‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 50 sur 102 · CYNIPS TERMINAI · texte numérisé non relu

CYNIPS TERMINAI

Cynips terminatis ^ .

pourvu de grandes ailes diapbanes, a le corps d'une teinte fauve assez claire et uniforme; la femelle, absolument privée d'ailes, est plus brune, avec la partie postérieure de son abdomen d'un noir luisant.

Chez l'un des plus gros Cynips connus, les ailes manquent dans les individus des deux sexes [Cynips aplera). Cette espèce produit des galles volumineuses sur les racines des Chênes.

Personne n'ignore, pensons-nous, que les noix de galle du commerce, employées à la confection de l'encre et des teintures noires, sont dues également à la pi([ùre d'un Cynips, le Cynips des galles à teinture (Cyw//)s gallœ tincloriœ). Ces galles, particulières à un Chêne de l'Orient (Quercus infecloria), sont d'une remarquable dureté, de forme arrondie, avec (piehpics tubercules

à leiu' surface; elles ne l'enferment jamais plus d'un habitant. La cellule étant médiocrement spacieuse, les parois ont ainsi une extrême épaisseur, et cependant le petit Cynips les perfore sans grande difficulté pour venir à la lumière.

Les noix de galle font l'objet d'un commerce qui n'est pas sans importance. En 1865, d'après le Tableau officiel, il en a été importé en France 739 881 Ivilogrammes, représentant une valeur de 2 891 662 francs.

Une des galles les plus singulières est celle du Cynips du bédégar {Cynips bedegaris), que Fou observe communément sur les charmants Eglantiers qui poussent le long des haies et à la lisière des bois.

L'Insecte adulte, long de 4 à 5 millimètres, la taille ordinaire des Cynips, est d'un noir luisant, avec les pattes et l'abdomen, sauf l'extrémité, d'un brun ferrugineux, et les ailes diaphanes légèrement enfumées.

A la fin de mai ou vers le commencement de juin, les Cynips pondent leurs œufs ; les galles se foinuent, grossissent d'a])ord avec lenteur, puis avec une certaine rapidité; lorsque vient l'automne; quand arrive la saison froide, elles sont tout à fait développées.

Les galles du Cynips de l'Eglantier sont des plus étranges parmi toutes les galles connues : quelquefois arrondies, plus souvent élargies, et plus ou moins irrégulières, elles rappellent la forme des nèfles, dont elles ont, du reste, à peu près le volume. Ces galles semblent toutes moussues ; on les croirait composées d'une multitude de filaments rameux, rapprochés les uns des autres : de là le nom de galles chevelues, qui leur a été appliqué. Cette dénomination pourtant n'est pas la plus habituellement employée, celle de bédégars a été presque partout adoptée.

A la fin de l'été, les bédégars, ou galles du Cynips du Rosier, présentent des nuances vertes et rouges entremêlées, dont l'effet est charmant. Portés, comme ils le sont, sur une sorte de pédicule, on penserait volontiers avoir sous les yeux des fruits d'un genre

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iuconnu. En hiver, les galles chevelues perdent leurs riches teintes, et deviennent d'un ton hrunàtrc uniibrme.

Ane eonsidérer (jue la surface de nos hédégars, ou se douterait peu de leur dureté; cette mousse qui les revêt, si fine et si douce, seinhle les constituer en totalité. Il tant essayer de couper ces galles [>our apercevoirjusqu'à quel point les larves des Cynips sont hien protégées. Eu efTet, la i)artie ligneuse du hédégar a une grande épaisseur et im tissu fort serré.

Une de ces galles étant fendue perpendiculairement par le milieu, on voit les loges assez irrégulières qui occupent l'intérieur. Chaque loge est habitée par une larve qui, dans l'espace le plus resseri'é du monde, se développe et subit toutes ses transformations.

Les larves des Cynips de l'Églantier sont, connue nous avons dépeint d'une manière générale les larves de Cynips, blanchâtres, avec les yeux seuls colorés. Une fois qu'elles ont pris tout leur accroissement, ces larves passent par un long temps de repos ; elles se raccourcissent, se ramassent sur elles-mêmes, et demeurent à peu près immobiles depuis la fin de l'automne jusqu'au printemps suivant. A cette époque, s'effectue la métamorphose en nymphe. Les Cynips ne vivent guère plus de dix à quinze jours sous cette forme : les Insectes adultes éclosent ; mais si la température est froide encore, ils restent dans les loges t'-tj'oites où ils viennent de naitre, attendant, pour sortir, que le temps chaud se fasse sentir pour tout de bon. Quand on ouvre des bédégars au printemps, il est très-fréquent de voir les Cynips sur le point de percer la paroi de leur prison pour s'échapper.

Les seules galles en usage dans l'industrie sont les noix de galle, et cependant d'autres peut-être seraient susceptibles de fournir des produits utiles. M. Weddell a vu dans les Cordillères des Indiens tirer une belle couleur verte d'une galle particulière. 11 serait à désirer que des essais fussent entrepris avec nos espèces indigènes.

Eu Orient, dans cjiielques parties de l'Europe méridionale, en Afrique, des Cynips vivant dans les figues sont employés à hâter la maturité ou caprificalion de ces fruits. Ou attache des figues contenant des Cynips sur les Figuiers tardifs ; les Insectes en sortent, s'introduisent couverts de poussière fécondante dans l'intérieur des nouvelles figues, et hâtent la maturité des fruits en fécondant les graines. Ce sujet a donné lieu à une foule d'écrits de la part de de la Hire, de Tournefort, de Linné, etc., dans le siècle dernier; de Westwood, de Lœw, etc., dans le siècle actuel.

(Ichnenmoiiiilcs, Clialcidides, ProctoIriipiJcs) .

C'est un monde bien particulier que l'ensemble des Hyménojttères ici réunis sous le nom de Parasites. Monde immense d'êtres ayant tous les mêmes mœurs, les mômes métamorphoses, les mêmes instincts. Ces Hyménoptères, c'est l'armée qui, dans la natiu'e, a pour fonction d'empêcher la multiplication excessive des espèces phytophages. Chaque Parasite, mvi par un instinct indéfinissable, attaque, en particulier, une espèce déterminée ou des espèces voisines, et chaque espèce est exposée aux atteintes de plusieurs Hyménoptères parasites. Ce fait seul suffit à donner une idée du nombre prodigieux de ces Insectes dans la nature.

Ces Hyménoptères appartiennent à trois types parfaitement distincts ; mais ces trois types ont pour caractères communs la présence, chez les femelles, d'une tarière droite, mince, aiguë à son extrémité, et la forme des pattes, celles-ci toujoui's longues, j^i'êles, simples, c'cst-à-dirc dépourvues de toute armature. A l'état adulte, les Parasites sont des Insectes de proportions élégantes, doués d'une vivacité et d'une agilité prescpie saus

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égales. Dans leur premier à|^c, ce sont des créatures incapables de se mouvoir, absolument privées de moyens de locomotion, dont les téguments sont mous, faciles à déchirer. Les larves de ces Hyménoptères, d'ap[tarem'e vermiforme, naissent et arrivent au terme de leur croissance dans un état de développement organique très-peu avancé. Au reste, le contraste entre la faiblesse des nouveau-nés et la i>uissance des adultes, déjà si prononcé chez les Parasites, deviendra beaucoup plus frappant encore chez les Hyménoptères industrieux.

Tons les Parasites recherchent la chenille, la larve, l'insecte t[ui leur convient, pour introduire un œuf dans son corps. De l'œuf du Pai'asite naît une larve qui d'abord se nom-rit du sang, de la graisse de sa victime, respectant d'une manière absolne tous les organes essentiels à la vie, car la mort de la vic'time amènerait fatalement sit [>i'()i)re mort; c'est seulement lorsqu'elle approche du terme de sa croissance, de l'époque de sa transformation eu nymphe, que, n'ayant plus besoin de rien épargner, elle dévore en entier les i)arties internes de l'Insecte aux dépens duquel elle a vécu. La peau, l'enveloppe tégumentaire seide est respectée, et cette dépouille souvent servira à la protection de la nymphe du Parasite.

11 n'est pas d'Insectes qui ne soient exposés aux attaques do plusieurs Hyménoptères parasites. On voit souvent des chenilles lisses, de couleurs claires, ayant sur la peau un point noir : c'est la cicatrice de la petite plaie produite par la tarière de l'Ilyménoptère introduisant lui œuf. Quand les entomologistes rencontrent de ces chenilles ainsi marquées, ils reconnaissent qu'elles ne subii'ont pas toutes leurs métamorphoses, car elles sont rongées par un Parasite; dans leur langage, ces chenilles sont ichneumonées. Il est des chenilles qui sont détruites à pen près vers le temps où leur croissance est achevée; il en est d'aiitres qui se transforment en chrysalides, mais là est le terme de leur existence. Que l'on se figure la surprise, la stupéfaction

des premiers observateurs, en voyant sortir d'une chrysalide de Lépidoptère un Hyménoptère : ils ne savaient rien encore de la vie des Parasites; le fait dont ils étaient témoins demeurait pour eux sans explication possible.

Les Hyménoptères parasites, dont nous connaissons aujourd'hui toutes les conditions d'existence, ne sont pas cependant sans être pour nous un sujet d'étonnement par les manifestations de leurs instincts. Quand nous voyons l' Hyménoptère rencontrant une chenille vivant à découvert, nous imaginons qu'il la découvi-e comme nous la découvririons nous-mêmes ; mais quand nous constatons qu'il atteint sans la voir une larve logée dans un fruit, dans une branche d'arbre, dans un tronc, nous nous demandons par quelle faculté l'Insecte parvient à ce résultat, et nous n'avons pas de réponse satisfaisante à nous faire.

On met volontiers cette faculté sur le compte d'un odorat trèssubtil, mais c'est une simple supposition n'ayant pour elle qu'une certaine vraisemblance. Un autre instinct de ces Hyménoptères n'est pas moins curieux. Le Parasite de grande taille dépose un seul œuf sous la peau d'une chenille ou d'un autre Insecte ; car une seule de ses larves destinées à devenir grosses épuisera en entier sa victime ; s'il y avait deux ou trois larves, la victime serait anéantie longtemps avant la fin de leur croissance, et elles périraient faute d'aliments. Au contraire, si le Parasite de taille moyenne s'attaque à une espèce d'assez forte dimension , il introduit dans son coi-ps deux ou trois œufs, et s'il est d'une taille exiguë, il fera sa ponte entière, cinquante, soixante œufs dans le même Insecte. Ne dirait-on pas quel' Hyménoptère parasite est en état d'apprécier, de calculer, d'après le volume de sa victime, combien celle-ci pourra nourrir de larves de son espèce?

Tous les Insectes ne sont pas au même degré exposés aux attaques des Parasites : ceux qui savent se construire des abris le sont moins que ceux qui vivent à découvert ; les clienilles trèspoilues, épineuses, moins que celles qui sont rases. Ces longs poils

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touffus, ces épines rameuses, couvrant leur corps, paraissent <Hre des instruments capables de les protéger contre les atteintes des Ichncumons. Par les mouvements qui leur sont impxnmés, poils et épines gênent l'Ilyménoptère cherchant un point vulnérable, et parfois l'Ilyménoptère échoue dans son entreprise. Il a besoin de lutter d'adresse avec l'Insecte dominé par l'instinct de la conservation. La lutte dans la vie est la loi d(! la nature pour tous les êtres.

Les Hyménoptères parasites recherchent surtout des larves pour opérer le dépôt de leurs œufs, et c'est là une nécessité facile à comprendre. La vie de la plupaii des Insectes adultes étant fort courte et exposée à une foule de hasards, l'existence des larves parasites serait bien incertaine. Des Insectes adultes, dont la vie est assez longue, se trouvent seuls en butte aux atteintes des Ichneumons. Des Coléoptères tout cuirassés, tels que des Charançons, ne sont pas épargnés ; l'agile Hyménoptère les pique de sa tarière au défaut de la cuii'asse, c'est-â-dire entre les articulations.

S'il est des Parasites d'assez grande taille, il s'en trouve des quantités prodigieuses dont la dimension est d'une extrême exiguïté. Plusieurs de ces Hyménoptères peuvent se développer à la fois dans le corps d'un Puceron, dans l'intérieur d'un œuf d'Insecte. Les œufs de divers Lépidoptères sont fréquemment détruits de la sorte.

Presque tous les Hyménoptères parasites introduisent leurs œufs sous la peau de leurs victimes , leurs larves ainsi ne se montrent jamais au dehors : mais on en connaît cependant qui collent simplement leurs œufs sur la peau de certaines chenilles ou d'autres Insectes, Les larves, venant à éclore, entament la peau de l'animal avec leurs mandibules, enfoncent dans son corps la partie antérieure de leur tête , et sucent son sang en restant suspendues à l'extérieur.

Tous les Hyménoptères parasites ayant à peu près le même

?,Mt I.I':S MÉTAMdHPHOSES DI'S INSECTES.

genre de vie, on peut être assuré de ne rencontrer jinmii eu.\ que d'assez légères différences de conformation. 11 est une ditïérencc cependant de nature à être remarquée, elle est dans la longueur de la tarière des femelles. Les femelles qui dépjosent leurs œufs dans le corps des chenilles ou des larves se tenant à découvert ont une tarière fort petite; celles qui attaquent des larves enfoncées dans la terre ou protégées par certains abris ont ime tarièi'e plus longue, afin de les atteindre dans leurs retraites; celles qui recherchent les larves enfouies dans les troncs d'arbres ont une tarière énorme pour arriver jusqu'à elles. Ainsi, d'après la longueur de la taiière d'un Ichueumon, on sait à quelle sorte (le larves s'en pr(>nd IHyménoptère.

Les Parasites jouent un rôle considérable dans la natui-e : ils empêchent la propagation indéfinie d'une foule d'Insectes; ils contribuent d'une manière incessante à maintenir dans de certaines limites la diffusion des espèces. En étudiant les Insectes les plus nuisibles à nos grandes cultures, on est singidièrement frappé de l'importance des services que peuvent rendre les Hyménoptères parasites. Les progrès de la culture ont favorisé à l'excès la multiplication de différents Insectes. L'abondance du végétal dont ils se nourrissent leur a été fournie ; les conditions les plus favorables ont été créées, pour les espèces qui rongent les racines, par un extrême araeubhssement de la terre. De là ces apparitions immenses d'Insectes qui dévorent la Vigne, les Oliviers, les Céréales, les Colzas, les Betteraves, les plantes fourragères et potagères, etc., menaçant parfois de tout anéantir sur de vastes étendues. Le cultivateur s'en prend naïvement à la pluie, à la sécheresse, à la direction du vent ({ui a régné, et s'attend à voir disparaître le fléau avec un changement atmosphérique. Il se rappelle, en elTet, qu'à une autre époque, les champs avaient été dévastés i»ar les mêmes Insectes, et que ces derniers ont à peu près disparu après avoii" fait beaucoup de mal. Le cultivateur se lamente et appelle à son secours la Providence.

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