‹ Métamorphoses moeurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 79 sur 102 · I.ES TIIYSANOPTÈKES · texte numérisé non relu

I.ES TIIYSANOPTÈKES

(Jiio l'on se ligure des Insectes noirs au corps étroit, déprimé, de lu longueur de 2 niilliuiètres (Tiiri[)S de Lutreille) ; des Insectes si répandus dans la nature, que vous ne pouvez presque pas preudrc une fleur, ou l'épi d'une (iraminée, sans en voir plusieurs individus. Deux auteurs anglais, MM. Westwood et llaliday, ont précisé les caractères desThrips. Le premier a étudié leurs pièces buccales; le second a observé les caractères des espèces, et il a établi l'ordre des Thysanoptères.

Les Thysanoptères (3u(7avo;, franges; nz^pc/., ailes), dans leur état complet, ont quatre ailes membraneuses, fort étroites, sans plis ni réticulation, mais garnies sur leurs bords de longs cils formant une frange d'une finesse, d'une élégance qui dépassent toute description. Ces Insectes ont des mandibules longues et minces, des mâchoires et une lèvre munies de palpes. La conformation de la bouche les rapproche des Orthoptères. La tète porte des antennes fdiformes de longueur médiocre, de gros yeux

latéraux et ordinairement trois ocelles sur le front. Les pattes des Thysanoptèi'es sont encore très-caractéristiques : les tarses, de deux articles, se terminent par une sorte de vésicule propre à contracter adhérence sur les feuilles ou sur les pétales des fleurs.

Chez ces Insectes, le développement est analogue à celui des Orthoptères : les jeunes ont la forme des adultes; seulement,

METAMORPHOSES DU THRIPS DES CEREALES ( Tlirips Cercalium).

ils manquent d'ailes, et leur corps est pâle, jaune ou rougeàtro; après quelques mues, se montrent des rudiments d'ailes, ce sont les nymphes, nymphes actives ; après un dernier changement de peau, ce sont des adultes. Les Thysanoptères courent vite, ils volent prestement ; avec leurs petites mandibules ils rongent les feuilles à la surface.

L'ordre des Thysanoptères se compose dune seule famille, la famille des Thripsides, où l'on reconnaît deux types, selon que les espèces ont deux articles aux palpes et les ailes sans aucune nervure (Phlœothripsines), ou trois articles aux palpes et deux nervures aux ailes antérieures (Thripsines). Parmi les dernières, la plupart appartiennent au genre Thrips. Le Thrips des céréales (Thn'ps Cercalium), d'une couleur brune avec les pattes et les antennes annelées de blanc, est signalé comme nuisible au Blé dans les circonstances où il s'est très-multiplié. Le petit Insecte s'engage entre les valves et la graine , se blottit dans le sillon du grain et le ronge. Il n'enlève pas beaucoup de substance à la fois, et cependant il détermine un appauvrissement très-sensible du grain.

LES NÉVROPTÈRES

Dans l'ordre des Névroptèrcs, on observe tous les genres de métamorphoses. Les uns n" ont dans leur existence aucune période d'inactivité, ils n'éprouvent pas de changements plus considérables que les Orthoptères. Les autres, avant l'âge adulte, passent par deux phases aussi tranchées que chez les Lépidoptères ou les Hyménoptères. Ceux-ci éprouvent donc des métamorphoses absolument complètes. D'autres Névroptères n'ont qu'un temps d'immobilité très-court; leurs nymphes perdent \euv activité et changent de condition presque au moment de l'éclosion des adultes. Des métamorphoses aussi variées entre des Insectes appartenant au même ordre enseignent (|ue les périodes d'évolution sont parfois bien loin d'être identiques chez des animaux liés par d'étroites affinités naturelles.

Les Névroptères sont caractérisés par letirs organes de vol. Leurs ipiatre ailes nues, membraneuses, sont parcourues par de

nombreuses nervures et présentent généralement une réticulation serrée (vsù^cv, corde, nervure; nts^fz, ailes). Les iXévroptères sont les Insectes aux ailes très-veinées et même réticulées. A ce caractère il faut ajouter qu'ils ont des pièces buccales libres, des pattes faibles, un corps presque toujours assez élancé.

Il existe des Névroptères de formes assez différentes; certaines modifications conduisent à reconnaître plusieurs types, d'un rangplus élevé que les familles. Ainsi, d'un côté, il y a les Névroptères dont les ailes transparentes ont des nervures transversales (Hyaloptères), et, d'un autre côté, les Névroptères dont les ailes poilues, offrant des nervures branchues, n'ont aucune réticulation transversale (Trichoplères), et, parmi les premiers, les représentants de quelques familles montrent avec les Orthoptères des ]'apports assez manifestes pour qu'il semble naturel de les isoler un peu des Névroptères les mieux caractérisés.

Sous le rapport des conditions d'existence, les Névroptères offrent un bien grand intérêt. Les uns, êtres industrieux, vivent en sociétés nombreuses, édifient des demeures quelquefois immenses, et, dans un autre ordre, représentent les Fourmis. Les autres, et ce sont les plus nombreux, ne possèdent ni talent, ni instincts particulièrement remarquables; mais ils donnent le spectacle de curieux phénomènes dans la diversité de leurs conditions d'existence, suivant qu'ils sont à l'état de larves, à l'état adulte.

Une des plus intéressantes familles, non-seulement de l'ordre des Névroptèi'es, mais encore de la classe des Insectes tout entière, est celle des Termitides. Les Termites forment des sociétés nombreuses où il y a des mâles et des femelles, des individus neutres de plusieurs sortes, des larves et des nymphes actives. Ils édifient de gigantesques demeures, avec des multitudes de chambres et de galeries, et travaillent toujours dans l'ombre. Ont-ils besoin de se porter d'un point à un autre, admirables ingénieurs, ils construisent de véritables tunnels. Leurs mœurs,

LES NKVHOl'TKItK

k'ur lialtiK'lt'' à (•(Uistruiri', les ont l'ail coniiiaroi' aux l-'ounnis, cl dans tontes les conlrrcs int('rli'0|iu'al('s. on ces ininenrs et ces

M s IJIVLRS INMVIDUS D UN£ TERUITrÈRF. {Termes hicifugum).

i. Ouvrier. — 2. SulJjl. — 3. Larve. — 4. Nyniplie à pelils (■luis. — 5. Nymphe à longs éluis, — 0. Ma 7. Pelile fciuelle, — 8. Granilc femelle. (Tous Irès-grossis.)

dévastateurs de toutes choses sont un fïéan, on les nomme les Fourmis blanches.

Les Termites ont donné lieu ù une foule d'écrits, il nous suffira d'en citer deux dos plus récents et des plus importants : nne

590 l^ES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES .

monographie très-bien faite du professeur Hagen (de Kœnigsberg), une étude spéciale sur le Termite lucifuge par M. Lespès.

Les Termites mâles et femelles ont des ailes amples dont les nervures transversales sont rudimentaires, une tète forte portant trois ocelles entre les gros yeux. Les neutres, toujours privés d'ailes, sont de deux sortes : les uns, c'est-à-dire les ouvriers, avec une tête ronde et des mandibules assez courtes ; les autres, avec une tête plus longue, très-forte et de grandes mandibules, que l'on appelle les soldats, dans l'idée que ces individus ont pour mission la défense du nid.

Par les observations de M. Lespès, on a appris que dans les ha])itations de la petite espèce de France, le Termite lucifuge (Termes lucifugum), il existe, outre les larves des neutres et des individus sexués, outre les neutres, ouvriers et soldats, des nymphes de deux sortes, les unes de petite taille, avec des étuis ou rudiments d'ailes très-courts, les autres plus grandes, avec de longs étuis; et enfin, fait vraiment étrange et encore inexpUqué, deux sortes de mâles et de femelles : les uns, petits, paraissent vers le mois de mai : les autres, beaucoup plus grands, que l'on ne voit qu'au mois d'août. M. Lespès appelle les premiers, les petits rois et les petites reines ; les seconds, les grands rois et les grandes reines. Après la fécondation, un seul couple d'ordinaire se trouve dans l'intérieur du nid. Ces individus ont perdu leurs ailes, appendices caducs chez les Termi'tes et ne persistant pas après l'union des mâles et des femelles. Les ouvriers, d'une teinte blanchâtre, ont une taille variable de 3 à 5 millimètres; les soldats, chez lesquels M. Lespès a reconnu des neutres des deux sexes, ont une taille d'au moins 5 millimètres et une coloration rousse sur les parties antérieures. Les mâles sont d'un noir de poix, avec la bouche et les tarses jaunâtres et les ailes enfumées. Le corps des petits mâles a 7 millimètres de long, celui des petites femelles 8 à 9 ; le corps des grands mâles et des grandes femelles a au moins 2 millimètres de plus, sur-

LES NÉVROPTftHES. 591

tout choz CCS dernières, dont l'id)d()nien est distendu par les œufs.

Le Termite lucifnge est commun dans les landes de (iascogne, où il s'établit dans les souches des vieux Pins; mais depuis longtemps déjà il a envahi les maisons des villes de la Charente- Inférieure, laUochelle, llochefort, Toiuiay-Charente, Saintes, etc., et aujourd'hui il se montre dans queltfues (puu'tiers de Bordeaux. On a |>rét('ii(lu (|ue le Termite de la ilochelle é-tait d'une autre

TERMITE FEMELLE DE LA CÙTE DE GUhNEK De grandeur naturelle, d'après UQ individu de la cuUectioii du Muscuni.

espèce que celui des Landes, mais la comparaison d'individus des deux provenances ne permet pas de regarder cette opinion comme ayant le moindre fondement. Des maisons entières sont minées par le Termite, et comme les surfaces extérieures sont toujours respectées, on peut ne point soupçonner le danger ; de là des accidents plus ou moins graves. La préfecture de la Rochelle est depuis longtemps envahie; à une époque, ses archives ont été détruites. Mais nous n'avons rien vu de plus curieux dans cet édifice que les tunnels ou les minces colonnettes descendant de la voûte au sol, que les Termites construisent dans les caves.

C'est dans les pays chauds que les Termites sont prodigieusement multipliés et qu'ils atteignent une assez foiie dimension. Ou assure qu'à Ceylan, le tiers du pays plat est miné par les

Termites, Mais les renseignements les pins précis qne nous possédions encore sur les habitations des espèces exotiques sont ceux de Smeathman, le voyageur anglais dont le récit et les figures ont été cent fois reproduits. L'espèce désignée sous le nom de Termite belliqueux [Termes bellicosus) élève des monticules d'une hauteur de 3 ou 4 mètres, flanqués de tourelles, et d'une telle solidité, que Smeathman rapporte qu'il put monter à l'extrémité d'un de ces édifices avec quatre de ses compagnons, sans l'ébranler. Vient-on à faire une brèche à l'un de ces nids, les soldats, qui ont une forte taille et de grandes mandibules, se portent aussitôt à la défense. La femelle de cette espèce, comme les femelles d'autres Termites des pays chauds, acquiert, par suite de l'extrême distension de l'abdomen rempli d'œufs, un volume inimaginable.

Nous avons de très-petits Névroptères de mœurs assez insignifiantes, que leur conformation rapproche beaucoup des Tei'mites : ce sont les PsocmEs, qui ont les ailes peu veinées, la tête fort grosse, avec trois ocelles sur le front, les antennes sétiformes, les pattes très-grêles. Ces Insectes se trouvent sur les mousses, sur les troncs d'arbres, sur les vieilles murailles. Une toute petite espèce habite nos maisons, où elle se montre souvent parmi les vieux papiers un peu humides. Comme elle n'acquiert jamais d'ailes, elle a l'aspect d'une larve ou plutôt d'un petit Pou; comme elle fait parfois entendre un bruit en frappant avec ses mandibules, on l'a nommée le Psoque pulsateur (Psocus pulsalorius).

Les Perlides composent une famille bien caractérisée. Ce sont des Névroptères de taille médiocre, ayant les ailes postérieures amples et plissées vers leur origine, les antennes sétiformes, les pièces buccales bien développées, et, comme celles des Termites, des Psoques, offrant des ressemblances manifestes avec celles des Orthoptères. Nous devons à M. Pictet (de Genève) de bien connaître sous leurs différents états les espèces européennes de cette famille. Les Perlides ont des métamorphoses incomplètes; les larves sont aquatiques, carnassières, agiles, soU'

LKS NKVHOPTlilŒS. 503

vont puui'vuos d'oi'gaucs respiratoires extérieurs, consistant eu petites touites de lilameuts attachés à la partie inférieure des anneaux thoraciques; les nymphes, toujours actives, ne diffèrent des larves que par la présence de rudiments d'ailes. A un moment, elles soi'tent de l'eau et s'accrochent sur les pierres ou après les plantes du rivage. Bientôt leur peau se dessèche, se fend

UÉTAllORPUOSES DE LA l'EllI.E DORDÉE {Perla marginala).

siu" la ligue médiane du dos, l'adulte se dégage de cette enveloppe et prend son essor.

Nous avons deux grands genres dans cette famille des Perlides, les Perles et les Némoures; les premières portent à l'extrémité de l'abdomen deux longs filets articulés qui manquent chez les secondes. La Perle bordée (Perla marginala) est une de nos espèces les plus répandues, un Insecte brunâtre avec une bordure fauve au mésothorax, les ailes comme enfumées. Sa larve, d'un jaune-citron, tachetée de noir, se trouve dans les rivières,

dans les ruisseaux au cours rapide. Les Némoures, aux formes plus grêles que les Perles, vivent dans les mêmes conditions. Dans leur premier âge, ils portent des fdets à l'abdomen comme les larves des Perles, et ces filets disparaissent chez les adultes. Tandis que les ailes sont toujours parfaitement développées chez les femelles, elles sont courtes, rudimentaires chez les mâles de plusieurs espèces : la dégradation qui, dans les autres ordres, atteint quelquefois les femelles, porte donc ici sur les mâles.

11 est une famille de Névroptèi^es, les Ephémérides, où volontiers on cherche des impressions poétiques. Les Ephémères, le nom l'exprime, c'est la vie qui commence au lever du soleil et finit à son déclin le même jour. Les Éphémères, c'est la délicatesse des formes, la légèreté du corps. Les Ephémères, c'est la réalisation du rêve des mystiques apparitions sortant des eaux, lorsque, par un beau soir d'été, des milliers, des millions de CCS créatures aériennes voltigent à la surface des étangs ou des rivières.

Les Éphémérides sont faciles à distinguer. Ils ont de petites antennes de trois articles, dont le dernier est une soie extrêmement fine ; des ailes délicates, les antérieures larges, les postérieures très-petites; le corps terminé par deux ou trois longs filets articulés. Les parties de la bouche sont molles, incapables de servir à aucune fonction : des êtres dont la vie dure quelques heures ne prennent aucune nourriture. Us naissent, et tout aussitôt les mâles et les femelles se recherchent et s'unissent ; les femelles sont fécondées ; en un paquet elles laissent tombei' leurs œufs dans l'eau. Les petites larves éclosent, et leur ci'oissance marche avec plus ou moins de rapidité, selon les espèces. Les larves des Éphémérides sont des Insectes aquatiques, organisés pour respirer dans l'eau; leur abdomen porte, sur les côtés, des branchies, ou mieux des filets ou des lamelles minces, traversées par de nombreuses ramifications trachéennes. Entre les lai'ves d'Éphémères, il y a, du reste, dans la conformation générale.

LES NÉVROPTÈRES. 5&.->

(les difTôroucos notables qui entraînent des différences dans les conditions d'existence. Cependant tous ces Insectes, également carnassiers, ont des mandibules pourvues de pointes acérées et des mâchoires épineuses; ils deAàeiuient nymphes en acquérant des rudiments d'ailes. Lorsque approche le moment de l'éclosion de l'adulte, la nymphe monte sur les herbes ou les plantes; ses téguments se gonflent, la peau se fend sur la ligne dorsale, et le Névroptère ailé s'échapi)e de cette enveloppe. Mais, fait unique, cet Insecte adulte est revêtu dans toutes ses parties, son corps, ses ailes, d'une membrane, sorte de tuni(p.ie dont il doit se dépouiller avant d'être apte à remplir aucune fonction. Les naturalistes donnent le nom de Pseudimagoli l'Ephémère encore enveloppée de sa membrane, l'ancien nom d'Imago des anciens auteurs correspondant à celui d'Insecte parfait.

Les Ephémérides d'Europe ont été étudiés avec talent par M. Pictet. Les espèces pour lesquelles a été réservé le nom d'Ephémères ont les ailes pourvues de nombreuses nervures transversales, l'abdomen muni de trois longs filets. La plus répandue dans notre pays, est l'Éphémère commune (Ephemera vulgala), aux ailes tachetées de brun. Sa larve et sa nymphe, comme celles de toutes les espèces voisines^ sont longues, cylindriques, avec des mandibules saillantes, des pattes élargies, tranchantes, qui leur servent à fouir la vase. Ces Insectes creusent des galeries, et s'y blottissent pour se mettre à l'abri des dangers. Leurs branchies, ({u'clles ramènent habituellement sur le dos, sont étroites, effilées et garnies de cils. Les plus jolies parmi les larves des Ephémérides sont celles des Cloés. Frêles, délicates, presque diaphanes, pourvues de branchies eu lamelles, qu'elles agitent sans cesse avec rapidité, ayant des pattes grêles, des appendices abdominaux larges et frangés, servant de rames, ces petites larves, pleines d'élégance, vivent à découvert, nagent avec facilité, atteignent leur proie et échappent à leui"s ennemis par la prestesse de leurs mouvements. Adultes, les Cloés ont des ailes peu

veinées, seulement deux filets à l'extrémité de l'abdomen; et, chez les mâles, les yeux partagés de telle sorte que chaque œil paraît surmonté d'un autre œil : ce qui a valu à l'espèce la plus commune, un Insecte au thorax fauve et aux ailes transparentes et incolores, le nom de Cloé bioculée (Cloe bioculala).

La grande famille de l'ordre des Névroptères, la famille où les caractères de l'ordre apparaissent au plus haut degré , est celle des Liuellulides. Ce sont les Insectes qui, pendant l'été, volent continuellement au bord des rivières et surtout des étangs, et que chacun appelle des Demoiselles; un nom que leur ont valu leur forme élancée, leur allure élégante, leurs fraîches couleurs, leurs ailes de gaze. Ces Insectes ont des ailes presque égales eu longueur et prodigieusement réticulées, répondant ainsi de la manière la plus complète à la dénomination de Névroptères-, ils ont une grosse tète, de grands yeux, des antennes toutes petites, très-soiublables à celles des Ephémères, des tarses de trois articles. Les Libelluhdes, les attrayantes Demoiselles, sont exclusivement carnassières et d'une férocité sans égale ; dans leur vol l'apide, elles atteignent les Mouches, les Papillons, et les déchirent en un instant. Leur bouche est munie de mandibules à dents acérées, constituant de terribles tenailles; de mâchoires fortes, ayant un seul lobe terminé par des pointes aiguës ; d'une lèvre inférieure extrêmement large, avec des palpes courts et épais. Contre de tels armes, la plupart des Insectes ne peuvent opposer qu'une vaine résistance. Ces Névroptères portent des appendices à l'extrémité de leur abdomen, et chez les mâles ces appendices forment iine véritable pince. Le mâle à la poursuite d'une femelle la saisit par le cou avec cet instrument, et la traîne ainsi captive jusqu'à ce qu'elle cède à ses désirs. Les femelles fécondées laissent tomber leurs œufs dans l'eau, sans prendre aucune précaution spéciale. Comme les Perles, comme les Ephémères, les Libellulides ont des métamorphoses incomplètes; ces Insectes, les plus aériens à l'état adulte, sont, dans leur état de

LRS \F,Vli01>Tfcl{ES. 597

larves ou de nymphes, des Insectes aquatiques se traînant dans la vase. Bien curieuses par leui' genre de vie et par leur conformation sont les larves et les nymphes dos Libcllulidcs. Elles ont le corps plus massif, la tète plus ai)latie, les yeux moins grands et plus écartés que l(>s adultes. Non moins carnassières, elles sont lentes dans letu" marche, et c'est à peine si elles ont l'instinct de s'embusquer. Malgré tout, elles n'éprouvent aucune difficulté à saisir des Insectes assez agiles; larves et nymphes possèdent dans leur lèvre inférieure le plus singulier instrument. Cette lèvre, extrêmement longue, a des palpes formant une pince; articulée sur le menton, qui est lui-même très-long, elle présente un coude, et pendant le repos se rabat sous le thorax. La larve de la Libellule est presque immobile; une proie passe à une certaine distance devant elle, soudain sa lèvre se détend comme un ressort, et l'animal qui semblait hors de poi*tée est saisi par la pince. Les larves et les nymphes des Libellulides, absolument dépourvues de tout organe analogue à des branchies, ont un mode de respiration unique : elles respirent par l'anus. L'animal écarte les appendices qui terminent son abdomen, et fait entrer à de courts intervalles une masse d'eau assez considérable dans son gros intestin. Sur ce gros intestin se ramifient une multitude de trachées qui s'emparent de l'air dissous dans l'eau. La faculté dont jouissent les larves des Libellulides de faire entrer de l'eau dans leur gros intestin, pour leur respiration, leur procure un' avantage. Ces Insectes, marchant avec lenteur, se dérobent en un clin d'oeil à l'ennemi qui les menace, en expulsant violemment l'eau contenue dans leur rectum. Cette ex[)ulsion les projette en avant avec une vigueur extrême.

Sur le point de subir son dernier changement la nymphe de Libellulides sort de l'eau et s'accroche sur les plantes; sa peau se dessèche, se fend, et se montre l'Insecte ailé.

La famille des Libellulides renferme une multitude d'espèces disséminées par le monde, dont les caractères ont été déjà très-

étudiés par MM. Rambur, Burmeister, de Selys-Longchamps, Hagcn, etc. On reconnaît trois types principaux dans cette famille, les Libcllulines, les ^schnines, les Agrionines.

Chez les Libellules, le corps est assez large et les palpes de la lèvre n'ont que deux articles ; les larves ont le corps trèsramassé. Nous en avons une espèce bien commune au bord des eaux pendant l'été, c'est la Libellule déprimée (Libellula depressa), le mâle ayant le corps bleuâtre en dessus, la femelle toute fauve. Chez les yËschnes, le corps est robuste et arrondi, les palpes de la lèvre ont trois articles. On y distingue deux types : ceux dont les yeux énormes sont contigus sur la ligne médiane {Mschnites), et ceux dont les yeux sont écartés [Gomphites). L'/Eschne tachetée (jEschna maculatissima), noire, avec des bandes et des taches jaunes, est l'une de nos belles Libellulidcs. Sa larve et sa nymphe sont d'un vert sombre nuancé de brun. Chez les Agrions, le corps est grêle, l'abdomen cylindrique comme une baguette, et les palpes de la lèvre de trois articles. On a réservé le nom d'Agrion pour nos plus mignonnes Libellulides, au corps d'un bleu gris de perle [Agrion puella, etc.), et l'on en a distingué, sous le nom de Caloptéryx, les espèces les plus grandes. Tout le monde remarque cette charmante espèce', l'Agrion vierge (Caloptéryx virgo), le mâle d'un bleu métallique, avec une large bande bleu verdâtre sur les ailes, la femelle d'un vert brillant.

A considérer certains représentants de la famille des Myrmé- LÉONiDES, on croirait volontiers avoir sous les yeux des Insectes peu différents des Libellules. 11 y a, en effet, des rapports assez intimes entre les Myrméléonidcs et les Libellulides à l'état adulte; néanmoins, dans les conditions d'existence des larves, dans les métamorphoses, les différences sont des plus considérables. Les Myrméléonides vivent à terre dans leurs premiers états; ils subissent des métamorphoses complètes : leurs larves, courtes, élargies, toujours carnassières, ne rappelant en rien les formes des

LKS NI^WROPTKRES. r,99

adultes, se construisant pour la plupart un cocon, et se transforment en nne nymplu^ iinuKiltilo.

Adultes, les Myrméléonides ont des ailes moins iV-ticulées (|uc les Libellulides, des yeux plus petits, des antennes multiarticulées, des tarses de cinq articles. Leurs mandibules sont aiguës; leurs mâchoires et leur lèvre, assez étroites, portent de longs palpes. Il y a des types assez variés dans cette famille.

ni-,iAiiuil.iiu.-l^ L.U FOURMILION COMllI .x {Mynncleon Cormicarium ).

Les Myrméléonines ont les antennes renflées vers le bout. Chez les Myrméléons, que l'on nomme vulgairement les Fourmilions, ces appendices sont très-courts. Le type du genre, le Fourmilion commun [Myrmeleon formicarium), est im insecte (|ui intéresse à raison des habitudes et des ruses de sa larve. Dans les endroits sablonneux, sur les monticules bien exposés au soleil, il est ordinaire d'apercevoir de petites cavités en forme d'entonnoirs. C'est l'ouvrage des Fourmilions, Insectes d'un gris

rosé un peu Srale, ayant sur les côtés de petits bouquets de poils noirs, les pattes antérieures et intermédiaires dirigées en avant, les postérieures plus robustes, peu mobiles et serrées en arrière contre le corps. Ces larves ne peuvent mai'cher qu'à reculons; en s'enfonçant dans le sable, elles décrivent des tours qui diminuent graduellement; se servant de leur tête large et plate comme d'une pelle, elles lancent le sable au loin, et forment ainsi un entonnoir. Le travail achevé, le Fourmilion, enfoncé dans le sable, ne laisse paraître que deux longues mandibules. L'endroit où il s'est établi est fréquenté par des Fom^mis et d'autres Insectes. La Fourmi qui passe au bord de la cavité trébuche sur le sable mouvant ; elle fait des efforts pour ne pas tomber dans le préci pice, mais notre larve lui lance des pelletées de sable et la fait rouler ainsi jusqu'au fond ; la saisissant alors entre les extrémités de ses mandibules, elle la suce : ses mandibules sont perforées et propres à la succion. C'est une des particularités remarquables de l'organisation des larves de Myrméléonides. Au terme de sa croissance, le Fourmilion s'emprisonne dans une petite coque soyeuse parfaitement ronde; mais la soie produite par une filièx'e située à l'extrémité du corps n'étant pas abondante, il en fortifie les parois avec des grains de sable. Les adultes, d'un gris sombre, avec des taches jaunâtres, ont de grandes ailes transparentes, ornées de quelques petites marques noires.

Dans les régions chaudes du globe, on rencontre de grands Myrméléons (genre Palpares), dont les ailes, larges, sont tachetées de brun et de noir. Une espèce de Provence, le Myrméléon libelluloïde {Palpares libelluloides) , en est le type. Sa larve se cache dans le sable, mais ne fait pas d'entonnoir.

Des Névroptères d'un petit groupe (Ascalaphites), de la tribu des Myrméléonines, sont de charmants Insectes qui affectent un peu l'apparence des Lépidoptères. Les Ascalaphcs ont de longues antennes terminées par un large bouton, comme celles des Argynnes; des ailes joliment nuancées, le plus souvent d'un

LES NKVROPïftRES. 601

jaune vif avec dos dessins noirs. Plusieurs de ces Insectes habitent l'Europe méridionale: leurs larves paraissent avoir une assez

MÉTAMORPHOSES DU MYRMÉLÉON LIBELLULOÏDF. [Palpares libelluloides.)

grande ressemblance avec celles des Myrméléons, mais jusqu'ici nous connaissons peu leur histoire.

Un autre type (Némoplériles) appelle l'attention par des formes tout à fait éléf^antes. Les Némoptères, Insectes des con-

trées que ])aigne la Méditerranée, ont des antennes minces, mais ils sont surtout remarquables par leurs ailes postérieures toutes longues, tout étroites, un peu élargies à l'extrémité à la manière d'une spatule. Le Némoptère coa (Nemopiera coa),

r.E NÉ.MOPTÈ.RF rO\ ET T'ATA^^PHF LONGirORNE (Nemopiera coa et Ascalajihus lonijkornis).

avec ses ailes jaime-soufre, tachetées de noir et comme gaufrées, est une des ravissantes créatures du monde ailé.

Les Hémérobiines, Insectes délicats, Myrméléonides réduits à de minimes proportions, portent de longues antennes minces et des ailes larges bien veinées. Sur les arbustes des jardins.

Lies MÏVHOPïf'.UES.

lîosiors, Sureaux, etc., vous voyez souvent poses sur le feuillnge des Névroptères que leur corps d'un vert tendre, les nervures de leurs ailes de la même nuance, et surtout leurs yeux saillants qui

METAMORPHOSES DE LA PANOBPE COMMUNE {ranorpa commiinis).

ont l'éclat de l'or, signalent à l'attention. On les appelle, de leur nom vulgaire, les Demoiselles terrestres, de leur nom scientifique, les Hémérobes. Insectes destinés à courir sur les plantes, ils ont

Wi LES Mr:TAMORPHOSES DES INSECTES.

ontrc les crochets des tarses une petite pelote propre à assurer leur marche. Saus doute, comme moyen de défense, ils exhalent une odeur stercoraire très-pénétrante, qui contraste avec leur apparence délicate et élégante. Les Ilémérobes attachent leurs œufs aux feuilles des arbustes par de longs et minces pédicules formés par la matière qui les enduit. A voir des groupes de ces petits corps ovalaires portés sur des tiges, on croirait à des plantes cryptogames, et l'on y a cru autrefois. Les larves, avec une forme plus svelte, ressemblant à celles des Fourmilions, se dispersent sur le feuillage, où elles font la chasse aux Pucerons. Après le lion des Fourmis, nous trouvons ici les lions des Pucerons. Au terme de leur croissance, ces larves fdent une petite coque de soie pure, toute blanche et toute ronde, qu'elles attachent aux feuilles; la transformation en nymphe a lieu ; deux semaines plus tard sortent les adultes.

Les PANORPmEs, aisément reconnaissables , dans leur forme adulte, à une tête prolongée en avant et figurant un long museau, ont les ailes assez étroites et les antennes effilées. Nous avons en Europe la Panorpe commune {Panorpa communis), la Mouche Scorpion de Geoffroy, qui recherche les endroits humides. Ses ailes diaphanes sont élégamment tachetées de brun. Le mâle l)orte à l'extrémité de son abdomen une sorte de pince qui lui permet de retenir sa femelle dans les airs ; les appendices abdominaux, simples chez une foule d'Insectes, se convertissent parfois en instruments très-spéciaux. La Panorpe femelle peut distendre ses derniers anneaux et faire saillir un long oviducte : c'est qu'elle doit pondre ses œufs dans la terre humide et à une certaine profondeur. Les transformations de la Panorpe commune ont été bien observées par un naturaliste de Vienne, M. Briiuer; mais depuis longtemps nous avions été mis en possession de la larve de cet Insecte par un amateur, M. Vaudouer (de Nantes), qui charma sa vie à voir de ses yeux ce que lui apprenaient les mémoires de Réaumur,

LES iNliVUOPTKHES.

Les larves dos Fanui'pes, de iVinuo pi'eS([U(î cyliiulritiue, avec de petites pattes tlioi'aciquos, et aux anneaux de l'abdomen, des

MÉTAMORPHOSES DU SEMBI.IS DE LA BOUE [Semblis lu'aria).

tubercules servant à la marche, des poiis rares, une teinte d'un gris rougeàtre, vivent dans la terre humide, à une profondeur de 2 ou 3 centimètres, se creusant des galeries et se uour-

rissaut de débris organiques. Elles s'établissent dans une loge pour leur transformation en nymphes.

La famille des Semblides a peu de représentants en Europe. Ce sont encore des Névroptères à métamorphoses complètes. Leurs ailes ont les nervures transversales peu nombreuses, leur prothorax est plus ou moins long, leurs antennes ressemblent à de longues soies. Le type du geiu'e Semblis, caractéi'isé par des mandibules très-courtes, le Semblis de \a houe (Semblis lularia), est un Insecte aux ailes enfumées qui a été bien étudié dans ses métamorphoses par M. Pictet. On le voit fréquemment au bord des mares, où il dépose ses œufs par plaques sur les tiges des j)lautes. Les larves du Semblis, qui portent de chaque coté de l'abdomen de petits appendices respiratoires articulés, se tiennent dans la vase, où elles chassent des Insectes. Bien différentes des autres larves aquatiques de Névroptères, elles sortent de l'eau quand approche le temps de leur métamorphose, et vont se former dans la terre humide une loge dans laquelle elles subissent leur transformation en nymphe.

En Amérique, il existe de grands Semblides pourvus d'énormes mandibules arquées, les Corydales : MM. Leidy et Ilaldenian ont observé les premiers états d'une espèce de la Caroline.

Une dernière division de l'ordre des Névroptères, la famille des Phryganides, s'isole très-manifestement de tous les autres types. Les Phrygauides, Insectes à métamorphoses complètes, de même que les précédents, offrent ([uelqucs affinités avec les Lépidoptères. Leurs ailes, sans réticulation transversale, portent de petits poils implantés à la manière des écailles des Papillons ; les pièces de la bouche sont molles, rudimentaii'cs, impropres à tout usage; leurs antennes, assez épaisses, sont longues et tei'minées eu pointe; leurs pattes sont grandes, avec les jambes garnies d'épines et les tarses composés de cinq articles. Les Phrygauides, très-nombreuses en espèces sous les climats tempérés, ont généralement une teinte grisâtre, brune ou jaunâtre. Ces

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