‹ Métamorphoses mœurs et instincts des insectes (insectes, myriapodes, arachnides, crustacés)Chapitre 111 sur 174 · LE MÉLOË CHAGRINÉ ET LA SITARIS HUMÉRALE · texte numérisé non relu

LE MÉLOË CHAGRINÉ ET LA SITARIS HUMÉRALE

(Meloe cicatricosus et Sitaris humeralis).

loiles pour recevoir les Insectes, que l'on fait périr immédiatement en les jetant dans des bassins remplis d’eau et de vinaigre.

En Amérique, d’autres espèces de Cantharides sont recherchées et utilisées comme l'espèce européenne.

Les Mylabres, dont les antennes sont renflées vers le bout, abondent dans toutes les parties chaudes de l’ancien continent. Ceux-ci ont le corps noir avec des taches ou des bandes, soit jaunes, soit rougeûtres, sur les élytres, ou le corps jaune avec des taches noires. Le Mylabre de la Chicorée (Hylabris Cichort) se montre en quantité prodigieuse sur toutes les plantes basses dans l'Europe méridionale; encore fort commun en Provence, il est rare dans le centre de la France, et ne se trouve jamais au Nord. À la Chine, une espèce du genre remplace notre Cantharide dans la thérapeutique.

Les Méloés ne volent pas, ils n’ont pas d'ailes, leurs élytressont très-courtes; leur corps est lourd, pesant, mollasse. Les Méloés se traînent sur les plantes basses, dans les prairies, causant quelquefois des accidents graves aux bestiaux qui les mangent en broutant l'herbe; de là le nom d’Enfle-bœufs donné à ces Insectes, et celui de Buprestis ou Voupristis qui leur était donné chez les Romains et dont les naturalistes ont fait une autre application.

Les Sitaris ont les antennes filiformes et les élytres courtes, amincies vers le bout. La Sitaris humérale (Sitaris humerahs), brune, avec les épaules jaunes, fréquente les fleurs.

C’est une curieuse histoire que celle de la découverte des métamorphoses des Cantharidides. En 1700, un auteur hollandais, Goedart, recueille des œufs de Méloés et en obtient de jeunes larves. Plus tard, de Geer arrive au même résultat, mais dans les deux cas les larves avaient péri aussitôt après leur naissance. L'observation de ces deux auteurs tombe dans l’oubli. En 1802, un entomologiste célèbre de l'Angleterre, Kirby, découvre sur des Hyménoptères de la famille des Apides et du genre des Andrènes, un tout petit Insecte à peu près semblable à la larve décrite par Goedart et de Geer; il croit ÿ reconnaître un parasite, il le nomme le Pou de la Mélitte. En 1828, sur les mêmes

Hyménoptères, Léon Dufour retrouve l’Insecte ou une espèce du même groupe, et il pense avoir sous les yeux un Pou d’un genre nouveau ; il l'appelle le Triongulin des Andrènes (Triongulinus Andrenelarum). Dans les années suivantes, divers observateurs obtiennent l'éclosion d’œufs de Méloés, de Cantharides, de Sitaris, et l’on se trouve revenu au point où en était Goedart en 1700. Cependant plusieurs investigateurs s’aperçoivent que les jeunes larves de Cantharidides, à peine nées, s’accrochent après des Insectes ailés, et surtout des Hyménoptères nidifiants. Victor Audouin ayant pris dans des nids d’Anthophores des Sitaris qui venaient d’éclore, on commence à se convaincre que les Coléoptères vésicants doivent vivre, dans leur premier âge, aux dépens des Apides. En 1845, la question se trouve singulièrement éclaircie par un mémoire de George Newport, qui, depuis une quinzaine d'années, poursuivait des recherches assidues sur ce sujet. L'habile investigateur, étudiant le Méloé proscarabée (Meloe proscarabæus), et surtout le Méloé chagriné (Meloe cicatricosus), s'était assuré des faits les plus importants; il avait vu que les jeunes larves de ces Coléoptères, s’accrochant aux poils des Anthophores, se font transporter dans leurs nids par ces Insectes, qu'elles subissent bientôt dans leurs formes un changement complet, qu'elles se nourrissent de la pâtée miellée de l'Hyménoptère, et chose bien remarquable, qu'avant de se transformer en nymphes, elles passent par une période d'inactivité, enfermées dans une sorte de pupe. En présence de tous les hasards qui doivent se rencontrer pour qu'une larve de Coléoptère vésicant rencontre toutes les conditions nécessaires à son développement, on est frappé des nombreuses chances de destruction auxquelles sont exposés ces Insectes. Mais à des chances nombreuses de destruction la nature oppose l'extrème fécondité des mères. Newport a compté les œufs d’une femelle de Méloé : il y en avait 4218. Les Méloés déposent leurs œufs en terre, à une faible profondeur; les petites larves éclosent, elles grimpent sur les plantes, et s’accrochent, si

elles le’ peuvent, à tous les Insectes ailés qui se posent sur les fleurs, et ne reconnaissant pas suffisamment ceux qui leur conviennent, elles sont souventemportées bien loin de tout endroit où elles pourront vivre. Le beau travail de Newport fut suivi en 1837 d’une belle étude de M. Fabre (d’Avignou) sur le même sujet, les Méloés et les Sitaris. Les premiers changements des

LUAGUN. À L. LHERMITTE.

Page 1