‹ Métamorphoses mours et instincts des insectesChapitre 23 sur 61 · TEIGNE DES TAPISSERIES · texte numérisé non relu

TEIGNE DES TAPISSERIES

( Tinea tapetella) .

- Des fourreaux suspendus pour Chenille ù nu, grossie. — f.licni

nsfiiiiiKition îles rlirvsalûles. — I , iris leur fourreau, lrtVgrossie-\

Les Teignes proprement dites (Tinea) ont les palpes beaucoup plus courts que les autres Tinéines et eu même temps peu courbés. Plusieurs d'entre elles sont un véritable fléau dans nos habitations. Se nourrissant de substances animales, elles attaquent tous les tissus de laine, les fourrures, les plumes, les crins et les réduisent en poudre. Bien industrieuses sont les chenilles des Teignes; faibles, ayant des téguments mous, elles savent sïia-

biller et s'habillent avec infiniment d'art. Réaumur a payé un large tribut d'admiration à ces Insectes.

La Teigne des tapisseries (Tinea lapezella), que Geoffroy appelait la Teigne bedeaude à tête blanche, est l'une des plus redoutables. La petite chenille rongeant les étoffes de laine se construit avec de petits brins, qu'elle tisse d'une manière fort habile, un fourreau à peu près cylindrique. Obligée, par suite de sa croissance, d'avoir une demeure plus spacieuse, elle l'allonge au moyen de fils ajoutés à chacun des bouts. Voulant élargir le fourreau, elle le coupe dans toute sa longueur et y adapte une pièce de la largeur convenable. Que l'on s'amuse à prendre déjeunes chenilles, et, à de courts intervalles, à les transporter sur des morceaux de drap de différentes couleurs, les Teignes auront bientôt un véritable habit d'arlequin, qui permettra de suivre la façon dont s'exécute leur travail. Au moment de la transformation, elles attachent leur fourreau par une extrémité, et se retournent ensuite pour que les papillons trouvent une issue par le bout demeuré libre. Ceux-ci ont les ailes brunes à la base. d'un blanc gris dans le reste de leur étendue.

La Teigne des pelleteries (Tinea pellionella) se fabrique un fourreau avec de la soie et de petits morceaux de poils coupés de la même taille. Cette espèce est un fléau pour les fourrures. Le papillon a les ailes grises avec trois points noirs.

La Teigne du crin (Tinea crinella) a les mêmes mœurs que les précédentes, mais elle attaque exclusivement les crins, les plumes, les peaux. Elle est fort à redouter pour les meubles. Le papillon a les ailes d'un fauve pâle uniforme.

On éloigne ces Insectes avec différentes odeurs : poivre . camphre, etc. ; mais le plus sur est de remuer, d'agiter souvent et d'exposer à la lumière les objets que l'on tient à conserver.

La Teigne des grains (Tinea granella) est considérée à juste titre comme une véritable calamité. Elle vit aux dépens des céréales amassées dans les greniers, l'oi'ge, le seigle, le blé plus

encore. Avec une fine soie blanche, elle réunit plusieurs grains. s'établit entre eux dans un petit tuyau de soie, et poursuit ainsi son œuvre de destruction.

DesTinéides ayant de longs palpes garnis de grands poils et des ailes un peu en l'orme de faux, étant à l'état de chenilles, vivent sur diverses plantes, et se fout remarquer par la perfee-

l QUES M riNÉIDES DU BRÉSIL.

tiou des coques qu'elles construisent pour se transformer eu chrysalides : ce sont les Alucites. On trouve communément dans nos jardins l'Alucite de la Julienne (Alucila poreclella), sa coque est un délicieux réseau ordinairement caché à la face inférieure îles feuilles. Mais des espèces du Brésil de plus grande taille nous fournissent ce qu'on peut voir de plus ravissant, d'autant mieux

LES LEPIDOPTERES. 299

que ces réseaux si réguliers, si parfaits, sont d'une jolie couleur violette, d'une teinte rougeâtre, etc.

Certaines espèces, par le genre de vie, par les habitudes de leurs larves, représentent, parmi les ïinéines, les Psychés de la famille des Bombycides. On les appelle des Coléophores, ce qui veut dire porle-élui ou porte-tuyau. Les papillons ont des palpes très-ascendants et des ailes longues, étroites, presque pointues, garnies d'une longue frange. Ces petits Lépidoptères se cachent sur les arbres pendant le jour ; avec des habitudes nocturnes, ils ont des couleurs éteintes.

Les papillons paraissent en juillet; leurs œufs pondus, les chenilles éclosent, et, à peine nées, s'introduisent dans une feuille ou dans une graine, et commencent à miner. Abandonnant leur vie complètement sédentaire dès qu'elles ont acquis une certaine grosseur, elles coupent les deux épidémies de la partie de la feuille qui a été rongée , et cousant avec un peu de soie les deux morceaux, se trouve façonné un fourreau portatif, qui leur permettra de se promener en restant protégées. Les Coléophores fabriquent leur demeure avec tant de facilité, qu'elles ne se donnent pas la peine de l'agrandir quand elle est devenue trop petite, ni de la raccommoder quand elle a subi des avaries; elles la délaissent et en confectionnent une nouvelle, après avoir été ronger le parenchyme d'une feuille. D'autres, après avoir mangé tout l'intérieur d'une graine, trouvent dans l'enveloppe un fourreau parfaitement à leur convenance.

Dans son ouvrage spécial sur les Teignes, M. Stainton énumère 126 espèces de Coléophores observées sur les végétaux de l'Europe centrale. Parmi les espèces les plus faciles à rencontrer, on peut citer celles de l'Orme [Coleophora fuscedinella) , du Rosier (C gryphipennella) .

Pendant l'été et mieux encore eu automme, si l'on porte le regard sur les haies, sur les arbrisseaux des jardins, sur les arbres de la lisière des bois ou des avenues des forêts, et même

sur une foule de plantes herbacées, on aperçoit, à la surface des feuilles, des plaques sombres plus ou moins étendues, des raies diversement contournées, étranges comme des dessins hiéroglyphiques. Sur les feuilles vertes, ces raies et ces plaques se dessinent nettement; elles ont pris une coloration brunâtre , car l'espace est flétri et bientôt desséché. C'est L'œuvre de certaines chenilles de Teignes. Ces chenilles, à peine écluses, pénètrent dans l'épaisseur d'une feuille, rongent le parenchyme, respectant l'épiderme; elles demeurent ainsi à l'abri d'une foule de dangers extérieurs, si redoutables pour des êtres privés de tout moyen de défense. Réaumur, toujours préoccupé de l'idée d'appeler l'attention sur un trait de mœurs, les a nommées les Chenilles mineuses.

Les chenilles de ces Tinéines, trop faibles [tour couper les feuilles, se contentent de ronger; leur lèvre supérieure n'a rien à maintenir, cette lèvre n'est point fendue. Dans les circonstances au milieu desquelles s'écoule la vie de l'animal, les pattes membraneuses, n'ayant aucune tige, aucune feuille à saisir, sont réduites à de ti'ès-petits tubercules garnis d'une véritable couronne de crochets ténus, capables de se fixer sur une surface peu résistante.

Des Teignes mineuses d'un genre particulier semblent vivre exclusivement sur les Graminées et les Cypéracées. On en a fait le genre des Elachistes. A l'état adulte, ce sont des papillons pleins d'activité à certaines heures, se réunissant presque toujours comme des essaims, ayant des ailes parées de dessins élégants ou marquées de taches d'or et d'argent, des palpes minces, longs, recourbés. Les chenilles des Elachistes, assez semblables à celles des autres mineuses, quittant leur retraite aux approches du froid, vont chercher un abri plus sûr pour passer l'hiver et se transforme]' au printemps.

D'autres Teignes mineuses se métamorphosent dans un plus court espace de temps. Par exemple, les Lithocolletis, que l'on voit voler surtout au mois de juillet et au mois de septembre. Petits papillons à la tète poilue et aux palpes droits et pendants,

ils ont des antennes, sorte de soies grêles, qui souvent s'agitent avec rapidité; des ailes aux couleurs variées, très-fréquemment ornées de taches égales en éclat à l'or et à l'argent,

ONE BItANCHE DE CHEVREFEUILLE DES HAIES DONT LES FEUILLES SONT OCCUPÉES PAR DES CHENILLES DE LITHOCOI.LETIS

{LWwcollelis emberiztepennella .

En plusieurs endroits, l'épidémie a été déchiré pour mettre des chenilles et chrysalides à découvert,

a. Papillon de grandeur naturelle. — b. Papillon grossi. — c. Une chenille grossie.

avec tles franges splendides, et ces ailes, entièrement déployées, mesurent une envergure de quelques millimètres.

On n'a pas découvert en Europe beaucoup moins d'une centaine d'espèces de Lithocolletis. Chaque espèce affectionnant d'ordinaire un végétal particulier, sa détermination devient assez facile, si l'on connaît ses mœurs.

Entre ces divers Lithocolletis, nous en citerons un plus parti-

culièrement, le Lithocolletis aux ailes de Bruant (Lithocolletis emberizœpennella), à cause d'une vague analogie avec la coloration du plumage de l'oiseau qui porte ce nom.

Au printemps et à la fin de l'été, c'est-à-dire deux fois dans le cours d'une année, sur les haies où croissent les Chèvrefeuilles sauvages, se montre bien souvent un tout petit papillon aux ailes d'un brun safrané, ornées de bandes et de taches blanches et bordées d'une fine et longue frange soyeuse.

La chenille de ce joli papillon vit sur le Chèvrefeuille des haies ; elle mine les feuilles par leur face inférieure, rongeant la partie charnue. La feuille attaquée se contourne irrégulièrement, et sous le moindre effort pour la tendre, l'épiderme se déchire -, la petite chenille est mise à nu. Celle-ci, d'un blanc verdâtre", pâle, semi-transparente, étiolée, comme un animal dont la vie se passe dans l'ombre, avance ou recule avec agilité lorsqu'on l'inquiète. Ses pattes membraneuses sont très-petites, et celles de la quatrième paire font entièrement défaut. Au terme de sa croissance, la chenille, sans quitter la feuille dont elle s'est nourrie, file une coque soyeuse assez épaisse, ordinairement d'un vert sombre et s'y transforme en chrysalide.

Examinons les feuilles des Ormes, des Peupliers, des Saules, des Cerisiers, des Aunes, de la plupart de nos arbres et de beaucoup de plantes herbacées, nous y rencontrerons des chenilles mineuses, des chenilles de Lithocollelis, ayant chacune sa manière propre de miner ; les papillons ayant chacun ses caractères distinctifs dans la coloration de ses ailes et dans les détails de ses formes extérieures.

Ces Lithocolletis, si petits parmi les Lépidoptères, ne sont pas encore cependant les plus petits ; il y a les Teignes que les entomologistes appellent les Nepticules. Chez ces dernières, l'envergure des ailes ne dépasse pas '6 à 0 millimètres. Dans les jardins, on voit souvent voltiger des Nepticules, papillons aux teintes sombres, aux ailes couvertes de grandes écailles. Leurs. chenilles

sonl des mineuses comme les Lithocolletis , seulement elles minent d'une faeon particulière. Dans l'épaisseur d'une feuille, elles creusent une véritable galerie tortueuse, parfois pleine de détours. Tout le inonde remarque sur les Rosiers des feuilles qui montrent à leur surface une large ligne brune ondulée, serpentante : c'est la galerie de la chenille de la Nepticule du Rosier (Nepticula anomalella). Les Ronces, les Osiers, les Ormes, les Pruniers, les Cerisiers, les Chênes, et tant d'autres plantes, mil aussi leur Nepticule spéciale.

Deux genres encore de cette grande tribu des Teignes méritent d'être considérés à raison d'un singulier caractère de leurs ailes : les Ptérophores et les Ornéodes. Nous y remarquons une singulière dégradation des organes du vol, qui devient, pour ces petits Insectes, une beauté délicate et étrange. Leurs ailes sont coupées dans le sens de la longueur en plusieurs branches, et ces branches, garnies d'une longue frange de la plus incroyable délicatesse , ont toute l'apparence de jolies plumes réduites aux plus mignonnes proportions.

Chez les Ptérophores, les ailes de la première paire sont divisées en deux parties, les ailes de la seconde paire en trois parties. Ces Lépidoptères ont une longue trompe et de grandes pattes postérieures munies d'ergots. Ils voltigent pendant le jour, ne parcourant jamais qu'un bien petit trajet à la fois. Des ailes découpées ne permettent point un vol soutenu. Le Ptérophore pentadactyle, ou le Ptérophorc blanc, connue l'appelait Geoffroy, est dans notre pays le plus commun et aussi le plus joli entre tous les Ptérophores. Tout entier d'un blanc pur, il se I Vil admirer sur les haies et les charmilles, où la blancheur «le son corps et de ses ailes se dessine sur la teinte des feuilles. La chenille de cette espèce, rayée de vert, de blanc, et de jaune, vit sur les Liserons, Liserons des baies. Liserons des champs. Arrivée à son entier accroissement, elle abandonne la plante qui la nourrissait, afin de s'établir sous un abri, tel qu'une encoignure de

m LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

muraille, où elle se transforme en une chrysalide, attachée comme une Piéride par une ceinture et un lien à l'extrémité du corps. Les Ornéodes ont leurs ailes bien autrement découpées que

OBNÉODE HEXADACÏÏ1.E

[Ornéodes kexadactylvs')

PTEROPHORE A CINQ PLUMES.

{Plerojiliorus ]ientudaclijlus).

■ naturelle.

les Ptérophores. Chaque aile offre l'image de six petites plumes bien frangées. C'est douze plumes de chaque côté, vingt-quatre plumes que porte le papillon. Au repos, elles se superposent comme les branches d'un éventail. Les Ornéodes n'ont qu'un vestige de trompe; ils déposent leurs œufs isolément sur les Heurs des Chèvrefeuilles des haies. La petite chenille s'introduit dans le calice et en ronge l'intérieur. Quand tout est dévoré, elle va s attaquer à une autre fleur; puis elle cherche un abri pour subir sa transformation, et se file une petite coque.

En écrivant l'histoire si curieuse des Insectes qui peuplent le monde, on s'arrête avec une indicible satisfaction au chapitre relatif aux Hyménoptères. 11 ne s'agit plus ici de formes élégantes, de couleurs magnifiques, d'ornements splendides; les Hyménoptères, pour la plupart, sont de taille assez minime: en général, ils ont les parures les plus modestes. Quelques-uns d'entre eux brillent beaucoup, il est vrai, mais ils constituent l'exception, et encore sont-ils très-petits.

En observant les Hyménoptères, on ne songe plus à rencontrer la beauté; un intérêt d'un ordre plus élevé saisit l'esprit. Voici un Lépidoptère admiré pour la richesse de ses couleurs, pour les formes de ses ailes majestueusement déployées; un Coléoptère qui éblouit par l'éclat de ses élytres plus étincelantes que les métaux ou les pierres fines; mais ce Lépidoptère ou ce Coléoptère qui étale une orgueilleuse opulence est l'être dont

l'existence désœuvrée est presque sans attrait. Un Hyménoptère butine sur les fleurs. Il a des teintes grises, des nuances sombres; son extérieur est la simplicité même. L'Insecte qui n'attire l'attention par aucune parure devient bientôt, pour l'observateur attentif, l'objet d'une sorte de surprise, puis d'une séduction extrême, puis d'une admiration à peu près sans limites. Des mouvements agiles, une ardeur infatigable, des allures fières, dénotent cbez l' Hyménoptère une véritable supériorité.

Contraste merveilleux dans la nature que celui du splendide Papillon ou du magnifique Bupreste avec l'Abeille solitaire. D'un côté, tout l'éclat extérieur imaginable dans une existence vide. De l'autre côté, une charmante simplicité extérieure dans une existence occupée par le travail, par les soins maternels, où se déploient toutes les admirables ressources de l'instinct poussé au degré suprême, les qualités brillantes de l'intelligence.

Au milieu de la création, les contrastes de ce genre abondent, et, comme les moyens infinis de la nature conservent partout leur grandiose caractère d'unité, des contrastes analogues se reproduisent entre les espèces d'une même classe, entre les espèces d'une même famille, et nous pourrions ajouter avec la même vérité, s'il nous était permis de sortir de notre sujet, entre les individus d'une même espèce, d'une même société.

Chez les Lépidoptères, on observe presque en tout l'uniformité; l'uniformité dans les formes extérieures, dans les caractères organiques, dans les phases du développement, dans les conditions d'existence, dans la nature des instincts. Il y a des nuances infinies, aucune différence considérable.

Chez les Hyménoptères, les différences entre les principaux types sont saisissantes. A l'état adulte, ces Insectes se nourrissent généralement de substances végétales; mais pendant leur période de larves, les uns vivent sur les plantes, les autres demeurent renfermés dans des excroissances qu'ils produisent sur les tiges, sur les feuilles, sur les racines; les autres, absolument

carnassiers, habitent le corps de toutes les espèces d'Insectes; les autres, êtres voués à l'immobilité, sont approvisionnés par leurs parents, ou de proie vivante, ou d'une pâtée composée avec le miel et le pollen des fleurs. C'est la plus grande variété, aussi grande qu'on peut l'imaginer, sous le rapport du régime, sous le rapport des conditions d'existence.

Entre ces larves d'Hyménoptères, les dissemblances sont grandes aussi dans la conformation et dans l'état de développement. Celles d'une famille entière éclosent étant assez bien organisées pour se suffire à elles-mêmes; elles vivent à découvert, elles marchent, elles sont comparables à des chenilles. Il en est dont l'existence est cachée, qui se passent de tout secours étranger, parce qu'elles doivent vivre dans l'endroit où ont été déposés les œufs d'où elles sont sorties, sans jamais éprouver le besoin de se déplacer. Il en est qui naissent privées de tout moyen de locomotion, et si faibles, qu'elles sont absolument incapables de prendre leur nourriture. A celles-là il faut des mères ou des nourrices prévoyantes et industrieuses pour leur fournir des abris et des subsistances.

Beaucoup d'Hyménoptères ne peuvent, comme presque tous les autres Insectes , abandonner leurs œufs. La nécessité de prendre des soins particuliers de leur progéniture leur a été imposée par la nature. Une semblable obligation ne saurait exister sans le travail, sans une industrie, sans l'amour maternel, souvent sans le goût de la famille, sans des instincts variés, parfois sans une certaine intelligence. L'intelligence, ou seul l'instinct très-développé ne se rencontre qu'avec une organisation très-parfaite. Pour accomplir un travail, pour exercer une industrie, des instruments sont indispensables, et des instruments d'une grande perfection ne sont attribués qu'aux êtres assez intelligents pour les utiliser. Il y a des coïncidences inévitables, bien faites pour appeler les méditations du philosophe. Les Hyménoptères sont les mieux organisés de tous les

Insectes, et ils naissent dans la pins misérable condition. N'en est-il pas de même dans les antres classes du Règne animal. Les Oiseaux les mieux dunes, lorsqu'ils viennent à la lumière, ne peuvent vivre sans les soins de leurs parents; les Oiseaux les plus ineptes, comme les Gallinacés, les Palmipèdes, en sortant de leur coquille, savent courir après leur nourriture.

Malgré les différences considérables qui existent entre les principaux types de Tordre des Hyménoptères; différences dans les caractères extérieurs des larves et des adultes; différences dans l'organisation interne; différences dans la marche du développement, dans le genre de vie, dans le régime, dans les conditions d'existence des espèces, tous les Insectes de cette grande division zoologique ont des traits communs faciles à constater.

Les Hyménoptères ont quatre ailes membraneuses (viivti, membrane; nzipu, ailes) nues, parcourues par des nervures plus ou moins nombreuses, mais toujours sans réticulation. Ces ailes, d'une dimension médiocre relativement au volume du corps, sont très-ordinairement d'une parfaite diaphanéité ; fréquemment aussi elles ont uue teinte enfumée , quelquefois une couleur violacée. Les ailes caractérisent parfaitement les Hyménoptères , tous les Insectes que les anciens auteurs appelaient , et que le vulgaire appelle aujourd'hui encore les Mouches à quatre ailes.

Les Hyménoptères ont une tête assez forte, avec des yeux très-gros occupant les côtés de la tête. En outre, il existe d'ordinaire sur le front trois ocelles ou yeux lisses. Les antennes offrent de nombreuses modifications, non-seulement d'une famille à l'autre, mais encore entre, les espèces d'une même famille. La bouche de ces Insectes est conformée pour broyer ou triturer, et en même temps, chez la plupart des espèces, pour humer ou lécher. Toutes les pièces sont libres et bien développées : les mandibules sont toujours puissantes, mais diversement cou-

struites, suivant les usages auxquels elles sont particulièrement destinées; les mâchoires et la lèvre inférieure, assez courtes dans la plupart des cas, s'allongent chez les espèces qui pompent le miel; les mâchoires et la lèvre se rapprochant, constituent une sorte de trompe pouvant se replier sous la tête et le thorax, mais non pas se rouler comme celle des Lépidoptères.

Les Hyménoptères ont un thorax bombé et solidement cuirassé, les muscles qui donnent aux ailes leurs mouvements énergiques étant très-volumineux. Les pattes sont d'une force médiocre : les Hyménoptères, bien autrement capables de marcher que les Lépidoptères, ne sont cependant, en général, ni des Insectes marcheurs, ni des Insectes coureurs. Ils possèdent dans leurs ailes les meilleurs instruments de locomotion, et, dans les circonstances où ils ont un faible espace à franchir, s'ils courent, s'ils marchent, ils accélèrent leur mouvement en se soutenant avec leurs ailes. Les seuls Hyménoptères vraiment marcheurs sont ceux qui demeurent privés d'ailes, comme les Fourmis neutres; chacun connaît la mesure de leur agilité. Ce que les pattes de beaucoup d'espèces présentent de plus remarquable, ce sont les dispositions particulières les rendant propres à l'exécution de certains travaux ; mais ici rien ne se prête à la généralisation, et c'est dans l'histoire des familles que doivent être consignés les faits de ce genre les plus notables.

Dans la plupart des types, l'abdomen a une extrême mobilité, étant attaché au thorax par une portion fort rétrécie, constituant un véritable pédicule : la taille de Guêpe est quelquefois prise comme terme de comparaison. Dans les femelles, l'abdomen porte toujours à son extrémité un instrument qui joue un rôle très-considérable dans la vie de ces animaux : la tarière ou l'aiguillon. Cette armure, formée invariablement des mêmes parties dans tous les Insectes, ainsi que l'a démontré, il y a une quinzaine d'années, un habile zoologiste, M. Lacaze- Duthiers, à l'état rudimentaire parmi les représentants de

certains oi'dres, les Lépidoptères, par exemple, conserve une grande importance chez toutes les espèces d'Hyménoptères. en subissant des modifications fort curieuses et assez multipliées.

Les Hyménoptères ont des métamorphoses complètes. Les larves de la plupart d'entre eux, molles, entièrement blanches, absolument privées de pattes, ont l'apparence de vers; les larves des autres portent de petites pattes écailleuses et des pattes membraneuses analogues à celles des chenilles, et presque tontes, arrivées au terme de leur croissance, s'emprisonnent dans une coque au moyen de la matière soyeuse qu'elles peuvent sécréter, et se transforment ensuite en une nymphe emmaillottée.

Les principaux types de l'ordre des Hyménoptères étant parfaitement caractérisés, la classification de ces Insectes est assez simple ; ces types sont autant de familles. Diverses particularités de conformation ou de mœurs nous permettent de rapprocher plusieurs d'entre elles d'une façon avantageuse pour notre exposition.

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