MÉTAMORPHOSES DE LA CICINDÈLE CHAMPÊTRE
[Cicimlela campestris ) .
cheminée; avec sa tète susceptible de se plier en avant, il ferme l'entrée du tuyau, et dans cette attitude il attend avec une patience inébranlable qu'une Fourmi ou tout autre petit Insecte vienne à passer sur sa tète. Au premier contact, la larve de la Cicindèle descend précipitamment : le sol a manqué sous les pattes de la Fourmi ; tombée dans le précipice, elle est mangée par la larve carnassière, et celle-ci, son repas fini, remonte à son poste pour recommencer son jeu de piège vivant. Au moment de
V)'i LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
se transformer en nymphe, l'Insecte mure l'orifice de son trou. et le voilà tranquille dans sa retraite.
11 y a un peu plus de cent ans, Geoffroy, l'auteur de Y Histoire des Insectes des environs de Paris, a, le premier, signalé la larve de la Cicindèle champêtre; elle a été ensuite étudiée au commencement de ce siècle par Desmarest, et, depuis, de nombreux observateurs ont revu et souvent décrit les habitudes et les manœuvres de la larve de la Cicindèle la plus répandue en Europe et de quelques espèces voisines.
Une légion d'Insectes d'aspect triste, souvent presque lugubre, compose la famille des Piméliides. Ce sont des Coléoptères faciles à distinguer de ceux dont nous nous sommes occupés jusqu'ici à une différence dans le nombre des articles de leurs tarses. Chez tous les Piméliides, les tarses des pattes antérieures et intermédiaires ont cinq articles, les tarses des pattes postérieures seulement quatre articles. Au temps <>ù les Coléoptères étaient groupés par les naturalistes d'après le nombre des articles de leurs tarses, les Piméliides, avec les Cantharidides, étaient les lléléromères. En général, les représentants de cette famille ont des téguments très-durs, une tète un peu enfoncée dans le thorax, des antennes à articles grenus ou sensiblement élargis.
Sous leur première forme, les Piméliides sont allongés, presque cylindriques, ayant tous les anneaux du corps presque entièrement revêtus de plaques de consistance coriace, le dernier portant deux crochets courbes et en dessous deux mamelons servant à la marche ; ils ont de petites antennes formées de quatre articles, des mandibules fortes ne faisant pas saillie au devant de la tète, des pattes assez courtes, terminées par un tarse dont l'apparence est celle d'un petit crochet. L'Insecte si connu sous le nom de Ver de farine peut être pris ici comme exemple.
A raison de quelques caractères, la famille des Piméliides doit être partagée en plusieurs tribus : les Piméliines, les Blapsines, les Ténébrionines, les Hélopiines.
Les représentants des trois premières divisions, unies du reste par les affinités les plus étroites, étaient désignés par Latreille sous le nom commun de Mélasomes, qui signifie : les Insectes au corps noir. En effet, la plupart des espèces sont d'un noir profond, les autres d'un gris terne, terreux.
Les Piméliines ont une forme ramassée, des mâchoires terminées par un onglet, des élytres soudées sur la ligne médiane, embrassant exactement les cùtés du corps à la manière d'une carapace; les ailes manquent. Pourvus de longues pattes, les Piméliines sont essentiellement coureurs. Ces Coléoptères son! nocturnes, leur coloration l'indique; ils craignent la lumière, et leurs yeux, toujours petits, suffiraient pour en témoigner. Ils habitent les contrées arides, les sables des déserts de l'Afrique, de l'Asie Mineure, des Kirghises, de la Sibérie, du Tucuman, du Pérou, du Chili, et surtout les sables des bords de la mer, vivant de détritus, de matières en décomposition végétales ou animales.
Les Pimélies, dont le corps est d'ordinaire fort élargi en arrière du prothorax et l'écusson bien distinct, ont les jambes antérieures plus ou moins élargies. Cet élargissement a un but : à l'aide de leurs jambes de devant, les Pimélies fouissent le sable, dans lequel elles aiment à se cacher au moins pendant le jour. Sur nos côtes méditerranéennes, on trouve communément la Pimélie à deux points [Pimelia bipunclala). Parfois on s'étonne de rencontrer des Pimélies dans des endroits où tout moyen d'existence semble leur manquer ; c'est ce qui nous arriva pendant une ascension du Stromboli. A une hauteur déjà assez considérable, des Pimélies d'une espèce particulière, jusque-là inobservée [Pimelia Slromboliana), se trouvaient en abondance sur les cendres volcaniques.
A la tribu des Piméliines se rattachent : les Erodies et les Zophosis au corps ramassé, les Tentyries aux formes grêles, les Akis au prothorax relevé sur les côtés, Insectes vivant à peu près dans les mêmes conditions que les Pimélies.
Les Blaps, qui donnent leur nom à leur groupe (tribu des Blapsines), privés d'ailes sous les élytres comme les Piméliés, se distinguant de ces dernières par l'extrémité de leurs palpes maxillaires en forme de hachette, sont des Insectes tout à fait lucifuges, d'assez forte taille, entièrement d'un noir profond, répandant autour d'eux une odeur puante. Se nourrissant de détritus végétaux et animaux, ils se tiennent dans les endroits humides les plus l'étirés et les plus sombres, les caves, les grottes, etc. Presque partout où on les remarque, les Blaps sont de la part des personnes ignorantes un sujet de sinistre augure. La seule espèce du genre qui se rencontre dans l'Europe centrale, un Coléoptère long d'une vingtaine de millimètres, ayant les élytres très-finement pointillées et terminées en pointe, a reçu des noms vulgaires qui témoignent de cette superstition : c'est le Blaps portemalheur, le Présage-mort, la Sorcière de la mort, etc. (Blaps morlisaga). L'innocent Insecte, qui, en réalité, ne présage rien du tout, a une larve jaune, luisante, plus large proportionnellement que le Ver de la farine.
Les Ténébrionines sont des espèces ailées de la famille des Piméliides. Le genre Ténébrion est représenté, chez nous, par un Insecte au corps long et étroit, d'un brun noirâtre, que tout le inonde connaît bien : c'est le Ténébrion de la farine (Tenebrio molitor), qu'en certains pays on appelle le Cafard.
Vivant de farine, de biscuit de mer, il s'établit dans les greniers, dans les moulins et surtout dans les boulangeries, car il aime une chaude température, et le voisinage du four semble lui être agréable. Sa larve, longue, cylindrique, d'un jaune fauve luisant, portant deux petits crochets à l'extrémité du corps, le Ver de farine enfin, ainsi qu'on la désigne vulgairement, passe si m existence entière enfouie dans la farine et s'y façonne une loge pour sa transformation en nymphe. Cet Insecte amène souvent des pertes considérables dans les dépùts de farine, et les détenteurs ne sauraient trouver une compensation dans la vente des
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Vers de farine aux oiseleurs et aux amateurs d'Oiseaux insectivores, qui les recherchent pour nourrir les prisonniers de leurs volières.
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Quelques Ténébrionines ne craignent pas la lumière, et c'est ainsi «pie l'on rencontre fréquemment sur les chemins l'Opatre des sables (Opalrum sabulosum), un petit Coléoptère gris comme la poussière, ayant des antennes grenues et des élytres rugueuses.
Des Coléoptères que leurs métamorphoses comme leur organisation rattachent à la même famille que les précédents, les Hélopiines, ont des habitudes diurnes. A l'état adulte, ils se montrent sur les fleurs ; à l'état de larves, ils vivent sous les écorces, dans les bois en décomposition, dans les Champignons. Les
Hélops de noire pays ne sont pas très-brillantes, leur couleur est bronzée (Helops caraboides) ou bleuâtre (H.cœruleus); les espèces de l'Amérique et de l'Australie sont souvent très-belles.
Le nom de Cantharidides appartient à la famille dont la Cantharide des pharmacies peut être considérée comme le type. Le nombre des articles de leurs tarses est le même que chez les Pimélics et les Ténébrions, mais leur tète est dégagée du thorax, leurs élytres sont flexibles, et tous leurs téguments sont d'assez faible consistance. Les espèces de cette famille possèdent une singulière propriété que la médecine utilise depuis Hippocrate : les Cantharidides sont les Insectes vésicants ou les Epispastiques. Leurs parties tégumentaires contiennent un principe immédiat isolé pour la première fois par Robiquet, et désigné sous le nom de canlharidine . A ce principe les Cantharides et les espèces des genres voisins doivent de produire sur l'économie les effets si violents et si caractéristiques que chacun connaît. C'est à Arétée que l'on attribue l'idée de l'emploi de la Cantharide pour les vésicatoires.
A raison des services particuliers que l'on tire des Coléoptères vésicants, l'attention des naturalistes s'est beaucoup porté vers l'étude de ces Insectes; la curiosité devait être d'autant plus excitée, que l'on trouvait à cette étude des difficultés exceptionnelles. Les représentants de cette famille abondent en tout pays et, néanmoins, jusqu'à une époque encore bien récente, il demeura impossible de rien apprendre touchant leurs métamorphoses. Les principaux genres de Cantharidides sont les Cantharides, les Mylabres, les Méloés, les Sitaris. Les Cantharides, caractérisées par leurs antennes grenues, sans renflement terminal, ont pour type l'Insecte d'un vert brillant employé en médecine, la Cantharide des officines (Cantharis vesicatoria), que l'on trouve en abondance dans certaines localités, sur les Frênes, et, de temps à autre, dans les jardins, sur les Lilas. C'est sur quelques points du midi de la France, et surtout en Espagne, que les Cantha-
rides, fort communes, sont recueillies pour les usages médicinaux. On secoue violemment les arbres après avoir entouré le pied de