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67ls LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
ter et descendre bien à son aise. Il serait trop long de parler de la patience nécessaire pour enlever une si grande masse de terre, à peu près, grain à grain. Pendant le travail, les parois du puits sont consolidées avec de la matière soyeuse ; mais encore l'Araignée ne se contente pas d'une muraille nue, elle la couvre d'une tenture de soie fine, plus douce que le satin. La demeure construite, une porte est nécessaire, et c'est ici que toutes les expressions admiratives seraient impuissantes à donner une juste idée de l'œuvre de notre Mygale. Cette porte, sorte de couvercle, est formée de couches de terre liée par de la matière soyeuse; le disque, qui a une grande épaisseur, est élargi de bas en haut, de façon à emboîter exactement la partie évasée du trou. A l'extérieur, la porte est toute raboteuse, comme le sol environnant, pour que rien ne trahisse l'habitation; à l'intérieur, au contraire, elle est couverte d'un tissu de soie semblable à celui qui garnit la muraille du logis. C'est bien d'avoir une porte, seulement il faut pouvoir l'ouvrir et la fermer. Une charnière et une serrure sont donc indispensables. La charnière est construite avec une petite masse de soie épaisse et résistante; du côté opposé, la serrure est représentée par un cercle de petits trous. La Mygale est dans son terrier ; entendant qu'on rôde près de sa demeure, que peut-être on cherche à y pénétrer, elle se porte aussitôt vers l'entrée ; enfonçant ses griffes dans les petits trous, se roidissant contre les parois, elle s'efforce d'empêcher toute violation de son domicile. La nuit, pour sortir et aller en chasse, il lui suffit, comme aux habitants des caves de quelques villes du nord de la France, de soulever sa porte, et de la laisser retomber; au retour, elle la tire avec ses griffes et se glisse dans son réduit.
Malgré leurs habitudes solitaires, les Mygales pionnières s'établissent en certain nombre près les unes des autres.
Victor Audouin a décrit leurs nids en 1833. Mais, depuis ITiiS, on connaît l'habitation de la Mygale maçonne (Mygale cœmenlaria), observée pour la première fois par l'abbé de San-
vages, aux environs de Montpellier. Le nid de la Maçonne ne diffère de celui de la Pionnière que par sa dimension beaucoup plus petite et par sa couleur. La Maçonne, dont les habitudes ont été suivies en plusieurs circonstances, pond ses œufs vers la fin de l'été; elle garde longtemps ses jeunes dans sa demeure, et l'on a affirmé qu'à une époque, elle cohabite avec le mâle, ce qui n'est pas dans les habitudes ordinaires des Araignées.
Les Aranéides de la famille des Ségestriides méritent d'être connues. Comme les Mygalides, elles ont quatre orifices respiratoires, mais les deux premiers seuls conduisent à des poches pulmonaires, les autres sont en rapport avec des trachées. Elles n'ont que six yeux rangés sur le front, et les crochets pectines. Les principaux genres de cette famille sont les Ségestiïes et les Dysdères. La Ségestrie florentine [Segeslria florentine/,), l'une de nos plus belles Araignées, est noire avec des reflets violacés et des antennes-pinces d'une couleur verte, métallique, éclatante. Sous des rebords de murailles ou dans des trous, elle se construit un long tube de soie blanche et se tient à l'affût dans cette demeure. N'aperçoit-on pas aussitôt la coïncidence qu'il y a entre cette habitude et la position des yeux de l'animal. L'Araignée n'a besoin que de voir en avant; les yeux postérieurs, nécessaires aux espèces qui vivent à découvert, lui étaient inutiles; ils n'existent pas. Le type du genre Dysdère (Dysdera erylhrina), jolie Araignée ayant le céphalothorax et les pattes rouges et l'abdomen d'un blanc laiteux, est fréquente dans les bois. Cette espèce établit son nid sous les pierres, souvent au voisinage des fourmilières, faisant une guerre acharnée aux Fourmis.
Les Drassides ont huit yeux, un corps trapu, un abdomen un peu déprimé. A cette famille on est tenté de rattacher les Argyronètes; mais uos études sur l'organisation de ce type ne sont pas encore suffisantes pour apprécier nettement sa parenté zoologique. Malgré tout, l'Argyronèle — on connaît une seule espèce du genre — estl'Araignée la plus extraordinaire par ses habitudes.
Les formes de l'animal ne trahissent aucune singularité. C'est une Araignée d'un brun noir, couverte d'une pubescence serrée, qui a les yeux disposés sur deux rangs. L'intérêt ne commence qu'avec l'histoire des mœurs, de l'instinct, de l'industrie de notre Aranéide. Cette espèce vit dans L'eau, et, ne pouvanl respirer que dans l'air, elle se construil une cloche, une véritable cloche à plongeur. On a bien raison de dire que les hommes n'ont à peu près rien inventé qui ne se trouve en modèle dans la nature. Prise pour la première fois en 171 i dans une petite rivière près du .Mans par l'abbé de Lignae. elle a été retrouvée dans l'Erdre, près de Nantes, quelques années plus tard, par cet observateur, qui a l'ait un charmant et naïf récit des mœurs de l'Araignée aquatique. L'Argyronète, rencontrée en Suède, en Allemagne, par divers naturalistes, avait été vue également aux environs de Paris à la fin du dernier siècle par Walckenaer. Personne en France n'avait pu se la procurer depuis cette époque. Un jour que nous venions de rappeler cette circonstance, un jeune savant de la Belgique, M. Félix Plateau, nous apprit que l'Argyronète n'était pas rare dans les fossés des environs de Gand, et qu'il nous en ferait parvenir des individus. Ce sont ces mêmes individus qui se sont mis au travail dans de petits vases dont nous donnons les portraits dans leurs différentes attitudes. Nous avons suivi le travail de l'Araignée comme le fit le père de Lignae, cent vingt ans auparavant. L'Argyronète se tient fréquemment sur les feuilles des plantes aquatiques qui flottent à la surface de l'eau. Si son domicile est à construire, elle plonge rapidement la tète en bas, entraînant avec le duvet qui la recouvre nue certaine quantité d'air attaché à la surface de sou corps comme un vêtement d'argent. Se plaçant sous quelque enchevêtrement de tiges, et frottant rapidement son corps avec ses pattes, elle détache les petites huiles d'air, qui se réunissent en une masse retenue parles plantes. Llle remonte à la surface, et recommence la même manœuvre jusqu'à ce .pie la massed'air
soit un peu considérable. Alors elle emprisonne cet air dans un réseau de fils qui, peu à peu, devient un tissu fin et serré. Des cordages, fixés aux plantes ou aux pierres, maintiennent la cloche. Dans de bonnes conditions. l'Araignée lui donne la forme
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aquatica).
d'un dé à coudre, souvent un peu rétréci par en bas, de façon à se garantir contre les visites importunes. La cloche achevée, si elle n'est pas suffisamment remplie d'air, l'Argyronète s'y prend pour combler la mesure, comme elle l'avait fait au début de son
travail. Le domicile bien établi, son propriétaire s'y blottit et guette les Insectes au passage. Le père de Lignée a vu le mâle
construire sa cloche près de celle d'une femelle, établir une galerie pour communiquer avec celle-ci après avoir l'ait une ouverture dans la paroi.
Les Drasses, petites Aranéides brillantes, s'établissent dans l'herbe, sous des pierres et sous d'autres abris, et s'y construisent une petite tente soyeuse simple ou double. Les femelles enveloppent leurs œufs dans un cocon qu'elles veillent avec une constante sollicitude. Les Clubiones fabriquent leurs logements entre les feuilles des plantes, sous des écorces et même sous des pierres. Ici les logements sont des coques d'une soie bien blanche. Au mois de juillet, dans les champs de la Beauce , nous avons vu un grand nombre de jolies coques artistement installées entre les tiges d'Avoine; ici l'Araignée bien cachée dans son nid et veillant ses œufs, là l'Araignée sur sa coque, entourée de ses petits. qu'elle semblait garder avec inquiétude.
LesTmiitiDioNiDEs, qui sont une nombreuse famille d' Aranéides, fabriquent des toiles et demeurent sédentaires, prenant leur proie dans leurs filets. Leurs yeux, au nombre de huit, sont placés sur le front et disposés en trois groupes. Les ïhéridions sont de mignonnes Araignées, établissant entre les feuilles des plantes ou sur les murailles un réseau lâche, mais régulier, et logeant leurs œufs dans un cocon formé de bourre de soie. On a donné le nom de Théridion bienfaisant (Thcridion benignum) à une toute petite espèce qui installe son domicile sur les Vignes. Bienfaisant en vérité, il mange une foule d'Insectes nuisibles à la Vigne. Les Linyphies, aux formes assez sveltes, aux antennes-pinces longues dans les mâles, très-nombreuses en espèces, très-répandues dans nos bois et dans nos campagnes, tissent des toiles en nappe. A Madagascar, l'apporte M. A. Vinson, des Linyphies viennent s'établir sur les grandes toiles des Epéires pour y glaner les pelites proies. Elles cherchent une protection contre les Oiseaux qui
doutent les fils des grandes Araignées. \ cette famille des Ara-
CLUBIOXE EBHAMTE (Clubiona crratka).
néides confectionnant des toiles en nappe se rattache le genre Tégénaire, dont l'espèce type est notre grosse Araignée dômes-
tique (Tegenuria domeslica), la grosse Araignée noire des gens qui en ont peur. Tout le inonde connaît sa grande toile, un peu relevée sur les bords, établie ordinairement dans les encoignures
des murailles, où elle est maintenue comme un hamac par des cordages tendus dans diverses directions. Outre cette toile d'un blanc éclatant quand elle est neuve, toute grise quand, déjà vieille, elle est souillée par la poussière, la Tégénaire domestique construit à l'un des angles un tube soyeux dans lequel elle se tient blottie et d'où elle s'élance sur sa toile, quand une Mouche est venue s'y jeter. A l'approche du moment de la ponte, notre Araignée file un gros flocon de soie blanche, l'entoure ensuite d'un sac de soie brune, le leste avec des débris d'Insectes, quelquefois avec de petits cailloux, et l'attache au-dessous de sa toile. Elle fait sa ponte, loge ses œufs dans un cocon de soie fine, et va cacher le cocon dans le sac, au milieu du gros flocon blanc, pour ne plus quitter son dépôt. Ne travaille-t-elle pas bien cette mère toujours vigilante?
Parmi les Araignées, les fileuses par excellence sont les Epéikides, les plus belles Araignées du monde : grandes, parées de fraîches nuances, souvent de couleurs éclatantes, elles étalent leur beauté au grand jour. Les Epéirides ont huit yeux partagés en trois groupes écartés, les crochets de leurs tarses merveilleusement construits, les uns en peigne, les autres en fourche, propres à maintenir le fil qui doit être posé sur un point déterminé. Les Epéirides forment entre les branchages de grandes toiles qui sont d'admirables réseaux à rayons concentriques. A l'automne, on voit, dans tous les jardins, bien campée au milieu de sa toile, la grosse Epéire de notre pays, l'Epéire diadème (Epeïra cliadema), qui a reçu son nom des ornements qui se dessinent sur la teinte rosée de son abdomen.
Dans la toile de cette belle Araignée, on distingue les cordages qui soutiennent l'édifice, les rayons et les cercles formant la trame. Au début de son travail. l'Epéire tire nu fil, s'y sus-
pend pour l'allonger, puis le laisse entraîner par le vent; le voyant accroché à une branche, elle s'élance sur cette corde tendue et va l'assujettir; revenant au milieu, elle descend avec un fil qu'elle maintient perpendiculaire, dispose ensuite les rayons, et établit enfin les cercles. L'Epéire, qu'il serait pour nous trop long de suivre dans tous les détails de son opération, répare avec une intelligence parfaite les déchirures Jaites à sa toile, sans jamais se donner plus de besogne qu'il n'en est besoin. Notre Araignée des jardins enferme ses œufs dans un cocon, et, comme elle doit périr aux approches de l'hiver, comme ses jeunes ne doivent naître qu'au printemps, de son mieux elle cache son cocon dans une cavité ou sous une pierre.
La toile de l'Epéire diadème est jolie, mais les immenses toiles des grandes Epéires de l'Inde, des îles de la Sonde, de la Polynésie, de Madagascar, souvent suspendues au-dessus des rivières, accrochées aux arbres des deux rives, sont admirables, nous disent les voyageurs.
A l'île Bourbon et à Madagascar, il est une Araignée, l'Epéire de Maurice (Epeïra Mauritia), qui, au milieu de sa toile, tend un énorme fil d'un blanc d'argent plié en zigzag. Des Mouches, des Insectes légers viennent à se jeter sur sa toile, l'Araignée jette quelques fils légers et les enlacent. Survient-il une Sauterelle, un gros Insecte, que les fils ordinaires seraient impuissants à retenir, aussitôt l'Epéire détache sou gros fil, son câble, et enroule le volumineux animal. Voilà ce que nous a appris le docteur A. Vinson.
Les Salticides sont de petites Araignées parées des couleurs les plus vives et les mieux nuancées ; ayant un corps court et large, un céphalothorax carré; des pattes courtes et trapues; des yeux au nombre de huit, quatre sur le front, les deux du milieu énormes, et quatre en arrière, disposés en carré. Ces yeux placés sur divers points permettent à l'animal chassant au grand jour, de voir partout autour de lui ; ces pattes si robustes lui permettent de
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sauter, et ainsi de saisir une proie ou d'échapper à un danger. Les
Saltiques, comme le dit leur nom, sont les Araignées sauteuses;
ils produisent peu de soie; ils se confectionnent seulement de
petites cellules, et souvent ils errent sur les murailles et les troncs
d'arbres.
Les Lvcosints, aux couleurs sombres, se voient partout, errant à travers les chemins, courant au bord des eaux et même sur les plantes aquatiques. Ce sont les Vagabondes pour Valckenaer, car elles ne construisent [tas de toiles, elles chassent et se retirent dans tous les endroits qui peuvent leur fournir des abris. Elles enveloppent leurs œufs dans un cocon de soie pure, et, mères excellentes, elles portent constamment avec elles ce précieux fardeau et souvent aussi leurs nouveau-nés, au besoin, défendent cette progéniture avec le plus brillant courage. Il y a dans notre pays beaucoup de petites espèces de ce genre ; il y en a de grosses dans le midi de l'Europe, notamment la Tarentule (Lycosa tarenlula) du midi de l'Italie. Chacun a entendu parler des accidents qu'occasionne la piqûre de cette espèce. Que l'on demeure bien assuré que, pour nous, l'effet de sa piqûre est insignifiant. La fable de la Tarentule a été inventée parles Napolitains ou par les habitants de la Fouille, afin de se donner un prétexte pour danser la (arentola.
L'ordre des Pédipalpes comprend le genre des Scorpions et quelques formes voisines. Ce sont les Arachnides qui ont le corps revêtu d'un tégument de consistance coriace ; l'abdomen formé d'anneaux très-distincts; deux yeux sur la ligne moyenue du céphalothorax, et sur les côtés, des yeux plus petits en nombre variable; des antennes-pinces pourvues d'un doigt mobile, et ne donnant passage à aucune sécrétion ; de grandes pattes-mâchoires terminées, soit en pince, soit en griffe. Ces Arachnides sont dépourvus d'organes affectés à la sécrétion de la soie; leur respiration s'effectue par des sacs pulmonaires en nombre variable, ouverts à la base de l'abdomen.
La grande division de L'ordre des Pédipalpes est la famille des Scorpionides, ou les Scorpions. Ces animaux, propres aux pays chauds, sont un sujet de terreur pour une infinité de gens, et ici la crainte est un peu justifiée.
Les Scorpions, animaux vivipares, ont toujours un corps allongé; des yeux au nombre de six, de finit, de dix ou de
-i ORPION ROUSS > {Scovpio occitanns)
douze; des antennes constituant des pinces préhensiles; de grandes pattes-mâchoires terminées en forme de main ; deux lames pectinées situées à la base de la région ventrale ; un abdomen rétréci en arrière et figurant une sorte de queue composée de six zoonites, dont le dernier, terminé par un crochet ou aiguillon, livre passage à un venin reproduit par une double glande. Voilà, en effet, le caractère singulier des Scorpionides : in cauda
venenum. Dans l'attaque ou dans la défense, ces animaux, redressant la partie postérieure de leur corps, frappent de leur aiguillon. dont l'effet est justement redouté. Seulement, les Scorpions vivent sous des pierres, ils chassent pour leurs besoins; mais s'il y a des personnes qui se font piquer par ces animaux, c'est par suite d'une grande maladresse ou (l'une grave imprudence, car les Scorpions sont inoffensifs pour qui ne les touche point.
Nous n'avons en France que deux espèces de Scorpions, et encore ces espèces ne se trouvent-elles qu'an voisinage de la Méditerranée : l'une est le Scorpion roussàtre (Scorpio occitonus). long de 8 à 9 centimètres; l'autre, noirâtre, de petite taille, peu dangereux, ayant la queue mince, se cachant souvent dans les maisons, dans les interstices des boiseries, est le Scorpion d'Europe (Scorpio européens). (Test principalement avec le Scorpion roussàtre qu'ont été faites les expériences dans le but de déterminer les effets du venin. On a constaté que la piqûre des Scorpions est mortelle pour eux-mêmes, comme pour de petits animaux. En effet, si Ion place plusieurs individus dans une même boîte, ils ne tardent pas à se frapper, et bientôt il ne reste plus qu'un individu vivant. Les anciens, cherchant toujours le merveilleux dans leur imagination, assuraient que les Scorpions se piquaient eux-mêmes dans des circonstances désespérées, par exemple si on les entourait d'un cercle de feu; personne n'a été témoin d'un pareil suicide. Tout Scorpion est disposé à piquer ce qui l'approche, mais jamais à se piquer lui-même, si mauvaise que soit la situation où il se trouve.
A l'ordre des Fédipalpes se rattachent encore deux types dont nous n'avons aucun représentant en Europe, les Télyphones et les Phrynes (familles des Télyphonides et des Pbrynides). Les premiers, ayant une longue queue mince, éjaculent par deux petits pores un liquide d'une saveur acide; ce qui leur fait donner aux Antilles le nom de Vinaigriers; les Phrynes, avec de trèslongues pattes-mâchoires et le corps aplati, n'ont aucune arme.
L'ordre des Tétracères comprend un seul type, celui des Galéodes, ou la famille des Galéodides. Ce sont, comme tous ceux qui viennent à la suite, des Arachnides à respiration trachéenne , d'une belle conformation, au corps élancé, aux anneaux thoraciques séparés, aux antennes-pinces didactyles d'une grande puissance. Les Galéodides ont en outre deux petites antennes grêles; de sorte qu'il existe ici deux paires d'antennes, comme chez la plupart des Crustacés, et seulement deux yeux placés sur le front. Les Galéodes sont propres aux pays chauds; généralement d'assez grande taille, très-velues, de couleur fauve, d'une extrême agilité, n'ayant d'autres armes que les antennes-pinces, ne possédant aucune industrie, elles chassent bravement. Les voyageurs qui les ont
vues attaquer ou faire tète à l'ennemi, admirent leur intrépidité. Il y en a une belle espèce en Algérie (Galeodes barbara), qui a été découverte par M. Lucas.
L'ordre desHoLÈTiu:s se compose d'Arachnides dont les mœurs sont de peu d'intérêt. Chez ces animaux, le thorax et l'abdomen. en continuité sur toute leur largeur, semblent ne formel' qu'une seule masse; les antennes sont des pinces didactyles; les pattesmâchoires affectent la forme de palpes déliés. Les principaux types sont les Faucheurs et les Pinces, les familles des l'halanoiides et des Chéliférides.
Les Phalangiides se composent essentiellement du genre Faucheur. Tout le monde connaît ces Arachnides aux pattes grêles, démesurément longues, qui arpentent les murailles. Nous en avons une espèce bien vulgaire, le Faucheur commun (Phalangium opilio). Nous ne connaissons pas le développement de ces curieux animaux, qui naissent probablement sous une forme différente de celle des adultes.
L'ordre des Acariens comprend une prodigieuse multitude de petites espèces vivant dans les conditions les plus diverses. Ces Arachnides, qui naissent n'ayant que trois paires de pattes, ont un corps dont toutes les parties sont plus ou moins confondues, les antennes en pinces ou en griffes, la bouche conformée le plus ordinairement pour la succion.
Les Trombidiides se tiennent dans les Mousses, sous les pierres, dans tous les endroits humides. Les jeunes, au sortir de l'œuf, ressemblent aux adultes, mais ils n'ont alors que trois paires de pattes. Une espèce de l'Inde, d'assez forte taille et d'un beau rouge. fournit une matière tinctoriale {Trombidium. tinclorium) ; une petite espèce ayant la même coloration est commune dans notre pays : c'est le Trombidion soyeux {Trombidium holosericeum).
Les IIydhachnides vivent dans l'eau, venant prendre l'air à la surface, en grimpant sur les plantes. Ces Arachnides ont de curieuses métamorphoses ; leurs larves, avec le corps eu forme de poire, de très-petites pattes, vivent en parasites sur des Insectes aquatiques, les Dytiques, les Nèpes, les Ranatres. Découvertes par Victor Audouin, qui croyait observer un type nouveau, leur véritable nature a été bientôt reconnue parDugès et Burmeister.
Les Ixodides, qui ont un long suçoir, vivent du sang des animaux. Les Chiens sont fréquemment atteints par lTxode ricin ou la Tique {Ixodes ricinus). Les Gamasides, Oiubatiues, Acarides, sont les plus petits. Les Sarcoptides, aux pattes courtes, terminées par des ventouses et de longs tilets, sont les Acarus de la gale de l'Homme et des Animaux (Sarcoptes scabiœi, etc.).
Les Insectes, les Myriapodes, les Arachnides sont les Articulés terrestres. Parmi eux, à la vérité, certaines espèces vivent dans l'eau, mais c'est une condition de séjour transitoire, ou une condition qui ne les empêche pas de conserver le caractère essentiel de la vie des Animaux terrestres, c'est-à-dire une respiration aérienne. Au contraire, les Crustacés sont les Articulés aquatiques, et si quelques-uns d'entre eux séjournent à terre, ils n'en conservent pas moins le caractère des êtres destinés à vivre dans l'eau, une respiration aquatique.
Les Crustacés, formant dans leur ensemble une division trèsnaturelle, présentent néanmoins peu de particularités, communes à toutes les espèces, que l'on puisse opposer aux caractères des animaux appartenant aux trois autres classes de l'embranchement des Articulés. Le caractère tiré de leur respiration est le plus général. Les Crustacés respirent par des branchies, ou simplement par la peau. Le nombre des pattes, souvent de cinq à sept
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paires chez les Crustacés, a été pris comme signe propre à l'aire distinguer ces animaux de ceux des autres classes; mais le caractère |>erd toute sa valeur avec les espèces qui restent toujours dans un état d'imperfection très-marquée, comme nous eu avons de nombreux exemples. Aussi, quand un zoologiste éminent, de Blainville, proposa une classification des Articulés, où les grandes divisions étaient distinguées les unes des autres d'après le nombre des appendices de la locomotion, le résultat fut complètement malheureux à l'égard des Crustacés.
Quoi qu'il en soit à cet égard, les Crustacés ont ordinairement, outre les pattes ambulatoires, une à trois paires d'appendices analogues, s'ajoutant aux pièces buccales ordinaires, et que l'on nomme des pattes-màcboires, deux paires d'antennes, un abdomen pourvu d'appendices, les orifices des organes de la reproduction doubles.
Chez ces Animaux, les téguments sont formés des mêmes éléments (pie chez les Insectes et que chez les autres Articulés; seulement, dans une infinité de Crustacés, particulièrement ceux de l'organisation la plus parfaite, il se fait un dépôt de sels calcaires dans la couche épidermique, constituée essentiellement par la chitine, et le test acquiert de la sorte une épaisseur considérable et la dureté de la pierre. Dans les Crustacés supérieurs, de même que chez les Arachnides, les anneaux de la tète et du thorax se soudent d'une manière complète, et, les pièces dorsales unies, deviennent cette carapace des Crabes, des Ecrevisses, etc.
Les muscles, généralement d'un beau blanc chez les Crustacés, ont les mêmes caractères que chez les Insectes. Il n'en est pas autrement pour le système nerveux. Le nombre des centres médullaires peut être plus considérable, puisqu'il est toujours en rapport avec celui des zoonites et des appendices, mais la disposition reste semblable. Le phénomène de centralisation du système nerveux est soumis à la même loi que chez les Insectes et les Arachnides; cette centralisation se prononce d'autant plus,
que tout l'organisme se perfectionne davantage. C'est ce qui a été démontré, il y a quarante ans, par les belles recherches de MM. Audouin et M Une Edwards.
Chez les Crustacés, les organes de la vision manquent rarement. Il y a, chez la plupart des espèces, des yeux composés présentant des facettes soit hexagonales, soit carrées, et dans quelques genres, à la fois des yeux composés et des yeux simples. Tout donne à penser, mieux encore pour les Crustacés que pour les Insectes, que l'audition s'effectue au moyen des antennes; car, dans les types les plus parfaits, à la base des antennes internes, il existe de chaque côté une cavité pourvue d'une sorte de capsule auditive, et fermée, soit par une membrane tendue, soit par un petit opercule pierreux. L'existence de l'odorat est facile à constater chez ces animaux, car on les attire avec des substances de leur goût; mais le siège de ce sens n'a pas été mieux déterminé ici que chez les Insectes. Le tact, sans doute fort émoussé sur le corps, doit s'exercer au moyen de poils et d'épines mobiles.
Chez les Crustacés, animaux carnassiers et très-voraces pour la plupart, le tube digestif est droit. Dans les groupes supérieurs, l'estomac, vaste, globuleux, à parois épaisses, est garni d'un appareil osseux ou cartilagineux propre à triturer; clans les groupes inférieurs, les suceurs, par exemple, l'estomac a souvent des prolongements latéraux. Le foie se modifie comme chez les Arachnides; dans les types les plus parfaits, il consiste en grappes de vésicules agglomérées, en simples canaux biliaires clans les types dégradés.
L'appareil de la circulation du sang, dont la connaissance a été acquise pour les types supérieurs par les recherches de MM. Audouin et Milne Edwards, se modifie considérablement suivant les types. Dans les Crabes et les Ecrevisses, le cœur est une poche musculeuse, occupant la base du céphalothorax ; dans les types inférieurs, un vaisseau dorsal qui s'étend dans la longueur de l'abdomen. Le système artériel est très-complet clans les pre-
miers; mais, chez tous, le sang veineux circule et se porte aux organes respiratoires par des canaux moins bien endigués que chez les Arachnides, pour être ramené des branchies au cœur par des canaux branchio-cardiaques.
Longtemps on demeura persuadé que les Crustacés ne subissaient pas de métamorphoses, qu'ils naissaient ayant déjà à peu près toutes les formes des adultes. L'observation des Écrevisses et de quelques autres espèces au sortir de l'œuf ne permettait pas de soupçonner ce que bientôt on devait rencontrer chez le plus grand nombre des Crustacés. Mais, en 1830, un naturaliste de la Grande-Bretagne, John Vaughan Thompson, annonçait l'existence de métamorphoses presque aussi remarquables que celles des Insectes, chez des Crabes et d'autres Crustacés. 11 avait reconnu, dans de petits êtres sortant des œufs d'une espèce de Crabe, des animaux considérés comme appartenant* à un type tout particulier. On se refusa d'abord à croire à l'exactitude des observations de l'auteur anglais. Cependant, vers la même époque, par l'étude des premières phases de la vie des Lernées, parasites classés par Cuvier avec les Zoophytes, Nordmann s'était assuré que ces animaux possèdent dans leur jeune âge les caractères essentiels de certains petits Crustacés de nos eaux douces. A l'égard des Cirrhipèdes, rattachés à l'embranchement des Mollusques par tous les auteurs, un résultat analogue avait été obtenu. Depuis trente ans, les recherches sur le développement des Crustacés se sont extrêmement multipliées. MM. Spence Bâte, Fritz Millier, Gerbe, liesse, etc., ont beaucoup étendu nos connaissances sur ce sujet, et aujourd'hui il est constaté que les Crustacés, naissant, pour le très-grand nombre, avec des formes et une organisation très-différentes de celles des adultes, subissent, après leur sortie de l'œuf, des changements des plus considérables, de véritables métamorphoses, mais sans qu'il y ait jamais chez ces animaux de période d'inactivité comparable à l'état de nymphe ou de chrysalide des Insectes.
LES CRUSTACES. 695
Après les travaux de Desmarest en 1825, les études sur les espèces des côtes de la Grande-Bretagne par Leach, de 1815 à 1820, l'exposé de Latreille dans le Règne animal de Cuvier, l'ouvrage où l'on trouve les divisions de la classe des Crustacés bien définies, et les espèces rigoureusement déterminées, est celui de M. Mime Edwards, publié de 1835 à 1840. Cet ouvrage a été le point de départ de tous les travaux les plus récents sur cette brandie de la zoologie. Les écrits sur les Crustacés sont nombreux aujourd'hui, et parmi les plus importants, il faut citer un grand ouvrage d'un savant naturaliste des Etats-Unis, M. James Dana; une série de mémoires par un zoologiste du Danemark, M . Kroyer ; une belle étude de M. Van Beneden sur les Crustacés du littoral de la Belgique; divers mémoires sur les Crustacés inférieurs par M. liesse (de Brest), et de nouvelles études approfondies sur les espèces de plusieurs grandes familles par M. Alphonse Milne Edwards, le fils de notre illustre zoologiste.
La classe des Crustacés comprend plusieurs ordres : les Podophthalmesou lesDécapodes, etlesStomapodes, les Edriophthalmes, les Entomostracés, les Xiphosures, les Cirrhipèdes.
L'ordre des Décapodes comprend les Crustacés ayant cinq paires de pattes; les yeux portés sur des pédoncules mobiles; l'appareil buccal composé des parties ordinaires et de trois paires de pattes-mâchoires ; la tète et le thorax confondus et formant nue carapace; les branchies attachées à labase des patteset cachées sous cette carapace; l'abdomen pourvu d'appendices servant, chez les femelles, à porter les oeufs. Les Décapodes sont en nombre immense dans les mers. Parmi ces animaux, chacun reconnaît aisément deux formes principales : les Crabes, dont l'abdomen, très-peu développé relativement aux autres parties du corps, est reployé sous le thorax : les Décapodes à courte queue, ou les Brachxjures ; les Ecrevisses, les Langoustes, etc., dont l'abdomen, très-développé, se termine par une nageoire en éventail: les Décapodes à longue queue, ou }es Macroures. Une autre
forme, intermédiaire aux deux autres, distinguée par M. Milne Edwards sous le nom de Décapodes Ânomoures, comprend des
espèces chez lesquelles les pattes de la cinquième paire, trèsrétluites, sont en général impropres à la Locomotion, et l'abdomen de forme anomale. Le type le plus connu de cette division est celui des Pagures, ou Bernard-Ï hermile .
On compte quatre familles de Brachyures : les Maiides, les Cancérides, les Gécarcinides et les Leucosiides.
Les Maiides sont les (Irai tes habituellement désignés sur nos côtes sous le nom A Araignées de mer. Leur corps affecte plus ou moins la forme d'un triangle, le front étant toujours assez étroit pour figurer un rostre. Ces Crustacés ont généralement la carapace inégale, hérissée de tubercules et d'épines, de sorte qu'on les trouve toujours salis par des corps étrangers. Les types de cette famille, les Maias et les Inachus, sont au nombre des plus répandus dans nos mers; les premiers ont un gros corps et des pattes de médiocre longueur. Sur les cotes de la Bretagne, on mange les Maias squinade et verruqueux (Mata squinado et M. verrucosa). Les Inachus ont une petite dimension et des pattes grêles, extrêmement longues : tel l'Inachus scorpion (Inachus scorpio), que l'on trouve parmi les Fucus. Une espèce gigantesque des côtes du Japon, dont la conformation s'éloigne peu de celle de nos petits Inachus, se distingue par sa taille supérieure à celle de tous les autres Décapodes. Un individu mâle, figuranl dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle, mesure, les pattes étendues, 2"'.<i0. Les larves des Maias ressemblent au plus haut degré à celles des Crabes.
Les Cancérides ont une carapace d'ordinaire beaucoup plus large que longue; le front assez large, nullement avancé en manière de rostre; les pédoncules oculaires très-mobiles, pouvant se loger en entier dans une longue fossette. Il y a dans cette famille des espèces dont les pattes en baguettes sont conformées uniquement pour la marche (Cancérines), el des espèces
dont les pattes postérieures, larges, aplaties plus ou moins en rames, sont en un mot conformées pour la natation (Portunines).
Les représentants de la tribu des Cancérines sont particulièrement abondants dans les mers des régions tropicales. Nous en avons sur nos cotes une très-grande espèce roussâtre, avec le bord antérieur de la carapace festonné. Bien connue sous les noms vulgaires de Tourteau et de Crabe poupart (Cancer pagurus, — genre Pseadocarcinus), ou la voit babituellement sur nos marcbés, où elle est recberchée des gourmets, qui l'estiment pour le volume et la délicatesse de son foie. Le Tourteau a de très-petits œufs, et ses larves, que nous a fait connaître M. Gerbe, très-petites à leur naissance, diffèrent peu de celles dont nous allons nous occuper.
Les Portunines sont les nageurs ; cependant l'espèce qui est le type du genre Carcin, ayant les pattes postérieures peu élargies, est un animal marcheur. Il n'est personne ayant été au bord de la mer qui n'ait remarqué sa démarche singulière. Les Crabes marebent de côté, la largeur de leur carapace et le mode d'articulation des différentes pièces de leurs appendices locomoteurs ne leur permettent pas de progresser d'une autre façon; ce qui ne les empècbe pas de déployer une surprenante agilité. Le Crabe enragé fait volontiers des séjours de plusieurs beures hors de la mer; sa carapace contient assez d'eau pour que ses branebies demeurent longtemps mouillées. C'est chez cette espèce que les métamorpboses ont été le mieux observées. Dès l'année 1 830, Thompson avait reconnu (pie ce Crustacé subit des changements considérables depuis sa naissance jusqu'à son état adulte, et. qu'il passe par deux formes déjà connues sous les noms de Zoés et de Mégalopes, et considérées comme des types tout particuliers. Ces observations furent continuées par plusieurs naturalistes, et en 1 857 H- Spence Bâte a publié l'étude la plus complète qui ait encore été faite sur ce sujet. Au moment où le jeune Crabe sort de l'œuf, il a une carapace bombée, de
grands yeux sessilos, des antennes appliquées sur le front, des pièces buccales peu développées, deux paires de pattes, en arrière les premiers vestiges des autres pattes et un long abdomen sans appendices. Une mue survient, et déjà l'animal a subi un énorme changement : ce qui alors frappe surtout chez ce petit Crustacé,
.AIU'ES DU CRABE F.NRAfifc (Cancer marnas).
d'un aspect étrange, c'est une longue pointe frontale et un prolongement postérieur de la carapace également terminé en pointe, dont nous ne soupçonnons pas l'usage.
Tels sont les caractères des Zoés décrits par les naturalistes qui les avaient remarqués, étant loin de soupçonner qu'ils observaient des Crabes dans une des premières phases de leur
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existence. Sous cette forme, le petit Crustacé, délicat, presque transparent, est pourvu des deux paires d'antennes ; ses mandibules, ses mâchoires de la première et de la seconde paire, ont déjà un certain développement; les pattes-mâchoires de la première paire, encore très-rudimentaires, sont avancées vers la bouche, tandis que les appendices destinés à devenir les pattesmâchoires de la seconde et de la troisième paire sont alors très»
MtVES DU CRABE ENRAGÉ {Cancer menas).
ième ou quatrième i (Figures emprunté
— 2. Larve après plusieurs nouvelles mues • '/iv//W<i/v i mémoire de M. Spence Bâte.)
grands et les seuls organes locomoteurs. En arrière, les pattes ambulatoires ne se montrent que sous la forme de tubercules, et celles de la quatrième et de la cinquième paire sont à peine distinctes. Au reste, pour la configuration de chaque partie de l'animal, on s'en forme une idée plus nette avec les figures qu'avec une longue description. Une, deux nouvelles mues surviennent, le Zoé se modifie notablement : les pointes de la carapace se raccourcissent, les pattes se dessinent comme des tiges égales, les
appendices des anneaux de l'abdomen se développent. De nouvelles modifications continuent à se manifester à chaque changement de peau, mais le nombre des mues n'a pu encore être rigoureusement déterminé par aucun observateur. Quoi qu'il en soit, arrive le moment où les pointes antérieure et postérieure de la carapace se trouvent très-réduites, où les deux grandes paires de pattes du Zoé ont passé entièrement dans la bouche, et sont devenues la seconde et la troisième paire «le pattesmâchoires, où les cinq paires de pattes ambulatoires ont acquis un assez grand développement, où les pédoncules des yeux commencent à se manifester, où l'abdomen, déjà petit relativement au céphalothorax, tend à se courber. Une nouvelle mue, et la pointe postérieure de la carapace a disparu, la pointe antérieure est devenue une simple saillie frontale; les branchies, qui n'existaient pas dans les premiers temps, commencent à se montrer. Avec des individus de ces dernières formes on avait fait le genre des Mégalopes (Megalops), et le genre avait été placé dans la section des Anomoures ; mais avant les observations qui ont tout éclairci, M. Milne Edwards, avec son tact habituel, avait exprimé le doute que les Mégalopes fussentdes animaux adultes. Dans cette condition de Mégalopes, les jeunes Crabes ont encore plusieurs mues à subir, et à chacune de ces mues on voit la carapace s'élargir, l'abdomen diminuer proportionnellement, tandis que les appendices prennent de plus en plusieurs caractères définitifs. La forme du Crabe est enfin constituée ; l'abdomen est reployé sous la carapace, seulement cette carapace est encore plus longue que large ou à peu près carrée. Après une nouvelle mue, la carapace a pris les proportions qu'on lui trouve chez l'adulte, et cependant le petit Crustacé n'a pas plus de quelques millimètres dans sa plus grande largeur.
Voilà donc un animal qui, par les progrès de l'âge, se modifie prodigieusement, un animal respirant par des organes spéciaux, des branchies très-développées, qui, dans les premières
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phases de son existence, respire seulement parla peau. L'histoire des métamorphoses du Crabe commun est celle de la plupart des Crustacés supérieurs ; les formes générales seules des petites larves offrent, selon les genres, des différences d'ordre secondaire.
Les Gécarginides ont généralement une carapace plus large que longue, avec le front très-incliné et souvent tout à fait vertical. Un des caractères les plus notables servant à distinguer ces Crabes de ceux de la famille précédente, est fourni par les orifices de l'appareil mâle, qui, au lieu de se trouver, comme dans les autres Décapodes, à la base des pattes de la cinquième paire, sont situés dans le plastron sternal. 11 y a dans cette famille plusieurs types qui forment autant de tribus.
Les Thelphuses ont de grands rapports avec les Gancérides et ne s'en séparent guère qu'à raison de la conformation de leur appareil respiratoire. Ce sont des Crustacés fort curieux, qui vivent dans l'intérieur des terres, au bord des fleuves, ou même dans les forêts humides. La Thelphuse fluviatile (Thelphusa fluviatilis) est commune au bord des ruisseaux et des torrents, en plusieurs endroits de l'Italie, en Sicile, en Grèce : c'est le Crabe que l'on voit représenté sur beaucoup de médailles antiques.
Les Gécarcins, ou Crabes (erreslres, sont remarquables par l'élévation et la convexité de leur carapace. Ces Crustacés, qui naissent avec les formes des adultes, demeurent habituellement à terre, dans les endroits humides, sous les pierres, entreprenant parfois de grands voyages. Sous leur haute carapace, une grande quantité d'eau se trouve en réserve, tenant les branchies toujours mouillées ; aiusi s'explique la possibilité d'un genre de vie si différent de celui des autres Crabes. Ces Crustacés habitent seulement les régions tropicales des deux hémisphères, et dans les Antilles, où ils sont connus sous le nom de Tourlourous, on assure qu'ils voyagent en grandes troupes, dévastant les champs sur leur passage, car ils ont une nourriture végétale. Petits
Crabes à carapace presque circulaire, les Pinnothères se logent
sous le manteau des Mollusques acéphales. Tout le monde a vu le Pinnothère pois [Pinnothères pisum), que l'on trouve communément dans les Moules.
Les Ocypodes, habitants des parties chaudes du monde, Crustacés à carapace presque carrée, remarquables par leurs pédoncules oculaires prolongés en une sorte de corne, sont de tous les Crabes les plus rapides à la course. Les voyageurs assurent qu'un homme peut à peine les suivre. Frileux, les Ocypodes se cachent l'hiver dans des terriers. LesGélasimes, qui eu sont voisins, se signalent, au moins les mâles, par l'énorme dimension de l'une de leurs pattes antérieures. C'est un bouclier pour le combat.
Les Grapses ont une carapace assez aplatie, et ces Crustacés, qui se tiennent au milieu des rochers, loin d'avoir la hardiesse des espèces qui vont à terre, se dérobent à la moindre apparence de danger : il y en a une espèce sur nos cotes (Grapsus varius).
Les Leucosiidks ont une carapace ordinairement arrondie ou au moins arquée en avant, et ces Crabes diffèrent de tous les autres par le cadre buccal affectant une forme triangulaire. Il y a dans cette famille les Calappes, auxquels une carapace large, très-bombée, et des pattes antérieures très-grandes, avec la main comme surmontée d'une crête, donnent un aspect singulier. Nous avons, sur les côtes de la Méditerranée, le Calappe granuleux . {Calappe gramdata). Les Leucosiesont une carapace globuleuse, les pattes de la première paire courtes et épaisses. Ce sont de jolis Crustacés lisses, luisants, qui habitent les mers de l'Inde.
Dans la section des Anomoures, il existe plusieurs types assez tranchés. Les uns ressemblent aux Brachyures par leurs formes générales ; les autres, comme les Pagures, rappellent davantage les Macroures. Chez les Pagurides, remarquables par l'état de mollesse de leur abdomen, les pattes antérieures forment une pince didactyle peu différente de celle des Écrevisses, et l'abdomen, assez
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loug, porto des appendices à son extrémité. Les Pagures sont répandus dans toutes les mers, et on les connaît partout sous le nom vulgaire de Bcrnard-lliermite. Un long abdomen mou est une partie qui réclame protection, car il se déchire aux roches, et il tente l'appétit des carnassiers. Afin de l'abriter, le Pagure s'empare d'une coquille abandonnée, dont la dimension lui convient à peu près, et le voilà traînant sa maison, comme la Psyché ou la Phrygane porte son fourreau. Quand cet abri devient trop étroit, il le quitte et en cherche un autre. Assez fréquemment , paraît-il , des Pagures combattent pour la possession d'un logement; on assure qu'ils attaquent quelquefois les Mollusques, s'ils n'ont trouvé aucune coquille vide: mais la difficulté doit être grande pour le Bernard-l'hermite. A la première menace, le Mollusque se retire, et sou opercule ferme si bien sa coquille, qu'il doit être difficile à déloger. Les Pagures naissent sous une forme analogue à celle des Crabes, la forme de Zoé.
Il y a, dans cette même division des Anomoures, les Porcellanes, petits Crustacés à forme de Crabes, dont ils se distinguent au premier coup d'œil par une nageoire caudale en éventail. MM. Thompson, Fritz Millier, Gerbe, ont observé les larves de Porcellanes. Rien de plus curieux que ces larves ; ce sont des Zoés ayant une pointe frontale et une pointe postérieure huit ou dix fois plus longues cpie le corps.
La section des Macroures, ou Décapodes à longue queue, con> prend quatre familles : les Palinurides, les Thalassinides, les Astacides, les Palémonides.
Les Palinuuides, qui ont pour type principal le genre des Langoustes, sont des Crustacés à plastron sternal très-large. Les Langoustes sont assez connues pour rendre toute description inutile ; leur carapace rugueuse, avec un profond sillon, leurs grandes antennes simples, leurs pattes antérieures terminées par un doigt, les font distinguer, à la première inspection, des autres Macroures. Les Langoustes sont des animaux de grande
taille, dont le test, très-dur, les protège sur les entes rocailleuses et rocheuses qu'ils affectionnent particulièrement.
La Langouste commune (Palinurus vulgaris) est la seule espèce «les mers de l'Europe. Nous n'avons pas besoin dédire combien
DE l.\ I.
(l'ahnur
elle est estimée, pour la table. Jusqu'à une époque toute récente, on ne savait rien absolument des premiers états de cet animal ou d'aucun autre représentant de la famille à laquelle il appartient. Des êtres très-singuliers, larges, aplatis comme une feuille de papier, transparents comme du verre, ayant une tète
distincte du thorax, des yeux pédoncules, mie bouche refoulée en arrière jusque vers le milieu de la carapace, des pattes grêles, ciliées, au nombre de sept paires, avaient été recueillies assez souvent en haute mer, où la belle couleur bleue de leurs yeux les désigne à l'attention des navigateurs. Ces Crustacés, n'ayant ni organes respiratoires spéciaux, ni organes de reproduction, ont reçu le nom de Phyllosomes; on les classait dans l'ordre des Stomapodes. Un naturaliste du Collège de France, très-bon observateur, M. Z. Gerbe, étudiant les œufs des Langoustes, obtint l'éclosion de jeunes : c'étaient des Phyllosomes. Découverte pleine d'intérêt et tout à fait inattendue.
M. Gerbe, qui a misobligeammenttous ses dessins inédits à notre disposition, a constaté, par l'observation microscopique, la disposition de l'appareil alimentaire, qui se fait remarquer par ses ramifications, le cœur et les vaisseaux artériels, dont la disposition est déjà semblable à ce que l'on trouve chez l'adulte.
Les différences entre les Langoustes adultes et les petits Phyllosomes sont énormes. On sent l'intérêt qui s'attacherait à la connaissance des formes intermédiaires; les naturalistes éprouveraient, à n'en pas douter, la surprise de voir des états de la Langouste, que l'on prend aujourd'hui pour des formes permanentes. Les Astacides, ou les Ecrevisses et les Homards, sont des animaux bien connus, ayant le plastron sternal étroit, les antennes externes pourvues d'une lame mobile au-dessus de leur pédoncule, les pattes antérieures fort grandes, terminées par une pince didactyle. Ces Crustacés naissent ayant à peu près toutes les formes des adultes. Ils subissent dans l'œuf leur évolution presque complète, qui a été étudiée avec soin par Rathke et ensuite par Lereboullet, chez l'Ecrevisse. Après la naissance, les changements qui s'opèrent à l'extérieur consistent dans le développement des pattes et dansles divisions de la nageoire caudale. Les Ecrevisses, Crustacés des eaux douces, dont les espèces sont disséminées dansles différentes parties du monde, ont le rostre trian-
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gulaire et le dernier anneau du thorax mobile. L'Ecrevisse de rivière (Âstacus fluviatilis) est le type du genre. M. Lereboullet en a décrit deux autres espèces, dont l'une, l'espèce à pattes blanches, était déjà distinguée sur les marchés. Les Homards, Crustacés marins, se distinguent des Ecrivisses par leur rostre grêle et épineux sur les côtés, et par leur dernier anneau thoracique
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