CONCLUSIONS
Poids. — Il y a lieu de considérer les effets de l’alitement court et ceux de l’alitement prolongé.
| Alitement court (15 jours). — Il y a chez tous les malades un amaigrissement continu et progressif, jusqu’au 3° jour.
Cet amaigrissement se poursuit presque constamment jusqu’au 7e jour, où il atteint un chiffre variant entre 500 et 1.500 gr.
Passé 7 jours, le poids tend à remonter dans la moitié des cas sans pourtant avoir atteint le chiffre initial au bout de 15 jours ; dans l’autre moitié des cas, le
poids continue à décroître progressivement jusqu'à 1 k. 200 en moyenne.
Alitement prolongé 1 et 2 mois. Excitation maniaque. — La comparaisom-de ce qui se passe chez les mêmes malades alternativement levées ou couchées, montre que 4 sur ( malades maigrissent par le lit, au lieu que sur les mêmes malades levées, le nombre de celles qui maigrissent n’est plus que de deux sur neuf. On peut dire que parmi les
k excitations maniaques, quelques-unes subissent réellement de par le lit une influence amaigrissante, les autres, engraissent dans des proportions au moins aussi considérables que si elles étaient levées.
E « Pour celles qui maigrissent. l'amaigrissement continue
pendant le second mois, mais dans des proportions moins considérables que pendant le premier.
Etats mélancoliques. — L'influence amaigrissante du lit est très nette. Sur 7 malades, 7 maigrissent ; parmi elles, deux seulement ont présenté chacune à une période, une tendance au relèvement du poids, tendance qui se trouve au total plus que compensée par le déficit.
Cet amaigrissement des mélancoliques doit être considéré comme révélant une action propre du lit et non pas seulement un symptôme de l’affection, puisque sur les mêmes malades levées, on peut dire aux mêmes périodes, il n’y en a plus que 3 sur 7 qui maigrissent, et chacune dans une proportion moins considérable.
Du reste, l’influence amaigrissante du lit, tend à s’effacer dès le 2e mois ; après deux mois, la diminution du poids est moindre qu'après un mois. Cet effet est LS net ici que chez les maniaques.
Alitement et agitation. — La première méthode que nous avons employée nous permet d'affirmer que dans les périodes de 14 à 20 jours, le seul passage du lever au coucher aussi bien, du reste que le passage du coucher au lever, détermine dans la plupart des cas, une diminution totale, aux dépens presque constamment de l'agitation diurne. Mais, au lieu que ces heures, soustraites à l’agitation, se reportent sur le sommeil dans les périodes de lever, elles viennent grossir la moyenne des heures de calme pendant les périodes de coucher.
Ces conclusions, du reste, ne reposent pas sur des différences très considérables.
Passant à l'examen de l’effet dans son ensemble, périodes courtes et périodes longues comprises, on peut affirmer que dans les cas que nous avons envisagés, le Jit détermine au total une augmentation de l’agitation, et surtout de l’agitation nocturne, un effet moins évident sur le
calme et une diminution très certaine du sommeil, Quelques malades font exception à cette loi sans que l’on puisse déterminer si ces malades appartiennent à une catégorie nosologique spéciale. En tout cas, les deux méthodes sont concordantes pour affirmer cet effet. Les différences ne portent que sur la valeur à lui attribuer. Il est entendu que nous ne parlons de l’agilation qu’au point de vue de sa durée et non de son intensité.
Alitement et pouls. — Il n’y a aucune corrélation apparente entre la fréquence du pouls et la durée de l’agitation quotidienne d’un malade. Quant à l’effet de l’alitement, il semble qu'il consiste à augmenter le nombre des pulsations quand ce nombre est relativement faible — au-dessous de 83 — et à le diminuer d’autant plus qu’il s’éloigne davantage au-dessus de cette moyenne. En outre, cet effet est plus marqué le soir que le matin, ce qui tient à ce que dans le régime du lit, on ne voit plus entre le soir et le matin les écarts que l’on constate chez les mêmes sujets levés.
Alitement et température. — 11 n’y a aucune corrélation apparente entre l'élévation de la température et la durée de l'agitation quotidienee d’un malade. L'influence du lit sur la température se compte par dixièmes de degrés. Le lit semble jouer le rôle de régulateur de la température, relevant celle-ci quand elle se trouve au-dessous de 36,8-36,9 et l’abaissant d'autant plus qu’elle s’éloigne davantage de cette moyenne. En outre, ici encore, l'effet est plus marqué le soir que le matin, à cause de l'égalité qui tend à s’établir entre la température du soir et celle du matin, dans le régime de l’alitement.
Alitement et pression sanguine. — Il n’y a aucune corrélation étroite entre l’alitement et la pression du sang ;
Paul Meunier 10
mais on observe des variations de pression qui paraissent en rapport à la fois avec la maladie mentale (manie, mélancolie, etc.) et avec l’état actuel d’agitation ou de dépression, lequel est lui-même plus ou moins déterminé par l’alitement.
Chez les maniaques, la pression sanguine est, au bout de trois semaines environ, légèrement augmentée par rapport à l’état normal du sujet ; et l’excitation spontanée paraît avoir moins d’action que l’excitation réflexe que l’on peut désigner par le terme d’irritation.
Dans la paralysie générale, on ne remarque aucune différence sensible; le même fait négatif est observé, mais moins accusé dans l’idiotie, l’imbécillité et les mélancolies. Cependant dans certains cas de mélancolie où l'état mental est relativement irritable, on remarque une légère diminution de la pression sanguine. Dans les démences on ne peut tirer aucune conclusion précise. Le coefficient individuel joue un rôle considérable qui se manifeste chez tous les sujets atteints de maladie mentale.