METAMORPHOSES DE L'ATTACUS LINA
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(les Attacus étrauficrs à ri'liiropo, est un livs-hol Insecte. Le Papillon a des ailes d'un vert tendre, avec une petite tache ocellée vers le centre et une franf^e blanche ; ses ailes postérieures sont prolongées en forme de queues. La chenille, d'un vert-pomme, avec des tubercules rosés, se trouve habituellement sur le bel arbre de la Floride et de la Caroline que l'on nomme le Liquidambar, mais elle mange aussi volontiers du Saule, du Prunier, du Bouleau, etc. Son cocon est ovalaire el d'une teinte blonde extrêmement pâle.
En songeant à un moyen d'augmenter le bien-ctre au sein des populations de certaines parties de la France, nous résumions dans les termes suivants les facilités et les avantages ([ue l'on trouverait dans l'introduction de divers Attacus. « Les chenilles de ces Lépidoptères se nourrissent de plantes très-semblables à celles do notre pays, et vivent parfaitement sur les espèces qui croissent en Fi-ance...., c'est-à-dire que ces animaux peuvent être élevés dans notre pays sans qu'on soit obligé de leur consacrer aucune culture. D.ans le voisinage des bois, on leur trouverait sans frais une nourriture abondante. Les Aubépines qui servent de clôture seraient également utilisées pour la nourriture de ces Bombyx. Les gens les plus pauvres de nos campagnes, auxquels il serait impossible de se procurer des feuilles de Mûrier, trouveraient autour d'eux la nourriture de leurs nouveaux Vers à soie, et ils obtiendraient ainsi un produit d'une assez grande valeur. Les femmes, les enfants, toutes les personnes incapables de se livrer à un labeur pénible, suffiraient pour s'occuper un peu chaque jour, pendant quelques semaines seulement, des soins à donner à ces chenilles. »
Ces paroles devaient-elles engager les personnes en situation de favoriser l'introduction en France d'une nouvelle branche d'industrie, à faire quelques effoi'ts dans ce but? Nous aimerions pouvoir l'affirmer, mais la vérité est que l'indifférence demeura complète.
aSf) LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
En 1 854, se fondait la Société dacclimatation. Nul, plus que son président, Isidox'c Geoffroy Saint-Hilaire, ne s'était occupé de l'introduction et de la domestication des Animaux utiles ; nul plus que lui n'était capable pour ces questions de faire naître l'intérêt dans l'esprit des plus indifférents.
L'introduction dinsectes producteurs de soie fut à l'ordre du joiu'. On songea de nouveau aux Attacus de l'Amérique, mais l'attention se portait bien davantage vers l'Inde et la Chine. M. E. Tastet, qui avait visité la Chine, y avait appris l'existence, dans la jn-ovince de Su-Tchnen, de Vers à soie sauvages se nourrissant de feuilles de Chêne ou de Frêne et donnant un beau produit fort utilisé dans le pays. Au siècle dernier, le père d'Iucarville en avait parlé , en notant que leurs cocons étaient gros comme des œufs. La Société d'acclimatation s'empressa de se mettre en rapport avec quelques-uns de nos missionnaires pour obtenir les précieux ^'ers à soie du Chêne sauvage.
D'un autre côté, deux espèces signalées cinquante anné(^s auparavant (1804) par un auteur anglais, le docteur Roxburgh, comme domestiquées dans l'Inde de temps immémorial, les Versa soie Tusseh et Àrrindy , étaient mises, d'après les rapports récents, au nombre des animaux dont il fallait tenter la naturalisation en Fi'ance. La première espèce est celle-là même qui fut rapportée en 1 83 1 par M. Lamare-Picquot [Allacus mylilla) ; la seconde, une espèce (Allacus arrindia) que les entomologistes confondaient avec un Bombyx de la Chine, mais qui fut de suite exactement déterminée au Muséum d'histoire naturelle. On avait appris du reste que, depuis plusieurs années, on cherchait en Italie à se procurer \ Arrindia de l'Inde qui vit sur le Ricin. MM. Bergonzi et Baruffi faisaient les plus énergiques etforts pour avoir un heureux résultat. Une difficulté inattendue se présentait. Presque tous les Attacus connus dans leurs métamorphoses n'ont qu'une génération par an ; ils demeurent en chrysalides durant huit à neuf mois. Chez XArrmdia ou Attacus du Ricin, au contraire, les générations se
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siioct'dcnl avec ia[)i(lilt' en toute saison. Envoyait-on des œnCs, à l'arrivée les chenilles étaient éeloses et IrouvéïîS mortes, fante de ncturriture. Envoyait-on des cocons, les Papillons naissaient iniauuKiiiablenient pendant le voyage, et lorsqu'on ouvrait Icnr boîte, on les voyait desséchés et les ailes déchirées pour s'être débattus dans leur prison. Le seul moyen de parer à un semblable inconvénient était de ne faire accomplir aux chrysalides qu'une partie du voyage à la fois. L'ile de Malte fut choisie conmie station intermédiaire, et avec l'assistance du gouverneur, Sir William Reid, une éducation ayant été faite avec succès dans cette localité, rintrod\ictioudu Bombyx du Ricin s'etTectua bientôt en Italie, en France et sui" (juelques autres points de l'Europe. \n Muséum, les nouveaux Fers o soî'e prospérèrent sans diflicvdté avec les soins intelligents d'un employé de la Ménagerie, M. Vallée, sous la direction de M. Milne Edwards. M. Guérin-Méneville eut de son côté les plus heureux résultats, ainsi que M. Hardy, à Alger. Les éducations du Bombyx du Ricin ne tardèrent pas à se multiplier de tous côtés. L'Insecte était acclimaté ; il pouvait être px'opagé en Europe sans difficulté, malheureusement il n'était pas toujours facile de lui procurer sa noiu'riture de prédilection ; on eut recours à d'autres végétaux que les chenilles mangeaient sans trop de peine, mais il y avait là néanmoins une source de graves embarras.
Quelques années plus tard, une espècede la Chine très-voisine du Bond^yx du Ricin et depuis fort longtemps connue des entomologistes, le Bombyx de l'Allante [Allacus cynthta), fut introduite en Italie par le P. Anuibale Fantoni. En 18ii8,M. Guérin-Méneville, mis eu possession de cet Insecte par des savants italiens, a réussi à le propager très-rapidement. Depuis longtemps il l'élève sur une grande échelle au bois de Vincennes, et il s'est attaché, dans une suite de notes et de mémoires, à montrer tout le parti qu'on pourrait tirer de son cocon, évidenmient préférable à celui du Bombyx du Ricin. Une foule de personnes ont fait des éducations du Bombyx
de l'Ailante. M. Givelet, entre autres, dans un domaine situé à quelques lieues de Paris, a obtenu pendant ces dernières années des quantités si considérables de cocons, qu'on peut concevoir l'espérance d'avoir prochainement un produit assez abondant pour devenir l'objet d'une industiùe spéciale ^ La facilité avec laquelle se cultive l'Ailante dans d'assez mauvais terrains est de nature sans doute à encourager la propagation du Bombyx qui se nourrit du feuillage de cet arbre.
Le Ver à soie sauvage du Chêne, dont s'était occupée tout d'abord la Société d'acclimatation, était aussi parvenu en France, grâce au concours de quelques-uns de nos missiomiaires, et surtout de monseigneur Perny. A Lyon, il était arrivé des cocons en 1855. M. Jordan obtint des Papillons, puis des œufs et des chenilles, mais là se borna le succès. Peu après, M. Guérin- Méneville, se trouvant en possession de cette espèce, la fit connaître [AUacus Pernyi), et réussit à en faire des éducations avec le Chêne de notre pays. Il obtint également l'espèce du Japon {AUaciis yama-maï), qui n'avait pas encore été observée. Ces deux Bombyx, très-voisins du Bombyx tusseh [Allacus mylilla), ont de volumineux cocons formés d'une soie offrant de remarquables qualités comme matière textile. Le Yama-maï semble du reste mériter la préférence sur son congénère. Aussi, depuis quelques années, plusieurs pei'sounes font de grands efforts pour le multiplier. Elles ont eu plus ou moins de succès dans leur entreprise, mais nous n'oserions faire de citations particulières à ce sujet, n'ayant pas la possibilité de tout énumérer ^.
On a parlé souvent des Bombyx de l'Inde et de la Chine comme capables de remplacer, jusqu'à un certain point, le Bombyx du Mûrier. C'est une faute grave. Aucune soie n'est vraiment comparalile à la soie ordinaire, l'our dévider les cocons des Attacus,
' Un ouvrage de M. Givelet, l'Ailante et son Bombyx, a été publié en 1866.
2 Une publication de M. Personnat (de Laval) sur le Vama-maïa été faite en 1866.
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les fils ne se détacliaiit pas par l'action senle de l'ean Ixiuillantc, on y ajoute de la cendre ou une autre substance alcaline ([iii permet le dévidage. De la sorte, le venus de la soie est attacjiié et les brins de plusieurs cocons ne s'unissent point comme cela a lieu dans le dévidage des cocons du Bombyx du Mûrier. Hien ne prouve, il est vrai, cpi'un moyen d'opérer, conduisant au résultat que l'on obtient dans le dévidage de la soie ordinaire, soit introuvable, mais jusqu'ici, à notre connaissance, il n'est pas trouvé. Du reste, en admettant que le même avantage soit réalisable avec les cocons du Bombyx de l'Allante et du Yama-maï, on n'aurait pas encore une soie comparable, pour l'éclat, à la soie du Bombyx du Mûrier. Il s'agit donc en réalité d'une autre matière textile, très-bonne pour la confection de tissus d'une grande solidité et d'un aspect fort agréable, comme on a pu eu juger par des écliantillons fabriqués et soumis à diverses teintures.
De nouvelles matières textiles, faciles à produire dans les régions où n'existe pas l'industrie de la soie, rendraient, pensonsnous, d'assez grands services pour que l'on puisse s'en contenter.
Une belle espèce de nos foi'êts,la Hachelle d'Engramelle, constitue un genre particulier du groupe des Attacites [Aglia tau). Le Papillon a les ailes fauves avec une tache bleue.
Le nom de Bombyx a été plus particulièrement réservé pour les espèces qui, avec des antennes très-pectinées dans les mâles et un corps massif, ont des ailes d'une étendue médiocre, comparativement à celles des Attacus. Leurs chenilles ne sont pas tuberculeuses, mais très-velues.
Plusieurs Bombyx fort communs dans notre pays sont intéressants à plus d'un titre; il en est de si nuisibles à la végétation, qu'il faut plaindre le cultivateur assez malavisé pour ne point s'en préoccuper.
Le Bombyx connu sous le nom vulgaire de Minime à bande [Bombyx Quercûs), peut être pris pour le type du genre. Le mâle aies ailes d'un brun ferrugineux, avec un point central blanc et
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une bande transversale jaune ; la femelle, les ailes d'un jaune pâle avec le point blanc et une bande très-claire à la même place. 11 y a donc une grande dissemblance dans la couleur des individus des deux sexes ; il y a également dissemblance dans la taille, car la femelle est beaucoup plus grande que le mâle. Le Minime à bande est répandu à peu près partout, dans les jardins aussi bien que dans les bois. Lorsqu'on possède une femelle nouvellement éclose, si l'on veut attirer une foule de mâles, il suffit de la placer le soir sur une fenêtre ou sur un balcon. Aucune espèce n'est plus favorable pour répéter l'expérience si souvent faite, dont le résultat cause toujours la surprise, tant l'étrange faculté des Bombyx est demeurée inexplicable.
Les Minimes à bande se montrent au mois de juillet ; au mois d'août, les femelles pondent leurs œufs sur les feuilles. L'éclosion des chenilles a lieu au bout de peu de jours; mais après leur naissance, elles ne prennent aucune nourriture, elles vont hiverner ; hiverner avec la température du mois d'août. C'est un fait singulier dont les Lépidoptères nous offrent plus d'un exemple. A peine écloses, ces (chenilles se mettent en quête d'une retraite ; chacune va se loger dans une cavité dans la fissure d'une écorce, et elle attendra ainsi le printemps pour sortir de son réduit et aller gagner le feuillage dont elle doit se nourrir. Pendant neuf mois, elle se passera de tout aliment ; elle demeurera dans un engourdissement complet, dans une soi'te de léthargie, jusqu'à ce que les chaleurs de la saison nouvelle amènent son réveil.
Les chenilles du Minime à bande, d'un gris cendré, avec des rîiies latérales noires, quelques marques rougeàtres et une ligne jaune de chaque côté, sont couvertes de longs poils soyeux qui ondulent gracieusement quand elles marchent. Dans les bois, elles dévorent les feuilles des Chênes, des Ronces, des Genêts; dans les champs, elles rongent les GroseiUiers, les Prunelliers, etc.; dans les jardins , elles mangent les Lilas et les Troènes. Pour se transformer, elles s'établissent, soit entre les branches, soit sous des
L1-:S LI'l'IDOPTKIlKS. 2.'il
i'('l)oi'(ls Je murailles, soit dans des excavations, et lilent un coeoii ovalaire de eouleur brune, à parois épaisses, d'un tissu serré et très-tenace.
Les champs de Trèlle sont qneli[aelbis maltraités sur certains points par la chenille d'une espèce voisine , le PcHl-Mmime à bande d'Engramelle [Bomhijx Tn'folii). A l'anlonme, onrencontre, courant à travers tous les clicmins, une belle et grande chenille couverte de longs poils d'un roux châtain, ayant des incisions annulaires d'un noir de velours. Alors au tenue de sa croissance, elle cherche un refuge pour hiverner, ne devant fder son cocon que l'année suivante. C'est la chenille d'un Bombyx (B. Rubi) que l'on appelle vulgairement la Polyphage, à liaison de son indifférence dans le choix dt; sa nourriture.
Un Bombyx de petite taille (B. neustria), dont le nom commun s'applique à la chenille, la Livrée, est le plus r<qiandu en Eui'opc. Le Papillon a les ailes d'un jaune fauve ou roussâtre, avec deux raies plus ou moins foncées sur celles de la première paire ; il se montre en juillet, un peu partout, mais surtout dans les vergers. La femelle fait sa ponte d'une manière très-singulière. Les œufs, fortement agglutinés, sont disposés tout autour de petites branches comme des anneaux ou de longs bracelets. Les petites chenilles n'éclosent qu'au printemps; lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles, ces bracelets s'aperçoivent sans la moindre difficulté, et peuvent être aisément détruits. On ne devrait jamais y manquer, car le Bombyx neustrien n'est pas moins nuisible aux arbres fruitiers que les Lipai'is, mais le fait n'était sans doute pas à la connaissance des auteurs de la loi sur l'écheuillage. Dès leur naissance, les chenilles se réunissent en groupes nombreux, et s'enveloppent d'une toile soyeuse retenue aux branches et au feuillage ; c'est seulement lorsqu'elles ont acquis toute leur taille qu'elles s'isolent. Ou a conseillé, pour les détruire, de couper les branches qui portent les bourses; mais il est facile de concevoir combien serait énorme le travail nécessaire pour
une semblable opération. Les Livrées sont velues, presque noires, avec une raie blanche sur le dos, trois raies fauves et une raie bleue de chaque côté. Elles vivent sur différents arbres, mais ce sont les Poiriers et les PoAiuiers qui ont le plus à souffrir de leur
Une petite branche charge
DOMBYX NEUSTniEN OU 1
{Bombyx neustriaj.
i. — Le Papillon mâle au rep
présence. Au moment de se transformer, elles filent une coque mince, saupoudrée d'une poussière jaune ressemblant à de la fleur de soufre.
Les chenilles d'une espèce qui vit sur les Pins [B . pilyocampa) sont souvent très-préjudiciables aux arbres des forets de l'Allemagne. Ce Bombyx est aussi très-répandu dans les landes de Gascogne.
Le Bombyx processionnaire [B. processionea) est certes le
l.l!:S LliFIDUPTEllES. %:<,
plus curieux i>;uini nus espèces européeimcs. Le r;i[iill()u, d'assez petite taille, uyaut des ailes grises, très-pàles chez la l'einelle, traversées par trois bandes obscures, a une apparence bien modeste. Il i)araît dans les forets vers les mois d'août et de septembre. Les femelles déposent leurs œufs en paquets sur le tronc ou sur les grosses branches des C.hènes, couvrant leui* ponte avec les poils laineux tpii garnissent l'extrémité de leur abdonu'n. Au mois de mai éclosent les chenilles. Celles-ci se groupent au uondjre de plusieurs centaines, et fdent en commun sur les troncs uiie toile à mailles lâches et irrégulières, sous laquelle elli'S demeurent tran- (juilles pendant le jour. Le soir, elles grimpent dans le feuillage, mangent avidement, et le matin regagnent leur nid ou en contruisent un nouveau. Assez vagabondes dans leur jeune âge, elles conservent plus ordinairement une résidence iixe quand elles ont pris un assez grand développement, mais à chaque mue elles établissent une nouvelle demeure. Un nid couvre parfois une portion considérable d'un tronc, et il consiste alors en plusieurs toiles superposées , difficiles du reste à distinguer à cause de l'enchevêtrement des fds. Les chenilles processionnaires ont frappé d'étonnement tous les observateurs par l'ordre établi dans leurs pérégrinations, et qui justifie leur nom. Si l'on examine un de leurs nids au milieu du jour, tout y est calme, les chenilles sont pressées les unes sur les autres et presque immobiles. Dès que le soleil a passé, un mouvement se produit , puis une agitation générale se manifeste. Une chenille sort du nid et commence à grimper sur le tronc ; elle est suivie exactement par une autre chenille, celle-ci par une troisième ; cette ti'oisième, par un rang de trois ou quatre individus, qui est suivi à son toiu' par un rang plus nombreux, et ainsi de suite. Les l'angs vont d'abord en s'élargissant d'iuie manière assez régulière, mais le gros de la colonne finit par former une masse plus ou moins confuse. Au lieu d'une seule chenille aii second et au troisième rang, il peut y eu avoir deux ou trois, mais invariablement un seul individu
2Uh LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
ouvre la marche. Après leur excursiou nocturne clans le feuillage et après s' être repues, ces chenilles voulant regagner leur retraite, c'est dans le même ordre qu'elles effectuent la descente. Si après avoir épuisé le feuillage d'un arhre, elles se portent sur un autre arbre, c'est toujours dans le même ordre qu'a lieu leur déplacement. On croirait qu'un individu donne le signal du départ et devient le chef reconnu de la troupe entière, mais rien ne distingue la chenille qui marche en tête de celles qui la suivent, et nous ne pouvons ici que constater un instinct assez singulier. Parvenues au terme de leur croissance, les Processionnaires, qui ont renforcé les parois de leur nid avec les dépouilles provenant de leurs mues, demeurent rapprochées, et chacune construit le cocon dans lequel elle va se transformer en chrysalide. Notre dessin montrant les Processionnaires en marche, et attaquées par un gros Coléoptère, le Calosome sycophante et sa larve, a été exécuté au bois de Boulogne avec la plus scrupuleuse fidélité. Le cadre restreint n'a pas permis cependant de représenter le nid dans son entier, ni la colonne de chenilles complètement développée.
Les Chênes du bois de Boulogne ont été ibrt maltraités dans ces dernières années par les Processionnaires. Le conservateur du bois, M. Pissot, auteur de plusieurs observations intéressantes sur les Insectes, a réussi à détruii-e d'immenses quantités de ces chenilles au moyen de l'huile lourde de goudron; mais les Chênes du voisinage étant abandonnés à leur sort, les Papillons se répandent partout, et vont déposer leurs œufs dans les endroits que l'on croyait le mieux purgés.
Les chenilles processionnaires ne sont pas dangereuses seulement par les dévastations qu'elles commettent -, leurs poils, qu'elles perdent continuellement, pénètrent dans l'épiderme avec ime étonnante facilité, y produisent une sorte d'urtication et des démangeaisons insupportables, dont la persistance est fort longue. Il ne faut donc jamais toucher ces chenilles avec les doigts, ni
MÉTAMUlU'HOStS DU liOMUVX l'UÛCESSlONNAlUE ET I)U GALOSOME SVCOl'HANTE
observer leurs nuls eu se plaçant sous le veut, car le; visage el les maius recevraieut les atteintes de ces poils redoutables. M. Hatze- I)urg cite des eircoustauces où des bestiaux et des chevaux, en arrachant les feuilles des arbres, se sont trouvés fort maltraités par les poils des Processionnaires, qui avaient atteint ces animaux au voisinage des yeux, aux narines et à la bouche.
Divers Bombyx vivent en société et confectionnent des nids comine les Processionnaires, lorsipiils sont à l'état de chenilles. Il y en a une espèce au Mexiciue bien connue aujourd'hui (Bombyx madruno), qui a été signalée autrefois par Ilumboldt. Depuis luie époque fort ancienne, le Muséum d'histoire naturelle possède des nids analogues provenant de Madagascar. Ce sont des poches à parois assez épaisses. M. Ch. Coquercl a étudié et décrit sous leurs difïérents états les Insectes qui les construisent (Bombyx Radama et B. Diego).
Des Bombycides que l'on distingue sous le nom de Lasiocampes se signalent à l'attention par leurs palpes très-longs figurant une sorte de bec. Le type du genre est la Feuille-morle (Lasiocampa quercifolia) , gros Papillon aux ailes festonnées, d'une couleur fauve, ferrugineuse, qui a valu à l'Insecte son nom vulgaire. Sa chenille, qui acquiert une longueur de 9 à 10 centimètres, est grise, velue et remarquable comme les autres espèces du genre par deux replis de la peau à la partie antérieure du corps, qui s'écartent par moments et laissent voir deux intei-stices bleus semblables à des colliers. Cette chenille se trouve souvent sur les arbres fruitiers.
Un petit Bombyx de Madagascar, caractérisé par ses ailes coupées obliquement (genre Borocera), est l'oljjet d'une culture particulière dans le pays, comme nous l'a appris M. Vinson. Les Ilovas élèvent ses chenilles, qui se nourrissent de l'Ambrevate, une sorte de Cytise, pour la soie de leurs cocons et pour les chrysalides dont ils font un aliment.
A côté des vrais Bombyx se placent les Liparites, ou les geni'es
Orgyia eih'paris. Ceux-ci ont un corps relativement assez mince, au moins les mâles. Les Orgyias sont des Lépidoptères de taille fort médiocre, où nous trouvons des exemples de femelles privées d'ailes, ou plutôt n'ayant que des moignons d'ailes.
Examinons l'espèce la plus commune du genre, l'Orgyia antique, onVEloilée de Geoffroy (Orgyia anliqua), sous ses diverses formes. Elle est d'autant plus facile à observer dans la nature, que ses générations se succèdent à peu près sans interruption pendant toute la belle saison.
Dès le mois de mai on rencontre sur le feuillage des Peupliers de petites chenilles tout à la fois bien jolies et bien bizarres.
Dans leur plus grande dimension, ces chenilles, garnies de bi-osses et d'aigrettes, n'ont guère plus de 2 centimètres de longueur; elles sont d'un gris bleuâtre qui passe souvent au brun ou au noir. Sur les deux côtés, leur premier anneau est orné d'un long faisceau de poils inégaux terminés chacun par un petit l'enflement. Ce sont de charmantes aigrettes dirigées en avant, que l'Insecte agite avec une grâce particulière. Le onzième anneau porte un semblable faisceau de poils incliné en arrière, et sur le cinquième il y en A un de chaque côté, moins long que les autres. Nos chenilles de l'Orgyia étoilée ont encore bien d'autres ornements. Sur la portion dorsale de leurs quatrième, cinquième, sixième et septième anneaux , s'élève une brosse jaune ou blanche taillée avec une entière perfection; une rangée de tubercules rouges, surmontés de petites aigrettes, règne tout le long des flancs.
Pour se métamorphoser, ces chenilles se filent une coque ; mais n'ayant à leur disposition qu'une faible quantité de soie, elles y mélangent leurs poils, qui tombent avec facilité au moment de la transformation, et comme les parois de la coque sont encore fort minces, des feuilles maintenues à l'aide de quelques fils sont ordinairement employées à servir d'abri.
Le Papillon éclôt deux à trois semaines après la transforma-
LES LÉPIDOPTÈRES. 2kl
tion de la cheuille. Le mule est uu Papillon au corps niinco, aux
MÉTAMORPHOSES DE L'ORGYIA I-TOILÉR (Orgyia antiqiia).
antennes pectiuées, aux ailes d'un brun fauve, avec quelques
l'aies plus sombres et une petite tache blanche ; la femelle est un animal gris, privé d'ailes, n'en ayant du moins que des rudiments, de véritables moignons. A l'aide de ses pattes, elle se traîne péniblement, car son ventre, très-gros, est alourdi par la quantité d'oeufs ([u'il contient. Cette femelle, dépourvue de toute beauté, n'a nul besoin de se déplacer pour rencontrer un mâle. Les mâles la recherchent, et avec l'instinct et l'aptitude ordinaires aux Bombycides, ils savent la trouver même dans l'endroit le plus caché. Aussitôt fécondée, on la voit cheminer sur le tronc de l'arbre, où bientôt elle dépose ses œufs en un paquet. Ces œufs, petits, arrondis, sont agglutinés au moyen de la liqueur visqueuse dont ils sont imprégnés au moment de la ponte.
Les Liparis ont les antennes plus longues que les Orgyies, trèspectinées dans les mâles, mais assez faiblement dans les femelles. Chez ces dernières, l'abdomen est épais et laineux. Les chenilles des Liparis, un peu déprimées, portent des poils roides, souvent disposées en étoiles.
Dans le centre et le nord de l'Europe, ces Lépidoptères sont les plus communs des Bombycides : la plupart des espèces du genre sont fréquemment fort nuisibles à la végétation. Le Zigzag {Liparis dispar), le Zigzag à ventre rouge {Liparis monacha), ï Apparent on le Bombyx du ^aule {Liparis S alicis), le Bombyx cul-brun {Liparis chrysorrhœa), causent chaque année des dégâts considérables, et dans certaines circonstances, par suite de la plus impardonnable incurie et d'une législation qui contraste étrangement avec les lumières de la science de notre époque, ils deviennent de véritables fléaux pour l'agriculture.
La loi sur l'échenillage, en date du 26 ventôse an IV, demeurée en vigueur jusqu'à présent, est ainsi conçue :
« Art. l'^''. Dans la décade de la publication de la présente loi, » tous propriétaires, fermiers, locataires ou autres faisant valoir » leurs propres héritages ou ceux d'autrui, seront tenus, chacun » en droit soi, d'écheniller ou faire écheniller les arbres étant sur
» losilils liL'i'itagos, ji peine d'amende, qui ne pourra être moindre » de trois journées de travail et plus forte que dix.
» AiiT. 2. ils seront tenus, sous les mêmes peines, de brûler » siH--le-ehamp les bourses et toiles qui seraient tirées des arbres, » haies ou buissons, et ce, dans un lieu où il n'y aura aucun ') daufçer de communication du feu, soit pour les bois, arbres et » bruyères, soit pour les maisons et bâtiments.
» AnT. 3. Les administrations de département feront (''clu>- » niller dans le même délai les arbres étant sur les domaines na- » tionaux non atfermés.
>) Aur. i. Les agents et adjoints des communes sont tenus de » surveiller l'exécution de la présente loi dans leurs arrondisse- » ments respectifs; ils seront responsables des négligences ({ui y » seront découvertes.
» AuT. 5. Les commissaires du Directoire exécutif près les » municipalités sont tenus, dans la deuxième décade de la publi- » cation, de visiter tous les terrains d'arbres, d'arbustes, haies ou » buissons, pour s'assurer que réclienillage aiira été fait exac- ^
» tement, et rendre compte au ministre chargé de cette partie. /i- /^
» Art. 6. Dans les années suivantes, l'échenillage sera fait, » sous les peines portées par les articles ci-dessus, avant le \ » l'^'" ventôse (20 février).
» Art. 7. Dans le cas où quelques propriétaires ou fermiers n auraient négligé de le faire pour cette époque, les agents et les n adjoints le feront faire aux dépens de ceux qui l'auront négligé » par des ouvriers qu'ils choisiront; l'exécution des dépenses leur » sera délivrée par le juge de paix, sur les quittances des ou- » vriers, contre lesdits propriétaires et locataires, et sans que ce » payement puisse les dispenser de l'amende.
» Art. 8. La présente loi sera publiée le 1" pluviôse (20 jan- » vier) de chaque année, à la diligence des agents des communes, » sur la réquisition du commissaire du Directoire exécutif. »
En vertu de cette loi, des affiches sont fréquemment apposées
dans la plupart des départements de la France, afin d'engager les populations à ne pas trop négliger leurs intérêts.
De temps à autre, même à Paris et dans le département de la Seine, des affiches rappellent les prescriptions de la loi relative à l'échenillage. Ainsi a été placardé à la fin de janvier 1867 :
« Un arrêté du Préfet de police, en date du 14 de ce mois, pris en conformité de la loi du 26 ventôse an IV et de l'article 471 du Code pénal, qui prescrit la publication k nouveau d'une ordonnance du 25 février 1859, concernant l'éclienillage des arbres, bois, haies et buissons d'ici le 20 février prochain.
» On devra, disait cet arrêté, brûler soigneusement les fourreaux h chenilles.
» Cette opération, par suite de la multiplication extraordinaire des chenilles dans les environs de Paris, est devenue d'une nécessité absolue.
» La multiplication des chenilles, véritable fléau de l'agriculture, est due à la destruction des oiseaux, destruction à laquelle les propriétaires se livrent avec tant de plaisir et de cruauté, sans en prévoir les tristes résultats pour les récoltes. »
Tous ceux qui ne sont pas absolument étrangers aux plus simples notions d'histoire naturelle s'étonnent à bon droit des termes vagues de la loi du 26 ventôse de l'an IV, qui ne marque aucun pi'ogrès sur les prescriptions antérieures.
Nous voyons que cette loi a été édictée uniquement en vue des dégâts qu'occasionne souvent le Liparis cul-brun (Zîjoar«"sc/jrj/sorrhœa) dans le nord et le centre de la France, puisqu'il s'agit de nids que l'on peut ex que l'on doit détruire pendant l'hiver. iAIais cette espèce n'est pas toujours la plus nuisible ; elle ne se trouve pas dans toutes les parties de la France. Il y a beaucoup de chenilles aussi redoutables ou plus redoutables pour la végétation, qui n'éclosent qu'au printemps, et dont la loi ne s'occupe en aucune manière. Celles-là ne font pas de nids: ce n'est donc pas
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par les moyens prescrits qu'il est possible den opérer la destruction. D'un autre côté, si le but de l'ai'licle 2 no laisse aucun doute, que faut-il penser de l'article !•"•, ordonnant Véchemllage avant le 20 février. 11 n'y a f;nère de clienilles courant sur les arbres pendant l'hiver.
«L'écheuillage, dit M. iMerlin, est l'action de d(''li'uir(> les clien nilleSj ou plutôt les nids et enveloppes qui reniernient les œufs » de ces Insectes. Ce soin, qui est d'une si grande im[)ortance » dans l'intérêt des fruits et récoltes, sendile avoir du être de tout « temps l'un des principaux objets de la police rurale; on cite ') cependant, comme ayant introduit en France l'obligation de » l'écheuillage, l'arrêt du règlement du Parlement de Paris du » 4 février 1732. On n'avait eu recours jusque-là qu'aux exor- » cismes et aux réquisitoires. »
Un historien du Daupliiné, Chorier, l'acontc c^ue, vers le commencement du xvi" siècle, les chenilles s'étaient tellement multipliées dans cette province, que le procureur général crut devoir faire un réquisitoire pour leur enjoindre de déguerpir et vider les lieux. En 1B43, un membre de la municipalité de Grenoble exposait au conseil que les limaces et chenilles commettaient de grands ravages; il demandait en conséquence « qu'on priât M. l'offîcial de vouloir excommunier lesdites bêtes, et procéder contre elles par voie de censure , pour obvier aux dommages qu'elles faisaient journellement et qu'elles feraient à l'avenir». Le conseil prit un arrêté conforme à cette demande. On pourrait citer beaucoup d'autres documents du même genre ^
A l'époque à laquelle se rapporte l'arrêt du règlement que nous avons cité, les ravages causés par les chenilles avaient été tels, plusieurs années de suite, qu'il avait été jugé urgent d'y
' M. Millet, inspecteur des forûls, a réuni sur ce sujet beaucoup d'informations curieuses, qu'il a bien voulu nous communiquer, mais les limites de notre cadre ne nous permettent pas de les rapporter.
remédier par des mesures générales et plus efficaces. « L'année » 1731, dit Fournel, fut si favorable à la germination des œufs, » qu'on vit se renouveler le fléau des sauterelles d'Egypte. » Les feuilles, les fleurs, les boutons des arbres, étaient dévorés » aussitôt leur apparition : en sorte qu'au mois d'août, les bois et » les forêts ofl'raient la même apparence qu'au mois de janvier. » L'exemple d'un pareil malheur provoqua la sollicitude desma- » gistrats sur les moyens de le prévenir par la suite; et c'est à » cette époque que fut inti-oduite l'obligation de l'échenillage. »
Partout, on le voit, des expressions vagues, générales, qui dénotent l'absence des notions les plus élémentaires sur le sujet.
Le Liparis cul-brun est ce petit Papillon toutblanc dont l'extrémité du corps est garnie de poils d'un brun doré, que tout le monde connaît. Il se montre à la fin de juin et au commencement de juillet. La femelle pond ses œufs en paquets à la face inférieure des feuilles ou sur les branches, et les recouvre de ses longs poils laineux en frottant son abdomen, de manière à les protéger et à les masquer complètement. Les petites chenilles naissent à la fin d'août ou en septembre, et tout aussitôt elles se fabriquent en commun, sur les hautes tiges, une tente soyeuse qui les met à l'abri des dangers extéiùeurs. Elles passent ainsi l'hiver. Dès que le feuillage commence à pousser, elles se répandent partout et causent la dévastation parmi les arbres fruitiers et quelquefois sur les arbres des forêts. Elles sont d'un brun noir, garnies de tubercules portant des poils roussâtres en aigrettes, avec des taches l'ouges sur le dos et deux rangées de taches blanches. Elles se métamorphosent au mois de juin dans une coque à parois minces, entremêlées de poils. Toutes les habitudes de l'Insecte indiquent qu'on peut le détruire facilement pendant l'hiver en enlevant les bourses ou en les arrosant avec des huiles communes.
Le Liparis du Saule, ou \ Apparent (Liparis Salicis), un peu plus grand que le précédent, a les ailes d'un jjlanc argenté et le
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corps Idiil lil.iiic. La IViiu'Uc |»oii(l ses (l'iil's sur les Iroiics des Saules ot (les l'eupliors. Ceux-ci, de couleur verdàtre, sont disposés en rosaces et recouverts d'un enduit blanc. Les chenilles éclosent au printemps et déi)0uillent souvent les arbres de toutes leurs feuilles. D'une couleur grise noire, avec des tubercules surmontés de poils roux, vuie série de grandes taches dorsales blanches ou d'un jaune très-pàle et deux lignes de la même teinte, elles sont faciles à reconnaître. Pour détruire cette espèce, il y a un moyen fort simple : c'est de barbouiller avec de l'huile, du goudron, ou toute autre substance, les plaques d'œufs que l'on aperçoit sans peine, surtout lorsque les arbres sont dépouillés de leurs feuilles.
Le Zigzag (Liparis dispar) abonde presque partout, dans les jardins, sur les routes, dans les forêts. Le Papillon mâle a des ailes grises traversées par des raies sinueuses très-foncées; la femelle, beaucoup plus grosse, a des ailes blanches avec des lignes noires. Elle dépose ses œufs en paquets sur les troncs d'arbres et les recouvre avec les poils laineux roussàtres de son al)domen. Les chenilles éclosent au mois de mai et acquièrent vite une assez forte taille ; leur peau est noire réticulée de gris et garnie de tubercules, les premiers bleuâtres, les autres ferrugineux, tous surmontés de longs pods roides qui pénètrent aisément l'épiderme et causent d'assez vives démangeaisons. Elles se transforment dans un réseau extrêmement lâche.
Une espèce voisine, le Zigzag à ventre rouge {Liparis monacha), ayant les mêmes mœurs, est peu répandue en France, mais fort commune en Allemagne , où elle exerce souvent d'immenses ravages dans les forêts. M. Ratzeburg a donné, sur cet Insecte comme sur beaucoup d'autres, d'intéressants détails dans son grand ouvrage sur les Insectes nuisibles aux forêts.
On comprend que ce n'est pas par l'échenillage qu'on peut détruii'c ces divers Liparis. Ce sont les pontes seules qui peuvent être anéanties pendant l'hiver, sans qu'il en coûte de grands efforts.
Des Lépidoptères ayant d'intimes rapports de conformation avec les Orgyies et les Liparis, mais presque tous parés de vives et fraîches nuances, sont les Arctiites. Les espèces du genre Ecaille proprement dit [Ârciia) peuvent être citées comme des plus jolies parmi les Lépidoptères nocturnes. L'Écaillé martre [Arclia caja) est commune par l'Europe entière. Sa chenille est connue de presque tout le monde ; car vivant sur une infinité de plantes basses, elle court continuellement à terre par les chemins et les allées des jardins avec une étonnante rapidité. Assez grosse, de couleur noire, portant des tubercules surmontés de longs poils soyeux, noirs sur le dos, d'un roux vif sur les côtés, elle attire aisément l'attention. Pour se transformer en chrysalide, elle s'établit sous des pierres ou sous des feuilles, et se construit une coque à parois faibles, dans laquelle elle fait entrer une partie de ses poils qu'elle perd au moment où elle commence à filer. Le Papillon éclôt quinze à vingt jours après la métamorphose de la chenille. Ses ailes antérieures, d'une envergure de G à 7 centimètres, sont bruues, avec des lignes blanches semblables à des rigoles dirigées dans tous les sens; ses ailes postérieures, d'un beau rouge relevé par six ou sept taches d'un bleu foncé, cerclées de noir.
Les autres Écailles les plus remarquables de notre pays sont \ Écaille rose {Arclia Hehe), la Grande-É caille brune {Arclia malronula) de nos départements de l'Est, VEcaille marbrée {A. illico), Y Écaille mouchetée {A. purpurea), la Bordure ensanglantée {A. russula), etc. Certaines espèces de ce genre {Arclia pudica) et de (Quelques genres voisins font entendre une stridulation au moyen d'une petite capsule qu'elles portent de chaque côté du thorax. M. Guénée a publié d'intéressantes observations sur ce sujet.
Les Callimorphes, charmants Lépidoptères dont les formes sont pbis grêles, plus élégantes que celles des Ecailles, possèdent une trompe assez développée. L'une, VÉcaille marbrée rouge {Calli-
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morpha dominuUi), a les ailes aiiti-ricurcs d'iiii vorl Iti-Diizé, avec douze à quatorze taches blauclies, les ailes de la seconde pain; d'iiu rouge magnifique relevé par trois taches noires; l'autre, la Phalène chinée de (.leofi'roy (C /iera), en difïère surtout par ses ailes antérieures traversées par des raies blanches. Chez ces Insectes comme chez diverses Ecailles, il arrive parfois (pie les coideurs rouges des ailes passent au jaune. Certains amateurs sont arrivés, à l'aide d'une évuporation acide, à produire artificiellement un changement de couleur analogue, en se gardant bien d'avertir de leur fraude. Des auteurs ont décrit ces individus dénaturés comme de curieuses variétés, ou, suivant leur langage, comme des aberrations. Le mot aberration n'est-il pas ici eu effet bien choisi ?
On distingue sous le nom de Lithosiitesde petites espèces d'une texture frêle, ayant des ailes qui enveloppent le corps pendant le; repos et souvent des antennes très-minces. Les Lithosies ont des ailes fort étroites et des antennes en forme de soies. La plupart de leurs chenilles se noiUTissent des Lichens qui croissent sur les troncs d'arbres. Les Euchélies ont des ailes plus larges et agréablement colorées, et l'une d'elles, bien jolie et bien abondante, est remarquée dans toutes les campagnes d'une grande partie de l'Europe. C'est le Carmin du Séneçon {E. Jacobeœ), comme l'appelait Geoffroy , le Papillon délicat qui vole et se pose avec les Zygènes, dont il a les couleurs. Ses ailes antérieures, d'une teinte bi^onzée, ont deux raies et deux taches du carmin le plus vif; ses ailes postérieures, de cette demiière nuance, ont une frange noirâtre. La chenille de cette chai'mante espèce, noire et annelée de jaune, vit sur les Séneçons qui croissent dans les champs incultes et au bord des chemins. Dans le Midi de la France, et dans les pays dont la Méditerranée baigne les côtes, vole l'été une Euchélie plus gracieuse encore (E. pulchella) ; celle-ci a les premières ailes blanches, parsemées de points noirs et ornées de seize ou dix-sept petites taches d'un rouge écarlate.
Dans cette intéressante famille des Borabycides, il est un grand genre devenu le type d'une tribu particulière. C'est le genre des Psychés. Psyché, tout le monde connaît l'origine de ce mot gracieux ; avant d'être le nom de la ravissante princesse antique aux ailes de Papillon, il signifiait l'àme, le souffle. Ou il convient donc à mei'veille, ce joli nom de Psyché, aux Papillons auxquels il a été attribué! [Jnc taille toute mignonne; un corps mince couvert de longues soies; des ailes à peine revêtues d'écaillés, grises, brunes, noirâtres, et eu même temps presque diaphanes ; de petites antennes plumeuses, sont les signes extérieurs des Psychés. Ces Lépidoptères, qui réalisent ce que l'on peut imaginer de plus délicat, ont comme les autres Bombycides une trompe toute rudimentairc. Ils n'ont besoin d'aucune nourriture pendant les jours comptés de leur existence.
Mais les Psychés n'appellent point l'attention seulement par le charme et la grâce de leurs formes, elles offrent un intérêt exceptionnel par le genre de vie de leurs larves, par la dissemblance des individus des deux sexes. Les mâles seuls ont toutes les perfections que nous avons indiquées; les femelles sont dans
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{Psyché graminella).