ALITEMENT ET PRESSION SANGUINE
Alitement et pression sanguine. — Nous avons mesuré Ia pression du sang au moyen du sphygmomanomètre de Potain et du sphygmomanomètre de A. Mosso. Afin d’avoir des chiffres comparables, nous avons relevé un certain nombre de mesures ou de courbes sphygmomanométriques après un temps déterminé d’alitement, mesures et courbes que nous avons ensuite reprises dans les mêmes conditions après un temps de lever sensiblement égal.
Quelques mots sur la technique sont d'autant plus nécessaires que le problème de la pression sanguine est un des moins connus et que les quelques documents publiés sur ce sujet n’apportent pas un éclaircissement définitif. La mesure de la pression sanguine à l'artère radiale avec le sphygmomanomètre de Potain a été effectuée selon les indications du P. Potain, et en suivant les recommandations données par MM. Guillain et Vaschide dans leur note de la Société de biologie, 1900.
Pour les recherches minutieuses du laboratoire, nous avons utilisé l'appareil de Mosso.
Manipulé avec adresse et habitude, en se conformant à toutes les précautions qui assurent l’immobilité du sujet
en relevant dix mensurations successives, en faisant pratiquer la lecture par une tierce personne à ua signal donné, l'appareil de Potain peut suffire largement aux observations cliniques, voire même aux recherches de laboratoire. Une précaution signalée par Guillain et Vaschide consiste à contrôler de temps à autrele sphygmomanomètre sur un chien, en enregistrant la pression sanguine de la crurale avec un manomètre à mercure.
Le Mosso dont l'application a été minutieusement étudiée par Binet et Vaschide, offre des avantages précieux : on peut avec lui faire la lecture des chiffres en même temps que l’on enregistre un graphique de la pression. Cependant, le maniement en est assez délicat : chaque expérience met en péril l'existence même de l’appareil lorsqu'on veut expérimenter sur des agités. Il n’est pas rare d’avoir à réparer dans la même journée 5 ou 6 doigtiers, travail assez difficile et délicat, que peuvent seuls apprécier ceux qui ont manipulé l’appareil. |
Néanmoins les résultats ainsi obtenus sont précis et l’indication de la pression sanguine a une véritable valeur de mesure relative.
Nous renvoyons nos lecteurs aux travaux de Binet et Vaschide (1) pour ce qui concerne la technique et les précautions à prendre dans la mesure de la pression sanguine chez l'homme avec le Mosso.
(1) 4. Binet et N. Vaschide. — Influence du travail intellectuel, des émotions et du travail physique sur la pression du sang, Année psychologique, [II année (1897, p. 126 à 183).
A. Binet et N. Vaschide. — Influence des différents processus psychiques sur la pression du sang chez l'homme. Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris, 1897, CXXIV, 44-46.
A. Binet et N. Vaschide. — The influence of intellectuel Work upon the Blood. Pressure in Man. Psychol. Rev. 1897, IV, 54-66.
La contre-pression nécessaire pour écraser et supprimer la pulsation nous a servi de critère dans la mesure de la pression du sang.
L'opinion de Marey nous paraît des plus justifiables, et la mesure obtenue est plus précise car la pression optima, ainsi que le soutient Mosso est difficilement appréciable, tout en admettant (quoique ce point ne soit pas démontré) que cette pression optima est égale à la pression dans l’intérieur des artères. Les oscillations de la colonne mercurielle ont une telle amplitude, que l'œil le plus exercé ne peutenregistrer des chiffres que très vaguement approxi- | matifs ; quant à la courbe graphique, bien qu’elle soit plus précise, elle exige un examen excessivement minutieux, des mesures très délicates dont on ne peut apprécier la valeur qu’en moyenne généraleselon une mesure plutôt arbitraire, puisqu'on ne peut déterminer exactement les points minima et maxima des oscillations de la pression sanguine. | C’est pourquoi la première méthode nous a paru plus pratique et plus précise. Les expériences ont été faites pendant le mois de septembre et au commencement d’octobre 1899 et 1900 dans le service de M. E. Toulouse. Elles ont eu lieu habituellement dans une des salles du laboratoire du service, à une température constante de 18°; l’appareil était rempli d’eau à une température de 28° ; cette eau était renouvelée après chaque expérience. Au moyen du piston tourné à la main, on obtenait une pression graduelle et constante ; on débutait à o pour augmenter doucement jusqu’à effacer complètement le pouls par la contre-pression ; nous nous sommes servi d’un tambour de Marey pour recueillir les pulsations de la colonne mercurielle ; c’est un tambour de 4 cm. 17 de diamètre muni d’une plume d’une longueur de 10 cm. 8. Les courbes dans les-
quelles les sujets ont fait des inspirations profondes ou des mouvements trop répétés ont été mises de côté ; les indications générales de ces courbes, en dehors des phénomènes immédiats provoqués par les modifications physiques ou intellectuelles du sujet concordent parfaitement avec les résultats obtenus dans des conditions relativement identiques à l’état normal pour ainsi dire.
Aucune fuite n’existant dans le tube de transmission, nous ayons pris comme contre-pression nécessaire la hauteur de la colonne mercurielle jugée immobile par l'œil et traduite sur le tracé par une ligne droite sans aucune ondulation. Ce point est excessivement précieux pour de pareilles recherches, il représente en quelque sorte l’arbitraire nécessaire : en effet, les pulsations commencent à s’effacer bien avant que la ligne apparaisse absolument droite. Il y à à peu près une hauteur de 8 millim. de mercure où la contre-pression étant suffisante pour écraser le pouls, laisse cependant subsister quelques ondulations.
Pendant qu’on s’occupait du tracé graphique de la pression sanguine, une tierce personne notait scrupuleusement les variations de la colonne mercurielle.
La vitesse du cylindre enregistreur a été réglée une fois pour toutes : un tour en 100 secondes {nouveau dispositif des cylindres de Verdin).
Les chiffres que nous donnons plus loin expriment, positive ou négative, la véritable influence de l’alitement.
Il existe un nombre considérable de facteurs qui nous échappent et dont nous ne pouvons déterminer la valeur, les fluctuations mentales du sujet, les variations atmosphériques, l’âge, la durée de la maladie, autant de coefficients dont, personne dans l’état actuel de la science, ne peut
préciser d’une manière vraimentscientifique Pinfluence sur la pression sanguine. |
Il est certain qu'il est facile de connaître l’âge, mais ce qui nous intéresse, c'est l’âge de la maladie mentale, et sur ce point la psychiatrie de même que la physiologie ne nous fournissent pas de renseignements suffisants.
De plus, on ignore la durée exacte de la maladie ; c’està cause de ces multiples objections que nous nous sommes contentés d'étudier la pression sanguine au point de vue de l’alitement thérapeutique, sans tenir compted’aucun de ces facteurs auxquels on en pourrait ajouter bien d’autres encore tels que : l’agitation et le calme, la digestion, le sommeil, l'heure de la journée, les menstruations, etc.
Sie
Nous donnons parallèlement la mesure obtenue avec l'appareil de Potain et la mesure obtenue avec l’appareil de Mosso. TRE
La pression de la radiale a été prise à la main droite dans le décubitus horizontal pour l’alitement et dans la position assise dans les périodes de lever, de 3 à 5 heures de l’aprèsmidi.
Pour le Mosso, les conditions sont les mêmes; cependant le sujet alité est assis pour la plus grande facilité de l'expérience. Dans une colonne spéciale, nous indiquons le nombre des déterminations faites sur chaque sujet. Quant à la variation de l’appréciation individuelle, elle ne dépasse jamais en moyenne, omm.5 pour l’appareil de Potaincomme pour l’appareil de Mosso.
‘ Nous avons groupé les maladies mentales selon un mode quelque peu artificiel, nous restreignant à une appréciation de la façon personnelle de chaque sujet de réagir intellectuellement et physiquement.
.. N'ont pas trouvé place dans le tableau général deux cas d'excitation maniaque, un accompagné d'idées mystiques, l’autre aggravé de débilité mentale qui ne semblent occuper qu’une place à part dans ces recherches.
Nous n'avons pris sur elles que la mesure de la pression sanguine à la radiale, avec 10 déterminations.
Durée Durée
de Pression de Pression Différence Teves moyenne UChos moyenne As I 58 jours 17m.7 b8jours 14m.8 2m.9 M2 29 JOUFS 220 M:E2 20 JOUFS:. 17 Dre 9. 2 M. 3 A TA 12jours 17m.5 gmois 15m.g 2m.
M 2 LA JOUS 17m: /9MOIS- Fm, 7 - 2m. 8
Il résulte de ces chiffres une hypotension quisemble constante et due à l’alitement prolongé.
L'examen atteñtif du tableau général nous amène à conclure que l’alitement n’a pas la même influence dans toutes les maladies mentales. |
Ainsi, dans tous les états d’excitation maniaque {caractérisée par une excitabilité particulière spontanée ou provoquée par la moindre cause, cas que l’on pourrait appeler irritabilité mentale) il y a une hypertension sensible de la pression du sang. Celle-ci s'élève toujours et la plupart du temps d’une façon égale dans les 6 cas observés.
. Après un alitement de 3semaines en moyenne lapression radiale a augmenté de 2 cm. r (sur 199 déterminations) la
Catégorie des maladies mentales.
Désiguation individuelle des sujets
Excitations maniaques avec irritabilité mentale.
Etats délirants avec agitation.
Mélancolie avec agitation,
Mélancolie.
Idiotie.
Paralysie générale.
Démences.
( ni JL.