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LES CARABES DORÉS ET LEURS LARVES

(Garabus auratus).

Le Hanneton continue à marcher, cherchant à se soustraire à l'ennemi, mais l'ennemi ne le lâche point, et le malheureux finit par rouler sur le dos.

Les larves du Carabe, d’un brun noir et luisant, sortent peu pendant le jour; elles se tiennent plus volontiers cachées sous des

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pierres, sous des mottes de terre ou dans des cavités. Elles chassent, du reste, comme les adultes.

Les autres Carabes ont absolument les mêmes habitudes; quelques espèces des Pyrénées sont vraiment magnifiques : le Carabe splendide (Carabus splendens), le Carabe rutilant (Carabus rutilans), le Carabe d'Espagne (C'. Mispanus).

Dans nos environs, on rencontre fréquemment un très-gros Carabe tout noir, devenu le type d’un genre particulier, le Procruste chagriné (Procrustes coriarius). En Grèce, en Turquie, dans l'Asie Mineure, vivent les plus gros Carabites, les Procères, dont les élytres sculptées sont tantôt noires, tantôt d'un beau bleu violet.

Au même groupe appartiennent les Calosomes. Ceux-ci ont le corps large et les élytres libres; ils portent des ailes, aussi non-seulement ils courent à merveille, mais encore ils volent à ravir. Le type du genre, le Calosome sycophante (Calosoma sycophanta) est peut-être le plus beau Coléoptère d'Europe, ou tout au moins l’un des plus beaux. IL est d’un bleu violet foncé, avec les antennes et les pattes noires, les élytres d'un vert doré chatoyant, striées et ponctuées. Superbe par sa parure, il est également superbe dans son allure, lorsqu'il court sur les troncs des grands Chênes avec une incroyable célérité.

Le Calosome sycophante est tout particulièrement avide des Chenilles processionnaires. C'est à ces chenilles qu'il fait une chasse active ; l’Insecte adulte et la larve se voient fréquemment ensemble, ainsi que nous les avons représentés * dévorant les chenilles, que leurs toiles tendues ne défendent pas contre les Calosomes.

La larve du Calosome sycophante, proportionnellement un peu plus large que celle des Carabes, ressemble, du reste, beaucoup à ces dernières. Au terme de sa croissance, elle s’en-

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fonce dans la terre à une faible profondeur, façonne une sorte de loge, et se transforme en nymphe. Cette dernière est garnie de petits bouquets de poils très-élégamment disposés.

Une autre espèce du genre (Calosoma inquisitor), beaucoup plus petite et de couleur bronze, se tient aussi sur les arbres des forêts, où elle recherche différentes Chenilles.

Beaucoup de Carabides affectionnent les endroits humides et surtout le bord des eaux. Les Elaphrites, en général d'assez petite taille, se distinguent des Carabes par la présence d’une échancrure vers l’extrémité des jambes antérieures. Il y a les Nébries, qui ont le corps très-aplati; les Elaphres, qui ont une tête petite avec de très-gros yeux, les antennes un peu épaissies vers le bout, un prothorax globuleux. Ces petits Coléoptères, à la démarche vive et agile, ordinairement d'un vert bronzé avec de gros points enfoncés sur leurs élytres, imitant une véritable ciselure, se trouvent au bord des mares et des étangs, souvent entre les herbes et les roseaux. L'Elaphre des rivages (Elaphrus riparius), qui est très-comm un, a sur ses élytres verdâtres et brillantes quatre séries de taches d’un rouge violacé. Les Omophrons, avec un corps presque hémisphérique, rappellent beaucoup l'aspect de certains Dyticides. Le type du genre, l'Omophron bordé (Omophron limbatum), long de 7 à 8 millimètres, de couleur fauve avec trois bandes sinueuses vertes sur les élytres et une tache sur la tête et le prothorax de la même nuance, se trouve au bord des rivières. Sa larve, observée par Desmarest, a une tête énorme et le corps très-atténué en arrière.

Le groupe des Bembidionites, composé essentiellement du genre Bembidion, es caractérisé par les palpes dont le dernier article est petit et pointu. Charmants petits Coléoptères d’une taille excédant rarement 4 ou 5 millimètres, lisses, brillants, ponctués, parés de couleurs variées et souvent très-vives, ils se plaisent dans les endroits humides, et particulièrement sur les rives vaseuses des mares et des étangs. En 1852, un auteur,

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Jacquelin-Duval, en énuméra cent vingt-cinq espèces recueillies seulement en Europe.

D’autres, tout aussi petits que les Bembidionites (Tréchites), ayant le corps plat, le dernier article des palpes de la même longueur que le précédent, sont vraiment curieux par leur genre de vie. Il y a les Anophthalmes, Insectes étiolés, presque transparents, qui, vivant dans les cavernes, sont aveugles, leur nom l'indique; tandis que des espèces du genre résidant dans les parties des grottes où pénètre un peu de lumière possèdent des yeux imparfaits : M. Grenier a fait cette intéressante observation. Il y a les Blemus et les Æpus ; les premiers sans armature aux tarses, les seconds avec une épine recourbée sous l’avant-dernier article. Le type du genre Blemus (Blemus areolatus), observé par Victor Audouin sur la côte de l’île de Noirmoutier, passe la plus grande partie de son existence sous l’eau à une grande profondeur; on ne le trouve que lors des grandes marées, lorsque la mer se retire au loin. Il se tient sous des pierres, dans des anfractuosités, où une certaine quantité d'air demeure emprisonnée, et comme notre Insecte porte des poils rares, mais très-longs, il est probable qu'il retient aisément autour de son corps de petites bulles d’air suffisantes pour les besoins de sa respiration. Les Æpus vivent dans les mêmes conditions (Æpus fulvescens, ete.). La larve d’une espèce de ce genre, observée par Coquerel, a une grosse tête comme les larves d'Omophrons (Æpus Robint).

Les Panagéites sont des Carabides dont la tête est petite, les palpes élargis à l'extrémité, les jambes échancrées vers le milieu, pour fouiller le sol, les mandibules dentées. Le type du genre Panagée (Panagœus crux-major) est un joli petit Coléoptère, noir velu, ayant les élytres ornées d’une bordure et de deux bandes transversales d'un rouge ferrugineux très-vif.- Cet Insecte s'enfonce habituellement dans la terre au pied des arbres.

On distingue les Chléniites, qui sont étroitement liés aux précédents, à leurs mandibules acérées, Les Chlénies, d’une taille

moyenne, très-généralement d'une couleur verte et revêtus d'une fine pubescence, sont répandus dans presque toutes les parties du monde. Le Chlénie velouté (Chlænus velulinus), long d’une quinzaine de millimètres, d'un vert vif, avec une bordure jaune autour des élytres, se trouve parfois en bandes nombreuses sur les bords des rivières, ce qui est du reste le séjour habituel de la plupart des espèces du genre.

Une immense suite d'espèces de la famille des Carabides constitue le groupe des Féroniites, le grand genre Féronie, où les articles des tarses, assez élargis, affectent une forme triangulaire. Insectes noirs ou bronzés, les espèces se ressemblent d’une façon désespérante pour les classificateurs. Ces Insectes errent dans les champs, dans les endroits arides, rocailleux, et se réfugient sous les pierres. L'une des Féronies que l’on rencontre le plus souvent sur les chemins est la Féronie cuivrée (Feronia cuprea, genre Pœcilus de divers auteurs), qui est, en effet, d’un vert cuivreux. À ce groupe des Féroniites se rattachent les Amares, qui se reconnaissent à leur corps court el assez large, à peu près ovalaire. Ceux-ci grimpent souvent après les Graminées, et l'on a constaté que parfois ils rongeaient les épis. Ce qui mérite d'être remarqué, c'est la forme des articles de leurs tarses, leur permettant de monter sur les végétaux. Les Zabres, beaucoup plus gros que les Amares, au corps oblong, massif, voûté, grim— pent avec la même facilité, et l'on croit que l'espèce la plus commune, le Zabre bossu (Zabrus qibbus), Insecte d’un noir brun, dévore les jeunes pousses de blé.

Les Harpalites, comme les Féroniites, sont des Insectes de taille moyenne, bronzés ou noirâtres, difficiles à distinguer les uns des autres, dont les habitudes ne présentent aucun intérêt particulier. ILest une espèce de Harpale, le Harpale bronzé (Harpalus œneus) que l’on rencontre à chaque pas, courant à terre sur les chemins et dans les champs. Malgré son abondance dans toute l'Europe tempérée, il n’a pas encore été étudié dans ses métamorphoses,

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Les Scarites (groupe des Scaritites), qui atteignent souvent une forte taille, se font remarquer par leurs jambes antérieures élargies et comme palmées en dehors; particularité qui donne l'idée de mœurs dont les autres Carabides ne nous ont pas offert d'exemples. En effet, les Scarites, Insectes nocturnes du midi de l'Europe et des régions chaudes des autres parties du monde, ordinairement de couleur noire, habitent le bord des rivières et plus encore les rivages de la mer. Pour se cacher, ils creusent le sable à l’aide de leurs jambes antérieures parfaitement appropriées à cet usage. En Provence, on rencontre sur les bords de la Méditerranée le Scarite géant (Scariles gigas), qui n'a pas moins de # centimètres de long. Chez cet Insecte, une tête forte, des mandibules longues, acérées, annoncent le carnassier au plus haut degré. Sous les climats froids ou tempérés de l'Europe, les Scaritites sont représentés par de très-petites espèces, dont les mandibules sont peu saillantes et les jambes antérieures pourvues de trois digitations. Ce sont les Clivines, qui ont aussi l’habitude de fouir dans le sable (Chivina arénaria).

I nous faut citer certains Carabides particuliers aux contrées brülantes de l'Afrique et de l'Asie, à cause de leurs formes remarquablement caractérisées, les Graphiptérites, chez lesquels le prothorax est cordiforme et les élytres tronquées au bout.

Les Graphiptères, de taille médiocre, sont larges et aplatis ; mais les Anthies, de beaucoup plus belles proportions, avec leur corps oblong, convexe, leurs longues pattes, leurs fortes mandibules, Coléoptères noirs, souvent parés de lignes on de taches formées par un duvet blanc, sont admirablement organisés pour la course et d’un port magnifique.

Les Brachinites, qui s’en rapprochent par leur conformation générale, n’ont pas cette fière allure. Plusieurs espèces de Brachines sont communes dans notre pays. Ces Insectes, qui se tiennent habituellement sous les pierres en troupes plus ou moins nombreuses, ont un moyen de défense vraiment singulier, qui

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leur est propre. Sont-ils inquiétés, ils lancent par l’extrémité de leur corps, avec détonation, une vapeur qui les enveloppe comme d’un nuage ou plutôt d’une fumée. Rien de plus curieux, lorsque soulevant une pierre, on met à découvert une troupe de Brachines; tous les individus, se hâtant de se dérober, commencent par lancer leur décharge : on dirait une suite de coups de feu. Ces Carahides ont dans leur abdomen une glande rameuse dont les branches aboutissent à un conduit commun. La glande est le siége de la sécrétion d’une liqueur extrêmement volatile. L’Insecte se mettant en défense, projette le liquide par la contraction de ses muscles abdominaux, et à peine au contact de l'air, le liquide se volatilise en produisant une explosion énergique. Le nom vulgaire de Canonmers, aux Brachines, leur convient parfaitement. Beaucoup de noms spécifiques donnés à ces Insectes font allusion à leur étrange faculté. Nous avons le Brachine crépitant (Brachinus crepitans), le Brachine bombardier (B. bombarda), le Brachine à explosions (B. explodens), le Brachine pétard (B. sclopela), ete., ete.

Nous avons encore une foule de petits Carabides dont les mœurs n'offrent aucun intérêt spécial : les Dromies au corps aplati, comme les Lébies, aux élytres larges, les Dryptes au prothorax étroit, les Odacanthes au corps grêle, délicat, types de groupes représentés par de nombreuses espèces.

Les Cicindélines constituent un ensemble infiniment moins considérable que les Carabines. Par les formes, ce sont les plus élégants des Coléoptères, et les nuances variées de la plupart des espèces les rendent tout à fait charmants ; aussi ont-ils bien des fois excité un vif intérêt chez les naturalistes. Ces Insectes ont de grandes mâchoires, de longs palpes, des mandibules dentelées et acérées, instruments de carnage des mieux construits ; ils ont des pattes longues et d’une extrême ténuité. Les Cicindèles ont été nommées par Linné les Tigres des Insectes : Tigrides Insectorum.

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Au printemps, sur des chemins sablonneux, les jours où brille un beau soleil, c'est merveille de voir s’agiter la Cicindèle champêtre (Cicindela campestris). La vie ne semble se manifester nulle partavec autant d'énergie. Les Cicindèles ravissent l'observateur, leurs mouvements d’une incroyable agilité éblouissent ses yeux. Il faut considérer de près le gracieux Coléoptère qui abonde presque partout, dans les campagnes de l'Europe, dans les champs de l'Afrique et de l'Asie Mineure. L'animal, d’un beau vert de mer, a sur la tête, sur le corselet, sur les bords des élytres, des teintes euivrées qui au soleil semblent des marques de feu.

Les Cicindèles sont bien intéressantes dans leur état de larves. Elles ont des particularités de structure, des habitudes, des ruses qu'on n’observe pas ailleurs. Dans les lieux mêmes où vivent les adultes vivent les larves. Les adultes possèdent réunis tous les avantages des animaux de proie. Puissamment armés, ils n'ont guère à craindre la résistance des Insectes destinés à être leurs victimes; couverts d’une enveloppe solide, ils n’ont point à redouter les blessures ; doués d’une merveilleuse agilité, ils échappent aisément à l'ennemi trop puissant pour lui résister. Larves, les Cicindèles ont toute la voracité de leurs parents : avec leurs téguments minces, elles pourraient facilement être déchirées ; avec un corps allongé et des pattes courtes, elles ne sauraient fuir avec rapidité; néanmoins ces êtres imparfaits savent atteindre leur proie sans s’exposer à de graves dangers. Is ont des pattes courtes, épaisses, épineuses, qui leur permettent de creuser le sol, une tête aplatie avec laquelle ils rejettent au loin la terre détachée; munis de ces instruments, ils se construisent un tuyau vertical qui se courbe à une certaine profondeur et devient une galerie horizontale. La larve de la Cicindèle porte à chacun des anneaux de son corps une plaque de consistance coriace et au cinquième anneau de l'abdomen, plus renflé que les autres, deux mamelons charnus pourvus d’un crochet

courbé en avant. L’Insecte monte dans son trou avec une extrême facilité; par un mouvement de contraction, il appuie la partie renflée de son corps contre la paroi, et se fixe solidement à l’aide de ses crochets. Le voilà blotti comme un ramoneur dans une

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