délire persiste, identique, la préoccupation mystique perce sous l’excitation maniaque.

Voici la sténographie d'une de ses imprécations :

.… € Je vais vous chanter, je respecte la Méditerranée ; je n'ai pas encore fait mon exercice — M. Pinet a fait les ails, et comme cela fait de l’antipyrine c'est comme l'habitude vêtue de blanc — quelle heure est-il ? Vous dites : c’est la mère supérieure, c’est l'Angelus qui sonne, c’est qu'il est midi ; faire l'amour, aucun bruit ne le révèle, Éternel, je ne me confesse qu'à toi, Ah ! je vous souhaite le bonjour, la bonne année, M. le Dr Picquet ; c’est le nid qui fait l'amour ; je jette au nez des rois du pigeon, de la volatile, Bonjour M. Fauvelle, adieu M. Fauvelle. Bonjour ma cousine Hélène de Bourdineau, je ne suis pas coupable, je suis amoureuse Je ne suis pas responsable. Ratté tu ne respectes pas ta femme. M. Fauvelle est encore ici. Comment vous portez-vous ? M. Mensur

| | Ce

vous demeurez rue de Rennes. Eternel ! je te demande pardon d’avoir fait pipi, mon petit pet de lapin ! etc... »,

C’est un type d’excitation maniaque. Admise le 7 juillet 1899, elle entre en observation heure par heure dès le 8 juillet. Esprit brillant, coq-à-l’âne précipités, assonnances et calembours, rires excessifs, gestes multipliés, cabrioles drolatiques, voici un cas où sans doute le repos au lit fera merveille.

Un traitement pharmaceutique ayant.été institué vers la fin de décembre, son observation ne nous est utilisable que jusqu’à la date du ro décembre 1899, soit 155 jours répartis en 95 jours de coucher et 50 de lever en 3 alternances.

A la fin de l'observation, la malade n’est du reste nullement guérie, et il n’y a pas lieu de tenir compte d’une évolution dans sa maladie.

Les 20 premiers jours d’alitement donnent la moyenne de 18 heures d’agitation, 3 heures de calme, 3 heures de sommeil.

Les 0 jours suivants cette agitation tombe à 15 heures diminuant de 2 heures la nuit, d’une heure le jour ; le sommeil s’installe à 5 heures le calme à 4.

La phase suivante, au total repète identiquement celle-ci.

A vrai dire le graphique nous décèle une évolution qui consiste en une chute de l’agitation de 15 heures à 7 heures, au bout de 6o jours. Lé malheur veut que cette amélioration coïncide précisément avec le lever de la malade.

L’agitation nocturne s’abaisse à 1 heure, le sommeil atteint 7 heures, le lever est poursuivi d’une période de 20 jours ; pas d’autre changement sinon que lagitation nocturne

régagne 1 heure aux dépens du calme.

Le lever est poursuivi jusqu’à 60 jours ; l'agitation reste fixée à 8 heures le sommeil diminue.

Enfin, on recouche la malade ; l’agitation cède d’une heure de la journée pendant les 20 premiers jours ; durant les 20 derniers elle remonte de 3 heures la nuit, r heure le

. joursoitA heures et lesommeil diminue jusqu’à 3.

Le faible nombre des alternatives ne nous donne qu’un

seul chiffre pour la constatation des variations. Au coucher :

Agitation jour, Agitation nuit, Sommeil total.

— I == 0, + I Et au lever :

- Agitation jour. Agitation nuit, Sommeil total, — 5 — 3 + 2.

Il faut croire à tout le moins que l’alitement joue ici de malheur avec l'imprévu des exaspérations maniaques, mais ce fait n’est plus pour nous étonner.

Cette observation comprend 60 jours levés, 95 jours cou-

chés, qui se répartisssnt ainsi, pour la période diurne. La moyenne générale de ces 155 jours est la suivante :

Agitation,. Calme, Sommeil.

Lévér ie RENE FRE RIRES 10 6,333

Couchèr PASSER RE re 6,210 4,473

Dans l’alitement :

L’agitation totale augmente de 5,649, 73,6 0/0. Le calme total augmente de 3 790, 37,9 0/0.

Le sommeil total diminue de 1,860, 29,9 0/0.

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