LA CHARPENTE EXTÉRIEURE ET LES ORGANES DU MOUVEMENT DES INSECTES
L'enveloppe extérieure a une consistance très-variable. C'est en général une peau très-résistante, mais flexible. Cbez beaucoup d'espèces parvenues à l'état adulte, le tégument est do consistance coriace, mais chez une foule d'Insectes toutes les parties extérieures offrent une grande épaisseur, une solidité extrême, une dureté considérable. C'est jusqu'à un certain point l'apparence de la corne; la ressemblance ne va pas au delà de l'apparence. La corne fond en brûlant; le tégument des Insectes, exposé à la flamme, se carbonise et conserve sa forme. La composition chimique est absolument différente.
Le tégument d'un Insecte, mince et flexible comme la peau du Ver à soie, dur et épais comme l'enveloppe d'un Scarabée ou d'un Charançon, est toujours formé essentiellement d'une substance particulière que l'on désigne sous le nom de chitine. Cette substance existe chez tous les Articulés, et même cbez les Vers
connus sous le nom d'Anuélides. Sa présence est caractéristique
des animaux de l'embranchement des Annelés, à l'exclusion de beaucoup de Vers inférieurs. La chitine a été découverte en 1823 par un jeune expérimentateur, Auguste Odier, connu seulement par un mémoire sur la composition chimique des parties cornées des Insectes, et par l'observation d'une petite Sangsue parasite sur les branchies de l'Ecrevisse.
La chitine est extrêmement facile à isoler. On plonge un Insecte tout entier dans une dissolution de potasse caustique, qui doit être renouvelée et maintenue constamment à une température élevée. Tous les organes se détruisent; la matière colorante, les matières grasses, les sels qui peuvent entrer en plus ou moins forte proportion dans la constitution du tégument, disparaissent, et alors on obtient dans toute son intégrité l'enveloppe de l'animal réduite à une sorte de membrane blanche presque transparente. C'est la chitine. Si l'opération a été bien conduite, aucune déchirure ne s'est produite; les formes de l'Insecte sont restées intactes; les appendices, les crochets, les épines, les poils, aussi bien que les anneaux du corps, semblent n'être plus qu'une simple lame vitreuse.
Le tégument est formé de deux couches: l'une, profonde, molle, présentant des cellules simples, et n'offrant aucune trace de chitine; l'autre, extérieure, constituée essentiellement par la chitine, à laquelle s'ajoutent en plus ou moins grande abondance, suivant les espèces et suivant l'état de développement de ces espèces, du pigment ou matière colorante, des sels calcaires, de la matière grasse. La couche profonde est la peau; la couche extérieure ou superficielle est l'épiderme. C'est l'épidémie, et l'épiderme seul, qui se détache complètement à différentes époques chez les Insectes en voie de développement. Tout le monde sait en effet que les larves, les chenilles, le Ver à soie, subissent des changements de peau qui marquent les périodes de leur existence.
La peau et l'épidémie, ou couche chitiîiifiée, sont en l'apport intime l'une avec l'autre. La peau, toujours mince, est une sorte de feutrage de fibres où l'on observe souvent, outre les cellules simples, de petites glandes cutanées en communication avec des canaux plus ou moins gros, qui traversent perpendiculairement 1'épiderme et se continuent même dans l'intérieur des poils. L'épiderme, examiné sous un grossissement considérable, offre une surface figurant un assemblage de cellules régulières dont les contours apparaissent avec une extrême netteté, si la matière colorante en trop grande abondance n'intercepte pas la lumière. Un professeur de l'université de Tubingue, qui s'est occupé spécialement de la structure des tissus, le docteur Franz Leydig, pense que l'épiderme des Insectes est formé de lamelles superposées, et que l'apparence de cellules est due à cette superposition de lamelles; mais cette opinion est peu admissible. De minutieuses recherches seront nécessaires pour reconnaître exactement le mode de constitution de l'épiderme des Insectes.
Le caractère général et particulièrement essentiel de l'Animal annelé, c'est d'avoir un corps composé d'une suite d'anneaux ■ que plusieurs auteurs, d'après Moquin-Tandon, désignent sous le nom de zoonites.
Ces anneaux, chez diverses larves par exemple, affectent du premier au dernier une uniformité remarquable. La tête cependant est déjà constituée en une seule masse dans l'Insecte sortant de l'œuf.
Dans le corps de tout Insecte adulte, il y a trois portions parfaitement distinctes : la tête, le thorax et l'abdomen. Dans le corps de beaucoup de larves, on distingue la tête des parties qui viennent à la suite; mais si l'on n'aperçoit encore aucun vestige de pattes, comme c'est le cas chez la plupart des larves d'Hyménoptères, de Diptères et même de quelques familles de Coléoptères, il n'y a pas de différence bien appréciable entre les anneaux du thorax et ceux de l'abdomen. On ne saurait alors les
déterminer autrement que par la place qu'ils occupent dans la
série.
Dans sa plus grande simplicité, ainsi que les larves dont le développement est peu avancé en offrent l'exemple, l'anneau présente un tissu homogène dans tonte son étendue ; une dépression transversale sur une ligne où le tissu est aminci, le séparant de l'anneau qui le précède et de l'anneau qui le suit, indique ses limites.
Lorsque l'anneau se perfectionne, des espaces prennent une consistance coriace. D'abord très-restreints, ces espaces s'étendent à la manière des points d'ossification dans le squelette des Animaux vertébrés, finissent par se rapprocher et souvent par s'unir d'une manière intime.
Dans l'anneau ainsi en voie de constitution, on ne tarde pas à distinguer deux arceaux, l'un supérieur, l'autre inférieur, laissant dans leur intervalle, de chaque côté du corps, un espace membraneux plus ou moins étendu. Mais un fait important à noter, c'est que les arceaux se forment constamment par deux moitiés. Une ligne de séparation très-visible entre les deux pièces principales persiste souvent fort tard. Cette séparation, trèsvisible sur le corps de certaines larves, comme celle du Calosome syeophante que nous offrons en exemple, se montre aussi très-distinctement sur la tète de la plupart des chenilles, et même sur les anneaux de l'abdomen de divers Insectes parvenus à l'état adulte.
On reconnaît ici, avec toute l'évidence possible, le mode de développement si remarquable et si caractéristique chez les Articulés, consistant dans la formation primitive de deux moitiés identiques.
Tous les anneaux du corps sont semblables à leur origine : mais tous ces anneaux n'arrivent point par les progrès de L'âge au même degré de développement. Il est aisé de s'assurer, par l'examen des trois parties principales du corps, que le pèrfec-
tiounement s'effectue .lavant en arrière. Chez telle larve, la tête est déjà solidement constituée et pourvue d appendices : toutes les autres parties de l'animal sont encore molles et sans vestige d'appendices. Chez telle autre larve, ce n'est plus seulement la tête qui se trouve déjà fort avancée dans son développement, les anneaux du thorax eux-mêmes sont déjà en partie solidifiés, et ils portent chacun une paire de pattes. Au contraire, les anneaux de l'abdomen ont relativement peu de consistance el ils n'ont point d'appendices. Ces différences persistent dans les adultes. Les anneaux de l'abdomen ne portent jamais de membres ; seul,', l'extrémité de cette portion du corps est souvent pourvue de pièces solides, en rapport avec les organes de la reproduction. Ce mode de développement nous enduit à examiner d abord la partie la plus simple de la charpente extérieure des Insectes, c'est-à-dire l'abdomen. 11 deviendra facile ensuite de comprendre les complications qui surviennent dans la constitution des anneaux du thorax.
L'abdomen paraît être formé, à l'origine, de neuf ou dix anneaux. 11 est cependant quelques larves où l'on en a compté douze ou même davantage. En comparant les anneaux d'une larve et d'un adulte de la même espèce, on s'aperçoit «pie le changement éprouvé par les progrès de l'âge ne consiste pas seulement dans le degré de consistance des téguments, mais aussi dans la diminution du nombre des anneaux. Cette diminution, à la vérité, n'est qu'apparente ; il n'y a pas eu d'atrophie de certaines pièces, mais une réunion, une soudure de plusieurs d'entre elles. Ainsi n'est-il pas rare que les premiers anneaux de l'abdomen se soudent au dernier anneau du thorax, que plusieurs des derniers anneaux se réunissent, laissant parfois une légère trace de leur soudure, ou rentrent à l'intérieur, portant les pièces solides dépendantes des organes de la reproduction.
Prenons un exemple. Une espèce de Lépidoptère nous servira
avec avantage pour ce premier examen. Le changement qui s'effectue chez l'animal passant de l'état de chenille à l'état de papillon est, à certains égards, moins considérahle que pour heaucoup d'autres Insectes.
Le grand Paon de nuit, à cause .le ses grandes dimensions, est particulièrement favorable.
Inseclc (grand Paon de nuil pour la coi
ADULTE OU rAPILLU.N.
Mlacus Pavonia major) à 1 ctal de larve et d'adulle, < |iarais»n des différentes parties du corps.
Chez la chenille, l'abdomen, qui commence avec le quatrième anneau du corps, comme dans tous les autres Insectes, est formé de dix anneaux à peu près d'égale dimension, à l'exception de l'avant-dernier, un peu plus court (pie les précédents, et du dernier, réduit à un simple tubercule. Ici la consistance est partout la même. C'est une membrane d'un tissu homogène. Le
troisième, le quatrième, le cinquième, le sixième et le neuvième anneau, portent à la face ventrale une paire de tubercules garnis d'épines à leur extrémité. Ces tubercules, destinés à disparaître quand l'animal passera à l'état de chrysalide, remplissent pour la chenille l'office de pattes. Ce ne sont pas néanmoins de véritables pattes, mais seulement des prolongements de la peau ; de là le nom de fausses pattes dont on se sert assez fréquemment pour les désigner. Remarquable exemple de la simplicité des moyens qu'emploie souvent la nature pour adapter certaines parties d'un animal à des conditions d'existence particulières, surtout lorsque ces conditions doivent être transitoires.
Comparons maintenant l'abdomen du papillon à celui de la chenille.
Le nombre des anneaux n'est plus le même. Nous n'en comptons pas plus de sept bien apparents. Le premier s'est réuni au thorax; les deux derniers, rudimentaires et portant de petites pièces, sont rentrés dans l'intérieur de l'abdomen, à la manière des tubes d'une lunette. L'examen des parties, les coïncidences survenues dans le groupement des centres nerveux, ne laissent guère de doute sur la nature de la modification qui s'est opérée par les progrès de l'âge. On désirerait néanmoins une étude de l'enveloppe tégumentaire des Insectes suivie pas à pas jusqu'à sa constitution définitive, mais cette longue étude n'est pas encore faite d'une manière complète.
Le changement dans la consistance des téguments est sensible. Cette consistance reste faible chez le Papillon; cependant, si le corps a été débarrassé des poils dont il était revêtu, nous reconnaissons aisément que la portion dorsale et la portion ventrale ont pris une consistance coriace, tandis que les parties latérales ont conservé leur mollesse primitive. C'est l'anneau avec ses deux arceaux simples bieu constitués : l'arceau dorsal et l'arceau ventral.
Beaucoup d'Insectes, au coutraire de ce qui se voit chez le
Papillon, ont les téguments do l'abdomen très-durs, très-résistants, et la plupart des larves des Coléoptères carnassiers, qui naissent à un degré de développement déjà fort avancé, ont les
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