‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 72 sur 102 · I.KS CdLKOPTKliKS · texte numérisé non relu

I.KS CdLKOPTKliKS

Vers (le farine aux oisclctirs cl aux aiiiatciii's d'iHscaiix iiiscclivtUTS, (|ui les roclioi'clioiit [xtiir noiurii' les prisonniers de leurs volières.

llKlASlultl'UOSES DU TOliUIUi ( Tuielfio molih

OMel(|ues 'réiiébrioniues ne craignent [)as la lumière, et c'est ainsi que l'on rencontre i'ré(|aemment snr les chemins l'Opatre des sables {Opalnnn sabulosum), un petit Coléoptèrc gris comme la poussière, ayant des antennes grenues et des élytrcs rugueuses.

Des Coléoptères que leurs métamorphoses comme leur organisation rattachent à la même famille que les précédents, les Hélopiines, ont des habitudes diurnes. A l'état adulte, ils se montrent snr les fleurs ; à l'état de larves, ils vivent sous les écorces, dans les bois en décomposition, dans les Champignons. Les

Ilélops de notre pays ne sout pas très-brillantes, leur couleur est bronzée (Helops caraboides) ou bleuâtre (H . cœruleus) ; les espèces de l'Amérique et de l'Australie sont souvent très -belles.

Le nom de Cantharidides appartient à la famille dont la Cantharide des pharmacies peut être considérée comme le type. Le nombre des ar-ticles de leurs tarses est le même que chez les Piraélies et les Ténébrions, mais leur tête est dégagée du thorax, leurs élytres sont flexibles, et tous leurs téguments sont d'assez faible consistance. Les espèces de cette famille possèdent une singulière propriété que la médecine utilise depuis Hippocrate : les Cantharidides sont les Insectes vésicants ou les Épisp astiques. Leurs parties tégumentaires contiennent un principe immédiat isolé pour la première fois par Robiquet, et désigné sous le nom de canlharidine. A ce principe les Cantharides et les espèces des gem'cs voisins doivent de produire sur l'économie les effets si violents et si caractéristiques que chacun connaît. C'est à Arétée que l'on attribue l'idée de l'emploi de la Cantharide pour les vésicatoires.

A raison des services particuliers que l'on tire des Coléoptères vésicants, l'attention des naturalistes s'est beaucoup porté vers l'étude de ces Insectes; la curiosité devait êti'e d'autant phis excitée, que l'on trouvait à cette étude des difficultés exceptionnelles. Les l'eprésentants de cette famille abondent en tout pays et, néanmoins, j usqu'à une époque encore bien récente, il demeura impossible de rien apprendre touchant leurs métamorphoses. Les pinncipaux geni'es de Cantharidides sout les Cantharides, les Mylabres, les Méloés, les Sitaris. Les Cantharides, caractérisées par leurs antennes grenues, sans renflement terminal, ont pour type l'Insecte d'un vert brillant employé en médecine, la Cantharide des officines (Cantharis vesicatoria), que l'on trouve en abondance dans certaines localités, sur les Fi'ênes, et, de temps à autre, dans les jardins, sur les Lilas. C'est sur quelques points du midi de la France, et surtout en Espagne, que les Cantha-

LES COLÉOPTKRES.

rides, fort communes, sont recueillies pour les usages médicinaux. On secoue violemment les arbres après avoir entouré le pied de

LE MÉLOÉ CHAGRINÉ ET LA SITARIS^HUMÉRALE (Jl/etoe cieatricosus el Sitaris humeralis).

loiles pour recevoir les Insectes, que l'on lait périr immédiatement en les jetant dans des bassins rcm[)lis d'eau et de vinaigre.

Eu Amérique, d'autres espèces de Cantharides sont recherchées

et utilisées comme l'espèce européenne.

I^es Mylabres, dont les antennes sont renflées vers le bout, abondent dans toutes les parties chaudes de l'ancien continent. Ceux-ci ont le corps noir avec des taches ou des bandes, soit jaunes, soit rougeâtres, sur les élytres, ou le corps jaune avec des taches noires. Le Mylabre de la Chicorée [Mylabris Cichorii) se montre en quantité prodigieuse sur toutes les plantes basses dans l'Europe méridionale; encore fort commun en Provence, il est rare dans le centre de la France, et ne se trouve jamais au Nord. A la Chine, une espèce du genre remplace notre Cantharide dans la thérapeutique.

Les Méloés ne volent pas, ils n'ont pas d'ailes, leurs élytres sont très-courtes; leur corps est lourd, pesant, mollasse. Les Méloés se traînent sur les plantes basses, dans les prairies, causant quel- (jucfois des accidents graves aux bestiaux qui les mangent en broutant l'herbe; de là le nom à' Enfle-bœufs donné à ces Insectes, et celui de Bupreslis ou Vouprislis qui leur était donné chez les Romains et dont les naturalistes ont fait une autre application.

Les Sitaris ont les antennes fihformes et les élytres courtes, amincies vers le bout. La Sitaris humérale [Sitaris humeralis), brune, avecles épaules jaunes, fréquente les fleurs.

C'est une curieuse histoire que celle de la découverte des métamorphoses des Cantharidides. En 1700, un auteur hollandais, Goedart, recueille des œufs de Méloés et en obtient de jeunes larves. Plus tard, de Geer arrive au même résultat, mais dans les deux cas les larves avaient péri aussitôt après leur naissance. L'observation de ces deux auteurs tombe dans l'oubli. En 1802, un entomologiste célèbre de l'Angleterre, Kirby, découvre sur des Hyménoptères de la famille des Apides et du genre des Andrènes, un tout petit Insecte à peu près semblable à la larve décrite par Goedart et de Geer; il croit y reconnaître un pai'asito, il le nomme le Pou de la Mélifle. En 1828, sur les mêmes

LES COLiiOPïKUES. '53I

Hyinôiioptères, Léon Diiroui'retrouvo riuscclc ou uuc espèce du même groupe, et il pense avoir sons les yeux nn l'on d'un gcni-e nouveau; il l'appelle le Triougulin des Andrèjies {Triongulinus Ândrenelarum). Dans les années suivantes, divers observateurs obtiennent l'éclosiond'œui's de Méloés, de Cuntharides, de Sitaris, et l'on se trouve x-evcnu au point où eu était Goedart en 1700. Cependant plusieurs investigateurs s'aperçoivent ({ue les jeunes larves de Cantharidides, à peine nées, s'accrociient après des Insectes ailés, et surtout des Hyménoptères nidiflauts. Victor Audouiu ayant pris dans des nids d'Anthophores des Sitaris qui venaient d'éclore, on commence à se convaincre que les Coléoptères vésicants doivent vivre, dans leur premier âge, aux dépens des Apidcs. En 1845, la question se trouve singulièrement éclaircie par un mémoire de George Newport, qui, depuis une quinzaine d'années, ])oursuivait des recherches assidues sur ce sujet. L'habile investigateur, étudiant le Méloé proscarabée (Meloe proscarabcBUs), et surtout le IMéloé chagriné {Meloe cicatricosus), s'était assuré des faits les plus importants; il avait vu que les jeunes larves de ces Coléoptères, s'accrochaut aux poils des Anthophores, se font transporter dans leurs nids par ces Insectes, qu'elles subissent bientôt dans leurs formes un changement complet, qu'elles se nourrissent de la pâtée miellée de l'Hyménoptère, et chose bien remai'quable, qu'avant de se transformer en nymphes, elles passent par une période d'inactivité, enfermées dans une sorte de pupe. En présence de tous les hasards qui doivent se rencontrer pour qu'une larvé de Coléoptère vésicant rencontre toutes les conditions nécessaires à son développement, on est frappé des nombreuses chances de destruction auxquelles sont exposés ces Insectes. Mais à des chances nombreuses de destruction la nature oppose l'extrême fécoridité des mères. Newport a compté les œufs d'une femelle de Méloé : il y en avait 4218. Les Méloés déposent leurs œufs en terre, à une faible profondeur; les petites larves éclosent, elles grimpent sur les plantes, et s'accrochent, si

elles le' peuvent, à tous les Insectes ailés qui se i)oscnt sur les fleurs, et ne reconnaissant pas suffisamment ceux qui leur conviennent, elles sont souvent emportées bien loin de tout endroit où elles pourront vivre. Le beau travail de Newport fut suivi en 1857 d'une belle étude de M. Fabre (d'Avignon) sur le même sujet, les Méloés et les Sitaris. Les premiers changements des

JÉTAMORPUOSES DE LA SITARIS HUMÉRALE [Sitaris humeralis).

— 2. Larve du deuxième âge. — 3. F -5. Nymphe. (D'après des individus i

larves, que Newport n'avait pas réussi à observer, ont été heureusement constatés par M. Fabre, qui mit à la solution de la question une grande habileté et une admirable persévérance. La petite larve, agile, pourvue de longues pattes, arrive dans le nid de l'Hyménoptère, de l'Abeille solitaire, apportée par l'Abeille solitaire elle-même. Celle-ci pond un œuf sur sa pâtée de miel, la jeune larve de Sitaris se laisse glisser sur l'œuf de l'Apide ; avec ses mandibules, elle déchire cet œuf et s'en nourrit. Elle est carnassière dans son premier âge ; mais l'œuf cou-

sommé, elle change do peau, et uc ressemblant plus à elle-même, devenue lourde, massive, elle dévore la pâtée amassée pour la larve de l'IIyménoptèrc. Bientôt, elle se transforme en chrysalide, en une sorte de pupe; mais après un temps de cette vie inactive, sort une larve presque semblable de forme à celle du deuxième âge, qui, ajirès avoir pris tout son accroissement, se

METAMOIU'HOSES DU LAMPYRE BRILLANT {Lnmpyris splendidiila).

métamorphose alors en une véritable nymphe. Ainsi, chez les Cantharidides, il y a un changement de régime et une succession de métamorphoses dont on n'a pas d'exemple ailleurs ; ce que M. Fabre a appelé une hypermélamorphose.

Souvent, pendant les belles soirées de l'automne, au milieu des herbes, brillent des perles lumineuses, et chacun s'écrie : Un Ver luisant! Le Ver luisant est un Coléoptère du genre Lampyre, un

-,?,f4 LES METAMORPHOSES DES INSECTES.

type de la famille des Lampyrides. Les Lampyindes ont un corps élancé, des élytres flexibles, des téguments de faible consistance. Pai' leur aspect général et par de nombreux détails de leur conformation, ils se rapprochent beaucoup des Cantbarides, mais on ne saurait jamais les confondre; les Lampyrides ont cinq articles à tous leurs tarses, et leur corselet large s'avance plus ou moins sur la tête comme un bouclier. Ce dernier caractère est très-prononcé pour les Lampyres. Chez ces Insectes, les mâles ont des élytres longues, des ailes amples; les femelles n'en ont que des rudiments, de véritables moignons : elles ressemblent à leurs larves. Ces dernières. Insectes déjà très-avancés dans leur développement, en diffèrent surtout par l'absence d'ailes et par la petitesse des antennes et des pattes. Les Lampyres sont remarquables par la propriété dont ils jouissent de produire une vive lumière entre les anneaux de l'abdomen, c'est-à-dire sur des points du corps où le tégument est très-mince. En Italie, dans des localités où ces Insectes sont rassemblés en grand nombre (Lampyris italica), c'est un charmant spectacle de voir les Lucioles, ainsi qu'on les appelle, comme des milliers de perles lumineuses, au milieu du feuillage ou traversant l'espace. Les espèces de notre pays, le Lampyre brillant (Z. splendidula) et le Lampyre iioctiluque (Z. noclihica), ne se montrent jamais en aussi grande abondance. Elles ont du reste leur utilité, surtout dans leur état de larves, car elles attaquent et dévorent les Colimaçons et les Limaces. Nous avons déjà indiqué la source de la production do lumière ^ de ces Insectes dans des glandules lamelleuses ; ces parties ont été étudiées récemment par IM. Max Schultze (de Bonn) et par M. Targioni-Tozzetti (de Florence).

A la famille des Lampyrides se rattachent les Malachies (Malachius), petits Coléoptères agiles, ayant des couleurs vertes et rouges, que l'on voit continuellement sur les fleurs, montrant

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L1':S COLtoPTÈRKS.

sur les côtés do leur corps des vésicules rouges, des cocardes, qu'ils fout saillir quaud on les inquiète ; les Téléphores, Insectes des plus communs, tels au moins, le Télé[>liore brun (Tekphorus

MÉTAMOEPHOSES DE l'aLAUS OCELLÉ {Mans oculatns).

fuscus), et le Téléphore livide (T. lividus), qui ont des larves trèscarnassières, paraissant vêtues de velours.

Des Coléoptères qui appellent l'attention des moins curieux, à cause de la singularité des sauts qu'ils exécutent, sont, de leur

nom vulgaire, les Taupins, et, de leur nom scientifique, les Éla- TÉRiDES. Ceux-ci sont faciles à reconnaître : ils ont les téguments solides; les antennes en dents de scie ou en peignes; les tarses de cinq articles, les premiers plus ou moins élargis et garnis en dessous de lames flexibles, assurant leur marche sur des végétaux. Mais ce que ces Insectes présentent de plus caractéristique, c'est une pointe du prosternum qui s'engage à leur volonté dans une cavité du mésosternum. Les Elatérides ont le corps long, un peu convexe, et des pattes assez courtes; renversés sur le dos, ils ne peuvent guère se relever avec le secours de leurs pattes ; mais par une vigoureuse contraction, la pointe sternale pénètre dans sa cavité, une brusque détente projette le corps en l'air, et l'animal a la chance de retomber sur ses pieds : s'il n'a pas réussi du premier coup, il recommence sa manœuvre tant de fois qu'il est nécessaire. Ces Insectes, répandus par le monde entier, ont une nourriture végétale, et quelques-unes de leurs larves sont fort nuisibles à nos cultures.

Les larves des Elatérides, très-caractérisées par le mode d'articulation de leurs mâchoires et de leur lèvre inféi^ieure, ont presque l'apparence du Ver de farine, au moins celles de plusieurs de nos espèces indigènes, car il en est dont le corps est un peu déprimé ; les larves qui nous sont connues des espèces de rAraéi'ique n'ont pas, comme les espèces d'Europe, les anneaux de l'abdomen cuirassés à la façon du thorax. En exemple, nous repi'ésentons sous ses diverses formes un grand et beau Taupin de la Louisiane (Âlaus oculaius).

Les Pyrophores, qui comptent aussi parmi les plus grands de la famille des Elatérides, se font remarquer par la présence de deux plaques ovalaires situées vers la base du prothorax. Après la mort, ces plaques ont une appai'ence d'ivoire un peu jaune, et pendant la vie une apparence de verres de lanterne ; car elles s'illuminent à la volonté de l'animal d'ime lumière verdâtre assez vive pour permettre délire dans une obscurité profonde, pour peu

que l'on promène l'Insecte sur les lignes. I^es Pyropiiorcs aboutlent dans toutes les régions chaudes de rAniéri(|ue, où ils sont appelés des noms de Cucuyos et de Coyouyou. En plusieurs pays, et en particulier au Mexique, les dames, pour leurs promenades nocturnes, attachent à leur chevelure de ces Insectes qui les l)arent de leurs globules lumineux. Des l^yrophorcs ont été apportés du Mexique à l'aris dans ces dernières années, et avec quel([ues soins nous avons pu en conserver de vivants pendant plusieurs mois. Ces Coléoptères, au fin pelage cendré, avec leurs

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