‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 74 sur 102 · I.E SCÛLYTE DESTRUCTEUR IScohjtus destructor · texte numérisé non relu

I.E SCÛLYTE DESTRUCTEUR IScohjtus destructor

et des routes, attaqués par ces Insectes, qui se multiplient d'une façon prodigieuse, périssent de leurs atteintes renouvelées d'année en année. Les Scolytides ont une tête un peu saillante, des antennes coudées et terminées en massue, des mandibules fortes, des mâchoires petites, réduites à un seul lobe, et des palpes très-courts. Ces Insectes ont des habitudes vraiment curieuses. A l'état adulte, ils entaillent l'écorce des arbres pour en sucer la

séve. Les Scolytos déposent les œufs sur les nrbVs dont la sève

tCÛRCE DORME TAIOUliE l'AH LE SCOLYIE DESTRUCTEUR {Scolylus desiructor).

Au ccnire, la galerie praliquce par une femelle. — A l'enlour, les galeries des larves. — A l'extrémilo de quelques-i des larves au terme de leur croissance ou des nyinplies. — Deux femelles opérant leur ponte.

n'est pas très-active, et c'est dans cette opération qu'il est intéressant de les observer. La femelle pénètre sous l'écorce, et che-

5Zi2 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

rainant entre l'écorce et l'auliier, elle creuse une galerie qui a le diamètre de sou corps ; en avançant, elle pratique sur les cotés et à d'égales distances de petites encoches, et dans chacune dépose un œuf. A peine nées, les larves se mettent à ronger le hois ; c'est le commencement de leurs galeries, qu'elles poursuivent toujours dans une direction déterminée. Aussi les bois et les écorces des arbres attaqués par les Scolytes présentent-ils des dessins presque invariables pour chaque espèce ; tatouages qui, sur des bois durs, le Frêne particulièrement, pourraient être présentés comme des œuvres d'art. Tous les Scolytides ont des habitudes analogues, et il y en a de beaucoup d'espèces que l'on rattache à divers genres. Dans son ouvrage sur les Insectes nuisibles aux forêts, M. Ratzeburg a donné de belles figures des altérations produites par les espèces les plus répandues dans l'Europe centrale. Parmi les Scolytes proprement dits. Insectes bi-uns, avec les élytres striées et ponctuées, nous signalerons le Scolyte destructeur (Scolytus deslructor), qui souvent fait périr les grands Oi'mes de nos routes et de nos boulevards; le Scolyte pygmée (Se. pygmœus), l'un des plus nuisibles aux Chênes de nos forêts.

Parmi les Tomiques, dont la forme du corps, des tarses et des élytres s'éloigne notablement de celle des Scolytes, nous citerons comme type une espèce très-nuisible aux Pins, le Tomique typographe (Tomiciis typographus).

La plus nombreuse famille de Tordre des Coléoptères est celle des CuuGULioNiDEs, Ics lusectcs bien connus sous leur nom vulgaire de Charançons. Cette famille est si naturelle, malgré le nombre immense de ses représentants, que nul auteur n'a songé à restreindre ses limites. Un aspect propre permet de reconnaître un Charançon, pour peu que l'attention se soit déjà arrêtée sur quelques espèces de cette grande division. Les Curculionides ont une tête prolongée en avant comme une sorte de museau plus ou moins long. C'est, si l'on veut, l'appai'ence d'un bec; de là le

LES CULÉUl'TKllES. 5ù3

nom fie Porle-bec ou de Rliyiichophoros souvent appliqué à ces Insectes; mais il n'y a (pie rapparcnce. Ce prolongement de la tète n'est nullement lui bec ; à son extrémité il porte un laln'o, des mandibules, des mâchoires, une lèvre inférieure, libres comme chez les autres Coléoptères, avec cette différence que ces pièces, très-petites, sont difficiles à désarticuler, et que les palpes des mâchoires et de la lèvre sont eu général peu dévelop]»és. Les Curculionides, (lui se font remanpier par la dureté et l'épaisseur de leurs téguments, ont aussi tous les tarses composés de quatre articles, les trois premiers le plus souvent élargis, comme il convient à des Insectes grimpant après des tiges ou marchant sur le feuillage des plantes. A cet égard, cependant, on observe de nombreuses nuances qui coïncident avec les conditions d'existence particulières aux dillerentes espèces. Les Charançons, Insectes essentiellement phytophages, s'attaquent à tous les végétaux, mais c'est à l'état de larves qu'ils sont réellement préjudiciables. Il est peu de plantes, sans doute, qui ne nourrissent plusieurs espèces de Curculionides, et, d'après ce fait, on s'explique la prodigieuse multiplicité de ces Coléoptères dans toutes les parties du monde. Ils atteignent rarement une dimension un peu forte : les uns ont une taille très-moyenne, les autres, et les plus nombreux, une taille tout à fait exiguë.

Ces Coléoptères, qui, à part quatre ou cinq formes nettement caractérisées, se rattachent à un type modifié seulement dans les détails, sembleraient n'avoir qu'un attrait médiocre pour les classificateurs. Ils ont pourtant excité à un haut degré l'intérêt de quelques-uns d'entre eux. Un entomologiste de la Suède, Schœuherr, a consacré vingt-cinq années de sa vie à faire des descriptions des Charançons, sans s'occuper le moins du monde des habitudes ou des métamorphoses de ces Insectes. Son principal ouvrage n'a pas moins de seize volumes. 11 est curieux sous un rapport; on y voit l'effet produit par une préoccupation constante sur l'esprit d'un homme qui passe sa vie absorbé

dans un sujet étroit. Rien n'existe plus pour lui en dehors de ce sujet, la notion de l'importance relative des faits s'eftace, les moindres détails prennent d'incroyables propoiiions. Pour Schœnlierr, évidemment, les Charançons occupaient la première place dans le monde, et dans ce groupe naturel il établissait des divisions qui, pour lui, devenaient des classes, des ordres, etc.

Dans leur premier état, les Curculionides sont des larves presque toujours épaisses, massives, un peu recourbées à la manière des larves des Scarabéides, décolorées, blanches ou jaunâtres, avec des téguments flexibles. Ces Insectes vivent cachés, dans des troncs, dans des tiges, dans des graines. Ils n'ont pas de pattes, ou n'en possèdent que des rudiments, des vestiges, qui, chez une infinité d'espèces, se manifestent sous la forme de tubercules. Leur tête est forte et revêtue d'un tégument coriace, leurs antennes très-petites, leurs mandibules puissantes et souvent dentées; à part quelques exceptions, les yeux manquent.

Dans cette vaste famille, on distingue trois formes principales : les Bruchines, dont le rostre est court et large, dont les antennes ne sont pas coudées ; les Attelabines, qui ont aussi les antennes droites, mais le rostre long et presque cylindrique ; les Curculioniucs, dont le rostre est plus ou moins long et les antennes toujours coudées après le premier ai'ticle.

Le plus grand genre de la tribu des Bruchines est le genre Bruche. Il n'est personne qui n'ait vu des Pois secs percés d'un petit trou parfaitement circulaire, qui n'ait remarqué en même temps, sortant de ces graines, un petit Coléoptère long de 3 ou 4 millimètres, noirâtre et marqué de lignes ou de taches blanches. C'est l'espèce la plus commune du genre Bruche, le Bruche du Pois (BruchusPisi). Lorsque les Pois approchent de leur maturité, ce Charançon pond ses œufs. Chaque larve pénètre dans une graine et la dévore à l'intérieur. Vers le moment de sa métamorphose, elle ronge en un point jusqu'à l'enveloppe extérieure, ne laissant qu'une mince pellicule; l'adulte venant d'éclore n'a

LES GOLÉOPTÈilES. 545

plus {[ue cette pellicule à briser pour venir à la lumière. Les Fèves, les Lentilles, toutes les Légumineuses ont leur Bruche d'espèce particulière.

Parmi les Attelabines, il faut citer le genre Attelabe, caractérisé par un rostre assez court, élargi à l'extrémité, et des antennes de onze articles, terminées par une massue perfoliée de trois articles. C'est un charmant Insecte que l'Attelabe cui'culiouide [AUclahus curculionoïdes) , avec son corselet et ses élytres rouges. Ses liabitudes ont été bien observées par M. Goureau. La femelle de l'Attelabe déi)Ose un œuf à l'extrémité d'une feuille de Chêne; puis, eutailhint la grosse nex'vure médiane à de faibles distances, elle phe cette feuille, en forme \ui rouleau, et assure ainsi à sa larve une retraite.

Les Apodères, distingués des précédents par leurs antennes

I,E RHYNtHITE BACCgUS L'APODÈBE DU CODDRIER

( nhynchiles bacchus). (Apoderus Coryli).

de douze articles, et les Rhynchites, recouuaissables à leur rostre long et mince, ont l'instinct d'entailler les pédicules des feuilles ou les extrémités des tiges pour opérer le dépôt de leurs œufs ; leurs larves ne peuvent vivre qu'aux dépens des feuilles flétries. L'Apodère du Coudrier. Insecte d'un beau rouge, avec la tête et les appendices noirs, roule les feuilles du Noisetier. Le Hhyn-

5i6 LES iMËTAMUliPHOSKS DES INSECTES.

cliite bacclius, tout soyeux et d'un rouge violacé, coutouruc les feuilles de la Vigue; d'autres Rhyncbites (R. Popiili, R. Beluleii) coupent les extrémités des tiges des arbres fruitiers. Les Apions, les plus petits de leur groupe, vivent, dans leur premier âge, dans des tiges ou dans des graines.

De la foule des Curculionines, les Charançons proprement dits, nous ne pouvons citer que quelques types pai^mi les mieux caractérisés. Les plus grandes et surtout les plus belles espèces de Cbarançons, celles de l'Amérique du Sud, sont splendides. Les éclatantes couleurs qui les font admirer, sont dues à de petites écailles analogues à celles des Lépidoptères. Chez nos Curculionides indigènes, c'est la couleur grise qui domine.

Les Cléones (Cleonus), au rostre épais et sillonné, ont une multitude de représentants dans l'Europe orientale. Les Hylobies. au rostre long, courbé et presque cylindrique, au corps brun tacheté de blanc, ont quelques espèces fort nuisibles aux Pins (Hylobius Pini, H. Abielis, etc.). Les Otiorhynques, reconnaissablés à leur corps épais, à leur rostre élargi à l'extrémité, à leurs cuisses renflées, vivent dans leur premier état aux dépens des racines. Pendant une grande partie de l'été, on rencontre sur tous les chemins poudreux un assez gros Charançon, long de 10 à 12 millimètres, tout gris comme la poussière qu'il affectionne : c'est rOtiorhynque de laLivèche {Oliorhynchus Liguslici).

Des Charançons minces, longs, avec les pattes grêles, composant le genre Lixe, vivent sous leur première forme dans les tiges des plantes. Le plus répandu dans notre pays, le Lixe paraplectique [Lixns paraplecticus), a une larve qui mange la moelle de certaines Ombellifères [Phellandrium). Les Lai'ines, Insectes trapus, avec les cuisses renflées, se rencontrent particulièrement sur les terres qui avoisinent la Méditerranée. Ils se font remarquer par leurs élytres couvertes d'une efflorescence figurant des taches ou des nuages. Leurs larves vivent dans la partie charnue du réceptacle des fleurs composées. Telle on trouve, aux environs de

LES COLHOPTÈlUiS. 5i7

Montpellier, dans la tleur dos Echinops (E. Ritro), la larve dn

lAMOllPUUSES DE I.A CALANDRE DES PALUl (Calandra Palmarum^.

Lariue tacheté [Larinus maculosus). Sur la plante représentée,

deux lleurs ont été ouvertes poui- montrer les larves clans leurs cellules.

Les Calandres foi'iuent une division assez tranchée ; elles ont des antennes composées de sept à dix articles et terminées par une massue spongieuse. De grosses espèces habitent les parties chaudes du globe. Une petite est devenue le fléau des greniers de l'Europe. A la Guyane, la (lalandre des Palmiers [Calandra Palmarum — genre Rhynchophorus), Insecte d'un noir velouté dans son état adulte, est dans son état de larve un gros Ver qui ronge les troncs des Palmiers. Pour se transformer en nymphe, la larve se forme une grosse coque avec des lanières du tissu ligneux artistement enchevêtrées.

La Calandre du Blé (genre Sitophilus) est un Insecte bien ciselé, d'un brun foncé, long de 4 millimètres. Elle dépose un œuf sur

Page 1