TES MEMBRANEUSES UE QUELQUES CHENILLES
— i. V.mcssc Pelilc-Tortue. -- 'J. Charaxès Jasius. 1. Thécla W blanc.
avec force. Les pattes membraneuses de la chenille du Machaon sont celles d'une larve qui grimpe après des tiges herbacées faciles à saisir. Ces pattes se terminent par quelques rangées d'épines au bord interne; le bord externe n'est garni que de petits poils, de cils propres à rendre le toucher fort sensible.
Dans les appendices de la chenille, nous reconnaissons leur usage tout à fait spécial; la comparaison donne à notre appréciation le caractère d'une entière certitude. Dans la Caroline,
lu Virginie, la Louisiane, il exisle un Papillon porte -queue (Papilio aslerias), dont la chenille, comme celle du Machaon,
vit sur les Ombellifères; les parties de la bouche, les pattes, sont semblables à celles de notre espèce indigène. Dans les mêmes contrées, la chenille d'une espèce voisine (Papilio troilus) se trouve sur des Lauriers. Elle a un labre plus fendu que celui des autres espèces pour maintenir la feuille qu'elle ronge: elle a les épines des pattes membraneuses sensiblement plus fortes, car le végétal sur lequel elle marche est moins facile à entamer que des Ombellifères. Nous pouvons comparer à ces espèces la chenille d'un beau Papillon porte-queue du Bengale (Papilio heclor), aux ailes noires, veloutées et tachetées de blanc et de rouge. Celle-ci a une tête revêtue d'une enveloppe très-résistante, un labre profondément échancré, des mandibules fortes, dentelées à la manière d'une scie, des pattes membraneuses pourvues d'épines plus fortes, plus nombreuses que chez les espèces dont il vient d'être question. Evidemment, l'espèce du Bengale grimpe après des tiges difficiles à saisir; elle ronge de grandes feuilles dures. On nous assure qu'elle vit sur des Aristoloches. Cette chenille nous présente ainsi des particularités de conformation dont la signification ne saurait être douteuse, mais elle porte sur le dos deux rangées de tubercules, tandis que la chenille du Machaon est parfaitement lisse. La liaison de cette différence nous échappe encore. Dans le petit groupe auquel appartient le genre Papillon, on distingue quelques genres voisins, fort remarquables à différents égards : les Ornithoptères, les Tbaïs, les Parnassiens. Les Ornithoptères, bien reconnaissables à leur grande taille, à leur tête assez forte, à leurs ailes antérieures très-longues, à leurs ailes postérieures dentelées, mais sans aucun vestige de prolongement, sont de magnifiques Insectes qui habitent particulièrement les îles de la Sonde, les Moluqucs, les Philippines. Le voyageur qui aborde à l'île d'Amboinc, ravi du spectacle de
la nature, si riche en cette contrée, s'émerveille encore à la vue de l'Ornithoptère Priam (Ornilhoptera Priamus). Ce Papillon, au port majestueux, a une envergure de 15 à 20 centimètres. Sur les ailes du mâle, le noir de velours et le vert brillant et soyeux produisent de charmants contrastes. La femelle, plus grande que le mâle, est modestement parée ; ses ailes sont d'un brun foncé avec des taches blanches.
Les habitants de la Provence, de tout le midi de l'Europe, de l'Asie Mineure, du nord de l'Afrique, voient voltiger, dès le commencement du printemps, de ravissants Papillons de moyenne taille, dont les ailes délicates, gracieusement festonnées, tachetées ou quadrillées de rouge et de noir sur un fond jaunâtre, et bordées d'une ligne noire en feston, offrent un dessin étrange et tout à fait caractéristique. Ce sont les Thaïs. Les chenilles de ces Lépidoptères on* le corps garni de grêles tentacules surmontés de petits poils roides, et des pattes membraneuses armées de solides crochets. Elles vivent sur des Aristoloches. Une espèce de Thaïs, remarquable d'élégance, ayant les ailes postérieures terminées par une longue queue, a été découverte au nord de la Chine. C'est le Sericmus telamon.
Dans la plupart des régions du monde où s'élèvent de hautes montagnes, on observe les Parnassiens au corps robuste, aux antennes courtes, aux ailes rigides comme une lame de parchemin, presque dénudées d'écaillés au sommet et à la face inférieure. Sur les Alpes, le Jura, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées, le Caucase, la Sierra-Nevada, se montre communément en été le Parnassien Apollon (Parnassius Apollo), auquel ses grandes ailes blanches, semi-transparentes, tachetées et saupoudrées de noir, et ornées de taches rouge-vermillon cerclées de noir et pupillées de blanc, donnent un aspect gracieux et un peu extraordinaire, qui ne manque guère d'attirer l'attention des touristes.
La chenille du Parnassien Apollon, noire, veloutée, portant des mamelons bleuâtres et des points orangés, se nourrit des
Saxifrages et des Crassulées qui abondent dans les endroits rocailleux des montagnes. Au moment de se transformer en chrysalide, elle s'enveloppe d'un léger réseau de fils soyeux. C'est seulement après s'être construit cet abri, qu'elle s'attache à la fois, comme les autres Papilionides, par l'extrémité du corps et au moyen d'une ceinture.
La plupart des chrysalides des Lépidoptères diurnes demeurent à nu. Quelques-unes au contraire sont enveloppées d'un réseau. Suivant toute probabilité, dans les lieux où elles vivent, elles seraient exposées, sans ce vêtement protecteur, à des dangers dout les autres espèces ne sont pas menacées. La faculté de produire un peu plus de soie qu'il n'est ordinaire pour les représentants du même groupe a été ainsi donnée à certaines chenilles qui, transformées en chrysalides, peuvent avoir des ennemis nombreux.
Sur l'Himalaya, dans les montagnes du Népaul,' de la Daourie, de la Sibérie, au Kamtchatka, sur les montagnes Rocheuses dans l'Amérique du Nord, habitent des Parnassiens qui ne se distinguent les uns des autres que par de légères différences. Ces Lépidoptères, disséminés par le monde et dans chaque région, cantonnés sur un espace circonscrit, semblent bien fournir une preuve que la création actuelle est postérieure aux grands phénomènes géologiques qui ont déterminé la configuration de la terre.
Les Oruithoptères, les Thaïs, les Parnassiens, ont des chenilles pourvues, comme celles des Papillons, d'un tentacule fourchu, rétractile. Ces divers genres forment une division naturelle de la famille des Papilionides. Les espèces de l'autre groupe de cette famille n'ont, sous leur première forme, aucune trace d'organe rétractile. Le grand genre de ce groupe est celui des Piérides, les blanches Dandides de Linné.
Les Piérides, tout le monde en Europe les connaît, et chacun les appelle les Papillons du Chou. En effet, leurs chenilles se
nourrissent particulièrement de Crucifères, de Résédas, de Capucines. Elles se font remarquer par leur pubescence et par leur forme atténuée aux deux extrémités. Leurs chrysalides, anguleuses, portent une pointe en avant. Les adultes ont toujours des ailes peu découpées et sans prolongement, des palpes assez longs, hérissés de poils.
Les Piérides, Insectes de moyenne taille, constituent un genre très-nombreux en espèces. Nous en avons quelques-unes en Europe; il y en a en quantité dans les régions intertropicales de l'Afrique et de l'Asie, en Australie.
Le type du genre est le grand Papillon de Chou, de Geoffroy et d'Engramelle (Pieris brassicœ), que l'on voit voler pendant la belle saison dans tous les jardins, dans toutes les prairies de l'Europe entière. La Piéride du Chou est répandue également dans l'Asie Mineure, en Egypte, dans tout le nord de l'Afrique, en Sibérie, dans les montagnes de Cachemire et du Népaul, et même au Japon. Sa chenille fait le désespoir de ceux qui jouissent du bonheur de cultiver leurs choux. Qui n'a vu, dans les potagers, cette chenille verdàtre, parée de trois longues lignes jaunes interrompues par de petits tubercules noirs surmontés de poils? Qui n'a vu cette même chenille, arrivée au terme de sa croissance, traversant les chemins, et grimpant après les murailles pour gagner une corniche, une saillie sous laquelle elle va se transformer en chrysalide ? Elle marche habituellement sur des feuilles larges, épaisses, impossibles à saisir comme une tige, aussi ses pattes membraneuses ont-elles un cercle de crochets beaucoup plus étendu que celui des espèces du genre Papillon. Les chenilles de la Piéride du Chou vivent par petits groupes, de sorte que le plus beau Chou peut souvent être fort endommagé dans un temps rapide, si rien ne vient les troubler. Ces Insectes sont bien communs, et cependant il y a un petit Hyménoptère (le Microgaster glomerator) qui en détruit d'immenses quantités. Sans ce précieux auxiliaire des
cultivateurs, les potagers seraient bientôt mis en fâcheuse
condition.
Les autres Piérides de notre, pays sont le petit Papillon du Chou (P. rapœ); la Piéride du Navet, ou le Papillon blanc veiné de vert, de Geoffroy (P. napi); la Piéride daplidice, ou le Papillon blanc marbré de verl, que Ton ne voit jamais dans les jardins : sa chenille ronge les Résédas et les Crucifères qui croissent dans les champs. Dans les Alpes et les Pyrénées, apparaît une espèce voisine de cette dernière, la Piéride callidice (Pieris callidice). Voici deux Piérides qui se ressemblent sous beaucoup de rapports, l'une est l'espèce de la plaine, l'autre l'espèce de la montagne.
Il est encore une autre Piéride fort commune en Europe, c'est le Gazé (Pieris cralœgi). Pour certains auteurs, le Gazé est le type d'un genre particulier. Sa chenille dévore les Aubépines des haies. Après l'avoir signalée, Linné la traite de peslis horlorum. 11 n'en faut pas plus pour se convaincre que le célèbre naturaliste devait posséder un jardin.
Certaines Piérides d'assez petite taille, dont les ailes délicates ont le plus ordinairement leur face variée de vert, composent aujourd'hui le genre Anthocharis. Ce nom exprime l'idée que ces Lépidoptères ont la grâce des fleurs, et en effet l'Aurore (Anthocharis cardamines), le Papillon si commun au printemps dans les avenues des bois, légitime parfaitement une si belle appellation : le mâle a les ailes antérieures ornées d'une trèsgrande tache aurore. Dans le midi de la France et dans une grande partie de l'Europe méridionale, il y a l'Aurore de Provence (Anthocharis eupheno), dont le mâle se distingue par ses ailes entièrement jaunes. Mais, sous le rapport de la coloration, il existe quelque chose de plus curieux chez certains Anthocharis aux ailes blanches en dessus dans les deux sexes. L' Anthocharis belia se trouve dans le midi de la France et accidentellement jusqu'aux environs de Paris, dans presque toute l'Europe méri-
dionàle, dans le nord de l'AMque. 11 a deux générations par an. Les Papillons éclosent au mois de mars et d'avril de chrysalides qui ont passé l'hiver; leurs ailes postérieures, en dessous d'un vert tendre un peu jaunâtre, sont parées de taches du blanc nacré le plus pur. Ces Papillons donnent naissance à une nouvelle génération; les individus adultes paraissent de la fin de juin au commencement d'août. Ceux-ci, un peu plus grands que ceux du printemps, ont leurs ailes postérieures marquées des mêmes taches, seulement ces taches sont d'un blanc mat. La variété, dont les taches blanches ont perdu leur apparence de nacre a été longtemps regardée comme une espèce particulière (Anlhocharis ausonia). Le docteur Boisduval, le premier, a reconnu la vérité. Lue espèce voisine est répandue, au printemps, dans une grande partie de la péninsule ibérique et sur les côtes méditerranéennes de l'Afrique. C'est Y Anlhocharis belemia. Comme VA. belia, elle a des taches nacrées à la face inférieure des ailes de la seconde paire. Aux mêmes lieux, en été, volent des Anthocharis bien semblables à ceux du printemps, mais les mêmes taches sont mates. C'était Y Anlhocharis glauce. Or, l'analogie ne saurait laisser aucun doute. Les Anthocharis belemia et glauce sont de la même espèce, et toujours l'un est la souche de l'autre. Ce fait présente un véritable intérêt, en nous montrant une coloration modifiée par des circonstances extérieures. Nous aurons à en citer un autre exemple plus remarquable encore.
Un Anthocharis aux formes plus robustes que les espèces précédentes avait été observé en Crimée et dans le district d'Orenbourg ; à l'état adulte, il semblait n'offrir rien de particulier : mais le docteur Rambur, l'ayant rencontré au pays d'Andalousie, aux environs de Malaga et de Grenade, l'étudia dans ses transformations. La chenille de ce Lépidoptère vit dans les champs, sur des Crucifères. Pour se transformer, elle file, comme les Parnassiens, une légère coque. La chrysalide, assez courte, sans pointes latérales, étranglée au milieu, a une forme très-différente
de celle des autres Papilionides. Il n'en fallait pas davantage pour déterminer un entomologiste à voir dans cette espèce le type d'un genre. M. Rambur prit pour le nom générique un souvenir de l'histoire d'Andalousie, et le Lépidoptère de Grenade et de Malaga, qui, par sa coloration, ressemble à 1 Aurore, s'appelle aujourd'hui le Zegris eupheme.
D'autres Papilionides bien connus ont des habitudes et des transformations tout à fait analogues à celles des Piérides et des Anthocharis. Des ailes jaunes, des antennes courtes d'une jolie teinte rosée, font aisément reconnaître ces Lépidoptères, le Souci, le Soufre de nos campagnes (Colias edusa et C. hyale), le Solitaire et le Candide (C. palœno et C. phicomone) des Alpes. Us composent le genre Colias. Leurs chenilles vivent sur les Trèfles et diverses autres Légumineuses. Le Citron, si remarquable par ses ailes antérieures terminées en pointe aiguë, n'échappe à l'attention de personne. Dans l'hiver même, si par hasard la température vient à s'adoucir et le soleil à se montrer, le Citron se met à voler dans les champs, dans les jardins. Dans nos départements méridionaux, les ailes du mâle se couvrent d'une belle teinte aurore.
Les Papillons de cette espèce hivernent en se réfugiant dans des trous de murailles et des cavités des arbres. Après un séjour de plusieui's mois dans ces sombres retraites, ils en sortent les ailes toutes déflorées et souvent fort déchirées. La chenille de ce Lépidoptère vit sur le Nerprun.
Le Citron (Rhodocera rhamni) est devenu le type d'un genre, le genre Rhodocère, dont le nom rappelle une particularité commune aux espèces du groupe des Coliades, les antennes couleur de rose.
Dans les régions intertropicales des deux continents, et surtout en Amérique, il existe des Coliades aux antennes plus effilées que chez les autres (genre Callidryas), qui en certaines contrées se montrent par myriades. Un voyageur anglais, Schomburgk.
rapporte qu'un jour, en remontant la rivière Essequibo, il vit, de huit heures du matin à cinq heures du soir, sans interruption, de ces Insectes traversant la rivière en nombre incroyable. Les Indiens de quelques localités recueillent leurs chenilles pour s'en nourrir. Après les avoir fait griller, ils les mélangent avec la farine de Manioc, qu'ils tirent de la racine du Cassave (Jatropha).
Après les Papilionides viennent les Nymphalides. C'est une belle et nombreuse famille que celle des Nymphalides. On y voit des formes extrêmement diversifiées, des couleurs variées à l'infini, des parures splendides et d'humbles ornements ; on y remarque des habitudes assez dissemblables entre les représentants des divers groupes.
Les Nymphalides sont toujours faciles à distinguer des Papilionides. Elles ne se posent que sur quatre pattes. Chez ces Lépidoptères, les pattes antérieures sont en partie atrophiées et impropres à la marche ; leurs tarses, dont les derniers articles sont très-petits, manquent de crochets. Ces pattes, très-velues, demeurent immobiles, appliquées sur la poitrine, figurant une sorte de palatine. Les Nymphalides se reconnaissent encore à leurs palpes longs, bien garnis d'écaillés jusqu'à l'extrémité.
Il y a de ces Lépidoptères dans toutes les régions du monde, les contrées brûlantes et les pays "glacés. Ces Insectes forment néanmoins un ensemble parfaitement naturel, où l'on distingue une multitude de petits groupes particuliers, ou, si l'on aime mieux, de grands genres.
Les Nymphalides présentent entre elles des différences notables, sous leur premier état. Dans certains genres, les chenilles, de forme cylindrique, portent des prolongements charnus; dans d'autres genres, elles sont épineuses; elles ont des épines simples ou des épines rameuses; ailleurs elles sont lisses, amincies en arrière, ici avec une large tête munie de longs tubercules, là avec une tête petite et inerme. Mais si les chenilles offrent entre elles des différences frappantes, les chrysalides se ressemblent
toutes par La manière dont elles sont attachées. Les chrysalides des Nymphalides n'ont point, comme celles des Papilionides, un lien, une ceinture propre à les maintenir par le milieu. Fixées seulement par l'extrémité de leur corps, elles demeurent suspendues la tète en bas.
La plupart des chrysalides de cette famille se font remarquer par des taches d'argent et surtout des taches d'or. C'est dans ce fait curieux que se trouve l'origine du nom de chrysalide, dérivé du mot grec (xpv7oç), qui signifie or. Des amis des biens matériels s'étaient volontiers persuadé qu'il y avait de l'or véritable dans ces petits corps condamnés à l'immobilité. Comme il arrive souvent en toutes choses, l'apparence était prise pour la réalité. Un pigment de couleur blanche, un peu d'air emprisonné sous un tégument jaunâtre et semi-transparent, suffisent pour produire l'effet du précieux métal.
Réaumur a tracé en un long discours les manœuvres de la chenille qui se suspend pour se transformer en chrysalide. Avant lui, bien des observateurs avaient été témoins de ce spectacle de la chenille qui, sous les yeux, devient chrysalide dans l'espace de quelques minutes. Le spectacle est à la portée de tout le monde, mais personne n'avait compris ce qui se passait. La chenille, avec la petite quantité de soie dont elle dispose, s'attache par l'extrémité de son corps. Une fois ce petit travail exécuté, elle se laisse suspendre ; alors elle se raccourcit presque à vue d'œil, sa peau se flétrit, elle se fend sur le dos : la chrysalide apparaît, se contournant pour se débarrasser de sa dépouille de chenille. Bientôt toute la partie antérieure du corps est dégagée, la peau de la chenille est refoulée en arrière. Encore quelques efforts, et cette peau se détache en totalité. Au moment où elle va tomber, la chrysalide, qui est armée à son extrémité postérieure d'hameçons, s'accroche au petit amas de soie déposé par la chenille pour se fixer elle-même.
Dans la famille des Nymphalides, les Danaïdes composent une
division particulière, une tribu, les Danaïdines, composée de quelques genres fort remarquables, dont presque toutes les espèces sont étrangères à l'Europe. Ces Lépidoptères ont le corps allongé, une physionomie un peu particulière; cependant il est assez difficile de formuler un caractère précis, propre à les faire distinguer sûrement des autres Nymphalides. Chez ces dernières, la grande cellule qui occupe le centre ou le disque de l'aile est ordinairement incomplète ; dans les Danaïdes et les genres voisins, cette même cellule est toujours complète, étant fermée par une nervure transversale.
Les Danaïdes proprement dites et les Idéas, qui appartiennent au même petit groupe, offrent toutes cette particularité que leur thorax est ponctué de blanc. Leurs chenilles, glabres, portent des prolongements charnus, flexibles, dont l'usage ne nous est pas bien connu, en l'absence d'observations directes. Les chrysalides sont lisses et ornées de larges taches dorées d'un éclat magnifique. Une teinte fauve, plus ou moins irisée, colore les ailes des vraies Danaïdes, teinte relevée par des taches noires et blanches. Ces jolis Lépidoptères sont disséminés dans les régions les plus chaudes du globe, l'Amérique, l'Asie, l'Afrique. Dans les îles de la Grèce, on voit voler parfois une espèce de Danaïde (Danaïs chrysippus). Cette même espèce a été prise, assure-t-on, sur les eûtes de Calabre ; mais poussés par le vent, les papillons peuvent franchir d'énormes espaces, et ceux-là, sans doute, étaient nés sur la côte africaine. Les Idéas de l'Inde et des îles du Pacifique ont des ailes délicates, d'une grandeur énorme, blanches et marquetées de noir.
Les Héliconies, qui se distinguent des Danaïdes par leurs ailes oblongues, souvent assez étroites, sont de charmants Lépidoptères; ils ont l'élégance de la forme, toutes les parures que donne la variété infinie du coloris. En abondance à la Guyane, au Brésil, dans une grande partie de l'Amérique du Sud, ces Lépidoptères sont remarqués de tous les voyageurs. Nous en avons
des espèces qui ont les crochets des tarses doubles, d'autres espèces où ces crochets sont simples. A coup sûr, il y a là des adaptations à certaines conditions d'existence, des caractères qui coïncident avec certaines habitudes. L'observation n'a encore été dirigée de ce côté par personne. Les chenilles des Héliconies sont épineuses, et ressemblent, sous ce rapport, à quelques-unes de nos Nymphalides les plus communes.
La seconde tribu de la famille des Nymphalides, celle des Nymphalines, se compose d'une nombreuse suite de genres. Les espèces de plusieurs d'entre eux comptent parmi les plus beaux Lépidoptères de notre pays. Ce sont les Argynnes, aux antennes terminées par une large massue aplatie, aux ailes arrondies, de couleur fauve, parsemées en dessous de taches blanches, brillantes comme l'argent, comme la nacre, comme les perles fines. Vulgairement, les Argynnes s'appellent les Nacrés: ce nom exprime heureusement leur caractère le plus frappant pour tous les yeux, s'il n'est pas le plus important. Dans les avenues, dans les clairières de nos bois, volent, depuis le mois de mai jusqu'à la fin de juillet, ces papillons recherchés des jeunes amateurs : le Tabacd'Espagne (Argynnis paphia), le Grand-Nacré (^4. aglaia), le Petit-Nacré (À. lathonia), le Collier argenté (A. euphrosyne).
Les chenilles des Argynnes ont le corps couvert d'épines rameuses; elles vivent en général sur les Violettes, mais se cachent si bien pendant le jour, qu'il est toujours difficile de les rencontrer. Leurs chrysalides sont anguleuses et ornées de taches métalliques.
On distingue des Argynnes, des Lépidoptères qui leur ressemblent beaucoup par l'aspect général, par la coloration; seulement ceux-ci, de taille toujours très-médiocre, n'ont pas de taches blanches métalliques à la face inférieure des ailes, et la massue de leurs antennes est moins élargie. Leurs ailes sont fauves et quadrillées de noir ; de là le nom vulgaire de Damiers que l'on donne à ces Insectes. Ce sont les Mélitées des naturalistes. Comme
les Ai'gynnes, elles se plaisent dans les bois, s'exposant moins que ces dernières au plein soleil. Tout dans leurs allures est plus modeste.
Les chenilles des Mélitées, en général de couleur grise ou noirâtre piquetée de blanc, sont couvertes d'épines courtes, épaisses, ciliées de poils roides. Elles vivent sur des plantes basses. L'espèce la plus commune dans notre pays, la Mélitée athalie (Melitœa athalia), se trouve sur le Plantain, la Jacée, la Valériane, etc.
Dans le même petit groupe que les Argynnes et les Mélitées, nous avons les Vanesses, si connues de tout le monde; les Vauesses aux ailes anguleuses ou festonnées, peintes de riches couleurs; papillons qui, pour la plupart, éclosent sous nos yeux, le long des chemins, qui fréquentent les jardins, qui traversent de leur vol sautillant les rues des hameaux. Le Paon-de-jour, le Vulcain, la Petite-Tortue, la Belle-Dame, ne sont-ils pas partout? Leurs images ont été faites plus souvent que celles des hommes les plus illustres ou des plus nobles personnages.
Prenons à part, pour un moment, l'espèce la plus séduisante de cette charmante pléiade de Vanesses, le Paon-de-jour (Vanessa io). Il ne lui manque que de venir d'une contrée bien lointaine et peu fréquentée pour valoir cent fois son pesant d'or. Qui n'a admiré ses ailes si élégamment découpées, d'un rouge tirant sur le rouge-brique, d'une incomparable fraîcheur ; chacune portant une large tache analogue à l'œil du Paon, où le noir, le jaune, le bleu tendre violacé figurent une pupille, une prunelle, un iris. Un vieil historien des Insectes, Mouffet, un médecin anglais de la seconde moitié du xvi" siècle, a exprimé son admiration pour la belle Vanesse par cette simple épithète : omnium regina.
Le Paon-de-jour se montre au printemps; il paraît de nouveau en été; souvent il reparaît encore en automne. C'est sur les Orties que vivent ses chenilles. Sous leur premier état, les Vanesses
Iss LES METAMORPHOSES DES INSECTES.
habitent on commun; les individus (Tune même ponte ne se séparent guère les uns des antres avant le terme de leur croissance, avant l'époque de la métamorphose. Sur une tige d'Ortie, les chenilles se pressent les unes les autres, rongeant la même feuille. Quand tout est rongé, la troupe entière se porte sur une autre tige. Les chenilles du Paon-de-jour sont d'un noir de velours pointillé de blanc; chacun des anneaux de leur corps, à l'exception du premier, porte six épines rameuses, ou tout au moins ciliées de poils roides. Leurs pattes membraneuses ont un cercle d'épines très-fines; elles sont construites pour grimper sur les tiges peu résistantes d'une plante herbacée. Pour se transformer en chrysalides, ces chenilles se fixent ordinairement aux feuilles de la plante qui les a nourries ou aux plantes du voisinage. Quinze jours après, les papillons éclosent.
Le Paon-de-jour n'est pas la seule Vanesse ayant des chenilles qui mangent les Orties. La plus commune est la Petite-Tortue (Vanessa urlicœ), dont les générations se succèdent rapidement pendant toute l'année. Le Vulcain (Vanessa atalanta), aux ailes noires traversées par une bande d'un rouge écarlate, se nourrit également des Orties au temps de sa première condition. Les chenilles du Vulcain, d'un gris jaunâtre, ont des habitudes plus solitaires que celles des autres Vanesses; presque toujours on les trouve isolées.
La Belle-Dame (Vanessa cardui), aux ailes rosées, a presque le monde entier pour patrie. D'après plusieurs observations, elle émigré en grandes troupes, parcourant d'immenses espaces, lorsque les vents lui sont favorables ; fait certain, on la rencontre en Europe du nord au sud, en Afrique, dans une grande partie de l'Asie, jusqu'en Australie et même en Amérique. Ses chenilles vivent sur les Chardons, rassemblées en groupes plus on moins nombreux.
La Grande-Tortue (Vanessa polychloros) n'est guère moins commune que les précédentes dans notre pays. Ses chenilles