‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 75 sur 102 · CALANDRE DU RIZ CALANDRE DU BLE · texte numérisé non relu

CALANDRE DU RIZ CALANDRE DU BLE

{Calandra Oryzœ). {Calandra granaria).

un grain de Blé ; la lai've pénètre dans ce grain et en ronge l'intérieur. Lorsque les Calandres sont très-multipliées, elles causent ainsi des pertes immenses. La Calandre du Riz, plus petite que celle du Blé, est de même un Charançon bien redoutable pour la graine qui nourrit la plus grande portion des peuples de l'Asie. Lorsqu'on veut parler de la beauté par excellence des Coléoptères, de leur merveilleuse l'ichesse de couleux's, de leur éclat presque incomparable, on cite les Buprestides; une famille représentée dans notre pays par des espèces modestes, et dans les

LKS COLÉOPTÈRES. 569

régions cliaiulos du glolu' ]»ar des espèces i-niiidcs et soinptiu'usomeiit parées : les Richards, de leur nom vidgaire. I^es brillants Buprcstides n'ont pas l'élégance de la forme; leni' corps est long, avec le prothorax large; leurs pattes sont assez courtes, ayant des tarses de cin([ articles; leiu's antennes sont aplaties et un ])eu en dents de scie, et, caractère nni([ue parmi les ('.oléoptères,

BL'l'HESÏE AVF.i: LES AILES ÉTENDUES {Chakophora mariana).

leurs ailes ne sont pas plus longues que les élytres. Ces Insectes se l'approchent beaucoup des Cérambycides; ils ont à peu près les mêmes mœurs, les mêmes instincts, les mêmes métamorphoses. Les larves des Buprestides, vivant dans les troncs et les tiges comme celles des Capricornes, ont quelques particularités bien caractéristiques. Larves blanches, privées de pattes ou n'en ayant que des vestiges sous forme de petits tubercules, elles ont une tête rétractile, dont la portion antérieure seule est de consistance coriace, et l'anneau prothoracique extrêmement large, revêtu d'une plaque coriace, granuleuse ou tuberculée. Ces Insectes peuvent donc faire grand tort aux arbres, mais ils sont peu abondants eu Europe, et ce n'est pas chez nous (pi'on a beaucoup à redouter les Buprestides.

11 y aurait peu d'intérêt à énumérer les divers genres des Buprestides; ce serait parler de détails de formes, répéter des

MICTAMORPHOSES DU BUPEESTE MARIANA ( Chalcophora

expressions admiratives sur la beauté, sur la richesse, sur l'éclat des espèces. Paierai les plus grands Buprestes que l'on rencontre en Europe, nous comptons ceux du genre Chalcophore. Le Chalcophore Mariane, un Insecte tout bronzé et joliment sculpté, est répandu dans les forets de Pins de nos départements méridio-

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naux, de l'Italie, do l'Allemagne; sa larve creuse d'énormes fi-aleritis dans les troncs de ces arbres.

Mais les Buprestides ordinaires de nos climats sont les Antliaxies et les Agriles, petits Coléoptères : les premiers au corps aplati, les seconds au corps long et tout étroit.

Nous arrivons à une grande famille de l'ordre des Coléo- ]»tères, ayant en partage l'élégance des formes, souvent la beauté des couleurs, plus souvent encore une grande taille. On l'appelle la famille des CÉuAxujYc.mEs, du nom de Cerambyx, qui s(; traduit en français par celui de Capricorne. Chez b^s Cérambycides, les antennes, semblables à de longues tiges cylindriques, acquièrent, surtout chez les mâles, une longueur énorme , ce qui explique l'appellation de Longicornes autrefois attribuée à ces Insectes. Les pattes, toujours assez longues, sans aucune dilatation, sans aucune annature, mais ayant des tarses conformés pour grimper a[)rès les troncs ou les branches des arbres, pour se tenir sur des feuilles, ordinairement de quatre articles, dont les trois pi-emiers larges, garnis de brosses en dessous et l' avant-dernier bilobé, indiquent que ces Coléoptères ne se livrent à aucun travail, qu'ils marchent, qu'ils se promènent. Les Cérambycides ont des mandibules toujours très-fortes, souvent énormes, diversement dentelées selon les ty]3es: les mâchoires et la lèvre inférieure, d'ordinaire échaucrée dans son milieu, offrant des modifications sensibles dans la forme des lobes. Ces Coléoptères, tous phytophages, rongent les feuilles des arbres ; or, la diversité que nous constatons dans leurs pièces buccales est en rajfport avec la nature des végétaux dont ils se nourrissent. Il y a ici des coïncidences analogues à celles que nous avons signalées à l'égard des chenilles; seulement, pour préciser l'importance de chaque fait à l'égard des Cérambycides, la difficulté est plus grande dans l'état actuel.

Les espèces de la famille des Cérambycides sont disséminées dans le monde entier, mais leur abondance? est en rapport avec

la richesse de la végétation des différentes contrées : l'Amérique du Sud, l'Inde, Ceylau, les îles de la Sonde, les Moluques, etc., sont les terres sur lesquelles vivent en grand nombre les plus beaux et les plus grands des Capricornes. Cette famille, dont on connaît environ de huit à dix mille espèces, constitue un ensemble parfaitement naturel; les caractères typiques, de même que les habitudes, du reste fort simples chez ces Insectes, ne se modifiant que dans des limites étroites, il est impossible de jamais confondi^e un Cérambycide avec tout autre Coléoptère.

A l'état de larves, la ressemblance entre tous les Cérambycides n'est pas moins remarquable que chez les Scarabéides. Ce sont toujours de gros Vers allongés, blanchâtres ou d'un blanc jaunâtre, ayant tous les anneaux du corps un peu boursouflés et très-semblables les uns aux autres, le premier cependant plus gros et couvert eu dessus comme en dessous d'une plaque coriace ; la tête revêtue d'un tégument dur, en partie rétractile dans l'anneau prothoracique, avec les antennes rudimentaires. Ces larves vivent dans les troncs et dans les branches des arbres, dans les tiges de certaines plantes herbacées. Demeurant toujours cachées, elles sont incolores, elles ont des téguments mous. Se nourrissant du bois dans lequel elles creusent des galeries, elles ont des mandibules très-puissantes, et pour que ces appendices puissent soutenir un efl"ort considérable, elles ont une tête robuste. Ne devant cheminer que très-peu dans une étroite galerie, elles n'ont pas de pattes, ou si ces appendices existent, c'est dans un état absolument rudimentaire ; leurs anneaux boursouflés leur suffisent pour exécuter un mouvement de reptation. Nous trouvons donc ici des analogies frappantes avec les larves lignivores des Lépidoptères et des Hyménoptères. Pour les mêmes conditions d'existence, il faut des adaptations semblables, quelles ([ue soient les différences d'organisation qui existent entre les types. Nous venons de rappeler que les larves des Cérambycides vivent dans des troncs et des tiges ligneuses, ou dans des tiges

LES (:()LKOPTI>HES. 55:5

herbacées, uatiirclleineiit assez peu résistantes; aussi la puissance des man(lii)ules est-elle en rapport poui' cliaipie espèce avec la dureté du tissu (]u elle doit ronfler.

Arrivées au terme de leur croissance, sans sortir de leur retraite, ces larves lignivores, avec des fragments, des parcelles de bois qu'elles agglutinent au juoyen de leur salive, se façonnent une coque ovalaire, et, ainsi emprisonnées, se transforment en Tiymphes.

Dans cette immense famille des r,érand)ycides, nous reconnaîtrons cinq types principaux, cinq tribus: les Spondylincs, où l'on peut constater cinq articles à tous les tarses, tandis que l'on n'eu découvre pas plus de ipiatre dans les autres groupes; les Prionines, remarquables entre tous parleur labre rudinientaire, presque imperceptible ; les Cérambycines, dont la tète est horizontale et les palpes à dernier article plus ou moins élargi ; les Lamiines, à la tète verticale et aux palpes terminés par un article ovoïde ou pointu, et les Lepturiues, qui ont la tète rétrécic en arrière de façon à figurer une sorte de cou.

Les Spondylines ne sont pas nombreux : il y en a un seul en Europe, le type du genre Spondyle ; un Insecte noir, avec des antennes aplaties, un prothorax arrondi , le Spondyle buprestoïde (Spondylis bitpreslotdes), très-répandu dans le nord de l'Europe et dans les Alpes. Sa larve vit dans les troncs des Pins.

La division des Prionines, au contraire, est représentée par une longue suite d'espèces magnifiques et quelquefois d'une dimension dépassant celle de tous les autres Coléoptèi'es. A la Nouvelle-Grenade vivent les Psalidognathes, remarquables par leurs élytres ciselées, chagrinées, d'un vert doré splendide ou d'un bleu magnifique: par leurs mandibules semblables à des cisailles; par les jambes antérieures des mâles, élargies, creusées en cuiller et garnies de poils en dedans, pour un usage encore ignoré (Psalidognalhus superbus). Dans l'Amérique du Sud habitent les iMncrodoiities aux longues mandibules dentées, au prothorax épi-

rrjk LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

neiix sur les côtés. Le Macrodontie cervicorne (Macrodontia cervicornis), assez commun à la Guyane, est ce grand Coléoptèro aux élytres fauves avec des rayures noires, souvent exposé aux vitrines des mai'chands d'objets d'histoire naturelle. C'est dans la même contrée, où croissent des arbres immenses qui peuvent être rongés par d'énormes larves, que vit le plus grand des. Coléoptères, le Titan {Tilanus giganteus), un Insecte d'un brun noir, pourvu de grosses mandibules dentées, et portant trois pointes de chaque côté du prothoi'ax. C'est dans l'Inde que se rencontrent les Acanthophores aux longues mandibules, aux antennes munies d'une petite épine à chacun des articles. L'Acantho])hore aux antejmes en scie [Acanlhophorus serrahcornis), d'vin brun passant au ferrugineux sur les élytres, n'est pas rare à Pondichéry. Sa larve est énorme, comme le montre la figure qui en est ici donnée pour la première fois. Elle se construit pour sa métamorphose une coque immense à parois épaisses, avec des fragments de bois taillés d'une manière très-uniforme. Les Pi'ionines de notre pays font pâle figure à côté de ces espèces des régions tropicales. Les Priones, avec leurs antennes dont les articles présentent une dilatation latérale, sont encore fort remarquables cependant pour des Insectes européens. Le Prione chagriné [Prionus coriarius), un Insecte entièrement brun, long de 5 à 6 centimètres, est devenu rare en France, depuis que l'on abat avec tant de sollicitude les arbres rongés par de grosses larves. Il en est de même pour un autre Prione à antennes grêles, devenu le type du genre /Egosome {Mgosoma scabricorne) .

Les Cérambycines n'atteignent pas les dimensions des Prionines, mais ils sont infiniment plus nombreux, et ils nous fournissent une multitude de formes curieuses. Il y a dans l'Amérique du Sud les Trachydères et les Lissonotes, dont les élytres lisses, luisantes, comme vernissées, portent d'ordinaire des taches et des bandes tantôt rouges, tantôt jaunâtres : les Eburies, dont

LES C:(M.i::OPTfcRKS. 555

les i'lytr(!S sont oniées do taches siMiibUihles à <les pI.Kiiies d'ivoire.

En Europe, nous avons les vrais C-apricornes [Cerambijx). Qui uo connaît notre Capricorne (Cerambyx héros), un Insecte svelte, long de 5 centimètres, d'un brun l'oncé, avec les élyti'es plus rougeàtres et chagrinées. 11 est plein d'élégance cet Insecte, inclinant et l'clevant son prothorax pendant la marche et agitant ses longues antennes. Aujotu'd'hui rare, il était commun naguère aux environs de Paris, et des entomologistes se souviennent avec plaisir qu'au temps où les vieux Chênes délabrés entouraient la mare d'Auteuil, ils allaient le soir prendre les grands Capricornes se promenant sur les arbres séculaires. La larve pratique de vastes galeries dans les troncs des Chênes, et à bon droit les forestiers la considèrent comme extrêmement nuisible.

Les Purpuricènes, dont les antennes sont grêles, appellent l'attention par la couleur rouge d'une partie plus ou moins étendue de leurs élytres. Les Callichromes ont de grandes antennes, les cuisses un peu renflées, les jand^es postérieures comprimées, élargies à l'extrémité, et presque toujours une belle couleur verte. Nous en avons une espèce, le Callichrome musqué (Callichroma moschala, genre Aromia des auteurs modernes), que l'on voit assez fréquemment à la fin de l'été sur les Osiers et les Saules qui bordent les rivières et les canaux. Ce bel Insecte exhale une odeur de rose que beaucoup de personnes jugent fort agréable.

Maintenant, parmi les Cérambycines de petite taille, nous en avons un certain nombre, comme les Clytes au corps étroit, au prothorax arrondi, aux élytres variées de jaune, comme les Callidies, au corps déprimé, aux antennes de médiocre longueur, aux cuisses renflées en massue. Qui n'a vu , vers la fin de l'hiver, se promenant sur quehpie bûche que l'on allait mettre au feu, ce joli petit Coléoptère en dessus d'un rouge vermillon velouté, avec les parties inférieures, les pattes et les antennes noires? C'est le type du genre CaUidie {Callidium sangnineum). Il vient d'éclore

quand nous le voyons dans nos appartements, il vient de sortir d'une bûche de Cliène où il avait vécu pendant son état de larve.

Les Lamiines ne sont ni moins nombreuses, ni moins variées que les Cérambycines. A la Guyane encore, cette terre privilégiée, se trouvent les Acrocines, qui ont des pattes antérieures d'une longueur démesurée et un prothorax muni de chaque côté d'un tubercule porté sur un gros mamelon mobile. Le type du genre, que l'on apporte continuellement en Europe, est bien connu sous le nom vulgaire d'Arlequin de Cayenne {Acrocmus longimanus). Des dessins rouges et noirs sur le fond gris de ses élytres justifient cette appellation. L'Acrocine grimpe après les arbres, et l'utilité de ses longues pattes nous échappe; et quant aux mamelons mobiles du prothorax, il nous est impossible, en l'absence d'observations suffisantes sur les habitudes de l'Insecte, d'en découvrir l'usage.

On a réservé le nom générique de Lamie pour une espèce européenne d'un noir terne [Lamia textor), qui a des antennes relativement courtes et le prothorax unidenté sur les côtés. Sa larve vit dans les troncs de Saules.

Des Lamiines qui, par leur aspect, ressemblent beaucoup à cette dernière, en ont été distinguées sous le nom de Morimes. Ceux-ci n'ont pas d'ailes sous leurs élytres. Le Morime lugubre [Morimus lugubris) n'est pas rare dans notre pays.

11 est impossible de se promener dans la campagne, au printemps, sans apercevoir, travei'sant les chemins poudreux ou grimpant après les murailles, après les herbes salies du bord des routes, un petit Capricorne au corselet unitubcrculé, aux antennes courtes pour un Insecte de la famille des Cérambycides, au corps ovale et bombé. Ce Coléoptère est le type du genre Dorcadion [Dorcadion fuliginalor) .

Il faut aller en Amériijue pour rencontrer des Lamiines offrant le trait de mœurs le plus curieux, l'instinct le plus remarquable.

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Ces Luiiiiiiics. ayant ilc Idiiyucs aiiU'iiiu's tivs-écarlôcs à k-ui' oi'igiiK', un [»rotlu)rax très-coni't, coniposont le genre Onculùre. Il y il ([iiarantc ans, un naturaliste anglais <[ne nous avons déjà cité, Lansdown (luikling, lit eonnaîtrc les habitudes d'une espèce de ce genre iOncideres ampulalor). Nous avons eu l'occasion d'observer les métamorphoses d'inie espèce voisine (0. vomicosa).

^\. lloullot, aujourd'hui le jardinier en clief des serres chaudes du Muséum d'histoire naturelle, se trouvait dans une habitation des environs de Rio-Janeiro, et clia([ue nuit il entendait le bruit de branches d'arbres, l'Acacia Lebbeck, qiu tombaient à terre. Ces branches étaient sciées circulairement, et comme leur partie centrale était seule respectée, elles se brisaieut i)ar leur propre poids ou par les secousses imprimées par le vent. A (jui imputer pareil méfait? Aux nègres de l'habitation sans doute, animés de l'envie de causer au maître une petite vexation. Mais le voyageur du Muséum s'aperçut bientôt que souvent il y avait une Lamie sur une branche coupée ; le Coléoptère était donc l'auteur du dégât. Une branche d'Acacia fut rapportée; elle contenait vivantes larves et nymphes de l'Oncidère : c'est cette même branche ouverte et ainsi habitée que nous l'eprésentons. Le hut de l'Insecte est facile à comprendre, il faut que ses larves ne soient pas noyées par une sève trop abondante.

Nos Saperdites, au corps mince et au corselet cylindrique, assez nombreuses en Europe, ont des espèces dont les larves vivent dans des tiges herbacées, connue Y Aiguillonnier {Agapan- Ihia marginella) , observé par M. Guérin-M eue ville dans les chaumes du Blé.

Les Lepturiues ont aussi d'assez nombreuses espèces que nous voyons habitiiellement sur les fleurs.

Des Coléoptères phytophages, de taille médiocre, plus nombreux encore que les Cérambycides, constituent la famille des Chrysomiîlides. Ceux-ci ont le corps ramassé, souvent arrondi; les antennes fdiformes ou peu renflées vers le bout; des tarses de

.•i:)R LES MHTAM01U>H()SES DES INSECTES.

quatre aiiicles, les trois premiers plus ou nioius larges. Les Chrysomélides, objet d'une belle monographie de M. Lacordairc, s'attaquent au feuillage de tous les végétaux. Beaucoup de ces Insectes sont ornés de brillantes couleurs : le nom de Chrysomèle

iSlORPUOSES DU CBIOCERE UU LIS [Cvioceris merdiocra)

\'ac on dessus. — Une nymplie grossie, vue en dessous.

lui-même fait allusion à des nuances dorées. Les larves de ces Coléoptères, pour le plus grand nombre, vivent à découvert : massives, ramassées, pourvues de très-petites pattes, elles sont lentes dans leur marche ; plusieurs d'entre elles, ayant des téguments mous, ont recours à des moyens de protection qui s'offrent comme le côté le plus curieux de leur histoire.

LHS CULEOl'TlîllES. :.:.<)

|) après ([ueliiucs caractères tirés ilo la l'orme <lu corps cl surtout (le la coufiguratiou des miichoircs, ou distiugue les Criocérlnes, les Cassidincs, les Chrysoniéliues, les Gallèrucincs.

Des espèces de la première division, diiue forme plus élancée que les autres représentants de la famille, les Donacics, au corps vert ou bronzé, affectionnent le bord des eaux et courent sur les plantes aquatiques. Ce sont ces mêmes plantes, les Nénuphars, les Sagittaires, les Lenticules, que leurs larves Idanches, décolorées, rongent au collet.

Les Criocères sont oblongs, avec la tète et le prothorax beaucoup plus étroits que les parties postérieures du corps. Sur les tiges et les feuilles des beaux Lis blancs que l'on cultive dans les jardins, on voit continuellement ce charmant petit Coléoptère tout brillant, noir, avec le corselet et les élytres d'un beau rouge vermillon. Sa larve n'est pas jolie, mais comme elle montre un curieux instinct ! Destinée à vivi'e à découvert, avec des téguments minces et sans consistance, la nature lui a donné un singulier moyen de protection. Elle se fait une épaisse couverture de ses déjections; son orifice anal étant placé de façon que les matières sortant de son intestin puissent être versées sur son dos. Ainsi cachée sous ce misérable vêtement, la larve du Criocère a moins d'ennemis à redouter et se trouve garantie du soleil. Enlevez-lui son abri; pour, au plus vite, en fabriquer un nouveau, elle se met à manger avec une extrême avidité. Dans les potagers, une autre espèce de Criocère [Crioceris Asparagi) est fort commune sur les Asperges.

Les Cassidines ont un corps presque orbiculaire, le pi'othorax large comme une sorte de bouclier, et dans la grande majorité des espèces fort avancé au-dessus de la tête. Il y en a de bien belles dans le monde des Cassides; il y en a qui semblent vêtues d'or. Celles de notre pays sont petites, et nous n'en citerons qu'une en particulier, la Casside verte [Cassida tJinrfis), tout entière en dessus d'un vert frais. Vous la verrez sur les Chardons qui bordent

j()0 Ll£S iMÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

la route, sur les Artichauts du potager. Vous y trouverez aussi sa larve, une larve bien singulière, large, plate, portant sur les côtés de longues pointes ciliées ou épineuses et à l'extrémité de l'abdomen un appendice fourchu recourbé au-dessus du corps. L'oi'ifice anal est situé à la base de cet appendice, les déjections sont reçues sur cette fourche, et la larve de la Casside est ainsi pourvue d'un parasol : il lui suffit d'un mouvement brusque pour s'en "débarrasser à sa volonté.

Dans la grande tribu des Chrysomélines, il y a plusieurs types bien caractérisés. Les Chrysomèles sont presque orbiculaires, avec la tête dégagée du thorax ; leurs larves, ayant des téguments colorés et d'une certaine résistance, ne cherchent pas d'autres abris que le feuillage des plantes. Il y en a beaucoup dans notre pays : la Chrysomèle du Gramen {Chrysomela Graminis), d'un vert doré métallique; la Chrysomèle ensanglantée [Chr. sanguinolenta), noire, avec une bordure rouge, etc. A raison d'un élargissement des antennes vers leur extrémité, on a distingué des Chrysomèles les Linas. Les Peupliers sont quelquefois singulièrement maltraités par une espèce de ce genre, la Chrysomèle ou Liua du Peuplier. L'adulte est d'un vert bronzé, avec des élytres rouges ; la larve est jaune, avec des taches d'un noir brillant. C'est la larve*surtout qui détruit le feuillage; comme tant 4'autres Chrysomélides, elle ronge le parenchyme et respecte toutes les nervures : les feuilles ressemblent alors à une dentelle. Sur le point de se métamorphoser, cette larve s'attache par l'extrémité postérieure ; sa peau se fend, la nymphe se montre, mais encore retenue par la dépouille de la larve.

Les Eumolpes, avec leur prothorax moins large que les élytres, ont les derniers articles des antennes très-grands. 11 y en a de magnifiques dans les pays chauds ; il y en a un, assez petit, noir, avec des élytres ferrugineuses, qui est très-commun dans nos vignobles, l'Eumolpc de la Vigne (Eumolpus Vitis). Les vignerons l'appellent \ Écrivain, et en considérant les dessins irrégu-

LKS COLÉOPTfcRF.S. -,61

Hors ((iu> rinsecte Iraco siii' les feuilles en les (lécniijtanl [nir petites lanières, le nom paraît bien jiislifîé.

Les (îalérucines s(! distiii^iient Jes préeéilenls par leurs antennes plus longues, par le dernier article de leurs pal[ies trèsgrand, etc. Elles ont, du reste, dans leurs dillerenls états, des

MKTASlOnPHOSES DK I.A CIIRTSOMÈLE DU PEUPLIEIi [Liita Poinih).

mœurs analogues îi celles desChrysonièles. il y a deux ly[ies dans cette division, les Galéruques et les Altises : les premières ont les pattes postérieures simples, elles ne sautent pas ; les autres ont les cuisses postérieures très-rentlées, elles sautent comme des Puces. La Galéruque de l'Orme {Galcruca calmariensis) , ayant

562 Lt:S METAMOUPHOSKS DES INSECTES.

les élytros jaune-citron, parées de deux raies grisâtres, est extrêmement commune sur les Ormes de nos routes. Sa larve ronge les feuilles à la manière des Clnysomèles. L'Altise du Chou {Âltica oleracea), petit Insecte lisse, luisant, d'un vert sombre, maltraite les plantes potagères et quelquefois la Vigne.

Des Chrysomélides de forme cylindrique, avec la tète enfoncée dans le thorax (Cryptocéphalines), les genres Clythre et Gribouri (Cryptocephaltts), ont des larves qui se construisent des fourreaux mobiles, à la manière de certaines chenilles.

Une dernière famille de l'ordre des Coléoptères, les Coccinel- MDEs, comprend de petits Insectes auxquels chacun accorde sympathie. L'espèce de notre pays, la plus abondante et la mieux connue de tout le monde, ue s'appelle- t-elle pas, dans le langage vulgaire, la Bêle à Dieu ou la Bêle à bon Dieu? 11 est rare que le sentiment populaire tombe aussi juste. Cette Bêle à bon Dieu, la Coccinelle à sept points des naturalistes (Coccinella septempunclala), inoffensive à tous, a pour rôle, dans la nature, d'empêcher la multiplication excessive des Pucerons. Si l'Insecte adulte, qui ne réclame de descrii)tion pour personne, mange peu, la larve fait une consommation énorme des petits êtres malfaisants à tous les végétaux. Dans les jardins, sur les Rosiers, les Sureaux, etc., dans les vergers, vous observez facilement la larve poursuivant son oMivre de destruction. Cette larve, d'un gris [ilombé, avec une large tache jaune au devant de la tête, trois petites taches rouges sur les côtés, des points noirs, de petits bouquets de poils, ayant un peu l'aspect de certaines larves de Chrysomélides, saisit un Puceron, le dévore, passe à un autre, et en détruit ainsi une énorme quantité en un seul jour. Pour se transformer en nymphe, r Insecte s'attache à une feuille, tout comme une chenille de Papillon ou de Polyommate.

Il y a une foule considérable de Coccinellides de tous les pays, dont M. Mulsant a donné les descriptions. Beaucoup d'entre elles ont les mêmes mœurs que la Coccinelle à sept points : elles mangent

LES COLÉOPTÈRES. r.G3

k's Pucerons, les Kermès, tous ces suceurs si nuisibles à lu végétation; mais que](jues-unes cependant oui une nourriture végétale. Les Coccinellides sont bien reconnaissables à leur corps

MÉTAMORPHOSES UE LA COCCINELLE A SEPT POINTS ( Coccindla sciitempimctala).

arrondi, à leurs antennes courtes et épaisses, ù leurs palpes terminés en hachette, et surtout à leurs tarses invariable nient composés de trois articles.

Les formes typiques sont peu nombreuses parmi les Ortho- I)tèrcs ; nous n'eu trouverons pas plus de sept, la plupart au moins, un peu connues de tout le monde, les Perce-oreilles, les Grillons, les Sauterelles, les Criquets, par exemple.

Un haut intérêt s'attache à la comparaison des Orthoptères avec les Coléoptères. Sous le l'apport de la conformation, les ressemblances sont grandes ; sous le rapport de la marche du développement, la différence, au premier aboi-d, parait énorme. Les Orthoptères sont des Insectes masticateurs ou broyeurs comme les Coléoptères. Leurs pièces buccales, libi'es, puissantes, n'offrent guère de différences plus considéi'ablcs que celles que l'on trouve entre des types de familles appartenant au même ordre. Les organes du vol distinguent les Orthoptères de tous les autres Insectes. Les ailes antérieures, d'une texture et d'une forme générale différente des ailes postérieures, sont de consistance

LES ORTHOPTERES. -.fi.")

scmi-rni'iaco, et, à une seule exception près, elles croisent l'uiie sur l'autre pendant le repos. Les ailes postérieures sont extrèiiienient caractéristiques; membraneuses, très-veinées, avec leurs i^raniles nervures semblables à des baguettes droites, elles se plient dans le sens longitudinal, exactement à la manière d'un éventail : de là le nom d'Ortlioptères (opOoç, droit; nzipy., ailes).

Si l'on ne trouve entre» les Orthoptères et les Coléoptères adultes cpie des ditrérences médiocres, entre ces mêmes Insectes considérés dans la première période de leur existence, la dissemblance parait prodigieuse. Au sortir de l'œuf, le Perce-oreille, le (irillon, la Sauterelle, ont la forme, l'apparence, presque tous les caractères et absolument le genre de vie des adultes. Tandis ([uele Lépidoptère, l'ilyménoptèrc, le Coléoptère, naissent dans un état embryonnaire peu avancé, et prennent tout leur accroissement sous cette première forme, l'Orthoptère naît dans une condition voisine d(i l'adulte, et ne subit que des cbangenients ])cu considérables pour devenir tout à fait adulte. Ces changements consistent dans le développement des organes du vol et des organes de la reproduction. Les changements peuvent même se réduire à l'apparition de ces derniers organes et à l'augmentation de la taille. 11 est nombre d'Orthoptères qui éprouvent un arrêt de développement. Ceux-ci n'ont jamais d'organes de vol ; ils arrivent à l'état adulte sans avoir acquis le perfectionnement organique des espèces du même groupe. Il n'y a dans cette assertion aucune vue théorique, c'est l'énoncé d'un fait dont la démonstration est fort simple.

L'Orthoptère le mieux constitué, à chaque période d'accroissement, a subi une mue ou changement de peau. Trois mues successives ont eu lieu, et l'animal a conservé les caractères qu'il offrait au moment de sa naissance ; une quatrième mue s'est effectuée, et l'Insecte s'est montré avec des rudiments d'ailes emmaillottés ; est survenue une cinquième mue, et il s'est trouvé

566 LES Ml-:TAMnUPHOSES DES INSECTES.

avoir de grandes ailes parfaitement développées. l^'Ortlioptèi'e qui ne prend jamais d'organes de vol ne subit que les trois premières mues ; l'Orthoptère ([ui acquiert des rudiments d'ailes ne dépasse pas la quatrième mue. Sans croire le nombre des unies identique cliez les espèces les mieux douées, ces arrêts de développement à des degrés divers peuvent êtj'e mis au nombre des faits les mieux établis.

Les Orthoptères n'ont dans le cours de leur existence aucune période d'inactivité; on les nomme des Insectes à métamorphoses incomplètes, car, dans l'usage, on ajjpelle larves les individus (pii u'oul encore aucun vestige d'ailes, et nymphes ceux (jui eu ont des nidiuients. Les nymphes ont la mèuie vie <pie les larves et les adultes.

Les espèces d'Orthoptères, disséminées à lasiu'face entière du globe, sont surtout abondantes dans les régions chaudes du monde où la végétation étale toutes ses richesses. Rien n'est plus concevable, car les Orthoptères herbivores, et ce sont les plus nombreux, consomment de grandes (piantités de nourriture. Les Orthoptères sont souvent de beaux Insectes parés de vives et fraîches couleurs plus ou moins agréablement nuancées; mais, à cet égard, il existe une telle diversité suivant les types, qu'il faut se garder de trop généraliser.

Les Orthoptères sont vuiis entre eux par les afllnités naturelles les plus évidentes, néanmoins l'ordre dans son ensemble n'a pas tout à fait le caractère d'homogénéité que présente, soit l'ordre des Lépidoptères, soit l'ordre des Coléoptères. Un type en particulier, celui des Perce-oreilles, se sépare en une certaine mesure des autres types. 11 est devenu pour quelques naturalistes un ordre à part; mais, par suite d'une plus juste appréciation des rapports zoologiques de ces êtres, on divise les Orthoptères en deux sections : celle des Euplexoptèrcs, comprenant la famille des Forficulides seule; celle des Dermaptères, comprenaut tous les autres représentants de l'ordre, ou les familles des lîlattides,

Li-:s oimioi'TKRiôs. :.(>7

(les Mantidcs. «les Pliasinidcs.dcs (iryllidcs, «les Locuslidcs ot (h's Acrididos.

Les l'diiiK.i i.iDKs, ([Ut' tout le monde en France désigne par I i|iitlirtt' (11- Perce-oreilles et dans les antres pays par des appellalions é([nivalenles, nll'rent certaines particularités de conformation tout à t'ait IVai»paiites. La présence à l'extréniilé d(ï leur corps d'appendices (courbés en manière de crochets et formant la pince, donne à ces Insectes une apparence étrange. Les IV-rce-oreilies, du reste, se voyant inrpiiétés, redressent leur abdomen et semblent menacer de cette arme peu redoutable, l ne singulière croyance, sans doute bien vieille, mais encore aujourd'hui ]»ersistante pai'ini les personnes médiocrement échiil'éfs. a riMidii ces ( )rtiioptèi'<'s un sujet d'eifroi. Avec l'audace lie l'ignoi-iHce, on a allirnK' ipiils pénétraient dans les oreilles (les |i('rs(inucs enduniiics. et ipi à l'aide de leur instrument, ils parvenaienl à s'introduire dans la tète, et le uoni de Perceoreille a été imaginé. S'il faut en croire certaine version, le nom serait venu d'une ressemblance de l'instrument des Forficulides avec la pince des joailliers autrefois en usage pour percer les oreilles auxquelles on voulait attacher des pendants, et le nom donné, son application aurait bientôt couru à l'erreur. En réalité, les Perce-oreilles ne sont dangereux que pour les plantes du potager ou du jardin.

Les organes du vol méritent considération chez les Forficulides. Les ailes antérieures, véritables petites élytres, sont courtes comme celles des Coléoptères de la famille des Staphyliuides, et elles ne se croisent point comme celles des autres Orthoptères. Les ailes postérieures, amples, charmantes à voir étendues, après s'être ployées en éventail, se plient ensuite dans le sens transversal, afin de se loger sous les élytres pendant le repos : de là ce nom d'Euplexoptères, qui signifie des ailes bien ployées.

La famille des Forficidides se compose du genre Forficule,(pie (les aiitcins ont sid)divisé, en se fondant sur des caractères de la

plus faillie importance, ici sans intérêt. Nous avons ou Europe plusieurs espèces de Forficules, et l'une d'elles est connue de tout le monde. Les Perce-oreilles sont nocturnes; si ou ne les

LE PERCE-OREILLE COMMUN (Forficula aurkularia).

dérange pas, on ne les voit guère pendant le jour. Parfois ils se tiennent blottis sous les feuilles ; plus souvent ils se cachent sous des pierres ou sous de vieilles écorcos plus ou moins détaclié(^s du tronc. C'est là que fré([uemment on trouve une famille

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