PAPILLON
L'état du Ver à soie et à l'état de Papillon.
|-2'i LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES.
entièrement chez l'adulte. Elle a servi à la nutrition pendant la période d'inactivité de l'animal, la période de nymphe. Chez des larves carnassières, arrivées à l'époque de la transformation, le tissu adipeux devient le siège d'une production d'acide urique; c'est ce qui a été démontré par des expériences de M. Fabre.
11 est curieux aussi de jeter un coup d'œil sur les modifications qui s'effectuent dans l'appareil digestif d'un Insecte passant de l'état de larve à l'état adidte. Prenons le Ver à soie pour exemple. Chez la chenille, l'œsophage est fort court; l'estomac, sorte de long cylindre, forme à lui seul presque tout le tuhe digestif; l'intestin, dont l'origine est indiquée par l'insertion des canaux urino-biliaires, est d'une remarquable brièveté. Chez le Papillon, l'œsophage s'est allongé, un jabot s'est constitué, l'estomac s'est raccourci, et l'intestin a considérablement augmenté de longueur, le rectum est devenu une vaste poche. Par l'observation des chrysalides, on peut suivre tous les changements qui s'opèrent entre ces deux états, celui de la larve et celui de l'adulte.
Chez les Insectes, il n'y a point de veines pour puiser le chyle contenu dans l'intestin, moins encore de vaisseaux propres pour porter dans le sang les produits de la digestion, c'est-à-dire1 des vaisseaux chylifères. L'intestin est baigné par le sang veineux, et c'est au travers des parois de l'intestin que passe le produit de la digestion, pour enrichir sans cesse le sang de nouveaux matériaux.
Le sang des Insectes est un fluide coagulable, presque incolore, ayant souvent néanmoins une teinte jaune ou verdâtre très-prononcée : c'est le cas pour les espèces herbivores. La matière verte des feuilles donne au sang cette coloration. L'origine de la teinte verte ou jaune n'est pas douteuse; la teinte existe manifeste dans le sang des chenilles, elle n'existe pas dans le sang des papillons: pendant la période de nymphe ou de
chrysalide, la matière colorante est éliminée par l'intermédiaire des vaisseaux uriuo-biliaires. Certaines expériences ont montré, au reste, avec un caractère absolu d'évidence, comment le saDg reçoit de l'intestin les matériaux qui lui sont nécessaires, comment le sang reçoit des matières qui doivent être éliminées de l'économie, et en particulier des matières colorantes. Si l'expérience est faite sur des Vers à soie, on saupoudre les feuilles de Mûrier avec l'indigo ou de la garance; le sang des Vers soumis à ce régime devient bleu ou rougeàtre.
Le sang, le fluide nourricier, est formé chez les Insectes comme chez l'Homme lui-même, de deux éléments : une portion liquide et des corpuscules solides, les globules du sang. Ces globules sont en nombre immense, et ils affectent une forme spéciale. Ils sont allongés comme des navettes. Dans le sang des adultes, ils ont un noyau bien distinct; ce noyau manque dans les globules sanguins des larves.
Les caractères physiques du sang nous étant connus, nous devons examiner de quelle façon ce fluide circule dans l'économie, de quelle façon il est porté à tous les organes pour les nourrir ; mais auparavant il est indispensable de bien connaître l'appareil d'une fonction intimement liée à la circulation du sang, l'appareil de la respiration.
Rien de plus admirable, de plus ravissant à la vue que l'appareil respiratoire d'un Insecte. On ouvre l'Insecte sous l'eau, comme il est nécessaire de le faire pour toutes les dissections de ces animaux, et alors se montrent de tous côtés des tubes remplis d'air, magnifiques arbuscules ayant l'éclat de l'argent, divisés sur tous les organes, dans tous les muscles, en branches et en rameaux d'une incomparable délicatesse.
Les tubes respiratoires sont habituellement désignés sous le nom de trachées, nom emprunté à la botanique. L'appareil respiratoire, reconnu dans ses caractères généraux par Malpighi, par Swammerdam, n'a été étudié dans sa structure que plus
tardivement. Lyonet, qui a décrit et figuré avec un soin minutieux les branches et les rameaux des trachées de la Chenille du Saule, a su découvrir la constitution de ces tubes. En 1815, un professeur de l'université de Halle, Sprengel, dans un mémoire spécial, et plusieurs après lui, se sont occupés de la manière dont ces organes sont constitués. Cette structure est vraiment merveilleuse. Nulle part on n'est plus frappé des incomparables ressources de la nature qu'en observant les trachées des Insectes. C'est la réalisation de la ténuité, de la délicatesse extrême d'un organe avec une extrême élasticité ei une force de résistance surprenante.