‹ Métamorphoses mours et instincts des insectesChapitre 53 sur 61 · METAMORPHOSES DU SEMBI.IS DE LA BOUE · texte numérisé non relu

METAMORPHOSES DU SEMBI.IS DE LA BOUE

tubercules servant à la marche, des poils rares, une teinte d'un gris rougeàtre, vivent dans la terre humide, à une profondeur de 2 ou 3 centimètres, se creusant des galeries et se nour-

rissant de débris organiques. Elles s'établissent dans une loge

pour leur transformation en nympbes.

La famille des Semblides a peu de représentants en Europe. Ce sont encore des Névroptères à métamorphoses complètes. Leurs ailes ont les nervures transversales peu nombreuses, leur prothorax est plus ou moins long, leurs antennes ressemblent à de longues soies. Le type du genre Semblis, caractérisé par des mandibules très-courtes, le Semblis de la boue (Semblis Maria), est un Insecte aux ailes enfumées qui a été bien étudié dans ses métamorphoses par M. Pictet. On le voit fréquemment au bord des mares, où il dépose ses œufs par plaques sur les tiges des plantes. Les larves du Semblis, qui portent de chaque côté de l'abdomen de petits appendices respiratoires articulés, se tiennent dans la vase, où elles chassent des Insectes. Bien différentes des autres larves aquatiques de Névroptères, elles sortent de l'eau quand approche le temps de leur métamorphose, et vont se former dans la terre humide une loge dans laquelle elles subissent leur transformation en nymphe.

Eu Amérique, il existe de grauds Semblides pourvus d'énormes mandibules arquées, les Corydales : MM. Leidy et Ilaldeman ont observé les premiers états d'une espèce de la Caroline.

Une dernière division de l'ordre des Névroptères, la famille des Phkvganides, s'isole très-manifestement de tous les autres types. Les Phrygauides, Insectes à métamorphoses complètes, de même que les précédents, offrent quelques affinités avec les Lépidoptères. Leurs ailes, sans réticulation transversale, portent de petits poils implantés à la manière des écailles des Papillons; les pièces de la bouche sont molles, rudimentaires, impropres à tout usage ; leurs antennes, assez épaisses, sont longues et terminées eu pointe; leurs pattes sont grandes, avec les jambes garnies d'épiues et les tarses composés de cinq articles. Les Phrygauides, très-nombreuses en espèces sous les climats tempérés, ont généralement une teinte grisâtre, brune ou jaunâtre. Ces

LES NÉVROPTÊRES. 607

Insectes volent le soir, clans les marécages, au bord des étangs, au bord des rivières. Les femelles laissent tomber leurs œufs dans l'eau, et ces œufs étant toujours enveloppés d'une sorte de gelée

METAMORPHOSES DES rURYGANES {Phryganea flavicomis, Ph. rhombica, Ph. l'usca).

transparente, les paquets s'attachent aux pierres et aux plantes aquatiques. Les Phryganides sont surtout intéressantes dans la première condition de leur existence. Larves très-carnassières,

avec des téguments mous, elles se fabriquent des étuis, des fourreaux avec des corps étrangers réunis par un peu de suie, à la manière de certaines chenilles, telles que les Psychés et diverses espèces de Tinéines. Comme ces dernières, elles portent leur abri, ne sortant que la partie antérieure de leur corps. Un danger les meuace-t-il, au plus vite elles rentrent tout à fait dans leur fourreau. Chaque espèce travaille à sa façon et nu mire une prédilection très-marquée pour des matériaux déterminés. Il est des larves de Pbryganides qui confectionnent leurs tuyaux invariablement avec des graviers, d'autres avec de petites coquilles, d'autres toujours avec des bûchettes, d'autres avec des fétus ou des brins d'herbe, de sorte que l'inspection d'un fourreau permet de reconnaître par quelle espèce il a été construit. Quelques-unes se logent dans des abris fixes (Hydropsychés).

Les larves de Pbryganides, vivant constamment dans l'eau, portent sur les côtés de l'abdomen des filaments propres à la respiration aquatique ; elles ont une tête écailleuse, les anneaux thoraciques revêtus de plaques de consistance coriace, des pattes I rès-longues, un abdomen à peau molle, terminé par deux crochets servant à l'animal à retenir sa demeure portative. Au terme de leur croissance, ces Insectes fixent leur fourreau contre un corps quelconque, le ferment hermétiquement, et se transforment en nymphes. Celles-ci ont le même mode de respiration que les larves. Aujourd'hui, on connaît un grand nombre d'espèces de Pbryganides, c'est à M. Pictet que l'on doit la plus belle étude des caractères et des métamorphoses de ces curieux Névroptères.

Parmi nos espèces les plus communes, nous citerons la Phrygane à antennes fauves (Pli. flavicornis) , qui, à l'état de larve, construit son fourreau avec de grosses bûchettes; la Phrygatie rhombifère (Ph. rhombica), qui choisit de petits brins de plantes aquatiques; la Phrygane brune (Ph. fusca), qui fabrique un tuyau central avec de petits graviers, y ajoutant à l'extérieur des fétus d'une longueur surprenante.

Enoncer ce fait, que dans l'ordre des Hémiptères, on réunit les Punaises, Punaises de bois et Punaises domestiques, les Cigales, les Pucerons, les Cochenilles, c'est donner à chacun une première notion de l'ensemble de cette grande division de la classe des Insectes. Chez les Hémiptères, les ailes, au nombre de deux paires, sout membraneuses, avec des nervures en baguettes plus ou moins ramifiées, mais sans réticulation transversale. Chez un grand nombre, ces organes ont la même consistance dans toute leur étendue, tandis que chez les autres, ceux de la première paire sont en quelque sorte partagés en deux moitiés de consistance fort inégale : la portion basilaire est coriace, l'autre portion membraneuse, ce qui a inspiré le nom d'Hémiptères (^.«ruç, demi; nxepa, ailes). L'appareil buccal est très- caractéristique; les Hémiptères sont les Insectes suceurs par excellence. Leur labre est une pièce étroite et aiguë; leurs mandibules, de véritables

stylets, minces et acérés; leurs mâchoires, d'autres stylets où l'on retrouve à peine le vestige d'un palpe, et la lèvre inférieure, ordinairement divisée en plusieurs articles, une gaine qui, dans l'état de repos, renferme les autres pièces buccales. Il y a ici un exemple remarquable des merveilleux procédés de la nature pour atteindre un but, pour adapter des organes à différents usages, en apportant les plus légères modifleations possibles. Les mandibules et les mâchoires ayant été rendues très-grêles, un étui capable de les empêcher de s'écarter, et, en s'écartant, de fonctionner comme suçoir, leur était indispensable; par une simple modification de la lèvre, tous les avantages désirables sont obtenus. Le suçoir, toujours replié dans l'état de repos sous la tête et le thorax, de façon à ne pas gêner les mouvements de l'animal, est plus ou moins long, suivant les conditions dans lesquelles l'Insecte doit puiser sa nourriture.

Parmi ces Insectes, les uns sucent le sang de l'Homme et des Animaux; les autres, infiniment plus nombreux, sucent la sève des végétaux. Toujours pourvus de glandes salivaires extrêmement volumineuses, ils versent dans la plaie occasionnée par la piqûre une certaine quantité du produit de ces organes, ce qui détermine sur l'Homme et les Animaux une vive irritation locale, sur les végétaux un afflux de sève.

Les Hémiptères n'ont pas de véritables métamorphoses ; de même que les Othoptères, ils naissent avec des formes peu différentes de celles des adultes. Les larves subissent plusieurs changements de peau, et deviennent nymphes après avoir acquis des rudiments d'ailes, pour passer à l'état adulte en subissant une dernière mue. Les œufs de ces Insectes sont souvent très-jolis; diversement cannelés ou ciselés, selon les espèces, ils affectent la forme de petits barillets avec une sorte de couvercle. Ceux des espèces phytophages sont déposés par plaques sur les feuilles ou les tiges.

A raison de la texture des ailes et du mode d'insertion du

LES HÉMIPTÈRES. cil

suçoir, plusieurs auteurs ont vu deux types d'ordres parmi les Hémiptères; cependant tous ces Insectes étant liés par les affinités naturelles les plus évidentes, l'expression de leurs relations demeure infiniment préférable, si l'ou conserve dans son ensemble l'ordre des Hémiptères, en le partageant en deux sections : les Hétéroptères, où les ailes, coriaces dans leur moitié antérieure, sont transparentes dans le reste de leur étendue, où le suçoir naît de la partie inférieure de la tête ; les Homoptères, où les ailes sont entièrement membraneuses, où le suçoir naît de la région frontale.

Dans la section des Hétéroptères, nous reconnaîtrons quatre familles : les Scutellérides, les Lygéides, les Réduviides et les Népides; quatre également dans la section des Homoptères : les Cicadides, les Fulgorides, les Aphidides et les Coccides.

Les Scutellérides sont les Insectes auxquels s'applique particulièrement le nom de Punaises de bois. Ayant le corps court et large, ils se font surtout remarquer par l'énorme dimension de leur écusson. On distingue deux types principaux : les Scutellérites, chez lesquels l'écusson couvre tout le corps en arrière du prothorax, et les Pentatomites, dont l'écusson triangulaire n'en couvre qu'une partie.

h Les premiers ont peu de représentants dans notre pays; ceux qui composent le genre Tetyra (Tetyra maura et T. hotlentota), Insectes d'un gris ou brun terne, sont parfois nuisibles aux céréales. Les espèces de l'Inde, des Philippines, des Moluques, etc., sont parées de couleurs métalliques ou de vives nuances.

Parmi les Pentatomites les plus communs, nous avons le Peutatome gris (Pentatoma grisea), que l'on rencontre en groupes plus ou moins nombreux sur une infinité de plantes basses, que l'on voit aussi grimpant après les murailles; puis le Pentatome orné ou le Pentatome du Chou (P. ornala), de taille un peu moindre, offrant sur tout son corps un mélange de noir et de rouge. Des centaines d'individus se trouvant parfois ras-

d\-2 LES METAMORPHOSES DES INSECTES.

semblés sur les Choux et les tiges d'autres Crucifères, deviennent fort nuisibles. L'odeur caractéristique de Punaise est trèsprononcée chez ces Hémiptères.

.VJKl AUOIU'IJOSIiS bV l'ENTATOME GUI: ( Pentatoma gm-ei!).

Les Lygeides ont une forme assez élancée et un écusson toujours assez petit. Ils offrent trois types principaux : les Lygéines, aux antennes insérées au-dessous des yeux, avec le, dernier article

eu fuseau; les Mirines, distincts par le dernier article des antennes très-grêle, et les Coréines, qui ont les antennes insérées sur la même ligne que les yeux, et les tarses pourvus entre leurs crochets de deux lamelles qui n'existent pas chez les précédents. Parmi les Lygéines, il y a une espèce devenue le type du genre

l'astemme aptère [Astemma aptera).

Astemme (A. aptera), caractérisé par l'absence d'ocelles, que l'on rencontre à chaque pas pendant l'été, dans les jardins comme dans la campagne; un Insecte noir et rouge, qui court à terre par les chemins et les avenues. Cet Hémiptère offre une intéressante particularité : ses ailes sont d'ordinaire imparfaitement développées, leur partie membraneuse demeure rudimentaire. Ouelquefois, cependant, il arrive au même degré de perfection

que les autres Lygéines; nous en représentons un individu chez lequel les ailes sont complètes.

Les vrais Lygées ont des ocelles sur le front. En général, ils sont de couleur noire et rouge, ou d'une teinte plombée avec des espaces rouges rehaussés par des taches noires. Ces Insectes se tiennent habituellement en groupes, serrés les uns contre les autres sur les tiges des plantes (Lyyeus mililaris, L. equeslris, etc.).

Les Mirines, c'est la foule des Hémiptères les plus mignons, les plus élégants, les plus joliment peints de fraîches nuances, que l'on puisse imaginer. Les Miris et les Phytocoris voltigent et courent avec une étonnante prestesse sur tous les végétaux.

Les Coréines vivent sur les plantes comme les Lygéines, mais en demeurant d'ordinaire plus isolés. Le type du genre Corée est d'un brun uniforme, et comme son abdomen élargi déborde sur les côtés, on l'appelle le Corée bordé (Coreus marginalus). Jeune, ses antennes paraissent énormes, et les dilatations de son abdomen, un peu festonnées et relevées, donnent à l'Insecte une physionomie assez étrange.

Les Réduviides constituent une grande famille, où l'on compte plusieurs formes nettement caractérisées. Ces Hémiptères se reconnaissent à leur tête rétrécie en arrière, de façon à figurer une sorte de cou, et à leurs yeux globuleux très-saillants. La plupart des Réduviides sucent le sang des Animaux et même celui de l'Homme ; mais il en est de phytophages, qui, par l'ensemble de leur organisation, s'éloignent médiocrement des espèces carnassières. Nous distinguons dans cette famille : les Aradines, ayant une tête avancée, presque pointue; les Réduviines, dont la tête, petite proportionnellement au volume du corps, est très-rétrécie en arrière; les Hydrométrines, ayant seulement deux articles aux tarses, tandis qu'il y en a trois dans les autres divisions ; les Saldines, dont la tête, à peine rétrécie en arrière, porte de gros yeux très-proéminents.

Parmi les Aradines, nous avons les Tingis, tout petits Insectes

des plus charmants ; leur corselet a des expansions latérales, et ces expansions, de même cjue les élytres, sont admirablement réticulées : à la loupe, on croirait voir les plus jolies ciselures,

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MÉTAMORPHOSES DO CORÉE BORDÉ (Coreus marginalus).

les plus délicates broderies. Ces Hémiptères, ayant une nourriture végétale, deviennent parfois très-nuisibles dans les localités où ils se multiplient. C'est ainsi que le Tingis du Poirier (Tingis

Piri) cause souvent de graves préjudices daus les vergers. Les Arades, au corps aplati, aux antennes épaisses, vivent sous les écorces, où ils sucent d'autres Insectes. Le nom de Punaises (Cimex), qui s'appliquait pour les anciens auteurs à presque tous les Hémiptères hétéroptères, a été réservé aux espèces dont le corps est ovalaire, la tète peu rétrécie en arrière, les antennes minces vers le bout. Le type est connu de tout le inonde, c'est la Punaise des lits [Cimex leclularius) . Cet Insecte se nourrit exclusivement du sang de l'Homme. Qui ne connaît ses habitudes? Pendant le jour il se tient caché sous les tentures, dans les fissures des murailles, dans d'étroits interstices ; il sort la nuit pour chercher ses victimes, déployant un instinct surprenant. Des personnes éloignent leur lit des murailles, dans l'idée de se mettre à l'abri de visites trop intimes; les Punaises montent au plafond, et parvenues au-dessus des dormeurs, elles se laissent tomber : leur but est atteint. Elles déposent leurs œufs dans les endroits un peu cachés; les jeunes croissent avec plus ou moins de rapidité, suivant que les circonstances leur sont plus ou moins favorables. Ces Insectes n'ont que des rudiments d'ailes; adultes, ils représentent donc l'état de nymphe des autres Hémiptères : c'est ce qui est attesté par le nombre de leurs mues. On suppose que la Punaise des lits a été importée d'Amérique, et l'on assure qu'elle n'avait pas été vue en Angleterre avant le xvn0 siècle ;'à cet égard, la certitude est impossible à obtenir. On a décrit deux ou trois autres espèces de Punaises ; l'une d'elles se trouve dans les pigeonniers.

Les Réduviines, aux formes sveltes, ont beaucoup de représentants dans les régions chaudes du monde, mais peu d'espèces en Europe. Nous avons un Réduve assez singulier, qui vit dans les maisons malpropres: le Réduve masqué (Reduvius personatus). A l'état de larve ou de nymphe, cet Insecte, en effet, est toujours masqué ; il se tient dans la poussière ; il en couvre son corps avec des filaments de toute sorte, et dissimule ainsi sa présence, tant

qu'il demeure immobile. Il suce les Punaises des lits. Adulte, son masque est tombé ; il vole dans les campagnes, et revient daus les habitations pour y pondre. Sa piqûre est extrêmement douloureuse.

Les Hydroniétrines sout les Réduves aquatiques. Sur les eaux stagnantes, on aperçoit fréquemment, pendant l'été, un Insecte

METAMORPHOSES DU REDUVE MASQUE ( Reduvius personatm).

tout effilé, avec de longues pattes grêles, qui semble mesurer l'espace : c'est l'Hydromètre des étangs (Hydrometra stagnorum). Les Gerris, dont le corps est plus épais et les pattes de devant assez courtes, se promènent sur l'eau de la même façon, et l'on a recueilli dans les mers équatoriales des espèces au corps trèsramassé, les Halobates, marchant sur les vagues avec la même facilité. Ces Insectes ont le corps garni en dessous d'une pubes-

fi18 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.

cence très-serrée, qui retient une mince couche d'air; il ne leur en faut pas davantage pour marcher sur les eaux avec une parfaite sécurité.

Les Népides, ou les Punaises d'eau, carnassiers comme les Réduves, se distinguent par leurs antennes très-courtes, cachées dans des cavités au-dessous des yeux, et par deux tiges à l'abdomen, constituant un siphon respiratoire. Nous en avons de plusieurs groupes. U y a les Népines, pourvus de pattes grêles, les antérieures ravisseuses, la jambe se repliant sous la cuisse comme chez les Mantides. C'est à l'aide de ces instruments que les Népines saisissent leur proie. Ces Insectes déposent leurs œufs par plaques sur les plantes aquatiques ou sur les pierres, et plusieurs d'entre eux les portent sur leur dos. Les Ranatres ont le corps long et mince et de très-grandes pattes; les Nèpes, le corps assez large et tout plat. Les Bélostomes, les géants de l'ordre des Hémiptères, sont particuliers aux contrées les plus chaudes du monde. On en a découvert une espèce en Algérie.

Les Notonectines sont les vrais nageurs de la famille des Népides; ils ont une grosse tète, des pattes antérieures courtes, des pattes postérieures en longues rames. On distingue les Corises, ayant des tarses antérieurs d'un seul article, qui nagent sur le ventre, et les Notonectes, ayant des tarses de deux articles et un corps très-convexe, qui nagent sur le dos. On les a nommés quelquefois les Punaises à avirons. Les Corises et Notonectes attachent leurs œufs sur les plantes aquatiques. Dans les lacs du Mexique, et particulièrement dans le lac Tezcuco, abondent une espèce de Notonecte et une espèce de Corise, et à une époque de l'année les habitants du voisinage fauchent les herbes chargées des œufs de ces Insectes. Les œufs, détachés, sont convertis ensuite en une sorte de farine dont on fabrique des galettes ou du pain que l'on appelle, dans le pays, du nom de haulle, et que l'on vend sur les marchés de Mexico. Ce pain, assurent des voyageurs, n'est pas désagréable à manger, malgré une saveur de poisson assez

prononcée. L'usage de cet aliment existait parmi les anciens Aztèques, il s'est transmis chez les nouveaux habitants du Mexique. Sans transition bien manifeste on passe des Hémiptères hétéroptères aux Homoptères. Les Cicadides constituent une famille des mieux circonscrites et des mieux caractérisées. Elles diffèrent

Le Ranalie ]iii<j:iire Rancira liiitiu-h). — La Nèpc ceniltÏT, Le Notonecte glauque (Nolonecla t]la

adulk .Yt-jifl ciitcreu).

entre elles si médiocrement, qu'on pourrait dire qu'elles appartiennent toutes au même genre : le genre Cigale (Cicada). Dans l'Europe méridionale, les Cigales, célèbres depuis l'antiquité, sont connues de tout le monde. Dans le centre et dans le nord de l'Europe, elles n'existent pas, et le vulgaire donne volontiers leur nom à des Insectes d'un autre ordre, comme les Sauterelles. Les Cigales, dont la taille est généralement grande, ont un gros corps.

de petites antennes de trois articles terminées par une soie grêle, des ocelles très-apparents, de gros yeux, des tarses de trois articles, et ce qui est bien plus frappant, de grandes plaques sous l'abdomen des mâles, recouvrant un appareil musical.

L'appareil du chant des Cigales est en effet fort remarquable ; il n'existe rien d'analogue ailleurs. C'est un appareil situé à la base de l'abdomen, qui consiste en deux cavités, recouvertes chacune séparément par une sorte de volet susceptible de se soulever et de s'abaisser. A l'intérieur, les deux loges, séparées par une cloison, offrent en avant une membrane molle; en arrière, une membrane mince, tendue, que l'on nomme le miroir; de chaque côté, une membrane plissée, appelée la timbale, adhérente à une pièce triangulaire de consistance solide. Des muscles puissants attachés à cette pièce mettent les timbales en vibration. Le son se produit dans la cavité, et résonne avec plus ou moins de force, suivant que les volets s'élèvent ou s'abaissent. Les Cigales femelles sont muettes; elles ont un appareil musical rudimentaire. Le chant des Cigales, rauque, désagréable, plaisait beaucoup aux Grecs, si l'on en croit leurs écrivains, et surtout leurs poètes. Dans la patrie d'Homère et de Platon, des amateurs prenaient plaisir à conserver de ces Insectes en cage, ainsi qu'on le fait encore aujourd'hui en Chine. La vie des Cigales offre un médiocre intérêt : quand on chante, on ne travaille pas. Cependant il est curieux de voir les femelles opérer le dépôt de leurs œufs. Pourvues d'une sorte de scie, elles agissent à peu près à la façon des Tenthrédides : sur les troncs ou les branches, à l'aide de leur tarière, elles pratiquent des entailles et mettent un œuf dans chaque fente. La tarière, en effet, se compose de deux valves et de deux stylets dentelés extérieurement, unis à une pièce médiane aiguë. Les métamorphoses des Cigales, un peu plus considérables que celles des autres Hémiptères, sont analogues à celles des Libellulides. Les larves, à peine nées, descendent au pied de l'arbre et s'en-

MÉTAMORPHOSES DE LA CIGALE DU FRÊNE O (CicadaF ).

foncent dans la terre pour sucer les racines. Elles ont une forme un peu différente de celle des adultes ; des pattes épineuses, avec les cuisses très-renflées, sont les instruments qui leur permettent de fouir dans la terre. A un moment, les nymphes sortent de terre et s'accrochent au tronc, ou aux plantes du voisinage. Après un temps d'immobilité assez court, leur peau, qui s'est desséchée, se fend sur le dos, et l'Insecte parfait, quittant cette dépouille, grimpe sur les arbres.

Dans nos départements méridionaux, sur les Frênes et les Oliviers, on trouve la Cigale du Frènë (Cicada Fraxini) et la Cigale de YOvne^Cicada Orni). Ces deux espèces ont été piises quelquefois dans la forêt de Fontainebleau. Nos Cigales indigènes ont des ailes transparentes, incolores; mais, parmi les espèces de l'Inde, des îles de la Sonde et de l'Afrique australe, il en est dont les ailes sont magnifiquement colorées.

C'est une immense famille par le nombre que celle des Fulgorides. Les espèces, assez peu nombreuses en Europe, existent en foule dans les l'égions chaudes du monde. Insectes très-jolis en général, par leurs couleurs vives et infiniment variées, on ne saurait jamais les confondre avec les Cicadides, car ils ne possèdent point d'appareil musical. Cette famille a plusieurs types bien caractérisés. Les Fulgorines ont les antennes insérées dans des fossettes au-dessous des yeux. Chez les vrais Fulgores, Insectes de grande taille, le front est prolongé en une sorte de vessie fort longue et aussi large que la tête. Dans la nuit, cette partie s'illumine d'une vive clarté. A la Guyane et au Brésil, le voyageur qui s'est emparé d'un Fulgore porte-lanterne se réjouit à la vue de la maguifique lueur qu'il répand. Madame Sibylle de Mérian a raconté comment, une belle nuit, elle avait été effrayée en ouvrant une boîte où plusieurs Porte-lanterne avaient été logés pendant le jour; elle ne s'attendait pas à voir une illumination. ^

D'autres Fulgores (genre Pyrops) ont le front prolongé en

une sorte de tube. A la Chine, vit le Fulgore porte-chandelle (Pyrops candelaria), qui est d'un jaune fauve avec les ailes ornées de bandes verdâtres tachetées de noir.

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