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LES HYMÉNOPTÈRES CONSTRUCTEURS DE NIDS DE MATIÈRES PAPYRACÉES

[Vespides).

Ayant l'ait choix de certaines particularités de mœurs, sans nous arrêter exclusivement aux affinités naturelles, pour établir quelques distinctions simples parmi les Hyménoptères, nous sommes amené à donner ici nue désignation juste, qui autrement ne serait pas utile. Aussi, afin d'éviter tout embarras, hâtons-nous de dire que les Hyménoptères qui construisent des nids avec des matières papyracées sont les Guêpes, et seulement les Guêpes, les Guêpes sociales pour les anciens auteurs qui les distinguent par cette épithète des Guêpes solitaires, c'est-à-dire les Euniènes et les Odynères. Ils composent une seule famille, la famille des Vespides, que l'on peut partager ensuite en trois groupes et en quelques genres. Chez les Guêpes comme chez les Fourmis, il existe trois sortes d'individus, des mâles, des femelles, des neutres ou ouvrières, femelles infécondes, toujours pourvues d'ailes comme les femelles fécondes et différant assez peu de ces dernières par leur aspect extérieur. Ces Insectes forment des sociétés plus ou moins nombreuses suivant les espèces, mais généralement ces sociétés sont annuelles. Elles se dispersent aux premières atteintes de la saison rigoureuse ; les mâles sont déjà morts, les ouvrières meurent à leur tour; seules les femelles fécondes hivernent, en se réfugiant dans des trous de muraille, dans les cavités des vieux arbres , ou dans toute retraite où elles peuvent aisément se cacher et s'abriter contre un froid trop vif.

Au printemps, une femelle isolée, une mère, commence à édifier un nid; le nid sera petit, les cellules peu nombreuses, la femelle pond un œuf dans chacune des cellules qu'elle a construites et, quand ses larves sont écloses, elle va butiner pour

les nourrir ; sa sollicitude pour sa progéniture sera de tous les instants. Voilà les larves de notre Guêpe parvenues au terme de leur croissance ; pouvant filer un peu de soie, elles confectionnent une coque soyeuse de la capacité de leur cellule, de sorte que chaque loge semble fermée par un petit couvercle. Bien enfermées, elles se transforment en nymphes; les adultes naissent bientôt après. Ces nouvelles Guêpes sont toutes des ouvrières, des travailleuses, des femelles stériles, créées pour remplir les devoirs de la maternité envers une progéniture qui ne vient pas d'elles. A peine nées, ces ouvrières se mettent à la besogne et, dès ce moment, la femelle féconde, si laborieuse quand elle était seule, va se reposer, ne plus s'occuper en aucune façon de ses jeunes; elle a des nourrices. Les ouvrières augmentent l'étendue du nid, préparent des logements pour les larves, et ce travail achevé , la mère fait 'une nouvelle grande ponte ; un œuf est déposé dans chaque cellule et, cette fois, les larves qui vont éclore ne donneront pas seulement des ouvrières, mais aussi des femelles fécondes et des mâles. Le nombre des couvées de chaque année n'a pas été exactement déterminé et ce nombre paraît varier selon les espèces. Souvent on remarque les alvéoles des guêpiers encore remplis de larves, ou de couvain comme on dit vulgairement, lorsque les menaces de l'hiver commencent à se manifester un peu rudement; les Guêpes comprennent que les champs ne leur donneront plus la pâture, alors elles tuent toutes les larves, et dans l'habitation, quelques jours plus tôt pleine de vie, d'animation, d'activité, de mouvement, règne la solitude.

Gomme les Eumènes et les Odynères, les Vespides ont la faculté de plier leurs ailes dans le sens longitudinal pendant le repos. Non-seulement dans l'aspect, mais dans toute la conformation, il existe de grandes ressemblances entre ces Hyménoptères; mais si l'on compare les appendices entre ces divers Insectes, on découvre sans peine des différences caractéristiques

dOfl LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

consistant, la plupart, en modifications qui coïncident avec des conditions biologiques particulières. Les Guêpes travaillent, les Eumènes et les Odynères travaillent également, mais les unes et les autres n'emploient pas les mêmes matériaux et ne travaillent pas de la même manière. Chez les Odynérides nous avons trouvé des jambes postérieures constituées pour fouir, pour gratter la terre; chez les Vespidcs, les jambes du milieu et de derrière se terminent par deux épines mobiles, servant à prendre les matériaux de construction. Tandis que les mandibules des Eumènes et des Odynères sont longues et minces, propres à saisir des particules terreuses, celles des Guêpes sont courtes, larges, garnies de dents épaisses; on y reconnaît des instruments pour une trituration énergique, et, comme les mâchoires et la lèvre inférieure elles-mêmes assez courtes ont une flexibilité qui les rend propres à lécher plutôt qu'à mâcher, nous sommes assuré que les mandibules, instruments de trituration, servent peu à l'animal pour les besoins de son alimentation et beaucoup, au contraire, pour des travaux d'un ordre spécial. Signalons encore entre les deux types une différence qui échappe pour nous à toute interprétation et qui n'en est pas moins caractéristique : les Vcspides ont des antennes coudées.

Les Guêpes construisent leurs nids avec des matières végétales, fibres ligneuses, feuilles mortes, dont elles confectionnent une sorte de papier ou de carton. Avec sa perspicacité ordinaire, Réaumur avait songé à profiter de cet enseignement donné par la nature peur créer une sorte d'industrie nouvelle, en utilisant pour la fabrication de certains papiers des matériaux qui restent sans usage. Quelques tentatives sérieuses, croyons-nous, ont été faites dans cette voie. Les Guêpes triturent ces substances entre leurs mandibules, et les imprégnant de leur salive, elles en forment une pâte homogène avec laquelle elles confectionnent les cellules et les enveloppes de leurs nids. Les nids des Vespides, ou les guêpiers comme on les appelle le plus ordinaire-

ment, sont construits selon plusieurs plans, de sorte qu'il est facile de classer ces objets indépendamment de leurs architectes. M. H. de Saussure, auteur d'une belle Monographie des Euménides et des Vespides, s'est appliqué à décrire les formes typiques des guêpiers. Le docteur Mœbius (de Hambourg) a figuré aussi plusieurs de ces jolis édifices. Il n'est pas douteux qu'il n'existe dans le mode de construction particulier à chaque espèce une relation intime avec certains détails de conformation. Il y a là, à n'en pas douter, des adaptations qui restent encore à déterminer. Un intéressant résultat pour la philosophie de la science serait certainement acquis par l'étude comparée des fravaux des Guêpes et des particularités offertes par leurs instruments. On verrait à coup sûr pourquoi une espèce construit d'une façon et pourquoi telle autre espèce, bien voisine de la première par l'ensemble de son organisation, construit d'une façon assez différente.

Au reste, malgré les dissemblances si curieuses qui existent dans l'architecture des Guêpes, les parties les plus essentielles de leurs nids se ressemblent toujours au pins haut degré. Ces parties essentielles sont les loges, ou mieux les alvéoles, ainsi que l'on désigne habituellement les cellules composant les assemblages connus sous les noms de gâteaux ou de rayons dans les guêpiers comme dans les ruches des Abeilles. Au point de départ la cellule est une sorte de godet cylindrique ; des godets semblables sont bâtis les uns près des autres sur un plan horizontal et fermés à leur sommet. Dans les nids de plusieurs espèces de Guêpes, les alvéoles restent presque cylindriques, mais en général, ces alvéoles figurent des hexagones parfaits. Une cellule arrondie se trouvant eu contact avec six autres cellules, les parois s'aplatissent régulièrement par la pression exercée d'une manière égale les unes sur les autres, les six pans se dessinent géométriquement. Il en résulte que la paroi d'un alvéole est dans chacun de ses pans la paroi d'une cellule voisine.

Il résulte de cette disposition géométrique la plus grande économie possible de substance; affaire d'importance considérable pour des êtres élevant des édifices dont les proportions, parfois gigantesques, nécessitent l'emploi d'une grande quantité de matériaux.

Les Guêpes, Insectes agiles, élégants par la forme, agréables par leur coloration la plus ordinaire , des taches, des bandes, des bigarrures jaunes sur un fond noir, sont très-redoutées. Femelles fécondes et ouvrières sont armées d'un aiguillon dont la piqûre est fort douloureuse. Les Guêpes, cependant, n'attaquent jamais si elles ne sont pas inquiétées. On approche de leur nid sans inconvénient, on les examine de près sans courir aucun danger, pourvu que l'on ne fasse aucun mouvement de nature à les effrayer. Mais malheur à l'imprudent qui veut chasser des Guêpes en s' efforçant de les frapper avec un mouchoir ou un bâton ; immanquablement il sera piqué , il sera poursuivi au loin, les Guêpes semblent s'acharner comme si elles avaient une injure à venger. Les Vespides ne sont pas regardées comme des êtres malfaisants à cause du seul danger de leur piqûre. Elles aiment les fruits au delà de toute expression, et les propriétaires ne se consolent pas aisément en voyant les belles prunes, les pêches veloutées, les beaux abricots endommagés par des moi*sures plus ou moins profondes. Ces Hyménoptères sont même souvent attirés dans l'intérieur des maisons par la présence des fruits mûrs. Ils s'attaquent du reste à d'autres substances; il n'est pas rare de les voir posés sur des viandes fraîches humant les parties fluides; ils s'emparent aussi d'Insectes vivants.

Les larves ont la faiblesse ordinaire aux larves d'Hyménoptères, mais leur tête néanmoins est plus large, plus forte, mieux constituée que chez presque toutes les autres, leurs pièces buccales sont plus fortes; c'est qu'elles ne sont pas nourries seulement de substances fluides ou très-molles, mais aussi de morceaux de fruits ou de fragments d'Insectes dont la

consistance est assez forte pour exiger une véritable trituration.

Par analogie avec les faits mieux connus de l'histoire des Abeilles, on suppose, et sans doute avec raison, que l'état des femelles fécondes ou stériles est dû à une différence dans l'alimentation. On a pensé que les larves des unes recevaient une nourriture animale, les larves des autres une nourriture végétale, mais ici rien ne va au delà d'une vague présomption, seulement des expériences pourraient être faites à cet égard plus facilement pour les Guêpes que pour les Fourmis et les Abeilles.

Les espèces pour lesquelles le nom générique de Guêpes (Vespa) a été particulièrement réservé par les naturalistes modernes ont le corps épais, avec l'abdomen à peine étranglé à son origine, le chaperon tronqué et un peu échancré en avant. Plusieurs de ces Hyménoptères fort abondants dans notre pays, sont remarqués de tout le monde ; leurs nids particulièrement appellent l'attention. Une de nos Guêpes les plus communes est la Guêpe des bois ou des aidmstes (Vespa sijlveslris), un peu moins grande que la Guêpe commune, noire, variée de jaune avec le chaperon de cette dernière couleur et les bandes de l'abdomen légèrement échancrées. Cette espèce attache son nid aux branches d'arbres ou d'arbustes ou le suspend aux toits des habitations, aux corniches des murailles. Au printemps vous avez vu quelquefois , vous tous qui avez les yeux ouverts devant les objets curieux, de tout petits nids de forme ronde, charmants par leur délicatesse et leur perfection. L'enveloppe est faite d'un papier gris lisse, un peu lustré, flexible, imperméable à l'eau. A l'intérieur il n'existe, fixé au milieu par un pédicule épais et fort dur, qu'un seid gâteau composé de huit, dix, douze alvéoles. C'est l'œuvre de la femelle féconde qui a passé l'hiver engourdie. Son petit nid achevé, elle dépose un œuf dans chaque alvéole, puis elle élève ses larves qui lui donneront des ouvrières, des nourrices. Celles-ci nées augmentent rapidement les dimensions du nid; elles élargissent le premier rayon en y ajoutant de nou-

',lii LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

vellcs cellules; elles construisent un second rayon qu'elles attachent au premier par deux ou trois piliers, un troisième qu'elles fixent à celui-ci par le même procédé, et ainsi de suite d'un quatrième, d'un cinquième, d'un sixième. Le nombre des rayons varie selon l'accroissement de la population. Ces nids delà Guêpe des arbustes ont trois enveloppes papyracées, superposées, servant à la protection des rayons avec lesquels elles ne contractent jamais d'adhérence. Les plus grands acquièrent une hauteur de 20 à 30 centimètres; plus grands ou plus petits, ils sont toujours d'un joli effet dans le feuillage de quelque élégant arbrisseau. Leur ouverture est située à la partie inférieure du nid, et l'espace vide entre les rayons et l'enveloppe est toujours suffisant pour permettre aux Guêpes une circulation facile.

La Guêpe commune (Vespa vulgaris) qui porte sur le chaperon, comme signe particulier, une ligne verticale noire figurant une sorte de hachette, établit son domicile dans la terre. Profitant autant que possible d'une cavité, elle apporte les matériaux propres à la construction de son nid dans le sombre réduit. Quand la population augmente, quand le nombre des rayons doit être accru, les Guêpes se trouvent obligées de se livrer à un formidable travail de déblai pour obtenir plus d'espace. Les nids de la Guêpe commune ayant, comme ceux de la Guêpe des arbustes,' plusieurs enveloppes papyracées prennent souvent des proportions énormes; des milliers d'individus y sont logés. Suivant toute apparence, les sociétés de cette espèce, autrement bien protégées que les autres, ne périssent pas pendant l'hiver. Dans les localités où l'on connaît la présence d'un guêpier, il suffit d'examiner l'entrée d'une année a l'autre pour voir que l'endroit n'a cessé d'être habité par des Guêpes.

Une Guêpe bien connue, la plus redoutée à cause de sa grande taille, est le Frelon (Vespa crabro), si reconnaissable entre toutes les Guêpes à la coloration rousse de sa tête , de son prothorax, de son écusson. Le plus ordinairement, les Frelons s'établissent

LES GUEPES DES BOIS ET LEURS NIDS Vetvo tyhalrit).

LES HYMÉNOPTÈRES. 'ill

dans de vieux troncs d'arbres largement excavés, car ils ont besoin de beaucoup d'espace pour établir leur vaste construction. Au sommet de la cavité, ils attachent un premier rayon au moyen d'une assez grande masse de pâte bientôt façonnée en une sorte de pédicule ou de support. Un second rayon s'ajoute au-dessous du premier, auquel il est fixé par des piliers ou des colonnettes plus ou moins nombreuses. Tous les rayons sont ainsi attachés successivement les uns aux autres. Quand les Frelons ont installé leur domicile dans une cavité dont les parois le protègent suffisamment, ils ne font d'enveloppe que pour les parties qui restent à nu. Ils savent faire mieux cependant, et beaucoup mieux même, si les circonstances l'exigent. Les vieux troncs d'arbres crevassés, pourris à l'intérieur d'un effet tout pittoresque , qui plaisent aux artistes, n'étant pas le moins du monde du goût des conservateurs des forêts, sont devenus rares en France de nos jours. Les Frelons, assez intelligents pour s'épargner un peu de besogne quand ils le peuvent, trouvent difficilement à se loger. Forcés de s'établir à découvert, ils profitent d'une toiture avancée, d'un grenier à l'abandon, et abrités par un simple plafond ils bâtissent leurs nids. Aucune paroi naturelle ne protégerait leurs rayons, alors, comme la Guêpe des arbustes, ils fabriquent des enveloppes habilement superposées.

Des guêpiers de Frelons ainsi construits, ayant jusqu'à 50 centimètres de hauteur et 35 à 40 de diamètre, sont vraiment des objets magnifiques, et plus d'une fois ils ont excité l'admiration de ceux qui les découvraient. Nous avons vu des personnes entrées en possession d'un beau nid de Frelons, s'imaginant que la vente d'un si merveilleux produit allait leur procurer une petite fortune.

Ils sont bien beaux, en effet, ces grands nids de Frelons, mais aussi comme ils sont fragiles ! Les Guêpes ordinaires détachent sur les arbres vivants des fibres ligneuses, et avec cette sub-

stance, elles fabriquent un papier ferme, tenace, de bonne qualité enfin; au contraire, les Frelons prennent du bois pourri et avec cette matière ils confectionnent un papier jaune ou roussàtre, d'une teinte fort agréable à l'œil, mais un papier cassant, friable au plus haut degré, un papier de mauvaise qualité, que les habitants du nid savent ne pas endommager.

Les Guêpes au corps élancé, dont l'abdomen a son premier anneau aminci en un pédicule assez long, et dont le chaperon affecte une forme triangulaire, composent le groupe des Polistites.

Chez les espèces du genre Poliste, le premier anneau de l'abdomen, s' élargissant en arrière, prend la figure d'une clochette. Il y en a à peu près par le monde entier de ces Polistes, mais c'est assez de nous occuper de l'espèce commune de notre pays. Elle se trouve dans la plus grande partie de l'Europe, dans l'Asie Mineure jusqu'en Perse, dans le nord de l'Afrique jusqu'en Egypte, et néanmoins Linné, évidemment peu renseigné sur l'étendue de sa distribution géographique, l'a appelée la Poliste de France ou la Poliste française (Polisles gallica).

La Poliste de France est noire, peinte de jaune, avec les antennes de cette dernière couleur. On la voit fréquemment dans les clairières des bois, et l'on éprouve un grand charme à contempler au printemps, une femelle, une mère seule, occupée, ou de l'édification de son petit, nid, ou des soins que réclament ses larves. L'observation est facile, caries Polistes attachent leurs nids à des plantes basses ou à des arbrisseaux peu élevés. Les Genêts, par exemple, leur fournissent des tiges droites, grêles, fort à leur convenance. La femelle féconde qui se montre, vers le mois de mai, ardente au travail, après son long hivernage, se met à construire, avec une substance analogue à celle dont fait usage la Guêpe des arbustes. Des fibres d'écorce sont réduites en une pâte homogène et la pâte est convertie en papier gris, ferme. Lllyménoptère emploie d'abord une quantité de matière assez considérable pour faire une attache solide et le pédicule qui sou-

GEI1MLB D.ULLIÊBE.

LES POLISTES FRANÇAISES ET LEURS NIUS (Potota „aUtat).

tiendra le rayon. C'est un tout petit rayon que construit la Poliste; il aura cinq, six, huit cellules, rarement davantage. Ce rayon doit rester à découvert , il sera agrandi plus tard par l'adjonction de nouvelles cellules, niais jamais il ne sera revêtu d'aucune enveloppe.

L'observateur, se transportant chaque jour dans les localités ou nidifient des Polistes, peut suivre aisément tous les travaux des industrieux Hyménoptères, toutes les phases de la vie des larves. Sans enveloppe, sans abri, ces nids élégants et mignons semblent bien exposés, mais en y regardant de près on admire l'heureuse disposition qui garantit les larves contre les intempéries des saisons. Les nids ont toujours une direction oblique, de la sorte, l'eau ne peut ni entrer dans les alvéoles ni séjourner sur le plafond ; tournés vers l'est, les plus mauvais vents et la pluie venant habituellement du côté opposé, les habitants n'ont pas grand'chose à redouter.

Notre femelle printanière ayant soigné sa petite couvée, les larves arrivent au moment de se transformer en nymphes: elles filent une coque soyeuse et voilà leurs cellules fermées comme par un petit couvercle. Les adultes ne tardent pas à éclore ; c'est une nichée d'ouvrières qui vont bâtir de nouvelles cellules, mais jamais le rayon n'aura une bien grande étendue. Cinquante à soixante cellules, c'est déjà beaucoup pour le nid de notre Poliste de France ; il est des circonstances cependant , circonstances rares, où la population, s'accroissant d'une manière exceptionnelle, les Polistes construisent un second rayon qu'elles attachent au premier par des piliers, exactement comme le font les vraies Guêpes.

Notre dessin donne une idée bien exacte des nids de Polistes, à diverses périodes d'accroissement. Dans le plus grand, on voit des alvéoles habités par des larves, au corps déprimé, à la tète large et forte ; elles attendent la becquée de leurs nourrices. D'autres alvéoles sont clos, les larves se sont enfermées pour

subir leur métamorphose, les Insectes adultes ne sont pas nés encore. Le nid a été représenté tel qu'il était avec ses hôtes pleins de vie, larves et adultes.

Des Guêpes au corps élancé comme celui des Polistes, et même plus délicat, plus élégant encore, ayant le pédicule de l'abdomen formé par le premier anneau tout entier, compose le genre des Polybies, Vespides étrangères à l'Europe, extrêmement répandues dans les parties chaudes de l'Amérique. Les Polybies se font admirer comme tant d'autres Vespides par leurs constructions tantôt immenses, tantôt petites et d'une délicatesse ravissante, et fort variées selon les espèces.

Au Brésil, à la Guyane, abonde une Polybie [Pohjbia liliacea) d'une taille bien médiocre, — son corps noir, bigarré de jaune, n'a pas plus de 12 à 14 millimètres de longueur, — qui construit un nid dont les dimensions sont prodigieuses. On en voit dans la galerie du Muséum d'histoire naturelle, un échantillon, dont bipartie inférieure a été détruite. M. de Saussure dit «qu'on peut, à juste titre, considérer cet édifice comme un des plus grands miracles de l'architecture des Insectes » ; il ne sera pas démenti. Le guêpier que nous connaissons de cette Polybie a une hauteur de lm,10 et les plus grands rayons n'ont pas une circonférence de moins de lm,17. Ce nid incomplet, présentant encore vingt-six rayons, contient des milliers d'alvéoles. 11 est attaché à une branche d'arbre; son enveloppe est rude, inégale, d'un brun rouge. Les rayons font corps avec l'enveloppe comme dans les constructions des Guêpes cartonnières dont nous allons signaler les particularités.

Une autre espèce du même genre propre à l'Amérique centrale [Pohjbia scutellaris), signalée il y a vingt-cinq ans par un naturaliste de l'Angleterre, M. A. White, fait également un nid gigantesque se distinguant de tous les autres guêpiers par une singularité. L'enveloppe, fort épaisse, est couverte de gros tubercules pointus dont rien jusqu'ici ne vient nous indiquer l'usage.

EU. OL/NCHAKP,

LES POLYL1BIES L>Ei> FALM1EKS El LLUKS NIDS [Polybia Palmarum),

LES HYMÉiNOPTÈRES. 115

On peut également voir ce nid dans les galeries du Muséum.

De toutes petites Polybies établissent leur habitation à la face inférieure des feuilles. M. de Saussure en a fait connaître deux ou trois espèces de l'Amérique du Sud. Nous en signalerons une antre, que nous appellerons la Polybie des Palmiers (Polybia palmarum). Elle est commune au Guatemala. Cette Guêpe mignonne , longue de 6 millimètres, a le thorax jaune avec trois bandes noires, l'abdomen brun ou noir avec des ceintures jaunes. Elle construit son nid à la face inférieure d'une feuille de palmier; elle n'a pas besoin de beaucoup de place, la largeur d'une feuille lui suffit. Ce nid de la Guêpe ou Polybie des palmiers consiste tout simplement en un rayon habituellement de forme ovalaire, revêtu d'une enveloppe percée d'une ouverture à la partie inférieure. La substance est un papier d'un jaune l'oussâtre assez cassant. Voilà qui paraîtra fort ordinaire, après ce que nous connaissons d'ailleurs ; mais que l'on s'arrête à considérer les cellules qui n'ont pas plus de 1 à 2 millimètres et pourtant d'une régularité parfaite, d'une construction irréprochable; que l'on regarde dans leur ensemble ces petits nids pour lesquels une feuille est un abri suffisant, avec leur couleur fauve, tranchant sur la teinte du feuillage. Puis, que l'on se figure ces gentilles constructions avec leurs habitants, entraînées dans le mouvement des feuilles secouées par le vent, et l'on éprouvera eu son âme une impression singulière à la pensée de ce monde si actif et si intelligent pour lequel une feuille de palmier est le séjour de prédilection.

Un dernier groupe de Vespides nous est fourni par de petites Guêpes de l'Amérique dont le corps est ramassé. Les Cliartergues, qui en constituent le genre le plus important, ont l' abdomen ovale, avec le premier anneau de l'abdomen emboîtant l'origine du second. L'espèce la plus répandue est la Guêpe cartonnière de Réaumur (Charlergas nidulans), noire, avec l'écusson et le

,ll6 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

bord de tous les anneaux de l'abdomen jaunes. Cette Guêpe toute mignonne construit des nids d'une étonnante perfection et en même temps d'une solidité bien remarquable. Attachés aux brandies d'arbres par une sorte d'anneau, ces nids sont formés d'un carton fin, blanchâtre ou d'un gris clair. Comme l'exprimait Réaumur, « ce ne serait pas assez dire que cet objet paraît de carton; il en est réellement ». En effet, on en montra un échantillon à un fabricant qui, après avoir bien examiné le produit de la petite Guêpe américaine et s'être extasié sur sa belle qualité, déclara qu'aucune maison de Paris n'était capable de fournir de pareil carton, que celui-là venait peut-être d'une fabrique d'( Irléans. Ces nids, très-abondants dans l'Amérique méridionale, affectent la forme de sacs. Analogues à ceux de certaines Polybies, les rayons et l'enveloppe sont intimement unis; une ouverture, ménagée dans la partie centrale des rayons, est l'unique passage permettant la circulation de bas en haut de l'édifice. Un nid de Cartonnière consiste, à son origine, en un gâteau à peu près circulaire revêtu d'une enveloppe percée d'un trou. Des alvéoles étant bâtis sur la face inférieure de cette enveloppe, celle-ci devient le fond d'un nouveau gâteau'; les parois sont alors prolongées et recouvrent la nouvelle construction, et il y aura ainsi des rayons successivement ajoutés jusqu'à dix ou douze.

Les Nectarinies, distinctes des Chartergues par le premier zoonite de l'abdomen très-petit, construisent encore de très-jolis nids à enveloppe papyracée. Ces petites Guêpes amassent du miel qui est fort recherché par les Indiens des pampas.

A la Guyane vit une Guêpe toute noire, avec les ailes enfumées; c'est la Guêpe Tatou (Talua morio), type d'un genre particulier à raison de sa tête plus large que le thorax, de son abdomen ayant un long pédicule formé par le premier anneau tout entier, et de quelques autres caractères moins apparents. Le nid de cette espèce est l'une des étonnantes merveilles de l'architecture des Insectes. M. de Saussure attribue, à la vérité, à la

LA GUÈl'E TATOU ET SON NIL)

Guêpe Tatou, un nid analogue à celui de la Guêpe cartonnière; mais pour lui attribuer la charmante construction que l'on peut voir dans les galeries du Muséum et que nous représentons ici, un peu diminuée, nous avons l'autorité d'un voyageur instruit, M. Mellinon, qui explore la Guyane française, et notamment la province de La Mana, depuis nombre d'années. M. Mellinon nous a appris que le nom de Tatou, en usage à Gayenne et ailleurs, venait d'une sorte de ressemblance dans l'aspect du nid de la Guêpe avec la carapace d'un Tatou.

Pour leur installation, les Guêpes Tatous commencent par faire choix d'une branche d'arbre droite, à peu près verticale, n'ayant que peu ou point de rameaux. Cette branche devient l'axe et le support du nid. Les rayons, composés d'un nombre d'alvéoles peu considérable, sont lixés chacun à la branche, au moyen d'un pédicule très-solide. Les rayons sont assez espacés les uns des autres, et dans le nid que nous avons sous les yeux il y en a dix. Ce qui est la perfection de ce guêpier, plus encore que l'heureuse disposition des petits rayons, c'est la paroi. Que l'on se figure une enveloppe simple, en forme de fuseau, consistant en un papier ligneux , comme gaufré , presque tuyauté transversalement, ayant ainsi l'apparence d'un tissu travaillé par la main d'un artiste. Que l'on ait à la pensée que ce papier, dont les fibres sont disposées avec une étonnante régularité, est varié de bandes longitudinales, les unes d'un brun rouge, rappelant la teinte de certains bois d'acajou, les autres d'un ton pâle, comme le bois de cbêne. Que l'on considère que cette enveloppe, rétrécic au sommet et à l'extrémité inférieure, est dans toute sa longueur fortement accolée des deux côtés sur la branche, à laquelle sont fixés les rayons n'offrant qu'une petite ouverture circulaire à l'extrémité inférieure. Que l'on examine à l'intérieur cette gracieuse construction, où l'on voit un espace considérable ménagé entre les parois du nid et les rayons qui en sont indépendants, où l'on se plaît à regarder le demi-jour pénétrant au

,()s LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

travers des parois et donnant un charme indéfinissable à cette jolie demeure, et l'on ne pourra s'empêcher de rester en admiration devant l'art inimaginable des petites Guêpes noires de la Guyane.

Nous n'avons pas vu construire cet édifice, et nous restons un peu embarrassé pour dire comment a lieu son accroissement. M. de Saussure, considérant les bandes longitudinales diversement colorées de l'enveloppe, pense que l'enveloppe a été tissée dans le sens indiqué par ces bandes. Dans cette hypothèse, le nid aurait été nécessairement construit du premier coup, tel que nous le possédons. Plus volontiers nous croyons qu'il s'est augmenté successivement de nouveaux rayons, et qu'à chaque accroissement, l'enveloppe a été taillée, puis allongée. Nous sommes confirmé dans cette idée par l'examen d'un nid trèsanalogue de la collection du Muséum, dont nous ne connaissons pas l'architecte. Celui-ci, formé d'un papier gris, est très-étroit et d'une longueur énorme, et encore a-t-il été brisé par le bas. Le nombre des rayons est très-considérable, et il paraît absolument improbable que tous aient été construits simultanément.

LES HYMENOPTERES PRODUCTEURS DE MIEL (Apides).

Entre tous les Hyménoptères, et par conséquent entre tous les Insectes, les espèces nidifiantes qui recueillent le miel et le pollen des fleurs sont les plus parfaites sous le rapport de l'organisation, des plus admirables sous le rapport de leurs constructions; on dirait aussi les plus étonnantes sous le rapport des instincts et de l'intelligence , si l'on oubliait un peu les Fourmis.

Tous les représentants de cette famille des Apides, dont

LES HYMÉNOPTÈRES. 'il!)

l'Abeille est le type le plus connu, ont dans leur organisation les indices d'une véritable supériorité sur les autres Insectes. La centralisation de leur système nerveux est poussée plus loin que chez les autres Hyménoptères; leur appareil respiratoire acquiert un développement exceptionnel, des trachées de leur abdomen se transforment en vastes poches. Leurs appendices prennent des formes spéciales, deviennent des instruments d'une perfection dont on n'a pas d'exemple ailleurs.

Selon les types, les mandibules sont converties en tenailles propres à diviser le bois, en instruments pour entamer la terre, pour pétrir du ciment, en meules pour malaxer la cire. Chez la plupart des Apidcs, les mâchoires et la lèvre inférieure, fort longues, délicates, agissent comme une trompe pour humer le miel dans le nectaire des fleurs. Mais ce qu'il y a de plus admirable dans la conformation des appendices de beaucoup de ces Hyménoptères, c'est la transformation en quelque sorte de leurs pattes postérieures, notamment des jambes et du premier article des tarses, en instruments propres à la récolte du pollen comme en instruments de travail. Mais les différences sont telles ici, que la généralisation resterait nécessairement vague et qu'il faut examiner chaque type en particulier.

Les Apides ont à tous leurs états un régime végétal ; les adultes se nourrissent de miel; les larves, ayant besoin d'un alimenl plus substantiel, sont nourries d'une pâtée composée de miel et de pollen. Les larves de tous ces Hyménoptères, incapables de se mouvoir et destinées à vivre dans d'étroites cellules, réclament des soins maternels absolument comme celles des Guêpes et des Fouisseurs.

Parmi les Apides, les uns vivent solitaires, les autres vivent en sociétés, sociétés annuelles, sociétés permanentes. L'existence des espèces solitaires ressemble à celle des Fouisseurs. Une femelle seule construit un nid, des cellules, pour loger ses larves^ et approvisionne les cellules. Les sociales ont trois sortes d'indi-

rl2o LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES,

vidus : des neutres ou ouvrières, femelles infécondes, outre les mâles et les femelles fécondes. Dans les sociétés annuelles, une femelle isolée fonde le premier établissement, les ouvrières l'accroissent ensuite. Dans les sociétés permanentes, les femelles fécondes ne travaillent jamais; elles sont incapables de travailler, les instruments leur font défaut.

Parmi les Apides, il y a aussi, comme parmi les Sphégides, les Crabronides, etc., les espèces incapables, les espèces qui n'ont d'autre instinct que celui de s'introduire dans le nid des espèces laborieuses et de déposer furtivement leurs œufs dans les cellules approvisionnées pour autrui. Ce sont les Parasites. Ainsi, dans la nature, tout ce qui possède est exposé à avoir des parasites, si sa vigilance est mise en défaut.

Les Apides que nous allons examiner en premier lieu diffèrent de tous les autres représentants de la famille en ce «pie leurs pattes postérieures sont impropres à la récolte du pollen. Ils composent la tribu des Osmiines; le genre Osmie (Osmia) est le grand genre de cette tribu. Ces Hyménoptères exécutent des travaux devant lesquels il est impossible de ne pas s'extasier. Ils ont des raffinements incroyables dans le cboix des matériaux qu'ils prennent pour confectionner leurs, cellules, et ces matériaux diffèrent pour les espèces les plus voisines. Comme les autres Hyménoptères nidifiants, ils récoltent le pollen pour en faire la pâtée de leurs larves, et nous venons de voir que leurs pattes, sans élargissement notable, ne peuvent servir à cette récolte. Une disposition simple et très-jolie des poils garnissant la portion basilaire de la face inférieure de leur abdomen remplit le but à merveille. Ces poils, assez roidcs et suffisamment rapprochés pour retenir les grains de pollen, remplissent l'office de petites tablettes. L'Osmie se frotte contre les étamines des fleurs et en détache le pollen; avec ses pattes, elle le ramasse sur le petit appareil qu'elle porte à son ventre, et retourne à son nid, portant une grosse provision. Son premier soin doit être de

se débarrasser de sa charge; ou croirait volontiers que l'Insecte peut y trouver quelque difficulté, si l'on ne connaissait pas les particularités de sa conformation. Ayant appris à les

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