I.AJtVE DU CALOSOMF. SYCOPHANTE
(Calosoma sycoplianta).
Très-rjrossic, vue par la face dorsale et par la face ventrale.
anneaux de l'abdomen en grande partie couverts de plaques solides, dont la disposition est propre à éclairer sur la constitution fondamentale des anneaux. Arrêtons notre attention sur la
larve d'un Coléoptère carnassier, le Calosome sycophaiite, l'une des plus grandes espèces de notre pays.
L'abdomen présente ici, comme dans la Chenille, neuf anneaux bien distincts. Nous en compterons dix, en prenant pour un anneau un tubercule servant de support à la partie postérieure de l'animal. Considérés en dessus, ces anneaux offreut une large pièce dorsale divisée par un sillon indiquant son mode de constitution, et, de chaque côté, une petite pièce répondant à celle des anneaux du thorax qui existe au-dessus de l'insertion des pattes, et que l'on nomme, à raison de cette situation, Yépimère. La grande pièce latérale et les deux pièces latérales constituent l'arceau dorsal. Passons à l'examen de l'arceau ventral. Les parties latérales n'occupent encore qu'un espace assez restreint; le développement de l'arceau inférieur n'est pas aussi avancé que celui de l'arceau supérieur. Au centre de l'amie au, on remarque deux séries transversales de pièces solides : la première, formée d'une seule pièce assez large ; la seconde, d'une rangée de quatre très-petites pièces. Par leur coalescence, ces parties viendront constituer la lame ventrale ou sternale, et en y ajoutant les deux pièces latérales répondant aux epislernums des anneaux thoraciques, nous aurons l'arceau inférieur dans son entier.
L'arceau très-simple de l'abdomen du Lépidoptère se forme par une seule lame commençant par deux points & ossification latéraux ! ; l'arceau plus complexe de notre larve de Coléoptère par deux rangées de pièces. L'anneau le plus parfait d'un Insecte doit se constituer par quatre sériés; car, dans les anneaux les plus complets du thorax des adultes, on ne compte pas moins de quatre pièces à la suite les unes des autres.
Le thorax est cette partie du corps que l'on appelle vulgairement le corselet, s'il s'agit d'une Abeille, d'une Guêpe, d'un
1 A défaut d'un terme spécial consacré, on est obligé d'employer le mot ossification pour indiquer la solidification des pièces du système tégumentaire des Articulés.
Papillon, d'une Mouche. Le nom de corselet est, du reste, une expression vague ; car, en l'appliquant à un Coléoptère, à une Sauterelle, à une Punaise de bois, on ne désigne point par ce mot le thorax tout entier, mais seulement le premier anneau du thorax.
Dans la classe des Insectes, le thorax est formé invariablement par les trois anneaux placés à la suite de la tète. La position de ces anneaux conduit à les déterminer infailliblement, même chez une larve vermiforme, dont les anneaux du thorax et de l'abdomen sont absolument semblables. Le caractère essentiel des trois anneaux thoraciques est de porter les pattes; le caractère du second et du troisième anneau est de supporter les ailes, qui existent chez toutes les espèces arrivées à l'état adulte, sans avoir subi manifestement ce que Geoffroy Saint- Hilaire a appelé un arrêt de développement. La présence des pattes, et surtout la présence des ailes, ont rendu nécessaire un développement très-considérable des anneaux thoraciques, et particulièrement des deux derniers. Pour loger les muscles volumineux destinés à mouvoir les appendices de la locomotion, un vaste espace était indispensable, ainsi que des surfaces multipliées pour fournir des points d'attache à ces mômes muscles.
La composition du thorax des Insectes a été, il y a environ quarante-cinq ans, l'objet d'une fort belle étude de la part de Victor Audouin. Ce naturaliste, guidé par les vues de Geoffroy Saint-Hilaire et de Savigny, a constaté l'uniformité de plan dans la composition des anneaux thoraciques de tous les Insectes, et, afin de donner au sujet toute la précision possible, il a désigné par des noms les différentes pièces qui entrent dans la constitution du thorax !.
1 Ce travail a été présenté à l'Académie des sciences en 1820 , mais il n'a été publié (sans être totalement achevé) qu'en 1824, dans les Annales des sciences naturelles (t. I, p. 97 et 416), sous le titre de Recherches anatomiques sur le thorax des Animaux articulés et celui des Insectes hexapodes en particulier. — Victor Audouin, membre de l'Institut et professeur au Muséum d'histoire naturelle, né à Paris, le 2 avril 1797, est mort le 9 novembre 18il.
Cette nomenclature, aujourd'hui adoptée par tous les zoologistes, est fort simple. Un nom particulier distingue d'abord chacun des anneaux thoraciques.
Le premier, avec lequel s'articule la tête, est le prothorax ;
(Calosoma sycophatita).
Insecte adulte grossi, dont les principales parties du corps ont été séparées.
a, la tète; — b, le prothorax; — c, le mésothorax ; — d, le métathorax; — e, l'abdomen.
le second, supportant les ailes de la première paire, est le mésothorax ; le troisième, supportant les ailes de la seconde paire, est le métathorax.
Le mode de formation des anneaux de l'abdomen ayant été constaté, la constitution exacte des anneaux thoraciques est devenue facile à déterminer. La différence se borne à une complication un peu plus grande dans ces derniers. Les trois anneaux du thorax ayant la même composition, avec la connaissance d'un seul anneau, de celui, par exemple, dont la composition est la plus parfaite, la connaissance des deux autres se trouve également acquise.
Dans la chenille (le Ver à soie), les anneaux du thorax n'offrent encore aucune pièce solide. Par leur texture, par leur dimension, ils ne diffèrent pas des anneaux de l'abdomen. Leur position et la présence des pattes sont les seuls signes caractéristiques qu'ils présentent à l'observateur. Le grand développement du mésothorax et du métathorax du Lépidoptère ne commence que dans la chrysalide, et ce commencement n'a été jusqu'ici l'objet d'aucune étude sérieuse.
La larve du Calosoine, sur laquelle s'est déjà arrêtée notre attention, a les parties thoraciques très-cuirassées. En dessus, nous voyons les trois anneaux revêtus, comme les anneaux de l'abdomen, d'une double pièce dorsale, accompagnés de chaque côté de la petite pièce latérale que Victor Audouin a nommée Yépimère, à cause de sa position au-dessus de la hanche. Voilà l'arceau supérieur. La pièce dorsale est très-grande, mais elle n'offre aucune division transversale, et cependant, dans l'Insecte adulte, il y aura, aux deux anneaux qui supportent les ailes, quatre parties distinctes, formant une série longitudinale. Des recherches approfondies sur les changements qui se manifestent pendant l'état de nymphe restent à poursuivre.
A la face inférieure, les anneaux thoraciques de notre larve de Calosome sont en grande partie membraneux. Une petite
pièce qui apparaît au centre, est la pièce sternale. Très-rudimentaire encore, elle prendra un grand développement chez l'adulte. Sur les côtés de l'arceau inférieur existe la pièce désignée par Audouin sous le nom d'epislernum, à raison de sa situation au-dessus de la pièce sternale, ou le sternum proprement dit. Très-séparées souvent de cette dernière pièce chez les larves, les deux pièces sont toujours en connexion intime chez les adultes.
Dans les Insectes adultes pourvus d'ailes, le mésothorax et le métathorax, qui ont pris de grandes dimensions relativement aux autres anneaux du corps, sont souvent tellement soudés l'un à l'autre, que leur désunion est impossible. Le mésothorax, qui supporte les ailes de la première paire, a presque toujours un développement supérieur à celui du métathorax ; aussi, dans cet anneau, les différentes pai'ties sont en général plus apparentes que dans le suivant.
La pièce dorsale, que nous avons vue simple chez les larves, présente ici quatre divisions transversales marquées par des saillies ou des dépressions. Notre figure du Calosome sycophante permet de les distinguer. Ces pièces, intimement réunies, ont reçu de Victor Audouin les noms de prescutum, de scutum ou écu, de sculellum ou écusson, et de postsculellum.
La première, toujours très-rudimentaire, est une petite lame dirigée verticalement au bord de l'anneau et demeurant à l'état membraneux chez une foule d'Insectes. La seconde, qui supporte les ailes, est la plus vaste. L'écusson, souvent très-réduit, est dans beaucoup d'espèces, notamment les Coléoptères, les Hémiptères, une pièce qui s'avance entre les élytres. La dernière pièce, quelquefois cachée dans l'intérieur de l'anneau, souvent réduite à une sorte de bourrelet en arrière de l'écusson, concourt à former l'articulation des ailes.
Le sternum est simple et plus ou moins grand, suivant les types ; l'episternum lui est intimement uni, et, dans la plupart
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des cas, le sternum et L'episternum, aussi bien que les épimères, sont soudés au point de ne plus laisser voir la trace de leur union.
Deux petites pièces latérales, dépendantes du mésothorax, sont très-apparentes chez certains Insectes, les Hyménoptères et surtout les Lépidoptères; elles s'avancent sur les ailes antérieures, formant des épaulettes, ainsi qu'on les désigne vulgairement. Dans la nomenclature de Victor Audouin. ce sont les paraptères.
Dans le métathorax, la lame dorsale antérieure est atrophiée: l'écusson et le postécusson sont en général confondus et reçus dans une échancrure du scutum, qui conserve toujours une grande ampleur. Dans le prothorax, les pièces dorsales sont parfois indiquées, comme dans plusieurs Orthoptères, par des sillons transversaux. Chez d'autres Insectes, on n'aperçoit que deux parties. On a supposé, dans ce cas, l'atrophie des deux pièces postérieures. Le plus souvent aucune division n'est apparente, et, en l'absence d'observations suffisantes sur le développement du système tégumentaire, il est impossible de déclarer avec certitude s'il y a fusion entre elles départies primitivement distinctes, ou si, dès l'origine, il y a une formation simple.
Le mode de réunion des pièces du thorax mérite d'être connu. Ces pièces sont des lames plus ou moins épaisses, et une simple juxtaposition des bords n'offrirait qu'une solidité médiocre et ne fournirait pas à l'intérieur de surfaces convenables pour les attaches de tous les muscles. Une disposition très-simple, au contraire, donne la solidité et fournit les attaches nécessaires. Que l'on premie deux cartes, avec l'intention de les souder l'une à l'autre par un de leurs bords : le moyen d'avoir le meilleur résultat sera de relever à chacune des deux cartes le bord qui doit être soudé, et de coller ensuite l'une à l'autre la portion relevée des deux cartes ; on aura alors une lame verticale qui maintiendra avec la plus grande solidité les surfaces horizontales.
L'union de deux pièces thoraciques ne se fait pas autrement, et donne lieu ainsi à la présence, dans l'intérieur du thorax, de ces lames verticales, qui ont reçu le nom à'apodèmes. Les lames qui unissent les pièces sternales prennent souvent un développement énorme, affectant d'ordinaire la forme d'un Y, et servant nonseulement aux attaches musculaires, mais encore à maintenir la chaîne ganglionnaire qu'elles embrassent d'une manière étroite chez les Insectes les plus parfaits. Ces lames, appelées du nom iYentolhorax, pour exprimer leur situation à l'intérieur du thorax, ont été regardées par Victor Audouin comme des pièces particulières; ce ne sont en réalité que les lames d'union trèsdéveloppées des pièces sternales, ou, en d'autres termes, les apodèmes.
Pour ne rien omettre d'essentiel dans cette rapide description du squelette tégumentaire des Insectes, nous devons faire mention d'une série de petits cercles plus ou moins épais que l'on voit sur les parties latérales du corps. Ils sont bien apparents chez une infinité de larves : les chenilles lisses, les larves des Scarabées, du Hanneton, le Ver blanc, etc. Chaque petit cercle circonscrit l'un des orifices respiratoires ; on le nomme le pérùrème. Ce mot signifie « autour du trou ».
La tête de tout Insecte, avons-nous dit, est formée primordialement de plusieurs anneaux. Le fait est certain; la démonstration est encore incomplète. Au moment même de la naissance des larves, aucune division annulaire n'existe dans la tète ; mais, sachant que toute paire d'appendices est supportée par un anneau particulier, voyant à la partie inférieure de la tète trois paires d'appendices, les mandibules, les mâchoires et la lèvre inférieure (seconde paire de mâchoires), des naturalistes se sont persuadé que la tète de l'Insecte était, comme le thorax, formée de trois anneaux. Les trois paires de pièces buccales représenteraient donc exactement les pattes du thorax. Il y a une grande probabilité en faveur de la justesse de cette appréciation.
Cependant, comme la tête porte en dessus des appendices : les yeux, les antennes, la lèvre supérieure, deux hypothèses ont pu être produites. En regardant la tête comme formée de trois anneaux, les mandibules; les mâchoires, la lèvre inférieure, étaient considérées comme appartenant aux arceaux inférieurs ; les yeux, les antennes et le labre aux arceaux supérieurs, de même que les ailes pour le thorax. En supposant les appendices supérieurs dépendant d'anneaux distincts de ceux qui portent les pièces buccales, on a été conduit à admettre l'existence primordiale d'un plus grand nombre d'anneaux. La première hypothèse semble plus probable; l'étude d'embryons très-jeunes, si l'on parvient à faire cette étude, pourra seule lever toute incertitude à cet égard.
Le thorax porte les appendices de la locomotion. Ces appendices sont les pattes, qui appartiennent aux arceaux inférieurs, et les ailes, qui dépendent des arceaux supérieurs.
Les pattes existent souvent dès le jeune âge, mais très-petites alors ; elles ne prennent leur grand développement que chez les adultes et chez les individus déjà assez proches de cette dernière condition.
Les pattes, dès le moment de leur apparition, sont au nombre de trois paires, ainsi qu'on a pu le voir dans la caractéristique des différentes classes du sous-embranchement des Articulés. On distingue les pattes d'après leur position relative. Celles qui sont attachées au prothorax, sont les pattes antérieures; celles du mésothorax, les pattes intermédiaires; celles du métathorax, les pattes postérieures.
Les pattes des Insectes, organes locomoteurs pouvant être adaptés à une infinité d'usages particuliers, présentent la plus grande diversité imaginable dans leurs formes et dans leurs adaptations spéciales, et c'est là un des côtés les plus intéressants de l'histoire d'une foule d'espèces. Néanmoins les pattes ont toujours la même composition, quels que soient leurs formes,
leurs usages, le degré de leur développement. Elles sont constituées par une suite d'articles insérés à la suite les uns des autres, et que l'on nomme la hanche, le trochanter, la cuisse, la jambe et le tarse. Ces noms ne doivent faire supposer aucune homologie avec les parties qui reçoivent les mêmes appellations chez l'Homme et les Animaux supérieurs. Quelques traits d'analogie seuls ont déterminé cette nomenclature. M. Milne Edwards en a proposé une autre plus rationnelle, et si nous ne l'employons pas ici, c'est afin de ne pas introduire des termes peu connus, que beaucoup d'esprits se résignent difficilement à accepter.
La hanche est la pièce basilaire qui s'articule avec l'anneau thoracique. Le trochanter, la petite pièce qui vient à la suite, articulée de manière à se dresser sur la hanche et paraissant ne former qu'une division de l'article suivant. La cuisse est une tige, ordinairement assez longue, qui se dresse pendant la marche, suivant en cela le mouvement du trochanter. La jambe, insérée dans une échancrure inférieure de la cuisse, forme un angle avec cette dernière en descendant vers le sol. Le tarse est la partie de l'appendice qui pose sur le sol; c'est le pied de l'Insecte, formé d'un seul article chez les chenilles, chez la plupart des larves, divisé en deux, trois, quatre, cinq articles chez les adultes. Le tarse est presque toujours terminé par deux crochets mobiles, rarement par un seul, si ce n'est chez des larves. L'examen des figures représentant la chenille et le papillon du grand Paon de nuit, le Calosome à l'état de larve et d'adulte, donnera l'idée exacte des caractères et du développement des différents articles des pattes.
Les ailes existent chez l'immense majorité des Insectes parvenus à l'état adulte. Elles sont au nombre de quatre, soit de deux paires : l'une attachée au mésothorax, l'autre au métathorax. A la vérité, tous les représentants de l'une des plus grandes divisions de la classe des Insectes sont réputés n'avoir que deux
Ih LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
ailes; mais c'est là un fait inexact. Les ailes de la seconde paire ne font pas défaut, elles sont à l'état rudimentaire.
Dans la plupart des Insectes, les ailes se présentent sous l'apparence d'une membrane nue ou couverte d'écaillés, soutenue par des lignes saillantes ou baguettes, de consistance coriace, plus ou moins ramifiées, et que l'on appelle les nervures. Chez les espèces d'un ordre entier de la classe des Insectes, les ailes antérieures prennent la consistance des téguments, et forment une sorte d'étui qui enveloppe les parties supérieures du corps.
La membrane alaire, souvent fort mince, paraît simple ; cependant il est aisé d'acquérir la preuve qu'elle est double. Au moment de l'éclosion de l'Insecte, à l'instant où il vient de quitter son enveloppe de nymphe ou de chrysalide, l'adhérence entre les deux membranes est encore assez faible pour qu'on puisse sans grande difficulté opérer leur séparation. Cette séparation des deux membranes peut s'effectuer encore chez les Insectes dont les ailes sont fort épaisses, comme les Sphinx parmi les Lépidoptères, en recourant à une immersion un peu prolongée.
Les nervures ne sont autre chose que des tubes de consistance coriace, contenant dans leur intérieur des ramifications trachéennes. Ces nervures se divisent plus ou moins, suivant les types, présentant dans certains groupes des séparations qui permettent aux ailes de se plier. Les nervures des ailes ont (Hé l'objet des observations de divers entomologistes, s'efforçant de trouver, par leur comparaison, des caractères propres à distinguer les genres. Des noms ont été appliqués aux principales nervures par plusieurs auteurs; mais, sous ce rapport, l'entente ne s'est pas établie. Quoi qu'il en soit, on reconnaît dans les ailes trois régions principales, indiquées par les grosses nei1vures qui naissent de la portion basilaire : une nervure costale, une nervure subcostale, une nervure médiane. Ces nervures, se ramifiant, viennent à se réunir entre elles sur divers points, et
de là résultent des cellules nettement délimitées. Dans certaines divisions de la classe des Insectes, outre les véritables nervures, il existe une foule de petites nervures transversales constituant une sorte de réseau. Ces dernières ont été appelées des nerrules.
C'est au moyen de petites pièces écailleuses, situées à l'origine des principales nervures, que les ailes sont mises en mouvement par le jeu des muscles. On s'est beaucoup occupé des organes du vol cbez les Insectes; un travail de Chabrier (de Montpellier) est souvent cité à ce sujet. Malgré les efforts des naturalistes, une explication satisfaisante du vol n'a pu encore être donnée.
Les appendices de la tête sont de deux sortes : les pièces buccales, que nous examinerons en traitant de l'appareil digestif, et les parties qui appartiennent aux organes des sens, les yeux et les antennes. Nous n'avons à considérer en ce moment que les parties extérieures des yeux.
DE LA GUEPE FRELON {Vespa erabro).
Ces organes se constituent en général assez tardivement. Beaucoup de larves sont aveugles ; d'autres ne possèdent que des yeux dont le développement est peu avancé. Chez les adultes,
au contraire, ces organes ont des proportions énormes. 11 y en a souvent de deux sortes. Les uns, très-gros, occupent les côtés de la tète : ce sont les yeux composés, cpie l'on nomme également les yeux à facettes. Les autres, situés sur la région frontale, sont les yeux simples, que l'on appelle habituellement les ocelles, et que plusieurs aiiteurs nomment les stemmates.
Les yeux composés, très-rarement portés sur des pédicules, ont leur surface, c'est-à-dire la cornée, exactement enchâssée dans le tégument. Elle est transparente et formée d'une substance lamelleuse. Cette cornée est composée d'un assemblage de petites facettes convexes, de forme hexagone, juxtaposées comme les cellules des gâteaux d'Abeilles. Ces facettes, difficiles à distinguer à la vue simple, même chez les plus gros Insectes, sont habituellement désignées sous le nom de cornéules. On considère chaque corneille comme un œil distinct; et, dans la plupart des Insectes, il y en a plusieurs milliers dans un œil composé. On en a compté 4000 dans l'œil de la Mouche domestique, 6236 dans celui du Bombyx du Mûrier, 1 1 300 dans celui du Cossus percebois, 12 544 dans celui d'une Libellule, 25 000 dans celui d'un Coléoptère du genre Mordelle. Les cornéules, plus épaisses sur leurs bords que dans leur portion centrale, varient beaucoup sous le rapport de leur dimension, suivant les types. Il est des Insectes, comme l'Abeille, dont les yeux portent des cils implantés sur les bords des cornéules.
Les yeux composés, dont la grosseur est souvent plus considérable chez les mâles que chez les femelles, offrent différentes colorations dues à la présence d'un pigment qui existe au-dessous de la cornée. Les yeux ont fréquemment ainsi les couleurs étincelantes de l'or et des pierres précieuses, parfois des teintes changeantes presque éblouissantes.
Les ocelles apparaissent sur la région frontale, dans l'espace compris entre les yeux composés, sous la forme de petits globules brillants.
Ces yeux simples n'existent pas, à beaucoup près, clans tous les groupes de la classe des Insectes. Dans les espèces qui en sont pourvues, ils sont presque toujours au nombre de trois et disposés en triangle ; mais, à cet égard, il y a des différences assez sensibles. Dans certains Insectes, on n'observe que deux ocelles, plus rarement un seul.
COB.NEULES DES YEUX DE L ABEILLE (Apis mellifica).
CORKÉULES DES YEUX D'UNE LIBELLULE {.Eschna forcipata).
Vues sous le même grossissement.
Les antennes sont des appendices mobiles, multiarticulés, offrant toutes les variations imaginables dans leur forme, dans leur longueur. Le vulgaire les appelle des cornes. Elles s'insèrent sur divers points de la tète, tantôt sur les côtés, tantôt en dessus, plus ou moins en avant ou en arrière, par une sorte de bulbe dans une cavité cotyloïde. Les antennes sont toujours très-petites chez les larves ; chez les adultes, elles prennent d'ordinaire un développement considérable, et paraissent jouer un rôle important dans l'existence de l'animal. Dans leur plus grande simplicité, les antennes sont des tiges divisées par des articulations, avec un premier article souvent beaucoup plus grand que les autres et constituant une sorte de pédicule. Mais chez une infinité d'Insectes, les antennes ont des articles élargis, parfois tous leurs articles pourvus de rameaux. C'est dans l'his-
toire de chaque type que nous chercherons à découvrir le but
des différentes formes qu'affectent ces appendices.
Le système tégumentaire des Insectes, sorte de squelette extérieur, fournit toutes les attaches des muscles qui déterminent les mouvements des appendices et des différentes parties du corps.
Les muscles des Insectes sont formés d'une multitude de fibres parallèles ou peu divergentes, ayant des stries transversales bien prononcées, analogues à celles des muscles des animaux supérieurs. Les fibres musculaires, empilées les unes sur les autres, très-peu adhérentes entre elles, présentent, sous le microscope, l'apparence de fines lanières.
Les muscles, d'ordinaire enveloppés par une gaine fibreuse admirable de délicatesse, en général attachés directement sur les pièces qu'ils sont destinés à mouvoir, quelquefois fixés par des tendons d'origine, se partagent souvent en faisceaux plus ou moins nombreux. Cette division, si fréquente chez les Animaux articulés, a jeté Lyouet, l'auteur de l'Étude anatomique de la Chenille du Saule, dans une grave erreur.
Le consciencieux naturaliste compta tous les faisceaux musculaires comme autant de muscles distincts. Il en trouva 4061 chez la Chenille, chiffre bien supérieur à celui des muscles de l'Homme et de tous les Vertébrés. La plus simple réflexion pourtant aurait dû être suffisante, semble-t-il, pour faire apercevoir la réalité. Les mouvements d'une chenille étant trèsuniforines, les instruments ne sauraient être aussi multipliés que chez les animaux où la diversité des mouvements est extrême.
En examinant les muscles d'une manière comparative chez des espèces appartenant aux principaux groupes de la classe des Insectes, des dissemblances, très-grandes en apparence, s'offrent aux yeux de l'observateur. Mais bientôt, à son attention, se révèle l'existence d'un fonds commun dont les éléments
tantôt se séparent ou se confondent, tantôt prennent un développement considérable ou s'amoindrissent à l'extrême. Les muscles deviennent plus nombreux, si les mouvements doivent être très -variés; seulement, on arrive à reconnaître que l'accroissement du nombre des muscles est dû à de simples divisions. Les fibres se partagent en deux ou trois faisceaux ou même davantage, au lieu d'être réunies en une seule masse.
Dans tous les cas, les muscles qui déterminent les mouvements généraux des appendices, ou les mouvements particuliers des divers articles des membres articulés, sont antagonistes les uns des autres : les extenseurs ou élévateurs en opposition avec les fléchisseurs, abaisseurs ou réfracteurs. Les anatomistes ont modifié les noms, suivant la direction que prennent les pièces mises en jeu. C'est ainsi qu'un fléchisseur devient rétracteur ou abaisseur, selon le caractère de la pièce sur laquelle il doit agir.
Il est remarquable de voir par quel procédé la nature varie les mouvements d'un appendice ou seulement d'une partie de cet appendice. La situation ou l'étendue d'une échancrure, une faible saillie formant un point d'arrêt, suffisent pour modifier les mouvements des appendices. Pour que l'action des muscles se trouve en rapport avec le mode d'articulation des pièces, un léger déplacement des attaches, une variation très-peu apparente dans l'étendue des surfaces, suffisent à produire un effet différent. Si les mouvements d'une pièce ont une course plus grande qu'à l'ordinaire, le muscle, simple lorsque le mouvement est restreint, se décompose en plusieurs faisceaux capables d'agir isolément, de façon à fournir avec une étonnante précision tous les degrés possibles dans le mouvement.
Dans la tête sont logés les muscles qui mettent en jeu les antennes et les pièces buccales; dans le thorax, ceux qui font mouvoir les pattes et les ailes. Ces derniers forment des masses puissantes et très-complexes chez les adultes; ces muscles sont
faibles relativement chez les larves, et disposés d'une manière plus uniforme.
Les muscles de l'abdomen sont des bandelettes longitudinales propres à amener la rétraction ou l'extension des anneaux; des bandelettes transversales peu nombreuses, capables de produire un resserrement, et des faisceaux obliques qui permettent aux amicaux de se contourner dans le sens latéral. Si les anneaux de l'abdomen sont privés de mobilité, comme cela se voit chez beaucoup d'Insectes, et en particulier chez les Coléoptères, les muscles abdominaux s'atrophient en grande partie.
Dans tous les temps, les observateurs même assez superficiels ont été frappés de l'énergie des mouvements des Insectes. La force énorme, relativement à leur taille, que déploient ces animaux est parfois saisissante. N'a-t-on pas trop fréquemment sous les yeux l'exemple de la Puce s'élevant, par l'effort de ses pattes postérieures, à une hauteur quarante ou cinquante fois plus considérable que celle de son propre corps? Alors on voit, en imagination, à quels prodiges se livrerait un homme capable de produire, proportionnellement à sa masse, un mouvement aussi énergique que celui de la Puce.
Placez un Escarbot sous un chandelier, et l'Insecte le fera remuer par ses efforts pour se mettre en liberté, disait le plus célèbre des écrivains de l'Ecosse; ce qui est la même chose, ajoutait-il, que si l'uu de nous ébranlait par de semblables efforts la prison de Newgate.
Des remarques du même genre ont été faites en maintes circonstances. Combien de personnes se sont émerveillées en contemplant de petites Fourmis traînant des fardeaux vingt fois lourds comme elles-mêmes. L'exemple des Fourmis a été cité par Pline, et tant de fois il a été répété, qu'on n'en saurait dire le chiffre.. Toujours on s'étonne à la vue de ces Hyménoptères, Sphex et Pompiles, aux formes grêles, portant à leur nid une proie bien plus volumineuse et beaucoup plus pesante que
leur propre corps, sans que leur vol cesse d'être rapide et assuré.
On a essayé de compter le nombre des vibrations des ailes d'une Mouche, et le nombre a été trouvé prodigieux. De nos jours, le voyageur emporté par un train lancé à toute vapeur s'amuse souvent à regarder à la portière les Insectes, les Moucherons, qui voltigent avec une aisance incomparable. Ces frêles Diptères, malgré l'agitation de l'air, vont, viennent, retournent, s'élèvent et s'abaissent, continuant leur manège des heures entières, comme s'ils avaient à nous montrer que la plus grande vitesse dont nous disposons est insignifiante pour la puissance de leurs ailes délicates.
Récemment, un jeune naturaliste de la Belgique, M. Félix Plateau, a cherché à déterminer rigoureusement la force musculaire d'un certain nombre d'espèces de la classe des Insectes, voulant donner le caractère de la précision à des faits connus jusqu'ici par des observations trop générales.
A l'aide de petits appareils d'une construction assez simple, l'expérimentateur a vu que le Hanneton est capable de tirer un poids de 14 à 15 fois, en moyenne, supérieur à celui de son corps; que le poids tiré a pu être élevé jusqu'à 21 fois celui du corps de l'animal; que le Carabe doré traîne, en moyenne, un poids de 17 fois, et dans les cas extrêmes, de 22 fois celui de son corps; que la force des petites espèces est toujours relativement très-supérieure à celle des plus grosses.
Cette dernière observation s'accorde avec ce qui était déjà établi par le calcul : le poids du corps augmentant suivant le cube, la force motrice mesurée par la section des muscles ne s'élève que suivant le carré.
D'après la moyenne des estimations, un Cheval pesant environ 000 kilogrammes ne traine pas un fardeau excédant 400 kilogrammes. D'après les calculs de M. Plateau, si le Cheval était doué de la même force relative que certains Coléoptères (les
Dônacies), la traction qu'il pourrait exercer pendant quelques instants dépasserait 25 000 kilogrammes.
Les Insectes, avec leurs tarses munis de griffes, ont la faculté de se cramponner, et, par ce moyen, d'exercer un effort beaucoup plus considérable que l'animal privé d'une armature analogue. Cette considération surtout a conduit à douter de L'exactitude rigoureuse des résultats obtenus dans les expériences instituées dans le but de déterminer la force de traction des Insectes. M. Plateau pense avoir suffisamment neutralisé l'avantage des griffes-, les surfaces offertes pour la marche aux sujets employés dans les expériences, comme des cartons revêtus de mousseline, semblent cependant être bien favorables à l'usage des griffes ou crochets qui terminent les tarses.
M. Plateau, dirigeant ses expériences sur les Insectes les plus remarquables par la puissance de leur vol, comme des Névroptères et des Diptères, a vu que telle Libellule emportait un fardeau d'un poids équivalent à une fois et demie celui de son corps; que plusieurs Mouches s'envolaient avec un objet ayant presque le double de leur propre poids.
De grandes différences ont été observées dans la force manifestée par des Insectes de la même espèce; aujourd'hui il serait intéressant de rechercher les coïncidences entre la puissance des mouvements et l'activité respiratoire des individus.