LE LÉPISUE DU SUCRE LE PODURE PLOMBÉ
{Lepisma saccharina). [Poivra plumbea).
de l'œuf à l'état adulte. Leur corps porte à son extrémité, soit un long appendice habituellement replié sous le ventre, soit de longs filets plus ou moins ciliés qui rappellent beaucoup les filets des Ephémères. L'appareil buccal des Thysanures, composé de pièces libres, mais faibles, affecte une ressemblance manifeste avec celui de certains Névroptères. Les Thysanures, et surtout les représentants d'une famille de cet ordre, ont des rapports frappants avec des Névroptères, et en particulier avec les Éphémérides. Malgré
tout, quand on compare rigoureusement ces Insectes dans leur conformation, dans leurs habitudes, dans leurs conditions d'existence, il semble bien difficile de les associer.
Dans l'ordre des Thysanures, il y a deux types bien tranchés, c'est-à-dire deux familles : les Podurides et les Lépismides. Chez les premiers, l'abdomen porte un appendice fourchu propre au saut; chez les autres, de longs filets. Ces Insectes se nourrissent de détritus, de matières en décomposition, molles, plus ou moins fluides. Les Podurides, tous d'une très-petite dimension, 2, 3, 4 millimètres, se rencontrent sous les pierres, au milieu des mousses humides, sous les écorces, sous les feuilles tombées. Les Podures ont les articles des antennes à peu près égaux et le corps oblong; les Smynthures, les derniers articles des antennes très-petits etle corps massif. Les uns et les autres sautent avec une vigueur extrême au moyen de leur appendice caudal. Cette longue tige bifurquée repliée sous l'Insecte, étant fortement contractée, se redresse comme un ressort lorsque cesse la contraction, et l'animal est projeté en l'air à une hauteur considérable. Mécanisme simple, dont certains jouets d'enfants donnent une idée exacte.
Les Lépismides sont de plus grande taille et bien moins nombreux en espèces. On distingue lesLépismes, ayant de petits yeux et seulement trois filets à l'abdomen, et les Machiles, ayant de gros yeux et cinq filets à l'abdomen. Tout le monde connaît le type du genre Lépisme, etle désigne sous le nom de petit Poisson d'argent : c'est le Lépisme du sucre (Lepisma saccharina) . 11 vit dans nos maisons. Sa forme rappelle de loin celle des Poissons,'son vêtement a le brillant du métal, et c'est bien un vêtement, car la couleur d'argent est due à la présence de petites écailles implantées dans le tégument. On assure qu'il est venu d'Amérique avec les caisses ou les barils de cassonade. Peut-être; mais à coup sûr, il ne mange pas notre sucre blanc, ce serait trop dur pour ses petites mandibules et ses faibles mâchoires.
Les Myriapodes, de leur nom vulgaire les Mille-pieds , étaient considérés autrefois comme appartenant à la classe des Insectes. L'étude s'est portée sur la conformation de ces animaux, et alors on les a isolés. Dans nos méthodes naturelles, ils figurent comme une classe particulière. Il suffit d'un rapide examen des caractères de ces êtres pour voir combien cette séparation est justifiée ; il suffit aussi de les connaître dans les premiers temps de leur vie, pour apprécier les rapports qu'ils présentent avec les Insectes, rapports qu'on ne soupçonnerait pas, si l'on s'occupait exclusivement des adultes.
Ce qui caractérise manifestement les Myriapodes, même pour des yeux peu accoutumés à l'observation, c'est l'existence d'une multitude de pattes, toutes à peu près semblables les unes aux autres. Dans le corps de tout Insecte, il y a trois parties toujours bien distinctes, la tète, le thorax et l'abdomen ; chez les Myriapodes, il y a une tête, puis une longue suite d'anneaux portant chacun uue
66ù LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. -
ou deux paires de pattes. Il est Jonc difficile, impossible même, de distinguer chez ces animaux un thorax et un abdomen. Ce qui caractérise surtout les anneaux thoraciques dans les autres classes de l'embranchement des Articulés, c'est la présence des appendices de la locomotion, les pattes; or, dans les Myriapodes, tous les zoonites supportent des pattes, car en vérité, on ne saurait voir un abdomen dans un anneau tuberculiforme sans appendice, qui termine le corps. Les Myriapodes apportent la preuve déjà si bien fournie, du reste, par le développement des Insectes, que tous les anneaux ou zoonites des Animaux annelés sont construits sur un plan uniforme, qu'ils appartiennent à la tête, au thorax ou à l'abdomen. Un exemple frappant de cette vérité nous est offert par le système appendiculaire : les Myriapodes, comme les Insectes, ont leur appareil buccal composé d'un labre, de deux mandibules, de deux mâchoires, d'une lèvre inférieure ou seconde paire de mâchoires, mais à ces pièces s'ajoutent, d'une manière plus ou moins complète, les deux ou trois premières paires de pattes, que Savigny regarde avec raison comme correspondant aux trois paires de pattes thoraciques des Insectes.
L'organisation interne des Myriapodes s'éloigne peu de celle des Insectes. Le système nerveux est formé d'une chaîne ganglionnaire dont les noyaux sont en nombre égal à celui des zoonites. L'appareil respiratoire est un système de trachées, diffus comme celui des Insectes. L'appareil circulatoire et le mode de circulation du sang ne diffèrent de ce qui existe chez, les Insectes que dans les détails. Il y a un cœur, consistant en un vaisseau dorsal divisé en une longue suite de chambres, et de ce cœur naît une aorte qui fournit plusieurs artères, ainsi que l'ont appris de minutieuses recherches de George Newport.
Les ovaires ne sont pas des gaines analogues à celles des Insectes, mais des sacs auxquels se trouvent appendus des loges ovifères.
La marche du développement chez les Myriapodes est d'un haut intérêt. Ces animaux, qui à l'état adulte rappellentles allures de certains Vers marins, les Néréides par exemple, et diffèrent d'uue façon alors si frappante des Insectes, ressemblent à ces derniers dans leur premier âge. Les Myriapodes n'ont d'abord que trois paires de pattes. Le fait fut constaté au siècle dernier
DÉVELOPPEMENT DU IULE TEltltESTRE ( Mus terrestris ).
1 L'embryon au moment de la rupture de l'œuf. —2 et 3. Nouveau-né à la fin du premier jour. — 4. Le jeune, à son neuvième jour. — 5. Au dix-septième jour. — G. Au dix-neuvième jour. — 7. Au vingtième jour. — 8. Au vingt-sixième jour. (Ces figures sont empruntées au mémoire de Newport.)
par de Geer. En 1823, un professeur de Pise, M. Savi, poussa un peu plus loin les investigations-, MM. Brandt, Waga, Gervais, firent de nouvelles observations sur le développement de ces animaux, et en 1841 Newport ajouta beaucoup à ce que l'on connaissait déjà sur ce sujet, par l'étude très-attentive d'une de nos espèces les plus communes.
Comme le remarque ce savant, tandis que, chez les Insectes
66fi LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
arrivant à leur état parfait, s'opère une soudure des anneaux, qui se traduit par une diminution apparente dans leur nombre, chez les Myriapodes, au contraire, le nombre des anneaux du corps ne cesse de s'accroître jusqu'à la fin du développement.
Dans le type observé par Newport (Iule), le jeune qui, au sortir de l'œuf, est recouvert d'une enveloppe, porte une attache à l'extrémité de son corps : il a alors neuf anneaux distincts après la tète. L'accroissement de l'Animal marche rapidement, les anneaux se montrent bientôt avec plus de netteté, et Ton commence à apercevoir les premiers vestiges des pattes. Les anneaux se multiplient, et à un moment l'animal a trois paires de pattes; il continue à s'allonger, de nouveaux anneaux se dessinent, de nouvelles pattes se forment d'avant en arrière, comme les figures en donnent l'idée la plus exacte.
La classe des Myriapodes a été partagée en deux ordres : les Chilognathes, chez lesquels les pièces buccales sont assez faibles, les pattes comtes, attachées par double paire à chacun des anneaux du corps; et les Chilopodes, chez lesquels les pièces de la bouche sont fortes, la seconde paire de mâchoires auxiliaires trèsdéveloppée, les pattes attachées par paire simple à chacun des anneaux du corps.
Les Chilognathes se cachent dans la terre humide, où ils vivent de substances végétales en décomposition ; quelques-uns attaquent aussi les jeunes pousses des plantes. La famille des Iulides est la plus importante de l'ordre. Les Iules sont au nombre des Myriapodes qui méritent le mieux le nom de Mille-pieds; ils n'en ont jamais mille, il est vrai, mais parfois quelques centaines. Ces animaux, ayant le corps fort long et cylindrique, se contournent en spirale et s'échappent en glissant, car leur surface est lisse et luisante. Dans tous les champs, dans les jardins, dès qu'on remue un peu la terre, on découvre le Iule terrestre (Iulits terreslris), qui est d'un noir bleu, avec les bords des anneaux jaunâtres. Dans l'Amérique du Sud, il existe des Iules très-sem-
blables à nos petites espèces indigènes par tous leurs caractères, qui atteignent une très-grande dimension, jusqu'à 3 5 ou 40 centimètres.
Les Glomeris sont des Iulides de forme large, assez raccourcie, ayant la faculté de se contourner en boule quand on les inquiète. De la sorte, n'exposant que les parties tégumentaires
LA SCOLOPENDRE MOHDA> (Scolopendra morsitans).
dorsales, qui sont fort dures, ils protègent leurs appendices et les parties de leur corps les plus vulnérables. Nous en avons quelques espèces dans notre pays, et leur aspect rappelle beaucoup la physionomie des Cloportes.
Les Chilopodes sont des animaux carnassiers, extrêmement agiles. Ils se tiennent sous les pierres, sous les écorces, dans des fissures étroites, où ils pénètrent sans difficulté à la faveur de l'aplatissement de leur corps.
La famille des Scolopendrides est la grande famille de cet ordre; elle comprend essentiellement le genre Scolopendre, où l'on trouve des antennes assez longues, amincies vers le bout, des mâchoires auxiliaires de la seconde paire très-puissantes, portant un robuste crochet perforé. Ces Myriapodes saisissent leur proie à la course, percent leurs victimes avec ces crochets, qui donnent passage à un liquide sali vaire -venimeux. Les Scolopendres sont redoutées dans les contrées du monde où elles sont fréquentes. Il n'existe aucun de ces .Myriapodes dans l'Europe centrale, mais nous en avons une espèce d'assez forte taille en Provence, du reste, très-commune sur toutes les terres voisines de la Méditerranée : c'est la Scolopendre mordante (Scolopendra morsilans), celle du moins à laquelle il convient de conserver ce nom qui a été indifféremment appliqué à une foule d'espèces de tous pays, car les Scolopendres se ressemblent extrêmement entre elles. Plusieurs espèces des pays chauds sont d'une taille énorme.
Dans les parties de l'Europe où il n'existe pas de vraies Scolopendres, ce genre est représenté par une espèce de taille trèsmédiocre, que l'on trouve sous les pierres, et dont on a formé le genre Lithobie. C'est le Lithobie fourchu (Lithobim forftcalus).
Mais notre Myriapode le plus étrange est la Scutigère (Scutigeracoleoplrala), qui a de longues antennes et d'énormes pattes, avec les tarses multiarticulés.
La famille des Géophilides se compose d'espèces ayant le corps extrêmement allongé, mince, délicat, avec une multitude de pattes. Les Géophiles, qui sont très-répandus en Europe, se tiennent habituellement dans la terre ou sous les écorces, faisant la chasse à de petits Insectes. Leur couleur est ordinairement d'un jaune pâle ou d'un jaune roux; ils marchent avec rapidité, et s'échappent en se tortillant comme des Serpents, surtout quand on veut les saisir.
Pour tous les observateurs, les Arachnides comptent au nombre des êtres les plus intéressants du monde animé. Chez les représentants les plus parfaits de cette classe de l'embranchement des Animaux articulés, il y a une richesse d'organisation dans des corps réduits à de minimes proportions, qui est une des plus étonnantes merveilles que les anatomistes aient découvertes. Ces mêmes représentants de la classe des Arachnides, si admirablement organisés, fournissent le spectacle des plus curieux instincts, et souvent d'une intelligence qui se manifeste par les actes les mieux réfléchis. Dans la classe des Arachnides, cependant, le type se dégrade, et chez une foule de petites espèces on ne trouve rien de plus remarquable que chez les Insectes les moins parfaits.
Dans leur ensemble, les Arachnides se distinguent d'une manière assez nette des autres Articulés, bien qu'il existe des différences profondes dans l'organisation des divers types qui composent cette classe; de là une impossibilité de formuler avec
précision une série de caractères convenant à la fois à tous les Arachnides, à l'exclusion de tous les Crustacés et de tous les Insectes.
Ces animaux, qui naissent pour la plupart avec toutes les formes des adultes, n'ont jamais d'ailes. Ils ont la tête et le thorax confondus, de manière à former un tronc antérieur, que les zoologistes désignent sous le nom de céphalothorax ; les pattes ambulatoires, toujours au nombre de quatre paires chez les adultes; les pièces buccales ordinaires, nulles ou rudimentaires, et remplacées par une paire de pattes-mâchoires; des yeux simples dans tous les cas ; des antennes extrêmement variables sous le rapport de leur forme et appropriées à différents usages.
Les Arachnides sont tous conformés pour une respiration aérienne, s'effectuant, soit au moyen d'organes localisés, désignés généralement sous le nom de poumons ou de sacs pulmonaires, soit au moyen d'organes ramifiés dans les différentes parties du corps, c'est-à-dire de trachées plus ou moins semblables à celles des Insectes.
Avec la connaissance des faits que nous avons énoncés touchant l'organisation des Insectes, on parviendra aisément à saisir les rapports qui établissent un lien, entre les Arachnides inférieurs et les Insectes, les particularités qui caractérisent au plus haut degré les Arachnides supérieurs.
Un des traits frappants de la conformation des Arachnides, c'est l'absence très-ordinaire des divisions annulaires. En effet, chez un Arachnide inférieur comme un Acarien, le corps ne présente pas d'anneaux distincts, la tête n'est pas nettement séparée du thorax, le thorax et l'abdomen paraissent se confondre; chez un Arachnide supérieur, une Araignée par exemple, le corps semble n'avoir que deux parties, le céphalothorax et l'abdomen. C'est une union intime des pièces tégumentaires qui s'opère de très-bonne heure. Des séparations annulaires existent chez les embryons des Araignées, ainsi qu'il a été constaté autrefois par Hcrold et Rathke, et récemment par M. Claparède.
Dans quelques types, cependant, les Scorpions par exemple, les annulations persistent dans certaines parties du corps. Le système musculaire, dans les types les plus parfaits, est d'une puissance admirable ; les muscles des appendices de la locomotion se trouvent si heureusement partagés, qu'il en résulte pour l'animal une précision et une sûreté de mouvements qui dépassent ce que l'on voit chez les autres Animaux articulés. Le système nerveux des Arachnides affecte les mêmes dispositions et, selon les groupes, la même diversité de centralisation que chez les Insectes. S'il y a une différence, elle porte seulement sur le système nerveux de la vie organique, et consiste dans des détails dont la description ne saurait trouver ici sa place.
Les appareils de la vie de nutrition des Arachnides ont des caractères qu'il importe de considérer. Le tube digestif se porte presque toujours en droite ligne de l'extrémité antérieure à l'extrémité postérieure du corps. L'estomac offre, chez la plupart des types, des prolongements plus ou moins considérables, des diverliculum dans le langage des anatomistes, qui souvent s'étendent jusqu'à la base des appendices. Curieuse disposition organique ayant pour but de retenir et de faire circuler les matières ingérées, disposition fréquente chez les animaux qui vivent surtout de substances fluides. Les glandes salivaires, au moins chez les Arachnides les plus parfaits, demeurent sans connexion intime avec l'appareil alimentaire, et sont converties en organes vénénifiques s' ouvrant à l'extrémité des antennes, ici détournées des usages qu'on leur trouve dans les autres classes d'Articulés. L'organe hépatique, réduit à de simples canaux chez les Insectes, n'est pas dans une autre condition chez quelques Arachnides inférieurs; mais, chez les Arachnides les plus élevés en organisation, le foie forme une masse énorme enveloppant tout l'intestin. Il est constitué par une multitude d'utricules s'ouvrant dans d'étroits canaux et présentant l'apparence de grappes.
L'appareil respiratoire, dont le caractère général est d'une
fixité absolue, avec les dispositions particulières médiocrement diversifiées chez les Insectes, est au contraire très-modifié entre les divers Arachnides. Dans les types inférieurs, c'est un système de trachées disséminées par tout le corps, s'ouvrant au dehors par des stigmates. Dans les types supérieurs, ce sont des organes loca • lises à la base de l'abdomen. Il peut y en avoir une paire, deux paires ou quatre paires, ce qui est rendu sensible à l'extérieur par le nombre des orifices. Chacun de ces organes semble, à un premier examen, être l'assemblage de lamelles fort minces empilées les unes contre les autres, et que Treviranns, le premier anatomiste qui s'est occupé avec un certain succès de l'organisation des Arachnides, a comparées aux feuillets d'un livre. Par un examen approfondi, on s'assure que ces lamelles ne sont autre chose que de petits sacs aplatis, recevant l'air dans leur intérieur, ayant, comme les trachées des Insectes, des parois formées de deux tuniques, entre lesquelles se trouve interposé un tissu aréolaire répondant au fil spiral des trachées. 11 faut ajouter que cet ensemble de petits sacs respiratoires est revêtu d'une membrane assez résistante, constituant une véritable poche. Ces organes respiratoires localisés des Arachnides supérieurs ont été appelés ordinairement des poumons ou des poches pulmonaires. Peut-être est-il préférable de ne pas chercher une autre désignation; seulement il importe de se convaincre que ces organes respiratoires des Arachnides n'ont de commun avec les poumons des Vertébrés que d'être localisés sur un point de l'économie, et qu'ils n'out aucun rapport de conformation ou de structure. Pendant longtemps, on a pu croire à une différence très-nette, très-considérable entre les Arachnides à poches pulmonaires et les Arachnides à trachées, en d'autres termes, à organes respiratoires localisés ou diffus. Une découverte du célèbre naturaliste de Montpellier, Dugès, apprit l'existence simultanée de ces deux sortes d'organes chez la même espèce : c'était montrer l'identité fondamentale de leur nature.
L'appareil de la circulation du sang affecte entre les types d'Arachnides les modifications les plus intéressantes. Chez les espèces où les organes de la respiration sont diffus, le système vasculaire est très-simple, un peu moins toutefois que chez les Insectes; les organes respiratoires sont-ils en partie localisés, en partie diffus, le système vasculaire se complique, et il devient d'une complication, d'une richesse incroyable dans les types où les organes respiratoires sont tout à fait localisés. Le cœur occupe exactement la même position que chez les Insectes : c'est un vaisseau dorsal. Dans les types les plus élevés seulement, ce tube, assez large, surtout en avant, a des parois épaisses et un péricarde résistant, en continuité de tissu avec des vaisseaux latéraux chargés de reporter le sang, des poches pulmonaires au cœur. Là, où il y a des trachées, il n'existe pour tout système artériel qu une aorte et quelques branches ; de même que chez les Insectes, le sang, pour se porter aux organes, emprunte la périphérie des trachées. Là, où il y a des poumons, une aorte naît de la chambre antérieure du cœur, pénètre dans le céphalothorax et s'y partage en grosses artères qui se ramifientà l'infini, et de la dernière chambre du cœur part une artère postérieure. Le sang, parvenu dans toutes les profondeurs de l'économie par une multitude d'artérioles, tombe alors dans des réseaux capillaires et des canaux veineux, sans parois propres, mais admirablement endigués par les tissus environnants et par une certaine quantité de tissu conjonctif. Le sang veineux conduit aux organes respiratoires, s'infiltre dans les sacs pulmonaires par des canaux particuliers, d'où il est ramené dans le cœur parles vaisseaux latéraux (pneumocardiaques) au moyen d'un mécanisme analogue à celui d'une pompe foulante.
La classe des Arachnides se partage de la manière la plus naturelle en cinq ordres : les Aranéides. les Pédipalpes, les Tétracères, les Holètres, les Acariens.
Les Aranéides sont les animaux que tout le monde appelle les
Araignées. Animaux de grande utilité dans la nature, parce qu'ils détruisent une foule d'Insectes nuisibles; animaux industrieux, pleins de ruse, il est vrai, mais aussi pleins d'habileté. Un préjugé insensé, qui se transmet de génération en génération, ferait croire que les Araignées sont des êtres malpropres ou malfaisants. Jamais de toutes les erreurs accréditées par îles personnes ignorantes, il n'y en eut de plus complètes. Les Araignées ne peuvent nuire: quanl à leur propreté, nulle part ailleurs elle n'est plus grande. Leurs poils souvent barbelés comme des plumes, leurs lins duvets examinés même sous le microscope, se montrent toujours d'une netteté irréprochable, et, quant à leur régime, il n'est pas de nature à inspirer le dégoût. Oui ne sait que les Araignées se nourrissenl de proie vivante et se laisseraient périr de faim plutôt que de toucher à un cadavre.
L'ordre des Aranéides, établi par Walckenaer en 1N0.'», répond au genre Araignée (Aranea) de Linné, de tous les anciens auteurs, nous pourrions dire de tout le monde. Défini avec la précision qui convient à la science, il comprend les Arachnides, qui ont le corps revêtu ordinairement d'un tégument assez flexible: toute la partie supérieure du céphalothorax d'une seule pièce; des yeux, au nombre de six ou de huit, diversement groupés suivant les genres, mais toujours situés sur le devant du céphalothorax ; des antennes-pinces pourvues d'un crochet ou doigt mobile replié en dessous, percé à sou extrémité inférieure d'une très-petite fente destinée à livrer passage à un venin; des patte,sînàchoires en forme de petites pattes, ayant dans les mâles le dernier article conformé pour servir d'organe copulateur; un abdomen pédicellé, sans annulations, portant autour de l'orifice anal des mamelons cylindriques ou coniques, percés de petits trous pour le passage de fils soyeux.
Il faut ajouter que les bhélicères ou antennes-pinces de ces Arachnides renferment des glandes destinées à la sécrétion d'un venin ; que leur respiration s'effectue, tantôt au moyen exclusif de
sacs pulmonaires, au nombre soit de deux, soit de quatre, tantôt au moyen tout à la fois de sacs pulmonaires et de trachées.
Walckenaer, et après lui les auteurs qui se sont occupés des Aranéides, se sont attachés à donner une représentation fidèle de la position des yeux dans chaque type : c'était un moyen de classification qui a été fort utile. La manière dont ces organes sont groupés suffit à nous éclairer sur le genre de vie des espèces. Les pattes se terminent par des crochets; les crochets sont tantôt simples, tantôt garnis de dents régulières qui les font ressembler à de petits peignes, tantôt divisés dans le sens de la longueur, de façon à constituer des fourches. Savigny avait remarqué ces curieuses modifications, et il a donné d'excellentes figures des crochets d'un certain nombre d' Aranéides. Ces petites pièces sont souvent préparées comme objets curieux à regarder au microscope.
Très-curieux, en effet; mais ne nous bornons pas à une simple contemplation; l'étude comparative conduit à voir de quelle façon travaille telle ou telle Araignée à la seule inspection des crochets de ses tarses ; instruments d'autant plus compliqués que le travail doit être plus parfait. Au nombre des particularités remarquables de l'organisation des Araignées, il faut noter la faculté «le produire de la soie, qui a souvent valu à ces animaux l'épithète d'Arachnides fileuses. Les organes producteurs de soie sont des glandes ayant des conduits qui aboutissent à l'extrémité des petits tuyaux de l'abdomen, c'est-à-dire les filières. Certaines Araignées ne produisent qu'une sorte de soie; d'autres, de deux sortes; d'autres, de trois sortes. Chez les premières, toutes les glandes sont pareilles; chez les secondes, il y en a de deux sortes, et chez les dernières, de trois sortes différentes. Quand on veut exprimer la ténuité, on prend pour terme de comparaison le fil de l'Araignée; or, ce fil d'une admirable finesse est déjà formé d'une multitude de fils, car l'extrémité de la filière, percée de nombreux petits trous, est un véritable crible.
Plusieurs volumes pourraient être employés à La narration des mœurs et des instincts des Aranéides. Nous disposons de quelques pages, c'est juste assez pour une mention touchant les types les plus curieux.
Les Arauéides de la famille des Mygalines ont des formes robustes et des pattes épaisses ; des filières au nombre de quatre ; des orifices respiratoires et des poches pulmonaires au nombre de deux paires ; des yeux au nombre de huit, rassemblés sur un mamelon et groupés de telle sorte que l'animal peut voir dans toutes les directious à la fois, en avant, en arrière, sur les côtés.
L'Araignée ainsi favorisée est chasseresse; elle ne saisit pas sa proie au piège, elle court le pays; elle avait donc besoin de voir partout autour d'elle, autant pour s'emparer d'une proie que pour n'être pas surprise par un ennemi redoutable. Les grandes Mygales de l'Amérique du Sud, les géants parmi les Araignées, produisent peu de soie; elles se cachent dans des creux d'arbres, derrière des écorces détachées; la nuit, sortant de leurs retraites, elles se jettent non-seulement sur des Insectes, mais aussi sur de petits Oiseaux et sur des Lézards.
Au midi de l'Europe, il y a des Mygales. Bien petites à côté des grandes espèces velues de la Guyane et du Brésil, elles sont autrement intéressantes. Elles ne prennent point, comme les autres, une cachette de hasard. Chaque individu, ingénieur habile, ouvrier excellent, se construit une ravissante demeure. Examinons en particulier le logis d'une espèce de la Corse, la Mygale pionnière [Mygale fodiens) ; mais d'abord examinons un peu le constructeur. Ses antennes-pinces sont garnies d'une rangée de pointes figurant une sorte de râteau ; les crochets de ses tarses portent des dents qui les fout ressembler à de petits peignes. Bateaux des antennes-pinces, crochets des tarses, voilà les instruments dont notre Araignée fait un admirable usage. Dans une terre argileuse rougeàtre, la Mygale creuse un puits profond, cylindrique, un peu évasé en haut, dans lequel elle pourra mon-
^4 p' '^iMÏ^^K>)i!\i3^Hli