‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 45 sur 102 · MÉTAMORPHOSES DE LA PSYCHÉ DU GUAMEIS · texte numérisé non relu

MÉTAMORPHOSES DE LA PSYCHÉ DU GUAMEIS

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Il .1 |>;is iiidiiis (le :' à ,'{ (•('ntiin("'trc's ilc Idiit^iiciu'. ( '.oiii[)Osc; ili' [M'Iils iiiorccaiix dv rciiillcs, Ions taillt's à [kmi [tirs dans k's iiiriucs [»ruportioiis ul arlisk'iiu'iit iiiil)riqucs do l'uçou à ligurer coiuino des falbalas, ce fourreau est ordiiuiireuicnt garni dans sa portion ant(.''rii'ur{' d'une ou doux rangées de brins de bois (•u (l'tiorlios disposc's dans le sons longitudinal, (les brins sont iournis par les plantes cpu; la chenille afi'ectionno, le (lenêl, la Ki'uyère, les Graminées. Nous venons d'examiner ce fourreau loi'stpiil a acquis sa plus grande dimension ; mais quand la chenille était jeune, le fourreau était petit, et cependant c'est toujours le morne fourreau.

L'Insecte n'abandonne pas sa donieuro devenue trop étroite, [)our en confectionner une nouvelle. Quand , par suite de son accroissement, il se ti'ouvc resserré, il fait avec ses maudibulos une l'ente à son habitation portative; les bords de la fente s écartent-, une pièce formée d'uu peii de soie et de débris de végétaux comldera l'intervalle. Tant de fois l'animal aura besoin de s'agrandir, tant de fois il recommencera la même manœuvre, afin d'augmenter la capacité de son fourreaw. Cette ohenille, d'uu gi'is pâle, avec sa tète et ses trois anneaux thoraci([ues d'un brun roux marqués de points et de ligues noires, est sans beauté. Toute parure est inutile à qui doit vivre constamment dans l'obscurité.

U y a quarante ans, un naturaliste anglais, Lansdowne Guilding, observait les mœurs et les transformations de Lépidol)tères d'Amérique très-voisins de nos Psychés, mais d'une taille bien supérieure. Ces Insectes, ayant des ailes plus longues que les vraies Psychés et des antennes terminées en manière de soie, reçurent le nom générique à'OEcelicus, faisant allusion à la maison que les larves portent avec elles. Depuis cette époque, des espèces du même genre ont été rencontrées en diverses parties du monde. L'une des plus remarquables est l'OEcétique de Saunders {OEcelicus Saimdersii), fort commune en Australie.

Le mâle, qui a une envergure de 4 à 5 centimètres, a les ailes enfumées avec des veines transparentes ; la femelle, très-massive, longue d'environ 4 centimètres et demi, ressemble par son aspect à celles des Psychés européennes. La chenille construit un fourreau qui atteint la longueur de 15 à 16 centimètres, d'une soie grise, fine et serrée, et dont les parois épaisses sont garnies à l'extérieur de bûchettes espacées. Elle accroche ordinairement son fourreau aux branches d'arbres par de longs fils assez forts pour résister à l'action des vents impétueux qui régnent souvent en Australie. L'espèce décrite par un savant entomologiste de l'Angleterre, M. Westwood, a été observée dans toutes ses habitudes par notre voyageur M. Jules Verreaux.

Divers Bombycides, chez lesquels s'affaiblissent notablement les caractères de la famille, sont rangés dans une tribu particulière, les Hépialines. Ces Lépidoptères ont des antemies courtes, faiblement pectinées ou simplement dentelées, même dans les mâles; un abdomen allongé, avec l'oviducte presque toujours saillant chez les femelles.

Cette division comprend les Ilépiales, dont les antennes, fort petites, sont à peine dentelées ou même moniliformes. Ce sont des Insectes peu nombreux en Europe, et au contraire très-répandus dans certaines régions du monde, l'Amérique, l'Afrique, l'Austrahe en particulier.

Les chenilles des Ilépiales, s'attaquant aux racines de divers végétaux, ne se montrent jamais à la lumière; aussi sont-elles minces, allongées, décolorées. La plus grande espèce européenne est l'Hépiale du Houblon (ffepialus HuïmiU), le mâle ayant des ailes blanches, argentées, avec une bordure ruugeàtre, la femelle des ailes d'un jaune vif, traversées par deux bandes d'un rouge fauve. Cet Insecte est fort commun dans le nord de l'Europe et dans les montagnes; il abonde dans quelques parties de la Suisse.

L'Australie est la terre des grandes Ilépiales. L'une d'elles

LES Li::PinOPTl";RRS. 261

(Hepialus grandis), aux ailes ••Tisos, a une cliciiillc ('•iiornir. (Mitiri'ciiu'iil blanche, ([ui vit dans les ti'oucs des Ciasiianiias, les riiiicux ai-hi-es sans feuillage de la Nouvelle-Hollande. Les pauvres naturels de cette terre déshéritée pour les substances alimentaires recherchent les larves de laf-rande Ilépiale, et la mangent toute vivante, avec luic avidité digne de véritables sauvages. Ils se plaisent, nous a rapporté M. J. Verreaux, à humer l'intérieur de ces larves comme s'il s'agissait d'un fruit très-miir.

Un autre genre de la même tribu est celui des Zeuzères, trèsreconnaissables à leur corps épais, à leurs antennes pectinées à la base et terminées en manière de soie, surtout chez les mâles. Le type est bien connu : c'est la Zeuzère du Marronnier d'Inde (Zeuzera JEsculi), ou la Coquelle des vieux entomologistes, un Papillon blanc très-velu, dont les ailes sont couvertes de points ou de i)etites taches d'un bleu d'acier. Sa chenille vit dans l'intérieur du tronc des Marronniers d'Inde. D'une couleur jaune, avec des points noirs, elle rappelle par son aspect, par sa démarche, les chenilles des Sésies. Il y a des conditions d'existence semblables, les analogies de conformation doivent se manifester. La Zeuzère du Marronnier n'est certainement pas un Insecte indigène; elle nous est venue du pays i{ui nous a fourni l'arbre aujourd'hui cultivé dans nos parcs et nos grands jardins.

Les Cossus sont voisins des Zeuzères, mais leur corps est plus épais, leurs ailes plus larges, leurs antennes pectinées jusqu'au sommet. L'espèce commune est le Cossus Perce-bois (Cossus ligniperda); le Papillon bien reconnaissable à ses ailes grises, nébuleuses, avec des taches et de fines rayures cendrées et blanchâtres; la Chenille d'un rouge vineux, portant quelques poils rares. C'est la Chenille du Saule, rendue célèbre par la belle monographie de Lyouct. Dans plusieurs localités , en effet , les Cossus rongent les vieux troncs de Saules; dans notre pays, ils vivent particulièrement dans les troncs d'Ormes. Creusant d'énormes galeries, ils amènent fréquemment la mort de très-

202 LES Mi::TAMOnPIlOSRS DES INSECTES.

grands arbres. La chenille dn Cossus foui'nit un admirable exemple des adaptations à un genre de vie spéciale; ce sont les particularités essentielles des chenilles de Sésies et des Zcuzères, plus prononcées que chez ces dernières. L'Insecte, destiné à ronger un bois dur, est pourvu d'une lèvre supérieure large, épaisse, sanséchancrure, etdemandiltules dentées d'une extrême puissance. Pour marcher avec faciUté, dans les galeries qu'elle a creusées, cette chenille a des pattes membraneuses courtes et garnies d'une véritable couronne de crochets.

Lyonet ayant donné des ligures exactes de ces pattes, on s'est imaginé que les crochets formaient à peu près dans toutes les chenilles un cercle complet ; de là le nom de pâlies en couronve. employé d'une manière générale pour désigner les pattes membraneuses. Dans la plupart des cas, cependant, les crochets n'occupent qu'ini demi-cercle ; la couronne entière existe seulement chez les espèces qui cheminent, soit dans l'intérieiu' des tiges ou des troncs, soit dans l'épaisseur des feuilles.

D'autres Bombycides (ceux de la tribu des JNotodontides) se rapprochent manifestement des Noctuelles par les proportions de leur corps et de leurs ailes, ayant cependant des antennes pectinées chez les mâles et une trompe rudimentaire, mais bien distincte, moins ati'ophiée que chez les autres représentants de la famille. A l'état adulte, ces Insectes n'offrent aucune particularité bien frappante; à l'état de larves, au contraire, ils présentent plusieurs singulaintés, notamment ceux du petit groupe des Notodontides, composé de quelques geiu'es faciles à distinguer.

Le nom de Dicranures a été attribué aux Notodontides caractérisés sous leur forme de Papillons par des antennes un peu contournées et assez fortement pectinées dans les deux sexes, et sous leur forme de chenilles par une curieuse modification des pattes membraneuses de la dernière paire. Entre les diverses espèces du genre, arrêtons un instant notre attention sur In plus

LKS Li:i»lD()l>TKIlES.

conununo. C'est de son iKun viil^.ihv : \a Queue-fourchue (Dicrantira vinulà).

i.A Qur.uK-rouRi;iii-K

[DicrannÀ vimila).

\.c rapillon fomcllo el la chenille.

Dès les derniers jours d'avril et pendant tout le mois de mai, se montre fréquemment dans les endroits humides un beau Papillon de nuit très-reconnaissable à sa teinte générale d'un gris presque blanc, avec des points et des raies sinueuses d'un noir assez vif ou d'un gris cendré. Le soir, l'Insecte vole près des Peupliers et des Saules; pendant le jour, il se cache sous le feuillage ou sur le tronc de ces arbres. La femelle a bientôt effectué sa ponte, et dans le mois de juin on trouve les chenilles isolées sur les feuilles des Peujiliers. Toutes petites encore, leiu'

26i LES METAMORPHOSES 11ES INSECTES.

couleur est presque noire. Quelques semaines })lus tard, elles ont subi plusieurs mues, et leur taille est devenue ti'ès-forte. Ces chenilles lisses, avec leur grosse tête susceptible de rentrer dans le premier anneau du corps, avec le troisième anneau élevé et comme bossu, avec leur extrémité postérieure munie de deux prolongements souvent redressés, semblables à deux queues d'où l'on voit saillir à la volonté de l'animal un tentacule flexible, ont un aspect singulier. D'un beau vert tendre, la Queue-fourchue présente sur la région dorsale, étendue comme une sorte de manteau, une longue marque eu losange d'un brun vineux avec une bordure blanche. Elle a des pattes membraneuses massives pour porter son corps pesant, et ces pattes sont armées de trèslongues épines. Les queues, presque blanches, sont garnies de tubercules noirs. La singularité offerte par cette chenille, c'est la transformation des dernières pattes membraneuses en deux appendices, sortes de queues percées pour le passage de tentacules, sans doute attribués à l'animal comme moyen de défense dans des circonstances qui n'ont pas été observées. A l'aide de cet appareil, la chenille parvient peut-être à éloigner les Ichneumons et les Mouches cherchant à introduire leurs œufs dans son corps. Au terme de sa croissance, la Queue- fourchue , descendant au pied de l'arbre qui l'a nourrie, file une coque très-épaisse, trèsrésistante, agglutinant, avec une grande quantité de vernis, des détritus végétaux; l'Insecte passe l'automne et l'hiver à l'état do chrysahde.

Des Notodontides voisins des Dicranures, les Harpyies, aux antennes pectinées terminées par une soie, ont des chenilles plus bizarres encore. Le type du genre est surtout particulièrement remarquable : la Ilarpyie du Hêtre (Harpyia Fagi).

La chenille, que l'on trouve au mois d'août et de septembre dans les forêts et les grands bois, habituellement sur les Hêtres et quelquefois aussi sur les Chênes, les Aunes, les Bouleaux, a un aspect vraiment extraordinaire. D'un Innm pâle ou d'une

l.ES

■.PIDOPTftHRS.

tc'iiilc (If ciiii' iiiiilnniic. rllc n attire [loint 1 atlciitioii |iar sa (■(Hileur, mais elle a des pattes écaillenses de la seconde et de la troisième paire dune longueur extrême, qui demeurent souvent pendantes. Les anneaux de son corps, dn cpuitrième au septième, |>résenleut deux gibhosités terminées en pointe; du neuvième au

HABPYIE DU UÊTRE [HarpijM Fagi).

Le rapillon femelle au repos,

dernier, ils ont un élargissement latéral très-considérable, avec des crénelures sur le bord. Les pattes membraneuses postérieures sont converties en deux tubes grêles. Pendant le repos, la chenille de la Harpyie du Hêtre tient ordinairement redressées les deux extrémités de son corps. La bizarrerie est à la fois dans

les formes et dans les attitudes, saus que nous puissions en expliquer jusqu'à présent les causes détei'ruinées par des circonstances biologiques. Ces longues pattes écailleuses n'existent chez aucune autre larve connue de Lépidoptère, et ici leur longueur semble n'offrir aucun avantage à l'animal. Pour se transformer en chrysalide, la Ilarpyie du llètre fde une coque légère ([u'ellc garantit avec des feuillt^s.

Le geni'e des Notodontes est, dans le groupe, le plus nomlireux en espèces. Le nom fait allusion à un caractère de plusieurs de leurs chenilles, qui ont sur quelques anneaux de Ituir corps des gibbosités parfois surmontées de pointes. Ces larves lisses, ou garnies de poils très-clairsemés, vivent sur les arbres. Les Papillons se reconnaissent aisément à la présence d'un petit lol)e au bord interne des ailes de la première paire. Les Notodontes les ]tlus communs dans notre pays sont le Bois veiné de Geoffroy (Notodonla Ziczac), qui, à l'état de chenille, vit sur les Saules, les Peupliers, les Bouleaux. Le Chameau d'Ernst [Notodonla dromedaria), affectionnant pendant son premier âge les Bouleaux des forets; la Demi-Lune noire d'Engramelle {Notodonla chaonia), une des nombreuses espèces du Chêne.

Diverses autres espèces de la même tribu ont généralement des ailes plus longues que d'autres Notodontides ; on les rattache à quelques genres particuliers, et surtout au genre Pijgœra. Leurs chenilles, longues, un peu déprimées, sont plus ou moins garnies de poils. L'une des espèces les plus communes, appelée par Geoffroy \a Lunule (Pygœra bucephala), h raison de la forme d'une tache blanche des ailes antérieures, se troiive, dans son premier état, sur la plupart de nos grands arbres, les Chênes, les Ormes, les Hêtres, les Bouleaux, les Tilleuls. C'est une grosse chenille poilue, brune, variée de jaune et ornée de six raies longitudinales d'une teinte pâle. Elle s'enfonce dans la terre pour se métamorphoser. Une espèce plus petite, la Hausse- Queue fourchue d'Engramelle [Pygœra anachorela), se tient sur

i.Ks i.i;i'ii)Oi"n:iii:s. -lai

los Saules, oaclu'c oiilrc des ri-iiillcs (lu'cllo .-illaclio nu uioycu »lo quelques lils.

Le plus vaste groupe de l'ordre des L(''[»id()ptèi'es est la famille des NocTUÉLiDF.s. C'est une innueiise légiou d'espèces de tous les IKiys d'uue appareuee ti'ès-uuiCornie. Les Noctiu''li<les d'Iîurope. au nombre de j>rès de luiit cents, ont été la pliiparl étudiées avec soin dans leurs caractères, dans leurs mélamorplioses, dans leurs conditions d'existence, et néanmoins les naturalistes faisant les plus grands efforts pour établir parmi ces Insectes des divisions généri([ues, ne sont arrivés à aucun résultat satisfaisant, i'^n l'absence de véritables caraclèi-es pouvant fournir parmi les iNoctnélides les distinctions que l'on cherchait, on s'est contenté souvent de détails de coloration, de la préfi'rence des chenilles poiu- certaines plantes. Malgré tout, il est demeuré impossible de donne)' un moyen sûr de reconnaître les divers genres établis dans la famille. Aussi il y a un extrême intérêt à étudier cett<' multitude de Lépidoptères si pareils par tous les détails de leur • u'ganisation, et dont les espèces néanmoins sont parfaitement distinctes les unes des autres. En réalité, la très-grande majoriti' des Noctuélides appartient à un seul genre, le genre Noctnelle (Nocttia), (|ui a une foule de représentants.

L'étude comparative de toutes ces espèces voisines fournit un grand enseignement. Voici dix, vingt, trente Papillons ou même bien davantage, dont tous les traits essentiels de l'organisation sont semblables, dont toutes les différences appréciables consistent dans des détails de coloration ; il faut croire qn'ils proviennent- d'une souche unique, que leurs faibles caractères distinctifs sont des modifications déterminées par des circonstances extérieures? Certes, si les idées qui se sont fait jour à d'iverses époques, les idées de Lamarck et de tant d'autres, les idées reprises et développées par M. Darwin, avaient quelques V(''rités pour fondement, on devrait le penser.

Mais loin de là, on a ici un exemple capable de faire coni-

prendre la valeur de ces idées sur de prétendues modifications continues des espèces. En étudiant ces iXoctuelles exclusivement dans leurs caractères, lorsqu'elles sont parvenues à l'état adulte, on serait amené à concevoir les doutes les plus graves sur les distinctions spécifiques; mais en observant ces Insectes dans toutes les phases de leur existence, dans les conditions où elles sont fatalement destinées à vivre, toute incertitude disparaît. Des Papillons presque semblables ont des chenilles offrant des particularités distinctives des plus manifestes. Ces chenilles vivent dans des conditions dissemblables ; elles affectionnent des végétaux différents; elles ont des pattes construites pour marcher sur une plante, et se trouveraient mal à l'aise pour grimper après des plantes recherchées par des espèces voisines. 11 n'est pas de groupes du Règne animal, enfin, où l'on puisse reconnaître avec plus de sûreté combien chaque espèce organisée pour vivre dans des conditions déterminées est privée de la possibilité de subir d'autres conditions d'existence.

Les Noctuélides se distinguent aisément de tous les Bombycides; elles ont une ti'ompe de moyenne longueur, des palpes saillants, des antennes en forme de soie, simples ou finement denticulées. Ces Lépidoptères, en général de petite taille, atteignent rarement des proportions un peu considérables. Comme l'indique la dimension de leur trompe, ils prennent de la nourriture. Leurs chenilles sont le plus souvent rases.

Il est certaines Noctuélides qui rappellent sensiblement le port des Bombyx; ce sont les Acronyctes et quelques genres voisins (groupe des Acronyctites). Sur les Ormes, les Bouleaux, les Tilleuls, sur la plupart des arbres fruitiers, se trouve communément, à la fin de l'été et en automne, uneClienille noire, ornée d'une bande dorsale jaune, de marques rouges sur les côtés, d'une raie grise au-dessus des pattes, et portant une longue éminence noire sur le quatrième anneau et une forte gibbosité sur le onzième. Au moment de se transformer, l'Insecte descend

LES LHIMIKII'TÈRES. 'IW

sur le li'oiic cl s'étalilil ciilrc les (issiiros de l'écorco, souvent jusqu'au [liod de lai'ln'o, et aussi abrité que possible, il se forme une eoquc légère. Le Papillon éclôt vers le mois de juin de l'année suivante. Pendant le jour, on le voit collé sur des troncs ou des murailles. Ses ailes grises, avec des lignes noires, et surtout un signe très-net figurant d'une manière exacte la lettre grecque (|/, le l'ont l'econnaître à la première inspection. Le signe ( aractéristifpie a valu à l'espèce son nom vulgaire et son nom scienlifKpie, le Psi {Acronycla psi).

Les végétaux de tous les genres nourrissent des Lépidoptères. Les Mousses, les Lichens qui poussent sur les arbres, sur les murailles, même dans nos villes, sur les quais et les parapets des p(mts, sont la pâture de petites chenilles sombres très-apparentées auxAcronyctes : ce sont les mangeuses de Mousses, les Bryophiles. Retirées pendant le jour dans des trous ou des crevasses, elles sont difficiles à découvrir; c'est dans leurs petites retraites (pi'elles forment leur cocon composé de soie et de Lichen.

Examinons maintenant les vraies Noctuelles sans nous préoccuper de toutes les distinctions génériques admises dans les ouvrages descriptifs. Il est important de les connaître, car plusieurs d'entre elles se multiplient avec une étonnante facilité et causent parfois d'immenses ravages dans les grandes cultures. A l'état de Papillons, les vraies Noctuelles [Noclua) ont des antennes ciliées, un peu pectinées dans les mâles et des palpes hérissés de longs poils; à l'état de chenilles, elles sont cylindriques, presque rases, et se nourrissent de plantes basses ou de racines; en général, elles se métamorphosent dans la terre.

Une des espèces les plus communes, les plus curieuses par les habitudes, les plus importantes à connaître pour les cultivateurs, est la Noctuelle des moissons (Noclua segetum — Genre Agrotis) des entomologistes modernes, qu'Engramelle nommait la Moissonneuse. Le Papillon a les ailes antérieures brunes ou fauves, un peu plus claires chez les mâles que chez les femelles.

27(1 i.Hs mi':taMuui>H()SEs des insectes.

iijai'(|U<'es à la base d'une double ligue ondulée suivie d'une tache brune, au centre de deux autres taches, l'uue ronde bordée de noir, l'autre réniforme, au bord d'une série de taches noires eu forme de lunules, et les ailes postérieures d'un blanc opalin.

Les Papillons édosent dans les derniers jours de mai ou dans les premiers jours de juin, im peu plus tôt ou un peu jdus tard, suivant la température. Les femelles déposent ordinairement leurs leufs en petites plaques à la face inférieure des feuilles ou vers l'origine des tiges des plantes à racines pivotantes, les Betteraves, les Chicorées, etc. Les chenilles ne restent jamais sur les feuilles ; elles entrent en terre et s'y tiennent cachées constamment pendant le jour ; la nuit seulement elles voyagent, mais sans attaquer le feuillage. Rongeant les racines au collet, elles les creusent profondément, et arrivent à les couper, si leur volume n'est pas considérable. Parvenues à leur plus grande dimension dans le mois de juillet, les chenilles de la Noctuelle des moissojis ont alors une longueur de 4 centimètres à 4 centimètres et demi. Leur corps, lisse, luisant, d'un gris verdâtre assez sombre, porte sur chaque anneau deux rangées transversales de points verruqueux d'ini noir bi'illant, surmontés d'un poil. Leurs mandibules sont fortes et tranchantes, et ainsi parfaitement constituées poujentamer des racines; leur lèvre supérieure n'a pas d'échanorure, ce qui s'explique avec le genre de nourriture que prennent ces Insectes ; leurs pattes membraneuses, très-courtes, présentent à leur extrémité une cavité fort petite, circonscrite par un rebord dur, où les crochets font à peine saillie. La chenille, rpie les cultivateurs appellent le Ver gris, trouve ainsi toute facilité pour marcher dans la terre, mais elle aurait une grande difficulté à grimper, ses pattes n'étant pas construites pour saisir. Nous avons ici un exemple bien frappant des adaptations des organes à des conditions d'existence déterminées pour l'animal.

Les chenilles de la Noctuelle des moissons, arrivées au terme

LtlS Li:iMl)Ul'TKlU>:S. -ni

(le Ilmii' ci'dissaiico, se raronnciit une loj^e dans la terre à une Irès-laible iirolbntleur. i\e produisant (jue très-[)eu de soie, elles en ont assez eependant pour consolider les parois de leurs cellules et les rendre imperméables à l'eau. (Jiuuid la saison est ohande , les l*apillons éclosent dès le mois daoùt ; an moment de sortir, ils entraînent avec eux renvelo[>pe de la chrysalide, ((ui les protège et leur pei'met de traverser une couche de terre d'une cei'taine épaisseur. Comme les espèces dont les larves vivent dans le hois, ils n'abandonnent cette déponille (|n'après être au dehors. Lorsque les Noctuelles n;dssent au milieu de l'été, on voit de nouveau leurs chenilles pendant l'automne; celles-ci se transforment en chrysalides aux ap- [iroches de l'hiver, mais si elles ne sont pas au terme d(! leur développement tpiand les [)remiers froids se font sentir, elles hivernent et ne subissent leur métamorphose tpi'au priiitemiis. Il y a dans la manière dont se succèdent les générations et les transfonnations de cette espèce des variations dépendantes de la température sur lesquelles se sont mépris la plui)art des auteurs qui eu ont parlé.

La ÎNoctuelle des moissons, Insecte depuis longtemps réputé des plus nuisibles, devient en certaines circonstances un fléau pour l'agriculture. En 18(35, la multiplication de cette espèce dans plusieurs départements de la France, et surtout dans ceux du Nord et du Pas-de-Calais, était prodigieuse, les ravages ([u'elle exerça presque incroyables. Au collet de chaque Betterave, sans aucune exception, il y avait une quantité considérable de chenilles; en grattant un peu la terre, entre les lignes de Betteraves, on en mettait à découvert sur tous les points. En certains endroits, il a été possible d'en recueilliiplus d'une centaine sur l'éteudue d'un décimètre carré.

Certes, quand on étudie les habitudes, les mœurs de l'Insecte, il est facile de comprendre sa multiplication excessive, comme les causes qui peuvent à certains moments le faire disparaître.

L'ameublissement extrême de lu terre fournit à la clieuille les conditions de séjour les plus favorables, comme l'abondance de la plante qui lui convient lui assure sa subsistance. Que l'on raffermisse la couche superficielle de la terre, ce qui ne semble être en aucune façon nuisible à la végétation, et les chenilles auront peine à vivre; que l'on enlève les plaques d'œufs sur les feuilles des jeunes Betteraves, au commencement de juin, et l'on sera assuré de préserver les champs. Si l'espèce nuisible disparaît plus ou moins, après s'être montrée en abondance, c'est à plusieurs causes qu'il faut attribuer le fait : la multijtlication des Ichueumons, qui tuent les chenilles ; des pluies continues au moment de la naissance des Papillons, qui empêchent l'accouplement de ces Insectes; les circonstances qui amènent le tassement de la terre. Plusieurs auteurs ont dit que la Noctuelle des moissons attaquait les végétaux les plus différents, notamment les Céréales. C'est là une erreur, comme nous avons pu nous en convaincre par des observations attentives et très-nombreuses.

La Nocliielle Double-tache (Noclua exclamalionis) est également fort nuisible aux plantes potagères. Sa chenille, un peu plus allongée, un peu plus claire que celle delaNoctuelle des moissons, vit de la même manière, aux dépens des racines, sans pres([ue jamais sortir de terre. Le Papillon est facile à reconnaître à ses ailes d'un gris clair,, ayant, outre les deux taches centrales oixlinaires, deux lignes vers la base, la seconde unie à un trait (pie l'on a comparé à un point d'exclamation , une raie transversale dcnticulée de couleur noirâtre, et une ligne pâle près du bord.

La Noduelle du Blé (Noclua Trilici) attaque jtai'ticulièrement les racines des Céréales. Le Papillon, dont les ailes sont d'un gris cendré, avec des taches plus obscures et une raie presque blanche, a été souvent confondu avec d'autres espèces.

Aux Etats-Unis, des espèces extrêmement voisines des Noc-

LKS l,F.PII»(U''l'KI{i;s. 'IT.i

tuolles d'Eiii-opt' {Noclua messoria, N. devnstalor . etc.) vivoiil dans les mêmes conditions et ne sont pas moins [tivjndiciables à la végétation. On trouve la (lescriidioii dr ces hisecles dans les ouvrages de M. Ilarris sur les Inseetes nuisibles.

On donne le nom do Ti'ipliènes à des Noctuelles ayant les antennes simples danslesdeux sexes, etles ailes postérieures, en partie au moins, d un jaune l'auve. Leurs chenilles vivent sur des [dautes l)asst'set se tiennent presque toujours eaeiiées. \m Fiancée [Tripliœna pronuba) est un assez grand Papillon que l'on voit communément dans les jardins et parfois jusque dans les maisons. Ses ailes de la première jtaire sont brunes, variées de gris ; ses ailes de la seconde paire, d'un jaune fauve, avec une large bordure noire. La chenille de cette Noctuélide, grise ou verdàtre, avec des ligues jaunes et des taches noires disposées en séries, dévore les Oseilles, les Laitues, les Choux, rongeant surtout le cœur de la plante. VMe s'enfonce dans la terre à l'automne, et se transforme en chrysalide au printemps. Une espèce plus petite (Triphœna orhona) est presque aussi commune.

De nombreuses Noctuélides ayant des antennes simples, le thorax et 1" abdomen pourvus de poils et d'écaillés relevés en une sorte de crête, sont classées dans un groupe particulier (lladéuites). Leurs chenilles, en général vivement colorées, se nourrissent de différentes plantes, et ne fuient pas la lumière, comme celles des Noctuélites. Citons comme type du genre Hadena, la Potagère (Hadena oleracéa), si commune dans les jardins potagers : sa chenille, verte, avec des raies blanches et jaunes quand elle est jeune, souvent brune quand elle a pris toute sa taille, ronge les Oseilles, les Epinards, les Choux. Elle se construit dans la terre une coque formée de particules terreuses liées avec de la soie. Le Papillon a les ailes de la première paire d'un g]'is roux, présentant au centre un anneau ovale blanchâtre, puis une tache jaune réniforme, puis une raie transversale dentelée, presque blanche. Une autre espèce, la Brassicaire [H. Bras-

s(cœ, — genre Mameslra tic divers auteurs), est iiu plus grand Iléau encore pour les maraîchers. Sa chenille, brune ou d'un vert foncé, est celle que l'on trouve continuellement entre. les feuilles ou dans le cœur des Choux. Elle se transforme en chrysalide dans la terre, et le Papillon éclôt au printemps de l'année suivante. Celui-ci a des ailes d'un gris sombre varié de noir.

Dans le même groupe, les Dianthécies se font remarquer par les ailes des Papillons parées de couleurs assez vives et de dessins nettement tracés, comme par les habitudes des chenilles. Celles-ci dévorent les boutons et les fleurs, surtoiit le calice des OEillcts, des Nielles, de la Coqiielourde, de la Saponaire, c'est-à-dire, des plantes de la famille des Caryophyllées [Dianlhœcia capsincola, D. conspersa, etc.).

Les NoctuéHdes du groupe des Leucaniites se reconmiisseiil à leurs ailes étroites de couleur pâle, sans dessin marqué, souvent comme veinées, à leurs palpes saillants, à leurs antennes pubescentes ou crénelées. Les clienilles des Leucanies, presque blanches ou d'un gris rosé avec des lignes plus sombres, vivent sur des Graminées et se tiennent touj ou l's cachées. Chenilles et Papillons semblent décolorés; aussi Engramelle nomme-t-il l'espèce la plus commune eu Europe, la Blême {Leucania pallens). D'autres espèces du même groupe composant le genre Nonagrie l'epréseutent, par leurs habitudes et par certaines analogies de conformation des appendices, les Cossus et les Hépiales de la famille des Bombycides. Leurs chenilles, fort allongées, à pattes très-courtes, vivent dans l'intérieur des tiges de Graminées et de Cypéracées. Les Papillons ont le corps et surtout rabdomeu très-longs. La Nonagrie de la Massette (Nonagria Typhœ) se trouve fréquemment dans les tiges des Massettes, (pii croisseni dans les étangs et les marais.

Dans cette vaste famille des Noctuélides, il faut distinguer encore quelques petits groupes particuliers, lesXylinites, les Plusiites, les Catocalites. Au premier de ces groupes appartiennent

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