METAMORPHOSES DU CRIQUET VOYAGEUR
[Acrtywm peregrlnum).
.ïs.'i LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
Bien vaste famille que celle des Acridides, représentée avec prodigalité dans toutes les contrées du monde, et surtout dans les pays chauds, où vivent les plus belles et les plus grandes espèces. Dans l'Europe centrale, on ne voit d'ordinaire que les petits Criquets qui sautent partout dans les champs cultivés. Chacun remarque à l'automne ces espèces qui, en s' envolant, montrent leurs ailes rouges ou bleues. Mais l'espèce qui, depuis l'antiquité. inquiète les nations civilisées, est le Criquet voyageur (Âcridium peregrinum), YArbeth de la Bible, cause de la huitième plaie d'Egypte, YAcris des Grecs, la Locusta des Romains, dont les ravages sont mentionnés dans les annales de tous les peuples. Cette espèce, abondante en Afrique et en Orient, se multiplie en certaines années d'une façon prodigieuse. Alors les Criquets, répandus par centaines de millions, dévastent les contrées où ils sont nés, et lorsqu'ils ont détruit toute la végétation, ils s'envolent.en longues colonnes, en masses épaisses, et s'abattent sur les pays encore épargnés. On a noté les années d'invasion des Criquets en Europe et en Afrique comme on a noté les années de froid excessif.
Le Criquet voyageur dépose ses œufs eu terre, à une faible profondeur, enfermés dans une sorte de petit tuyau. Le Criquet émigrant (OEdipoda migraloria), dont le sternum n'a pas de pointe, comme chez le précédent, est le plus répandu en Europe.
Au ivc siècle, d'après saint Augustin, tout le nord de l'Afrique fut dévasté; les Criquets, poussés dans la mer par la violence des vents, ayant été rejetés sur le rivage, les exhalaisons de leurs corps en putréfaction causèrent une peste qui fit périr une infinité d'hommes. Dans les années 1 747, I 7 18, 1 7 il), les provinces danubiennes sont envahies; Charles XII est arrêté en Bessarabie avec son armée par une pluie de Criquets. Engagés entre les montagnes, serrés les uns contre les autres, ces Insectes s' entrechoquant, tombaient de tous côtés. Les années 1780, 1789, comptent parmi les plus funestes pour les États barbaresques. Personne encore n'a perdu le souvenir de l'année 1866.
LES THYSANOPTÈRES
Que l'on se figure dos Insectes noirs au corps étroit, déprimé, de la longueur de 2 millimètres (Thrips de Latreille) ; des Insectes si répandus dans la nature, que vous ne pouvez presque pas prendre une fleur, ou l'épi d'une Graminée, sans en voir plusieurs individus. Deux auteurs anglais, MM. Westwood et llaliday, ont précisé les caractères des Thrips. Le premier a étudié leurs pièces buccales; le second a observé les caractères des espèces, et il a établi l'ordre des Thysanoptères.
Les Thysanoptères (3u<7avoç, franges; nxzpa, ailes), dans leur état complet, ont quatre ailes membraneuses, fort étroites, sans plis ni réticulation, mais garnies sur leurs bords de longs cils formant une frange d'une finesse, d'une élégance qui dépassent toute description. Ces Insectes ont des mandibules longues et minces, des mâchoires et une lèvre munies de palpes. La conformation de la bouche les rapproche des Orthoptères. La tète porte des antennes filiformes de longueur médiocre, de gros yeux
latéraux et ordinairement trois ocelles sur le front. Les pattes des Thysanoptères sont encore très-caractéristiques : les tarses, de deux articles, se terminent par une sorte de vésicule propre à contracter adhérence sur les feuilles ou sur les pétales des fleurs.
Chez ces Insectes, le développement est analogue à celui des Orthoptères : les jeunes ont la forme des adultes; seulement,
METAMORPHOSES DU TU III PS DES CEUEALES ( Thrips Cerealium).
ils manquent d'ailes, et leur corps est pâle, jaune ou rougeâtre; après quelques mues, se montrent des rudiments d'ailes, ce sont les nymphes, nymphes actives ; après un dernier changement de peau, ce sont des adultes. Les Thysanoptères courent vite, ils volent prestement ; avec leurs petites mandibules ils rongent les feuilles à la surface.
L'ordre des Thysanoptères se compose d'une seule famille, la famille des Thripsides, où l'on reconnaît deux types, selon que les espèces ont deux articles aux palpes et les ailes sans aucune nervure (Phlœothripsines), ou trois articles aux palpes et deux nervures aux ailes antérieures (Thripsines). Parmi les dernières, la plupart appartiennent au genre Thrips. Le Thrips des céréales (Thrips Cerealium), d'une couleur brune avec les pattes et les antennes annelées de blanc, est signalé comme nuisible au Blé dans les circonstances où il s'est très-multiplié. Le petit Insecte s'engage entre les valves et la graine, se blottit dans le sillon du grain et le ronge. 11 n'enlève pas beaucoup de substance à la fois, et cependant il détermine un appauvrissement très-sensible du grain.
LES NÉVROPTEKES
Dans l'ordre des Névroptères, un observe tons les genres de métamorphoses. Les uns n'ont dans leur existence aucune période d'inactivité, ils n'éprouvent pas de changements plus considérables que les Orthoptères. Les autres, avant l'âge adulte, passent par deux phases aussi tranchées que chez les Lépidoptères ou les Hyménoptères. Ceux-ci éprouvent donc des métamorphoses absolument complètes. D'autres Névroptères n'ont qu'un temps d'immobilité très-court; leurs nymphes perdent leur activité et changent de condition presque au moment de l'éclosion des adultes. Des métamorphoses aussi variées entre des Insectes appartenant au même ordre enseignent que les périodes d'évolution sont parfois bien loin d'être identiques chez des animaux liés par d'étroites affinités naturelles.
Les Névroptères sont caractérisés par leurs organes de vol. Leurs quatre ailes nues, membraneuses, sont parcourues par de
nombreuses nervures et présentent généralement une réticulation
serrée (yivpcv, corde, nervure; mipa, ailes). Les Névroptères sont les Insectes aux ailes très-veinées et même réticulées. A ce caractère il faut ajouter qu'ils ont des pièces buccales libres, des pattes faibles, un corps presque toujours assez élancé.
11 existe des Névroptères de formes assez différentes ; certaines modifications conduisent à reconnaître plusieurs types, d'un rang plus élevé <pie les familles. Ainsi, d'un coté, il y a les Névroptères dont les ailes transparentes ont des nervures transversales (flyaloplères), et, d'un autre coté, les Névroptères dont les ailes poilues, offrant des nervures branebues. n'ont aucune réticulation transversale (Trichoplères), et, parmi les premiers, les représentants de quelques familles montrent avec les Orthoptères des rapports assez manifestes pour qu'il semble naturel de les isoler un peu des Névroptères les mieux caractérisés.
Sous le rapport des conditions d'existence, les Névroptères offrent un bien grand intérêt. Les uns, êtres industrieux, vivent en sociétés nombreuses, édifient des demeures quelquefois immenses, et, dans un autre ordre, représentent les Fourmis. Les autres, et ce sont les plus nombreux, ne possèdent ni talent, ni instincts particulièrement remarquables; mais ils donnent le spectacle de curieux phénomènes dans la diversité de leurs conditions d'existence, suivant qu'ils sont à l'état de larves, à l'état adulte.
Une des plus intéressantes familles, non-seulement de l'ordre des Névroptères, mais encore de la classe des Insectes tout entière, est celle des Termitidf.s. Les Termites forment des sociétés nombreuses où il y a des mâles et des femelles, des individus neutres de plusieurs sortes, des larves et des nymphes actives. Ils édifient de gigantesques demeures, avec des multitudes de chambres et de galeries, et travaillent toujours dans l'ombre. Ont-ils besoin de se porter d'un point à un autre, admirables ingénieurs, ils construisent de véritables tunnels. Leurs mœurs,
LES NKYHOl'TÈHKS.
leur habileté à construire, les ont fait comparer aux Fourmis, et dans toutes les contrées intertropicales, où ces mineurs et ces
P^AOJMSz
LES DIVERS INDIVIDUS D UNE TERMITIERE (Termes lucifugum ).
Ouvrier. — 2. Soldai. — 3. Larve. — 4. Nymphe à petits éluis. — 5. Nymphe à longs éluis. — C. liait 7. Pelîle femelle. — S. Grande femelle. (Tous Irès-grossis.)
dévastateurs de toutes choses sont un fléau, on les nomme les Fourmis blanches.
Les Termites ont donné lieu à une foule d'écrits, il nous suffira d'en citer deux des plus récents et des plus importants : une
monographie très-bien faite du professeur Hagen (de Kœuigsberg). une étude spéciale sur le Termite lucifuge par M. Lespès.
Les Termites mâles et femelles ont des ailes amples dont les nervures transversales sont rudimentaires, une tète forte portant trois ocelles entre les gros yeux. Les neutres, toujours privés d'ailes, sont de deux sortes : les uns, c'est-à-dire les ouvriers, avec une tête ronde et des mandibules assez courtes ; les autres, avec une tête plus longue, très-forte et de grandes mandibules, que l'on appelle les soldats, dans l'idée que ces individus ont pour mission la défense du nid.
Par les observations de M. Lespès, on a appris que dans les habitations de la petite espèce de France, le Termite lucifuge (Termes lucifugum), il existe, outre les larves des neutres et des individus sexués, outre les neutres, ouvriers et soldats, des nymphes de deux sortes, les unes de petite taille, avec des étuis ou rudiments d'ailes très-courts, les autres plus grandes, avec de longs étuis; et enfin, fait vraiment étrange et encore inexpliqué, deux sortes de mâles et de femelles : les uns, petits, paraissent vers le mois de mai : les autres, beaucoup plus grands, que l'on ne voit qu'au mois d'août. M. Lespès appelle les premiers, les petits rois et les petites reines; les seconds, les grands rois et les grandes reines. Après la fécondation, un seul couple d'ordinaire se trouve dans l'intérieur du nid. Ces individus ont perdu leurs ailes, appendices caducs chez les Termites et ne persistant pas après l'union des mâles et des femelles. Les ouvriers, d'une teinte blanchâtre, ont une taille variable de 3 à 5 millimètres; les soldats, chez lesquels M. Lespès a reconnu des neutres des deux sexes, ont une taille d'au moins :> millimètres et une coloration rousse sur les parties antérieures. Les mâles sont d'un noir de poix, avec la bouche et les tarses jaunâtres et les ailes enfumées. Le corps des petits mâles a 7 millimètres de long, celui des petites femelles 8 à 9; le corps des grands mâles et des grandes femelles a au moins 2 millimètres de plus, sur-
LES NÉVROPTKRES. 591
tout chez ces dernières, dont l'abdomen est distendu par les œufs.
Le Termite lucifuge est commun dans les landes de Gascogne, où il s'établit dans les souches des vieux Pins; mais depuis longtemps déjà il a envahi les maisons des villes de la Charente- Inférieure, la Rochelle, Rochefort, Tonnay-Charente, Saintes, etc., et aujourd'hui il se montre dans quelques quartiers de Bordeaux. On a prétendu que le Termite de la Rochelle était d'une autre
TEHM1TE FEMELLE DE LA CÔTE DE GUINÉE De grandeur naturelle, d'après un individu de la collection du Muséum.
espèce que celui des Landes, mais la comparaison d'individus des deux provenances ne permet pas de regarder cette opinion comme ayant le moindre fondement. Des maisons entières sont minées par le Termite, et comme les sui'faces extérieures sont toujours respectées, on peut ne point soupçonner le danger; de là des accidents plus ou moins graves. La préfecture de la Rochelle est depuis longtemps envahie; à une époque, ses archives ont été détruites. Mais nous n'avons rien vu de plus curieux dans cet édifice que les tunnels ou les minces colonnettes descendant de la voûte au sol, que les Termites construisent dans les caves.
C'est dans les pays chauds que les Termites sont prodigieusement multipliés et qu'ils atteignent une assez forte dimension. On assure qu'à Ceylan, le tiers du pays plat est miné par les
Termites. Mais les renseignements les pins précis que nous possédions encore sur les habitations des espèces exotiques sont ceux de Smeathinan, le voyageur anglais dont le récit et les ligures onl été cent fois reproduits. L'espèce désignée sous le nom de Termite belliqueux (Termes bellicosxis) élève des monticules d'une hauteur de 3 ou \ mètres, flanqués de tourelles, et d'une telle solidité, que Smeathinan rapporte qu'il put monter ;i l'extrémité d'un de ces édifices avec quatre de ses compagnons, sans l'ébranler. Vient-on à faire une brèche à l'un de ces nids, les soldats, qui oui une forte taille et de grandes mandibules, se portent aussitôt à la défense. La femelle de cette espèce, comme les femelles d'autres Termites des pays chauds, acquiert, par suite de l'extrême distension de l'abdomen rempli d'œufs, un volume inimaginable.
Nous avons de très-petits Névroptères de mœurs assez insignifiantes, que leur conformation rapproche beaucoup des Termites : ce sont les Psogides, qui ont les ailes peu veinées, la tète fort grosse, avec trois ocelles sur le front, les antennes sétiformes, les pattes très-grèles. Ces Insectes se trouvent sur les mousses, sur les troncs d'arbres, sur les vieilles murailles. Une toute petite espèce habite nos maisons, où elle se montre souvent parmi les vieuxpapiers un peu humides. Comme elle n'acquiert jamais d'ailes, elle a l'aspect d'une larve ou plutôt d'un petit Pou; comme elle fait parfois entendre un bruit en frappant avec ses mandibules, on l'a nommée le Psoque pulsateur (Psocus pulsalorius).
Les Perudes composent une famille bien caractérisée. Ce sont des Névroptères de taille médiocre, ayant les ailes postérieures amples et plissées vers leur origine, les antennes sétiformes, les pièces buccales bien développées, et, comme celles des Termites, des Psoques, offrant des ressemblances manifestes avec celles des Orthoptères. Nous devons à M. Pictet (de Genève) de bien connaître sous leurs différents états les espèces européennes de cette famille. Les Perlides ont des métamorphoses incomplètes; les larves sont aquatiques, carnassières, agiles, sou-
LES NEVROPTERES. 593
vent pourvues d'organes respiratoires extérieurs, consistant en petites touffes de filaments attachés à la partie inférieure des anneaux thoraciques; les nymphes, toujours actives, ne diffèrent des larves que par la présence de rudiments d'ailes. A un moment, elles sortent de l'eau et s'accrochent sur les pierres ou après les plantes du rivage. Bientôt leur peau se dessèche, se fend
ilLTAMOUI'IJOSES DE LA PERLE BORDEE ( Perla marginala ).
sur la ligne médiane du dos, l'adulte se dégage de cette enveloppe et prend son essor.
Nous avons deux grands genres dans cette famille des Perlides, les Ferles et les Némoures; les premières portent à l'extrémité de L'abdomen deux longs fdets articulés qui manquent chez les secondes. La Perle bordée (Perla marginata) est une de nos espèces les plus répandues, un Insecte brunâtre avec une bordure fauve au mésothorax, les ailes comme enfumées. Sa larve, d'un jaune-citron, tachetée de noir, se trouve dans les rivières,
(Unis les ruisseaux au cours rapide. Les JNénioures, aux formes plus grêles que les Perles, vivent dans les mêmes conditions. Dans leur premier âge, ils portent des filets à l'abdomen comme les larves des Perles, et ces filets disparaissent chez les adultes. Tandis que les ailes sont toujours parfaitement développées chez les femelles, elles sont courtes, rudimentaires chez les mâles de plusieurs espèces : la dégradation qui, dans les autres ordres, atteint quelquefois les femelles, porte donc ici sur les mâles.
11 est une famille de Névroptères, les Ephémérides, où volontiers on cherche des impressions poétiques. Les Ephémères, le nom l'exprime, c'est la vie qui commence au lever du soleil et finit à son déchu le môme jour. Les Ephémères, c'est la délicatesse des formes, la légèreté du corps. Les Ephémères, c'est la réalisation du rêve des mystiques apparitions sortant des eaux, lorsque, par un beau soir d'été, des milliers, des millions de ces créatures aériennes voltigent à la surface des étangs ou des rivières.
Les Ephémérides sont faciles à distinguer. Ils ont de petites antennes de trois articles, dont le dernier est une soie extrêmement fine ; des ailes délicates, les antérieures larges, les postérieures très-petites; le corps terminé par deux ou trois longs filets articulés. Les parties de la bouche sont molles, incapables de servir à aucune fonction : des êtres dont la vie dure quelques heures ne prennent aucune nourriture. Ils naissent, et tout aussitôt les mâles et les femelles se recherchent et s'unissent; les femelles sont fécondées; en un paquet elles laissent tomber leurs œufs dans l'eau. Les petites larves éclosent, et leur croissance marche avec plus ou moins de rapidité, selon les espèces. Les larves des Ephémérides sont îles Insectes aquatiques, organisés pour respirer dans l'eau; leur abdomen porte, sur les côtés, des branchies, ou mieux des filets ou des lamelles minces, traversées par de nombreuses ramifications trachéennes. Entre les larves d'Ephémères, il y a, du reste, dans la conformation générale,
LES NÉVROPTËRES. 595
des différences notables qui entraînent des différences dans les conditions d'existence. Cependant tous ces Insectes, également carnassiers* ont des mandibules pourvues de pointes acérées et des mâchoires épineuses; ils deviennent nymphes en acquérant des rudiments d'ailes. Lorsque approche le moment de l'éclosion de l'adulte, la nymphe monte sur les herbes ou les plantes; ses téguments se gonflent, la peau se fend sur la ligne dorsale, et le iNévroptère ailé s'échappe de cette enveloppe. Mais, fait unique, cet Insecte adulte est revêtu dans toutes ses parties, son corps, ses ailes, d'une membrane, sorte de tunique dont il doit se dépouiller avant d'être apte à remplir aucune fonction. Les naturalistes donnent le nom de Pseudimago à l'Éphémère eucore enveloppée de sa membrane, l'ancien nom ^ Imago des anciens auteurs correspondant à celui d'Insecte parfait.
Les Éphémérides d'Europe ont été étudiés avec talent par M. Pictet. Les espèces pour lesquelles a été réservé le nom d'Éphémères ont les ailes pourvues de nombreuses nervures transversales, l'abdomen muni de trois longs filets. La plus répandue dans notre ^pays, est l'Éphémère commune (Ephemera vulgala), aux ailes tachetées de brun. Sa larve et sa nymphe, comme celles de toutes les espèces voisines,, sont longues, cylindriques, avec des mandibules saillantes, des pattes élargies, tranchantes, qui leur servent à fouir la vase. Ces Insectes creusent des galeries, et s'y blottissent pour se mettre à l'abri des dangers. Leurs branchies, qu'elles ramènent habituellement sur le dos, sont étroites, effilées et garnies de cils. Les plus jolies parmi les larves des Ephémérides sont celles des Cloés. Frêles, délicates, presque diaphanes, pourvues de branchies en lamelles, qu'elles agitent sans cesse avec rapidité, ayant des pattes grêles, des appendices abdominaux larges et frangés, servant de rames, ces petites larves, pleines d'élégance, vivent à découvert, nagent avec facilité, atteignent leur proie et échappent à leurs ennemis par la prestesse de leurs mouvements. Adultes, les Cloés ont des ailes peu
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veinées, seulement deux filets à l'extrémité de l'abdomen; et, chez les mâles, les yeux partagés de telle sorte que chaque œil paraît surmonté d'un autre œil : ce qui a valu à l'espèce la plus commune, un Insecte au thorax fauve et aux ailes transparentes et incolores, le nom de Cloé bioculée (Cloe bioculala).
La grande famille de l'ordre des Névroptères, la famille où les caractères de l'ordre apparaissent au plus haut degré, est celle des Libellulides. Ce sont les Insectes qui, pendant l'été, volent continuellement au bord des rivières et surtout des étangs, et que chacun appelle des Demoiselles; un nom que leur ont valu leur forme élancée, leur allure élégante, leurs fraîches couleurs, leurs ailes de gaze. Ces Insectes ont des ailes presque égales en longueur et prodigieusement réticulées, répondant ainsi de la manière la plus complète à la dénomination de Névroptères; ils ont une grosse tête, de grands yeux, des antennes toutes petites, très-semblables à celles des Ephémères, des tarses de trois articles. Les Libellulides, les attrayantes Demoiselles, sont exclusivement carnassières et d'une férocité sans égale ; dans leur vol rapide, elles atteignent les Mouches, les Papillons, et les déchirent en un instant. Leur bouche est munie de mandibules à dents acérées, constituant de terribles tenailles; de mâchoires fortes, ayant un seul lobe terminé par des pointes aiguës ; d'une lèvre inférieure extrêmement large, avec des palpes courts et épais. Contre de tels armes, la plupart des Insectes ne peuvent opposer qu'une vaine résistance. Ces Névroptères portent des appendices à l'extrémité de leur abdomen, et chez les mâles ces appendices forment une véritable pince. Le mâle à la poursuite d'une femelle la saisit par le cou avec cet instrument, et la traîne ainsi captive jusqu'à ce qu'elle cède à ses désirs. Les femelles fécondées laissent tomber leurs œufs dans l'eau, sans prendre aucune précaution spéciale. Comme les Perles, comme les Ephémères, les Libellulides ont des métamorphoses incomplètes; ces Insectes, les plus aériens à l'état adulte, sont, dans leur état de
LES NÉVKOPTÈRES. 597
larves ou de nymphes, des Insectes aquatiques se traînant dans la vase. Bien curieuses par leur genre de vie et par leur conformation sont les larves et les nymphes des Lihellulides. Elles ont le corps plus massif, la tète plus aplatie, les yeux moins grands et plus écartés que les adultes. Non moins carnassières, elles sont lentes dans leur marche, et c'est à peine si elles ont l'instinct de s'embusquer. Malgré tout, elles n'éprouvent aucune difficulté à saisir des Insectes assez agiles; larves et nymphes possèdent dans leur lèvre inférieure le plus singulier instrument. Cette lèvre, extrêmement longue, a des palpes formant une pince; articulée sur le menton, qui est lui-même très-long, elle présente un coude, et pendant le repos se rabat sous le thorax. La larve de la Libellule est presque immobile; une proie passe à une certaine distance devant elle, soudain sa lèvre se détend comme un ressort, et l'animal qui semblait hors de portée est saisi par la pince. Les larves et les nymphes des Lihellulides, absolument dépourvues de tout organe analogue à des branchies, ont un mode de respiration unique : elles respirent par l'anus. L'animal écarte les appendices qui terminent son abdomen, et fait entrer à de courts intervalles une masse d'eau assez considérable dans son gros intestin. Sur ce gros intestin se ramifient une multitude de trachées qui s'emparent de l'air dissous dans l'eau. La faculté dont jouissent les larves des Lihellulides de faire entrer de l'eau dans leur gros intestin, pour leur respiration, leur procure un avantage. Ces Insectes, marchant avec lenteur, se dérobent en un clin d'oeil à l'ennemi qui les menace, en expulsant violemment l'eau contenue dans leur rectum. Cette expulsion les projette en avant avec une vigueur extrême.
Sur le point de subir son dernier changement la nymphe de Lihellulides sort de l'eau et s'accroche sur les plantes; sa peau se dessèche, se fend, et se montre l'Insecte ailé.
La famille des Lihellulides renferme une multitude d'espèces disséminées par le monde, dont les caractères ont été déjà très-
étudiés par MM. Rambur, Burmeister, de Selys-Longchanips, Hagen, etc. On reconnaît trois types principaux dans cette famille, les Libellulines, les J^schnines, les Agrionines.
Chez les Libellules, le corps est assez large et les palpes de la lèvre n'ont que deux articles; les larves ont le corps trèsramassé. Nous en avons une espèce bien commune au bord des eaux pendant l'été, c'est la Libellule déprimée (Libellula depressa), le mâle ayant le corps bleuâtre en dessus, la femelle toute fauve. Chez les yËscbnes, le corps est robuste et arrondi, les palpes de la lèvre ont trois articles. On y distingue deux types : ceux dont les yeux énormes sont contigus sur la ligne médiane (JÈschnites), et ceux dont les yeux sont écartés (Gomphiles). L'/Eschne tachetée (Mschna maculalissima), noire, avec des bandes et des taches jaunes, est l'une de nos belles Libellulides. Sa larve et sa nymphe sont d'un vert sombre nuancé de brun. Chez les Agrions, le corps est grêle, l'abdomen cylindrique comme une baguette, et les palpes de la lèvre de trois articles. On a réservé le nom d'Agrion pour nos plus mignonnes Libellulides, au corps d'un bleu gris de perle (Agrion puella, etc.), et l'on en a distingué, sous le nom de Caloptéryx, les espèces les plus grandes. Tout le monde remarque cette charmante espèce, l'Agrion vierge [Caloptéryx virgo), le mâle d'un bleu métallique, avec une large bande bleu verdàtre sur les ailes, la femelle d'un vert brillant.
A considérer certains représentants de la famille des Myrméléonides, on croirait volontiers avoir sous les yeux des Insectes peu différents des Libellules. Il y a, eu effet, des rapports assez intimes entre les Myrméléonides et les Libellulides à l'état adulte; néanmoins, dans les conditions d'existence des larves, dans les métamorphoses, les différences sont des plus considérables. Les Myrméléonides vivent à terre dans leurs premiers états; ils subissent des métamorphoses complètes : leurs larves, courtes, élargies, toujours carnassières, ne rappelant en rien les formes des
LES NÉVROPÏÈRES. 599
adultes, se construisent pour la plupart un cocon, et se transforment en une nymphe immobile.
Adultes, les Myrméléonides ont des ailes moins réticulées que les Libellulides, des yeux plus petits, des antennes multiarticulées, des tarses de cinq articles. Leurs mandibules sont aiguës; leurs mâchoires et leur lèvre, assez étroites, portent de longs palpes. 11 y a des types assez variés dans cette famille.
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Les Myrméléonines ont les antennes renflées vers le bout. Chez les Myrméléons, que l'on nomme vulgairement les Fourmilions, ces appendices sont très-courts. Le type du genre, le Fourmilion commun (Myrmeleon formicarium), est un Insecte qui intéresse à raison des habitudes et des ruses de sa larve. Dans les endroits sablonneux, sur les monticules bien exposés au soleil, il est ordinaire d'apercevoir de petites cavités en forme d'entonnoirs. C'est l'ouvrage des Fourmilions, Insectes d'un gris
rosé un peu sale, ayant sur les côtés de petits bouquets de poils noirs, les pattes antérieures et intermédiaires dirigées en avant, les postérieures plus robustes, peu mobiles et serrées en arrière contre le corps. Ces larves ne peuvent marcher qu'à reculons: en s'enfonçant dans le sable, elles décrivent des tours qui diminuent graduellement; se servant de leur tête large et plate connue d'une pelle, elles lancent le sable au loin, et forment ainsi un entonnoir. Le travail achevé, le Fourmilion, enfoncé dans le sable, ne laisse paraître que deux longues mandibules. L'endroit où il s'est établi est fréquenté par des Fourmis et d'autres Insectes. La Fourmi qui passe au bord de la cavité trébuche, sur le sable mouvant; elle fait des efforts pour ne pas tomber dans le précipice, mais notre larve lui lance des pelletées de sable et la fait rouler ainsi jusqu'au fond ; la saisissant alors entre les extrémités de ses mandibules, elle la suce : ses mandibules sont perforées et propres à la succion. C'est une des particularités remarquables de l'organisation des larves de Myrméléonides. Au terme de sa croissance, le Fourmilion s'emprisonne dans une petite coque soyeuse parfaitement ronde; mais la soie produite par une filière située à l'extrémité du corps n'étant pas abondante, il en fortifie les parois avec des grains de sable. Les adultes, d'un gris sombre, avec des taches jaunâtres, ont de grandes ailes transparentes, ornées de quelques petites marques noires.
Dans les régions chaudes du globe, on rencontre de grands Myrméléons (genre Palpares), dont les ailes, larges, sont tachetées de brun et de noir. Une espèce de Provence, le Myrméléon libelluloïde (Palpares libelluloides) , en est le type. Sa larve se cache dans le sable, mais ne fait pas d'entonnoir.
Des Névroptères d'un petit groupe (Ascalaphi(es), de la tribu des Myrméléonines, sont de charmants Insectes qui affectent un peu l'apparence des Lépidoptères. Los Ascalaphes ont de longues antennes terminées par un large bouton, comme celles des Argynnes; des ailes joliment nuancées, le plus souvent d'un
LES NKVROPTfiRKS.
jaune vif avec des dessins noirs. Plusieurs de ces Insectes habitent l'Europe méridionale; leurs larves paraissent avoir une assez
di-.r\Mor.i'iiosF.s du myrmi.u.ux i.ibei.i.ui.oiih: (Talparcs libelluloides .)
grande ressemblance avec celles des Myrméléons, mais jusqu'ici nous connaissons peu leur histoire.
Un autre type (Némopiériles) appelle l'attention par des formes tout à fait élégantes. Les Némoptères. Insectes des cou-
trées que baigne la Méditerranée, ont des antennes minces, mais ils sont surtout remarquables par leurs ailes postérieures toutes longues, tout étroites, un peu élargies à l'extrémité à la manière d'une spatule. Le Némoptère coa (Nemoptera coa),
US
LE NÉMOPTÈRE COA ET l'ASCALAPHE LONGICOBNE {Nemoptera coa et Ascalaphus lowjkornis).
avec ses ailes jaune-soufre, tachetées de noir et comme gaufrées, est une des ravissantes créatures du monde ailé.
Les Hémérobiines, Insectes délicats, Myrméléonides réduits à de minimes proportions, portent de longues antennes minces et des ailes larges bien veinées. Sur les arbustes des jardins,
LES NÉVROPTÈRES.
Rosiers, Sureaux, etc., vous voyez souvent posés sur le feuillage des Névroptères que leur corps d'un vert tendre, les nervures de leurs ailes de la même nuance, et surtout leurs yeux saillants qui
MÉTAMORPHOSES DE LA PANOEPE COMMUNE (Panorpa commuais).
ont l'éclat de l'or, signalent à l'attention. Ou les appelle, de leur nom vulgaire, les Demoiselles terrestres, de leur nom scientifique, les Hémérobes. Insectes destinés à courir sur les plantes, ils ont
entre les crochets des tarses une petite pelote propre à assurer leur marche. Sans doute, comme moyen de défense, ils exhalent une odeur stercoraire très-pénétrante, qui contraste avec leur apparence délicate et élégante. Les Hémérobes attachent leurs œufs aux feuilles des arbustes par de longs et minces pédicules formés par la matière qui les enduit. A voir des groupes de ces petits corps ovalaires portés sur des tiges, on croirait à des plantes cryptogames, et l'on y a cru autrefois. Les larves, avec une forme plus svelte, ressemblant à celles des Fourmilions, se dispersent sur le feuillage, où elles font la chasse aux Pucerons. Après le lion des Fourmis, nous trouvons ici les lions des Pucerons. Au terme de leur croissance, ces larves filent une petite coque de soie pure, toute blanche et toute ronde, qu'elles attachent aux feuilles; la transformation en nymphe a lieu; deux semaines plus tard sortent les adultes.
Les Panorpides, aisément reconnaissables , dans leur forme adulte, à une tète prolongée en avant et figurant un long museau, ont les ailes assez étroites et les antennes effilées. Nous avons en Europe la Panorpe commune- (Panorpa communis), la Mouche Scorpion de Geoffroy, qui recherche les endroits humides. Ses ailes diaphanes sont élégamment tachetées de brun. Le mâle porte à l'extrémité de son abdomen une sorte de pince qui lui permet de retenir sa femelle dans les airs; les appendices abdominaux, simples chez une foule d'Insectes, se convertissent parfois en instruments très-spéciaux. La Panorpe femelle peut distendre ses derniers anneaux et faire saillir un long oviducte : c'est < pi' elle doit pondre ses œufs dans la terre humide et à une certaine profondeur. Les transformations de la Panorpe commune ont été bien observées par un naturaliste de Vienne, M. Briiuer ; mais depuis longtemps nous avions été mis en possession de la larve de cet Insecte par un amateur, M. Vaudouer (de Nantes). qui charma sa vie à voir de ses yeux ce que lui apprenaient les mémoires de Réaumur.
LES NÉYKOPTKHES.
Los larves des Panorpes, de forme presque cylindrique, avec de petites pattes thoraciques, et aux anneaux de l'abdomen, des